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105. (1845) Œuvres de Molière, avec les notes de tous les commentateurs pp. -129

Molière qui, en homme de bon sens, se défiait toujours de ses forces, eut peur alors que ses ouvrages n’eussent pas du public de Paris autant d’applaudissements que dans les provinces. […] Chapelain en sortant de la comédie, nous approuvions, vous et moi, toutes les sottises qui viennent d’être critiquées si finement, et avec tant de bon sens ; mais, croyez-moi, il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons brûlé. […] Je m’en plaindrai, ajouta-t-il : en bonne police on doit réprimer l’insolence de ces gens-là ; ce sont les pestes d’une ville ; ils observent tout pour le tourner en ridicule. » L’ami, qui était homme de bon sens, et bien informé, lui dit : « Monsieur, si Molière a eu intention sur vous en faisant le Cocu imaginaire, de quoi vous plaignez-vous ? […] Molière, qui avait écouté son ami avec assez de tranquillité, l’interrompit pour lui demander s’il n’avait jamais été amoureux. — Oui, lui répondit Chapelle, je l’ai été comme un homme de bon sens doit l’être ; mais je ne me serais jamais fait une si grande peine pour une chose que mon honneur m’aurait, conseillé de faire ; et je rougis pour vous de vous trouver si incertain. — Je vois bien que vous n’avez encore rien aimé, lui répondit Molière, et vous avez pris la figure de l’amour pour l’amour même.

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