— Vous êtes cause, repartit Ariste à Clorante, aussi bien que beaucoup d’autres, de cet abus que l’on voit tous les jours augmenter de plus en plus dans le monde. […] — Tout ce que vous dites est véritable, lui répondit Clorante, mais je ne suis pas tout seul cause de ces abus et, pour m’y opposer, je me suis souvent efforcé de louer des pièces de théâtre qui, quoiqu’elles fussent bonnes, ont été condamnées par les mêmes raisons que vous venez de dire, ceux qui connaissaient la bonté de ces pièces n’osant les protéger, de crainte de passer pour ridicules, et disant par complaisance qu’elles ne valaient rien. […] Ensuite il fit Le Dépit amoureux, qui valait beaucoup moins que la première, mais qui réussit toutefois à cause d’une Scène qui plut à tout le monde et qui fut vue comme un tableau naturellement représenté de certains dépits qui prennent souvent à ceux qui s’aiment le mieux. […] Il fut trouvé incapable de jouer aucunes Pièces sérieuses, mais l’estime que l’on commençait à avoir pour lui fut cause que l’on le souffrit. […] Cependant, com me la foule qui se trouve à toutes les représentations d’une Pièce en fait la bonté, comme nous avons vu à L’École des femmes, l’on peut dire que ceux qui ne vont voir les Pièces que pour les blâmer et qui en parlent continuellement sont cause qu’elles réussissent, puisque leurs discours obligent les autres à les aller voir.