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131. (1892) Vie de J.-B. P. Molière : Histoire de son théâtre et de sa troupe pp. 2-405

Ces rapports que nous saisissons, qui nous frappent aujourd’hui, n’ont été toutefois ni prévus, ni cherchés par Molière car il est bien évident qu’en empruntant à Nicolo Barbieri le sujet de L’Étourdi, Molière se proposa uniquement d’écrire une œuvre ingénieuse et divertissante. […] Molière, qui savait à quels adversaires il avait affaire, et pour qui il s’agissait de ne pas risquer tout son avenir, avait eu soin de frapper ce premier coup assez fort pour qu’il ne fût pas possible d’en étouffer immédiatement le bruit, et d’intéresser assez vivement l’opinion publique à son œuvre pour qu’il devînt malaisé de la supprimer sans façon. […] Ce caractère d’Ariste nous frappe médiocrement, et nous n’apercevons là qu’une contre-partie attendue de celui de Sganarelle : la sagesse bienveillante, une large raison, l’indulgence et la générosité, en regard de l’égoïsme étroit et opiniâtre et de l’aveugle et sotte vanité. […] Ce zèle et ces complaisances de Molière faisaient présager qu il allait frapper un grand coup, et, en effet, ce qu’on pouvait prévoir ne se fit pas attendre. […] Il comprit qu’il ne s’agissait point d’opposer à ceux-ci quelques railleries spirituelles, quelques plaisanteries piquantes, mais qu’il fallait frapper fort ; et il prépara Le Tartuffe, qui éclata à l’improviste au milieu des féeries de 1664.

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