On sait que les ennemis de Molière voulurent persuader au duc de Montausier, fameux par sa vertu sauvage, que c’était lui que Molière jouait dans Le Misanthrope ; le duc de Montausier alla voir la pièce et dit en sortant qu’il aurait bien voulu ressembler au Misanthrope de Molière. » « [*]Le caractère du Misanthrope sera toujours regardé chez les nations polies comme l’ouvrage le plus parfait de la comédie française ; si l’on en considère l’objet, c’est la critique universelle du genre humain ; si l’on examine l’ordonnance, tout se rapporte au Misanthrope ; on ne le perd jamais de vue, il est le centre d’où part le rayon de lumière qui se répand sur les autres personnages, et qui les éclaire. […] Comme la prude a de l’esprit, et qu’elle n’a choisi ce caractère que pour mieux faire ses affaires, elle tâche par toutes sortes de voies d’attirer le Misanthrope, qu’elle aime : elle le loue, elle parle contre la coquette, lui veut persuader qu’on le trompe, et le mène chez elle pour lui en donner des preuves ; ce qui donne sujet à une partie des choses qui se passent au quatrième acte. […] Ces deux personnes parlent quelque temps des sentiments de leurs cœurs, et sont interrompues par le Misanthrope même, qui paraît furieux et jaloux : et l’auditeur se persuade aisément, par ce qu’il a vu dans l’autre acte, que la prude avec qui l’on l’a vu sortir lui a inspiré ces sentiments ; le dépit lui fait faire ce que tous les hommes feraient en sa place de quelque humeur qu’ils fussent ; il offre son cœur à la belle parente de sa maîtresse ; mais elle lui fait voir que ce n’est que le dépit qui le fait parler, et qu’une coupable aimée est bientôt innocente. […] « L’examen sérieux que je fis de L’Avare, joint à quelques connaissances des règles du théâtre, m’inspira le dessein d’étudier Molière, persuadé que qui avait fait L’Avare devait être le plus grand génie de son siècle ; par cette étude, je fus bientôt confirmé dans la haute idée que j’avais conçue ; et je ne prétends rien diminuer de son mérite, ni de sa gloire, en disant que le fond de la fable est pris en partie de l’Aulularia de Plaute, et en partie de La sporta del Gelli, qui a suivi le poète latin ; que le premier acte est imité d’une comédie italienne à l’impromptu, intitulée L’Amante tradito, et jouée à Paris sous le nom de Lélio et Arlequin, valets dans la même maison.