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85. (1800) De la comédie dans le siècle de Louis XIV (Lycée, t. II, chap. VI) pp. 204-293

Quelques-uns ont eu de la gaieté, d’autres ont su faire des vers, plusieurs même ont peint des mœurs ; mais la peinture de l’esprit humain a été l’art de Molière, c’est la carrière qu’il a ouverte et qu’il a fermée : il n’y a rien en ce genre, ni avant lui ni après. […] Il a découvert que la comédie était un miroir de la vie humaine, où personne n’était fâché de se voir, pourvu qu’il y pût voir ses voisins, parce que l’amour-propre se sauve dans la foule, et que chacun s’amuse aux dépens de tous les autres. […] C’est ainsi qu’aux flatteurs ou doit partout se prendre Des vices où l’on voit les humains se répandre. […] Mais pour vingt mille francs j’aurai droit de pester Contre l’iniquité de la nature humaine, Et de nourrir contre elle une effroyable haine. […] Voltaire a bien raison de dire à ce grand précepteur du monde : Et tu nous aurais corrigés Si l’esprit humain pouvait l’être.

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