Nous avons cité la troupe de Ganassa, qui fit, à ce que l’on croit, connaître à Paris le premier Tabarino et le premier Pagliaccio. […] Arlecchino creduto principe (Arlequin cru prince). […] L’Impegno d’un acaso (les Engagements du hasard), tiré de la pièce de Calderon, Croire ce qu’on ne voit pas et ne pas croire ce qu’on voit, où Douville a pris le sujet des Fausses Vérités.
Un tel génie devait être content de soi, quand il touchait si admirablement les points où le monde s’imagine que la morale n’a rien à voir, parce que le sens moral du monde est émoussé par la double habitude du plaisir, qu’on croit honnête tant qu’il n’est point scandaleux, et de l’intérêt, qu’on croit permis tant qu’il n’est point criminel. […] Et n’y a-t-il pas, dans l’esprit faussé par le pédantisme et l’orgueil, de certaines erreurs qui vont à la folie, et qu’on ne peut réfuter mieux que par des farces folles, comme celle du Docteur aristotélicien, auquel il faut parler à coups de pierre, et du Docteur pyrrhonien qui ne croit qu’aux coups de bâton197 ? […] Ceci n’est point une invention de Molière : c’est l’exact et affreux récit de la mort de son maître Gassendi en 1656 : « Sentant ses forces anéanties par neuf saignées successives, et se trouvant entouré de ses amis et de plusieurs médecins célèbres, Gassendi demanda timidement s’il ne serait pas à propos de renoncer à la saignée qu’il se croyait incapable de supporter davantage. […] Potier, d’accord avec lui, essaya d’en esquiver une en faisant croire quelle avait été faite avant l’arrivée du médecin ; mais cet innocent mensonge ayant été fortuitement découvert ne servit qu’à lui attirer une rude mercuriale, et à faire exécuter, sous les yeux du médecin même qui envoya chercher le chirurgien à l’instant, une saignée plus copieuse encore. » (Vie de Gassendi par Sorbier, en tête de ses Œuvres, Florence, 1728.)
Nous croyons que M. de Pourceaugnac a existé un moment avec un autre plan que celui que nous connaissons. […] Croyez-moi, hâtons-nous, ma Sylvie... […] On pourrait dire encore que Lully a mis de son cru dans le Carnaval ; mais Lully a pris tous les autres intermèdes tout faits sans y rien changer ; pourquoi supposer que, pour Pourceaugnac seul, il ait remanié le Divertissement de Molière ? […] Il est plus logique de supposer ce fait que de croire que Lully, pour faire sa cour au roi, a été choisir le rôle d’un des deux opérateurs. […] Si cela était (comme nous le croyons probable) , il faudrait en conclure que, parmi les premières œuvres de Molière, la farce du Maître d’école eut assez de réputation pour que Lully s’en souvint quand il composa, de pièces et de morceaux, son Carnaval-Mascarade.
Cela se peut ; mais je crois avoir déja prouvé que le spectateur, entraîné par l’habitude, & séduit par l’apparence, bat souvent des mains à des fautes qu’un vernis brillant lui cache. […] Outre le froid insupportable qu’il jette par là dans l’action, je crois voir le peintre d’un tableau informe obligé de mettre au bas de la toile le nom de toutes les choses qu’il a voulu peindre.
Quant au voile qui sert à tromper Don Pedre, & qui fait évader Isidore, je crois voir à-peu-près l’endroit où Moliere l’a pris. […] Il voit la corbeille, croit qu’elle renferme quelque chose de bon à manger ; il est très fâché de n’y trouver que des ajustements de femme : il les emporte cependant, parcequ’il entend quelqu’un ; c’est Pantalon qui visite sa nouvelle maison.
Par ma foi, femme, repliqua Sancho, si je ne crois que tu as un Lutin dans le corps ! […] On ajoute que, lorsqu’on veut vérifier cette prétendue anecdote, on nomme vingt personnes différentes : je le crois bien. […] Moliere nous prend assurément pour des grues, de croire nous divertir avec de telles pauvretés, disoit M. le Duc de ***.
Je lui répondis là-dessus que j’avois peine à croire qu’une aussi belle piece que celle-là, en cinq actes, & dont les vers sont fort beaux, eût été faite en aussi peu de temps : il me répliqua que cela paroissoit incroyable ; mais que tout ce qu’il venoit de me dire étoit très véritable, n’ayant aucun intérêt de déguiser la vérité ». […] La façon dont il a traité Cotin n’a pas peu contribué à donner du crédit à cette opinion ; mais je la crois fausse, parceque j’ai trouvé dans le Convié de pierre espagnol, un couplet de chanson qui offre précisément l’idée la plus recherchée du fameux sonnet.
L’école des mœurs doit être non seulement assez décente pour ne pas corrompre le cœur & l’esprit ; elle doit l’être jusqu’au point de ne blesser ni les yeux ni les oreilles, je ne dis pas d’une jeune personne qu’une mere croit pouvoir mener au spectacle sur la foi de l’honnêteté publique, j’ajoute de tout homme qui pense. […] Je n’aurois jamais cru que j’eusse été si sage. […] La comédie de la Femme Juge & Partie eut un succès prodigieux, non pas tant à cause de son mérite, que parcequ’on crut y reconnoître l’histoire du Comte de ***, qui avoit vendu sa femme à un Corsaire. […] Si j’osois risquer mon sentiment après celui d’un aussi grand homme, je la croirois imitée de Champagne le Coëffeur, comédie en un acte & en vers de huit syllabes, par M. […] Vous croyez donc qu’il est un sort Beaucoup plus triste que la mort ?
Guillaume, tapissier, croit qu’une tenture de tapisserie de verdure la guériroit mieux : la voisine, qui craint de se voir enlever un amant par la fille de Sganarelle, exhorte le pere à la marier bien vîte avec un jeune homme qu’elle aime ; & la niece est d’avis qu’on la mette dans un Couvent pour profiter de son bien. […] Indépendamment du mauvais personnage qu’un homme, peu instruit des regles de la comédie, doit faire nécessairement dans un temps où tout le monde parle spectacle, où les cercles, les toilettes, les boudoirs même retentissent des mots pompeux de comédie larmoyante, comédie bourgeoise, comédie sérieuse, haut & bas comique, &c. indépendamment, dis-je, du rôle insipide qu’il joue en se voyant forcé de se taire ou de montrer son ignorance, je crois très agréable pour la propre satisfaction d’un homme, quel qu’il soit, de connoître toutes les finesses d’un art que nous faisons contribuer à notre amusement, puisque notre plaisir suit nécessairement le progrès de nos connoissances. […] Je crois ne pouvoir mieux reconnoître leur mérite, & me déclarer leur admirateur, qu’en les traitant comme Plaute, Térence, Moliere, dont je ferai également remarquer les grandes beautés & les choses qui pourroient être mieux vues. […] Les jeunes Auteurs me feroient, sans contredit, honneur s’ils mettoient sur notre scene les histoires ou les sujets des comédies étrangeres que je rapporterai dans le courant de cet ouvrage ; cependant je me crois obligé de les avertir que j’ai tiré parti de ce qui m’a paru plus propre à notre théâtre, peut-être avec moins d’art qu’ils ne le feroient ; mais je pourrois les gagner de vîtesse, & cela seroit désagréable pour eux.
Nous en croirons Loret, contemporain de Moliere, & qui faisoit dans ce temps-là une Gazette rimée : nous ne risquerons pas de nous tromper. […] Je crois devoir faire remarquer en passant que l’Auteur Anglois, en imitant le placet du Fâcheux, lui donne une tournure un peu trop basse, & lui enleve en même temps toute la vigueur comique, même la morale, qui naît des prétentions ridicules de Caritidès adressant directement un placet au Roi, & se vantant d’un savoir aussi rare qu’éminent. […] Encor l’eussé-je fait, estant désespéré ; Mais je crois que le Ciel, contre moi conjuré, Voulut que s’accomplît ceste aventure mienne, Que me dit, jeune enfant, une bohémienne : Ni la peste, la faim, la vé.... la toux, La fievre, les venins, les larrons, ni les loups Ne tueront cestui-ci, mais l’importun langage D’un fâcheux : qu’il s’en garde, estant grand, s’il est sage. […] Mais il n’est rien d’égal au fâcheux d’aujourd’hui : J’ai cru n’être jamais débarrassé de lui, Et cent fois j’ai maudit cette innocente envie Qui m’a pris à dîner de voir la comédie, Où pensant m’égayer, j’ai misérablement Trouvé de mes péchés le rude châtiment.
Elle avait un air distrait et rêveur, qui faisait croire qu’elle méprisait ceux qu’elle regardait ; mais sa civilité et sa bonté raccommodaient en un instant de conversation ce que les distractions pouvaient avoir gâté. […] Madame de Sévigné écrivait à sa fille, le 14 juillet 1680 : « Vous me demandez ce qui a fait cette solution de continuité entre La Fare et madame La Sablière : c’est la bassette ; l’eussiez-vous cru ? […] Propos, agréables commerces, Où le hasard fournit cent matières diverses ; Jusque-là qu’en votre entretien La bagatelle à part : le monde n’en croit rien.
Je me suis pris parfois, disait-il en terminant, à croire qu’il y avait autre chose qu’une plaisanterie dans ce que soutenait Sainte-Beuve lorsqu’il nous disait qu’il fallait chercher l’indépendance littéraire, non pas à Paris, mais aux frontières de la France.» […] Vous voulez nous convertir à votre foi ; mais ne croyez-vous pas que la poésie peut prétendre à quelque chose de mieux ? […] On sait avec quelle vivacité railleuse, il relève quelques mots de Nicole sur l’influence du théâtre : « Non, non, Monsieur, on n’est point accoutumé à vous croire si légèrement, Il y a vingt ans que vous dites tous les jours que les cinq propositions ne sont pas dans Jansénius : cependant on ne vous croit pas encore. […] Le laboureur s’empare des fruits du sol; le marchand remplit ses greniers; l’abbé recherche les coteaux où croit un vin généreux ; le roi met des barrières à l’entrée des ponts et des routes. […] Mais nous avons cru mieux employer l’espace dont nous disposions, en mettant le jeune professeur lui-même en scène, en le laissant se faire connaître par des citations et en le présentant de cette manière au public français comme un homme de cœur, un penseur original et un écrivain d’un beau talent.