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16. (1663) Nouvelles nouvelles pp. 210-243

C’est pourquoi j’aurais mauvaise grâce de ne vous pas dire du bien de ses ouvrages, puisque tout le monde en dit, et je ne puis, sans hasarder ma réputation, vous en dire du mal, quand même je dirais la vérité, ni m’opposer au torrent des applaudissements qu’il reçoit tous les jours. […] Comme il y a des critiques, continua-t-il, qui n’approuvent jamais rien et qui entraînent les opinions de quelques gens faciles qui croiraient mal faire et devoir être raillés de ne pas témoigner qu’ils sont de leur sentiment, bien qu’ils n’en soient point, il y en a d’autres qui approuvent tout ce qu’ils voient : je connais un des plus galants Abbés du siècle, et à qui je puis, sans injustice, donner le nom d’obligeant, puisque, par une bonté naturelle, il loue indifféremment tous les ouvrages qu’il voit et tous ceux que l’on lui montre en particulier ; aussi dit-on de lui dans le monde que l’on ne saurait connaître s’il dit la vérité et qu’il ne fait point de Jaloux, puisqu’il met tous les auteurs en même degré et qu’il loue également leurs productions en public et en particulier, sans crainte de hasarder sa gloire. […] Les uns disent trop de mal, les autres trop de bien ; les uns blâment quelquefois ce qui est bon et les autres louent ce qui est méchant ; et les uns et les autres obscurcissent tellement la vérité qu’il est impossible d’y rien connaître, lorsqu’ils se sont une fois mêlés de dire leur sentiment. […] Je dirai la vérité, sans que ce fameux Auteur s’en doive offenser. Et certes il aurait grand tort de le faire, puisqu’il fait profession ouverte de publier en plein Théâtre les vérités de tout le monde.

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