Je lui donne des défauts, et de deux sortes : des défauts tenant à son caractère : orgueil, susceptibilité ; des défauts tenant à sa situation de misanthrope parmi des mondains : irritabilité, emportement, outrance provoquée par la contradiction ; mais estimez-le très fort ; il est le plus honnête homme de la pièce. » Ajoutez à ceci que le Misanthrope est de 1666 et que déjà, — j’avoue que, s’il était de six ans, plus tard, mon argument en serait meilleur, — et que déjà le public est accoutumé à la passion maîtresse de Molière, qui est l’horreur de toutes les hypocrisies et de toutes les faussetés et l’amour par conséquent de la droiture et de la franchise, d’où il suit qu’il ne peut pas, qu’il ne doit pas se tromper sur la question de savoir avec qui est Molière dans le Misanthrope. […] Je l’avouerai sans me faire prier ; mais cependant nous sommes encore en pleine monarchie aristocratique avec Sedaine, et l’intendant, très homme du peuple, du Philosophe sans le savoir, est représenté comme très honnête homme et comme personnage sympathique ; nous sommes encore en pleine monarchie aristocratique avec Le Sage, et Le Sage, dans son Turcaret, nous apitoie sur les pauvres gens du peuple volés et ruinés par son financier ; nous sommes encore en monarchie aristocratique avec La Fontaine, et La Fontaine a des paroles cordiales pour les pauvres bûcherons tout couverts de ramée, comme La Bruyère pour les « animaux farouches ». […] En effet, ce sont des vices qui opèrent dans le sens de l’instinct conformément à la nature ; ce sont vices qui s’avouent et, au besoin, dont on se pare.