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108. (1884) Tartuffe pp. 2-78

Et c’est là ce qu’avait peint Molière : le prêtre, je veux dire le jésuite dans la famille. […] Il fallait, pour que Tartuffe passât, le distinguer soigneusement des célèbres originaux dont il était la copie générale ; protester que bien loin d’avoir voulu peindre le Père, directeur et confesseur, le dévot, l’homme d’église, c’était seulement la contrefaçon de tout cela qu’il avait prétendu exposer à nos rires ; et il força le type dans le sens de l’exception ; il en fit un aventurier sans le sou, un chevalier d’industrie, exerçant sous masque de saint : un fourbe, un scélérat : le Tartuffe devint l’Imposteur. […] Au reste, le texte est là : Dorine ne se lasse pas de nous peindre l’homme, et vous savez si elle a la touche grasse : Tartuffe a le teint frais , tirant sur la fleur , la bouche vermeille , et beaucoup plus qu’un petit commencement d’embonpoint ; il est gros et gras  : attendez un peu, Molière dirait entripaillé. […] Il ne perd pas de temps du reste, et dès qu’on lui parle de ce mariage avec Marianne : Ce n’est pas le bonheur après quoi je soupire… Et, avec une suavité digne de sainte Thérèse, il fait sa déclaration d’amour à Dieu dans la personne d’Elmire, car … je n’ai pu vous voir parfaite créature, Sans admirer en vous l’auteur de la nature, Et d’une ardente amour sentir mon cœur atteint, Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint. […] Dans le Misanthrope, il a peint la société ; c’est la famille qu’il a mise en scène dans Tartuffe.

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