Nous ne pensons pas que les ingénus qui lui attribuent le dessein d’avoir voulu moraliser la scène en soient bien persuadés. […] Il est vrai cependant qu’au milieu de ces splendeurs où il semblait être plus qu’un roi et de ces flatteurs qui n’épargnaient rien pour lui persuader qu’il était plus qu’un homme, Louis XIV a reçu, comme homme et comme roi, des leçons que les tribuns modernes auraient craint de donner aux fantômes couronnés qu’on a vus trembler devant eux. […] Qui ne trouve, au fond du cœur, un peu son compte à se persuader que ce croyant ne croit pas, et que sa vie austère est le calcul d’une hypocrisie raffinée ou l’erreur et le supplice d’une imbécillité parfaite ? […] L’impie ayant intérêt à persuader que toute piété est fausse, quelle logique et quelle évidence lui feront avouer jamais que la dévotion n’est pas la marque de la stupidité ou le déguisement de la perversité, que tout dévot n’est pas ou Orgon, ou Tartuffe ? […] Il se trompera en confondant désormais la sincérité avec la fourberie et en méprisant la bonne monnaie à l’égal de la fausse ; il s’avilira en s’interdisant, par respect humain, de montrer des sentiments de piété qui sont dans son cœur ; il se corrompra si l’exemple de Tartuffe lui persuade qu’après tout la fourbe et la piété feinte sont des moyens de s’enrichir aisément.