/ 178
175. (1877) Molière et Bourdaloue pp. 2-269

Elle nous apprendra que nombre de ses plus grands hommes, et des premiers en dignité, ont fait gloire d’en composer eux-mêmes ; qu’il y en a eu d’autres qui n’ont pas dédaigné de réciter en public celles qu’ils avaient composées ; que la Grèce a fait pour cet art éclater son estime par les prix glorieux et par les célèbres théâtres dont elle a voulu l’honorer ; et que dans Rome enfin, ce même art a reçu aussi des honneurs extraordinaires : je ne dis pas dans Rome débauchée et sous la licence des empereurs, mais dans Rome disciplinée sous la sagesse des consuls, et dans le temps de la vigueur de la vertu romaine. » Je pense que cette apologie rieuse et pleine de désinvolture paraîtra aussi, néanmoins, un peu risible, et qu’elle le serait tout à fait si Molière se trouvait moins en situation de se moquer. […] Devant mes yeux, Seigneur, a passé votre enfance, Et j’ai, de vos vertus, vu fleurir l’espérance ; Mes regards observaient en vous des qualités Où je reconnaissais le sang dont vous sortez ; J’y découvrais un fond d’esprit et de lumière ; Je vous trouvais bien fait, l’air grand et l’âme fière ; Votre coeur, votre adresse éclataient chaque jour : Mais je m’inquiétais de ne point voir d’amour ; Et puisque les langueurs d’une plaie invincible Nous montrent que votre âme à ses traits est sensible, Je triomphe et mon cœur, d’allégresse rempli, Vous regarde à présent comme un prince accompli Il faut se rappeler la situation ; tout le monde en avait le secret : le digne Arbate était un courtisan comme il s’en trouvait cinquante dans l’auditoire ; il s’adressait directement à Louis XIV, et par surcroît c’était en présence de la reine qu’il débitait celle morale !

/ 178