/ 119
63. (1882) L’Arnolphe de Molière pp. 1-98

On se jette quelques noms à l’oreille : c’est M. le duc de la Feuillade, c’est M. le commandeur de Souvré, c’est M. le comte de Broussin… J’entends nommer Plapisson. un personnage assez dédaigneux, de ceux-là évidemment qui, à l’hôtel de Bourgogne, partent avant la fin du spectacle, pour ne pas ouïr la farce qu’on donne après la tragédie. […] Les pauvres bêtes sont assommées de peur ; ils tombent l’un et l’autre à genoux, et y retombent jusqu’à six fois symétriquement, avec des postures inimaginables ; si cela est delà farce, comme l’assure le poète pincé, un certain Br……Bross…… Boursault, à ce que j’entends dire, — au moins cette farce ne manque-t-elle pas son but ; on rit ; l’on rit davantage encore lorsqu’Arnolphe montant lui-même chercher Agnès, Alain, seul avec Georgette, lui explique ce que c’est que la jalousie, et que la femme est, par rapport à l’homme, comme un potage où il lui déplaît que le prochain trempe les doigts. […] Les académistes reprochaient à Molière ses barbarismes, ses incorrections, et les libertés qu’il se donnait d’inventer de nouvelles expressions ; mais c’est tout cela, avec le vieux fonds de farce et de fabliau que La Fontaine allait piller aussi, c’est tout cela qui donne à son style cet éclat si franc, cette saine richesse et ce cossu qu’y admirait Sainte Beuve.

/ 119