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61. (1882) L’Arnolphe de Molière pp. 1-98

L’obligeant Parisien qui renseignait tout à l’heure le Périgourdin lui dit que cet acteur est Brécourt ; c’est un comique excellent qui s’est mêlé des armes et se pique d’écrire ; comme presque tous les comédiens ; le Roi dit de lui qu’il ferait rire des pierres. […] Boursault, qui a des tablettes, griffonne entre deux piliers, pendant que le parterre, en belle humeur, lance aux loges des quolibets, auxquels les laquais et les pages, ces pestes du théâtre, mêlent quelques lardons. […] Le troisième, acte le laisse en cet état, sur le point d’entrer chez Agnès, pour voir sa contenance après un trait si noir. — Et le bruit reprend de plus belle, du parterre aux galeries ; la division se marque plus fort que jamais, entré le commun publie, ravi des amours d’Agnès et passionnément désireux de savoir comment elle échappera à son bec-cornu, et le beau mondé, mêlé d’auteurs et de dévots, qui crie au scandale et invoque Dieu et les sergents, — d’autant plus altérés.que le succès se prononce et qu’ils.sentent Molière, auteur et acteur, tout près de gagner la partie. […] Je ne veux gâter cette lettre par aucun commentaire ; je le demande seulement : quel est le malheureux qui ne se sentira touché par cette prière d’un amour à tâtons, mêlé de craintes et d’abandonnements, et qu’elle exprime l’un ou l’autre, si franche et si simple dans son expression ?

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