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90. (1900) Molière pp. -283

Il y a entre les personnages d’Argan et d’Orgon un parallélisme qui me frappe : je ne le dis pas seulement parce qu’ils s’appellent du même nom ; Argan, Orgon, c’est la même dénomination à un o ou à un a près. […] Quand son imagination a été une fois frappée, qu’elle a médité, elle conçoit et jette dans le moule le caractère d’un seul coup, elle l’y jette complet avec tous les travers qu’il doit avoir. […] Ce n’est pas pourtant que Dom Juan soit un hypocrite véritable ; c’est une fausse figure d’hypocrite, c’est-à-dire une inattendue et invraisemblable métamorphose du personnage, qui permet à Molière de frapper sous son nom. […] Mais si l’on néglige les particularités pour s’attacher à ce qui est général, un fait tout à l’avantage de la société que nous sommes frappe les yeux. […] Tout vieillit, tout s’épuise, même le roman historique et le roman bourgeois, nouveau-venus parmi nous, qui n’ont voulu connaître aucune règle, et qui tombent, frappés de langueur, pour avoir usé de la jeunesse avec trop de force et de liberté.

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