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150. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre IV. Que la critique doit être écrite avec zèle, et par des hommes de talent » pp. 136-215

À ces causes, en attendant que revînt l’heure de revoir enfin l’œuvre primitive, il fallait se contenter (et l’on s’en contentait) du Festin de Pierre en vers. […] Remarquez cependant, une fois que son héros est lâché dans ce monde trop étroit pour ses vastes désirs, comment s’y prend Molière pour le suivre, afin que ce bandit ne cause pas trop de ravages ; comment il muselle cette bête fauve ; comment enfin il parvient à faire une comédie véritable, de la biographie ardente de ce fatal Don Juan. […] Tout comme les autres arrivent à leurs fins amoureuses, par le dévouement, par l’abnégation, par les petites délicatesses du cœur, celui-là gagne sa cause par le mensonge, par l’adultère, par la violence ; puis, une fois la fille séduite, à la bonne heure : — moi et Sganarelle, nous passons à une autre perfidie. […] À ces causes, le Théâtre-Français poussé par la critique, et peut-être aussi, par le remords, remit enfin le Don Juan de Molière en grand honneur ; il remplaça les vers de Thomas Corneille, par le dialogue primitif, et le succès fut si grand que vous n’avez jamais rencontré, nulle part, un succès moins contesté que le succès de ce Don Juan et de la prose de Molière ! […] On passait ensuite à la Mascarade du Mardi-Gras, où le paysan et la paysanne plaidaient la Cause grasse, et leurs discours étaient un peu gras de saupiqué.

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