Jouissant des droits de son être, Il ne courboit point sous un maître Un front au joug accoutumé ; Libre à l’instant de sa naissance, Il ne devoit l’obéissance Qu’aux Dieux seuls qui l’avoient formé. […] On hais les tirans redoutables, Et si les Dieux sont adorables, C’est quand les mortels sont heureux. Il y a donc plusieurs Dieux ? […] Ce n’est pas embellir sa couronne, si ces infamies sont à lui, c’est le radotage d’un vieux pécheur qui meurt comme il a vécu ; il appelle précieux les contes de Marot & de Rousseau qu’il dit écrits sous la dictée des Dieux des Jardins, & dont il blâmé la grossiere obscénité. […] Il fait descendre les Dieux de l’Olympe, les Rois de leur Thrône, les Héros de leur Char de triomphe, tous viennent rougir à ses pieds de leurs vices & de leurs foiblesses.
La véritable Tragédie est l’école de la vertu ; et la seule différence qui soit entre les Théâtres épurés et les livres de morale, c’est que l’instruction se trouve dans la Tragédie toute en action, c’est qu’elle y est intéressante, et qu’elle se montre relevée des charmes d’un art qui ne fut inventé autrefois que pour instruire la Terre et pour bénir le Ciel, et qui par cette raison fut appelé le langage des Dieux.
La passion pour les odeurs est criminelle aussi, c’est une espèce d’ivresse ; c’est ce que peignoit Catulle par ces paroles : cette odeur est si agréable que pour la mieux sentir, vous prierez les Dieux de vous faire tous nez, quod cum olfacies, Deos rogabis totum ut te faciunt fabulle nasum . […] En particulier chez les Payens l’Ambroisie étoit l’aliment des Dieux, elle avoit une odeur exquise qui se répandoit par-tout où ils passoient ; c’étoit les traces de la divinité : chaque Déesse avoit son odeur favorite, & comme cet aliment avoit toute sorte de goûts, elle avoit aussi toute sorte d’odeurs selon la fantaisie de chaque Déesse, Venus sur-tout en étoit parfumée ; ce trait de divinité étoit chez elle supérieur aux autres & ; c’étoit vraiment une odeur divine selon Virgile. […] le Franc dans ses poésies peint aussi la volupté d’une Déesse : Sur son corps rafraîchi dans un bain d’ambroisie, elle verse des flots, d’une essence choisie, & la douce vapeur d’un parfum précieux embaume au loin la terre & le Palais des Dieux. Voilà le théatre, voilà les actrices, Déesses de la volupté dans le Palais des Dieux.
Une troupe de Dieux & de peuples qui sont à leur suite, applaudissent à cette belle œuvre, la célèbrent par leurs chants, & disent : Venez, tendres amours, couronnez ces amans, & régnez avec eux : plaisirs, assemblez-vous, &c. Tous les autres Dieux les regardent curieusement envient le sort des amans, se moquent du mari joué (Vulcain), & lui conseillent d’en faire autant de son côté. […] Je vois de son parti tous les Dieux se ranger. […] On y voit, dit-il, les divers collèges des Prêtres & des Magistrats, les Souverains Pontifes, les Quindécemvirs couronnés de laurier, les Flamines, les Augures interprètes des volontés des Dieux, les Vestales chargées d’entretenir le feu sacré, le Peuple, le Sénat, les Consuls, les très-augustes Empereurs, qui approchent si fort de la Divinité ; & ce qui est incroyable, la mère de cette nation guerriere maîtresse du monde (Vénus), s’applaudit de s’y voir représentée par les livrées infames d’une prostituée : Et quod nefarium est audire, gentis Martiæ genitrix, regnatoris populi procreatrix, lætatur Venus, seperaffectus meretricia vilitatis, impudicâ imitatione laudari.
Les Indiens, les Chinois, les Japonais, qui depuis bien des siècles ont des comédies, n’ont jamais vilipendé la religion jusqu’à mettre leurs Dieux, leurs Bonzes, leurs Mandarins sur la scène. […] Aussi ces graves Auteurs, dit Boileau, « Pensent faire agir Dieu, les Saints et les Prophètes, Comme ces Dieux éclos du cerveau des Poètes. » Surtout ont-ils cet esprit de religion, de droiture, de docilité, si nécessaire pour en pénétrer les abîmes, cet esprit d’oraison qui nous obtient l’entrée du sanctuaire ? […] Qu’on joue, à la bonne heure, les Divinités du paganisme, elles étaient trop méprisables pour être ménagées, encore même Horace, qui n’était pas un dévot, puisqu’il se moque de ses Dieux, en les faisant venir d’un tronc d’arbre, veut-il qu’on ne les fasse intervenir qu’avec dignité et pour des sujets de la plus grande importance : « Nec Deus intersit, nisi dignus vindice nodus inciderit. » Les grossiers Confrères de la Passion l’ont fait autrefois. […] N’est-ce pas même une adresse du Démon pour faire regarder avec plus de sécurité et pratiquer avec moins de remords ce que la religion semble avoir consacré, et faire mépriser une histoire et des personnages où l’on trouve les mêmes aventures que dans les romans, imitateurs des Païens, qui canonisaient le crime par l’exemple des Dieux : « Quod Divos decuit, cur mihi turpè putem ?
C’est la comparaison des hommes avec les Dieux. […] des hommes se mesurer, disputer avec leurs Dieux, les traiter cavalièrement, les combattre ! […] « Oui, je jure des Dieux la puissance suprême, Et pour dire encor plus, je jure par vous-même, » dit Cornelie aux cendres de Pompée. Mettre des cendres au-dessus de la puissance suprême des Dieux qu’on adore, est-il rien de plus faux et de plus insensé ?
Tertullien le plus austère de tous nos Ecrivains, dit que les Comédies et les Tragédies étaient les meilleurs Spectacles des anciens, et n'y blâme autre chose que les adultères, et les autres crimes de leurs Dieux, que l'on y représentait avec beaucoup de mépris ; il en condamne le sujet par le peu de respect qu'ils portaient à leur Religion ; mais il ne charge ni d'infamie ni d'anathème ceux qui les représentaient.
» Si on dit que les Grecs, et Romains permettaient les jeux : je réponds que c'était pour une superstition qu'ils avaient à leurs Dieux. mais les plus sages les ont toujours blâmés. car combien que la Tragédie a je ne sais quoi de plus Héroïque, et qui moins effémine les cœurs des hommes, si est-ce toutesfois que Solon ayant vu jouer une tragédie de Thespis, le trouva fort mauvais : de quoi s'excusant Thespis disait, que ce n'était que jeu, Non, dit Solon, mais le jeu tourne en chose sérieuse, beaucoup plus eût-il blâmé les comédies, qui étaient encore inconnues. et maintenant on met toujours à la fin des tragédies, (comme une poison ès viandes) la farce, ou comédie.
Il me souvient avoir lu en quelques Homélies de Pierre Chrysologue Evêque de Ravenne, qui vivait y a onze ou douze cents ans, qu’ès Calendes ou premier jour de Janvier, les Païens du temps passé représentaient publiquement les dieux qu’ils adoraient, en la plus hideuse forme qu’il leur était possible, de sorte que les Spectateurs mêmes en avaient horreur.
Platon blâme les Poètes à ce sujet, et leur reproche de placer le vice dans le Ciel, et de faire de leurs Dieux des protecteurs du libertinage. […] L’un et l’autre se rient des Dieux et appellent Mars et Vulcain, Les deux bouffons du Ciel. […] Mais je ne sache pas que la Théologie du Parnasse ait établi parmi ces fonctions l’obscénité du langage pour caractériser quelqu’un des Dieux : aussi M. […] des Dieux libertins qui débitent au sexe des saletés ? des Dieux impies qui se raillent mutuellement par des blasphèmes ?
si les dieux avaient eu une volonté malfaisante pour les hommes, quel don plus conforme à ce dessein auraient-ils pu leur faire que celui d’une foule de passions, l’injustice, l’intempérance, la luxure, dont la raison n’eût pas été la maîtresse ?
Chez eux d’abord, les Spectacles étoient des divertissemens champêtres, où l’on faisoit entrer le culte des Dieux, & sur-tout de Bacchus, qu’on y célébroit dans le tems des vendanges, comme le Protecteur & le Dieu des raisins. […] En effet, la Langue Grecque étoit à peine connue, qu’Homère en fit le langage des Dieux.
Il faut bien que sa vie honnête lui procure la plus précieuse des prérogatives, d’être le conservateur & le dieu tutelaire de sa famille ; avantage si grand aux yeux des hommes sensés, que monsieur Des Tianges ne croit faire son bonheur & le mien qu’autant qu’il en jouit.
Sans vanité, Messieurs, les louanges que l’histoire peut mériter sont légitimement redoublées sur nos personnes, vu que nous retirons de l’enfer ce que Pluton pensait être garroté dans ses plus profondes cavernes ; nous puisons dans les eaux ce que Neptune pensait avoir de plus caché, et nous faisons descendre de là-haut les Dieux immortels, trop heureux de paraître sur ce théâtre pour publier leurs amours, leurs batailles, et leurs trophées, qui n’emportent autre prix que votre bonne attention.
Mais peut-on dire avec vérité que la Comédie soit absolument purgée de toute idolâtrie, s’il est vrai qu’on ne puisse faire de Comédie sans y mêler les Dieux de la Fable.
N ous n’entendons point par machines, celles qui servent à l’Opéra à descendre les Dieux du ciel, à les y enlever, à faire sortir des abîmes de la terre ou des enfers, des monstres & des furies. […] D’ailleurs les Dieux intervenoient dans leurs Tragédies.
Déesse Flore par des Jeux Scéniques, que l'on croyait célébrer d'autant plus dévotement qu'ils étaient célébrés honteusement, et toute la Ville voyait, entendait et apprenait cette manière d'apaiser leurs Dieux, si effrontée, impure, détestable, immonde, impudente, honteuse, et qui doit donner de l'horreur à la véritable Religion, ces Fables voluptueuses et criminelles écrites contre leurs Dieux, ces actions déshonnêtes, inventées avec autant d'iniquité que de turpitude, et commises avec plus d'abomination, et dont les Acteurs furent privés des honneurs publics par les sentiments de la vertu Romaine, et du droit de suffrage dans les assemblées, on connut leur turpitude, et ils furent déclarés infâmes. » Où l'on ne peut pas dire que ce grand Saint parle d'autre chose que de l'infamie des Mimes et Farceurs des Jeux Scéniques, à cause de leur impudence.
Croient-ils que dans la colere, Hermione marche à pas comptés, A dieu, tu peux partir † je demeure en Epire † Je renonce à la Grece † à Sparte, à ton Empire † A toute ta famille, † & c’est assez pour moi † Traître, qu’elle ait produit † un monstre tel que toi. […] J’en aurois fait mes Rois, j’en aurois fait mes Dieux. […] On ne vit plus les Amans diviniser leurs Maîtresses, de leurs yeux faire des Dieux, leur répéter cent fois qu’elles sont adorables, & qu’ils ne souhaitent que le bonheur de mourir pour elles.
Si les Dieux de la Fâble agissent dans l’Epopée, on les fait aussi intervenir dans les Drames bouffons.
Car comme rapporte Cælius Rodiginus, ils ne s’en sont pas seulement servis pour satisfaire à leur sensualité ; mais encore pour honorer leurs faux Dieux dans leur vaine, et impertinente Religion.
Si la danse occupa les loisirs d’un des sept sages de la Grèce, de Socrate, auquel la belle Aspasie apprit à danser, et si, longtemps auparavant, le roi David ne dédaigna pas de danser devant l’arche, la musique aussi a droit à nos hommages : cette science sublime dans sa théorie, et délicieuse dans la pratique, est, au dire des poètes, un présent des dieux ; elle suspend nos ennuis, et adoucit nos chagrins.
Elle faisoit des vers françois avec autant de délicatesse qu’une personne née à Versailles ; elle en composa pour Charles XII, où elle introduisoit les dieux de la Fables qui louoient les vertus de ce Prince. La piece, qui est très-ingénieuse, finit ainsi : Enfin chacun des Dieux discourant de sa gloire, Le plaçoit par avance au Temple de Mémoire : Mais Bacchus & Venus n’en disoient pas un mot.
C’est pour seconder leurs intérêts qu’ils immolèrent sur les autels de Plutus, de ce dieu des richesses, et la morale et la justice ; c’est dans ce but qu’ils trahirent et qu’ils sacrifièrent sans remords l’humanité et la bonne foi qu’ils foulèrent indignement à leurs pieds. […] Ils se décidèrent en conséquence, et malgré les réclamations du bon sens et de la raison, à proclamer l’existence idéale d’un Dieu véritablement formé à leur image, c’est-à-dire d’un dieu jaloux, exigeant, vengeur, irascible et cruel, d’un Dieu inexorable enfin lorsqu’il est offensé, mais qu’on pouvait cependant très facilement fléchir par la soumission aux ministres du culte et surtout par des présents et des victimes. On pouvait donc, au moyen de l’intercession des prêtres, apaiser un dieu si effrayant, et se le rendre propice en raison de la richesse des offrandes qu’on déposait sur les autels et dans les temples.
Les contes avec lesquels on berce les enfans sont moins incroyables que les Épisodes & souvent le sujet de ses Drames ; les Diables y dansent, les Dieux y radotent.
Elles portoient pendues au cou & sur le front des médailles, des figures des faux Dieux, elles en brodoient leurs habits & le tour de leur gorge, en attachoient à leurs bracelets, & y attachoient de prétendus talismans pour se faire aimer ; mais le vrai talisman étoit la forme, la couleur, la fraîcheur, l’éclat de leur nudité, que le fard & la parure relevoient avantageusement ; les fleurs par leur odeur & leur couleur y donnoient une nouvelle grace. […] On en voit quelquefois qui portent leur sacrilege audace jusqu’à substituer aux figures des Dieux des croix d’or ou d’argent, des images du crucifix, des medailles devotes pendues à leur cou. […] Les Dieux du Paganisme n’étoient que des libertins ; toute la mythologie n’est qu’une histoire galante. […] La passion des Dieux ne respectoit pas leurs propres temples. […] Ce poison est funeste aux Dieux mêmes qui en sont épris, c’est-à-dire, aux plus grands hommes, aux plus sages, aux plus vertueux.
Je ne pardonne point aux panégiristes & aux adulateurs la comparaison qu’ils font de leurs héros & de leurs héroïnes avec les dieux du paganisme & de certains hommes célebres de l’antiquité. […] C’étoit le plus infame débauché, abusant de toutes les femmes, incestueux, adultere, sodomiste avec le plus grand éclat, sans pudeur & sans ménagement, traité de dieu par les plus grands poëtes, Virgile & Horace, ayant des temples des prêtres, des sacrifices dans tout l’Empire, le poëte le plus infame & île plus ordurier : il reste de lui une épigramme qu’un honnête homme ne peut pas lire. […] Les grecs lui ont donné une signification riante : c’est chez eux une allée d’arbres, une feuillée, un berceau de branches, un bosquet, sous lesquels on jouoit, dansoit, chantoit ; ce qui est bien plus analogue au théatre, puisque toutes les aventures des dieux, des déesses, des héros, se sont passées à la campagne, à l’ombre de quelques arbres. […] A cette idée heureuse, sublime, divine, il ne se sent pas d’aise ; il va, il vient, se leve, s’assit & trace avec transport le plan de ce drame merveilleux à l’honneur du dieu Voltaire. […] Le dieu que nous nommons Voltaire Les grecs l’appeloient Apollon.
Un Payen qui suivait les devoirs de l’honnête homme, qui ne s’écartait jamais de ce que lui prescrivaient ses Dieux & la probité, ne valait-il pas ce Chrétien qui semble se faire un plaisir de se moquer de la Religion, & d’afficher les désordres de sa vie ?
Ils invitent leurs dieux, lesquels ils adorent : et encore leur attribuent-ils tels délits, comme choses pieuses, les misérables qu’ils sont.
Ils déshonorent vos Dieux en leur attribuant des haines, des tourments et des paillardises.
Borné par son art à ce seul objet, cet Artiste ne sçait faire que son Palais ou d’autres Palais semblables : mais il y en a de bien plus universels, qui font tout ce que peut exécuter au monde quelque ouvrier que ce soit, tout ce que produit la Nature, tout ce que peuvent faire de visible au ciel, sur la terre, aux enfers, les Dieux mêmes. […] Quand Homère ou quelque Auteur tragique nous montre un Héros surchargé d’affliction, criant, lamentant, se frappant la poitrine : un Achille, fils d’une Déesse, tantôt étendu par terre & répandant des deux mains du sable ardent sur sa tête ; tantôt errant comme un forcené sur le rivage, & mêlant au bruit des vagues ses hurlemens effrayans : un Priam, vénérable par sa dignité, par son grand âge, par tant d’illustres enfans, se roulant dans la fange, souillant ses cheveux blancs, faisant retentir l’air de ses imprécations, & apostrophant les Dieux & les hommes ; qui de nous, insensible à ces plaintes, ne s’y livre pas avec une sorte de plaisir ? […] Mais songez toujours que les Hymnes en l’honneur des Dieux, & les louanges des grands hommes, sont la seule espèce de Poësie qu’il faut admettre dans la République ; & que, si l’on y souffre une fois cette Muse imitative qui nous charme & nous trompe par la douceur de ses accens, bientôt les actions des hommes n’auront plus pour objet, ni la loi, ni les choses bonnes & belles, mais la douleur & la volupté : les passions excitées domineront au lieu de la raison.
Si on dit que les Grecs et les Romains le permettaient, je réponds que c’était par superstition pour leurs Dieux ; mais les plus sages les ont toujours blâmés, car quoique les tragédies corrompent moins, Solon ayant vu jouer une tragédie de Thespis, le trouva fort mauvais. […] Il bannit même Homère, que personne n’accuse d’obscénité, parce qu’il donne aux Dieux et aux héros des sentiments vicieux d’ambition, de vengeance, de cruauté, et qu’il ne faut présenter que de bons exemples, et jamais l’image de ce qu’on ne doit pas faire ; que les pièces de théâtre ne sont que des fables ; qu’il ne convient pas d’accoutumer l’homme à parler contre la vérité, et à se repaître de mensonges, à s’amuser par des niaiseries, se dissiper par des frivolités, et se rendre frivole soi-même. […] « La qualité de Magistrat est sacrosainte, ceux qui la portent sont des Dieux ; les hommes passent, comme la monnaie, plutôt par la marque extérieure que par la valeur intrinsèque.
Si l’on rencontre de la fable ou de la superstition, on lui montrera l’aveuglement horrible des Païens qui faisaient des divinités des objets de leurs passions, et qui se familiarisaient avec le crime par l’exemple des Dieux de leur façon : on lui fera reconnaître en même temps la grandeur des miséricordes de Dieu sur nous, qui nous a montré la voie de la Justice et la manière de l’adorer, pendant que tant de Nations demeurent dans les ténèbres, et sont abandonnés à leurs imaginations. […] Ceux-ci dans leur superstition craignaient leurs faux Dieux ; et cette crainte mettait des bornes à leurs passions.
Les rois, les héros, les dieux, les déesses, à l’Opéra, sur des chevaux de cartons, élevés dans les airs par des cordes, sur des aigles, des dragons, des chats en peintures, souvent aussi dérangés que le grison de Moliere Sancho, les fées, les sylphes, les enchanteurs, les statues animées de Deucalion, de Pygmalion & de Prométhée, du Festin de Pierre, &c, sont-ils moins puériles ?
D’une Vénus infâme adorateurs fidèles, Leurs flammes n’étaient point honteuses, criminelles : L’amour le plus indigne, et le plus vicieux Avait, pour s’excuser, l’exemple de leurs Dieux.
Nous espérons aussi bien que vous, que nous aurons sujet de nous réjouir, et que le Seigneur bénira nos armes ; Mais sera-ce aux Dieux de l’Opéra que nous irons porter notre reconnaissance et notre joie ?
Il en est arrivé de même des Poèmes Dramatiques : car depuis qu'ils ont été retirés des Théâtres anciens consacrés aux faux Dieux, ils n'ont plus été considérés comme une invention des Démons, et n'ayant plus rien de leur vieille et criminelle vénération, ils sont donnés au public, et portés jusques dans le Palais des Rois, sans aucun scrupule d'Idolâtrie ; On les regarde seulement comme les Chefs-d'œuvre d'un bel esprit ; et une parfaite imitation de la vertu des Héros, et tout ce que l'on y peut admirer sont les inventions du Poète, et le beau récit des Acteurs.
Cela me fait souvenir d’un mot de Cicéron, qui dit, qu’il n’est pas honnête d’exercer par un jeu d’esprit sa Philosophie et sa Rhétorique contre les Dieux, en combattant ou leur existence ou leur providence, sans être Athée.
C’est un mensonge perpétuel, dit-il, des personnages feints, des événemens fabuleux, des discours supposés, des Dieux, des Déesses imaginaires, des enchantemens, &c. […] Un homme qui confond dans le même ouvrage l’Etre suprême & les Dieux de la fable, qui prend les histoires pour des contes, & les contes pour des histoires.
Voir l’annotation au 4. traité qui est, que les Idoles, ne sont point dieux. […] Voir l’annotation au 4. traité qui est, que les Idoles, ne sont point dieux.
Il s’excusa le mieux qu’il pût dans le prologue : « Ai-je pu, s’écriait-il, refuser quelque chose au maître du monde, à qui les Dieux même n’ont rien refusé ? […] De sorte que cette nombreuse troupe de Dieux et de Déesses du plaisir ne sont que le Dieu Belphégor décomposé ou réuni sous divers noms et par diverses fêtes, exerçant ses divers emplois dans les provinces de son empire.
Quelle impression ne fait pas Phedre sur l’ame d’une jeune spectatrice lorsqu’elle charge Venus de toute la honte de sa passion, lorsqu’elle prend les Dieux à témoin : Ces Dieux qui dans son flanc Ont allumé ce feu fatal à tout son sang, Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d’une foible mortelle. Il est vrai qu’on n’accuse plus les Dieux du déréglement de son cœur, & qu’on ne cherche plus à l’authoriser par leur exemple, comme ceux dont S. […] Aussi les premiers Poëtes ont-ils passé pour des hommes inspirés : leur enthousiasme a paru avoir quelque chose de plus qu’humain, & leur langue a été appellée la langue des Dieux.
est-il vraisemblable qu’il ignore que la peste ravage Thèbes depuis long-tems, & qu’on implore le secours des Dieux ?
Que les Dieux le leur rendent.
Enfin les Masques des Anciens répondaient au reste de l’habillement des Acteurs, qu’il falait faire paraître plus grands & plus gros que des hommes ordinaires, lorsqu’ils représentaient des Dieux & des Héros.
Entendra ces discours sur l’amour seul roulant, Ces doucereux Renaud, ces insensés Roland ; Saura d’eux qu’à l’amour, comme au seul dieu suprême, On doit immoler tout, jusqu’à la vertu même ; Qu’on ne saurait trop tôt se laisser enflammer ; Qu’on n’a reçu du ciel un cœur que pour aimer ; Et tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lully réchauffa des sons de sa musique ?
Garrik a raison, le théatre est idolâtre : les auteurs sont les dieux à Londres, à Paris les actrices sont les déesses qu’on adore. […] Nous avons souvent condamné le mêlange profâne du Paganisme avec le Christianisme sur le théatre, le culte simulé des faux dieux, ces exercices d’idolâtrie qui y sont si communs : l’autorité d’un anglois sera sans doute d’un grand poids dans ce siecle angloman. […] Ne peut-on pas peindre la douceur de la vie pastorale, sans peupler les bois, les campagnes, les ruisseaux, de Naïades, de Faunes, de Satyres, & faire défiler toute la bande des dieux & des déesses champêtres. […] C’est un tonnerre bruyant & sonore, comme celui de Salmonée, qui, pour se donner pour un dieu en imitant le tonnerre, faisoit rouler sur un pour d’airain un charriot à quatre roues ferrées.
Ne croyez pas, Mes Très-chers Frères, que nous voulions vous effrayer : nous espérons aussi bien que vous, que nous aurons sujet de nous réjouir, et que le Seigneur bénira nos armes : mais sera-ce aux Dieux de l’Opéra que nous ironsp porter votre reconnaissance et vôtre joie ?
C’est ainsi qu’on l’a toujours entendu à l’Opéra, & sur tous les théatres du monde, où les Dieux & les Déesses viennent figures ; & dans la vérité cette parure n’est point naturelle. […] Sur le théatre où regne , disent-ils, l’illusion, où les Dieux, les Démons, les Héros, les Fées, les Magiciens, se reproduisent sans cesse, une tête sortant de nos mains, est tantôt celle d’une Divinité, tantôt celle d’une Héroïne, tantôt celle d’une simple Bergere. […] Malgré sa haute sagesse jusqu’à devenir idolâtre, & à bâtir des Temples à leurs Dieux ; il fut imité dans cette extravagante toilette par les Empereurs Romains, très-propres à figurer avec les Pages & les Concubines d’un Prince perdu de débauche.
La mythologie n’est fondée que sur la débauche ; presque tous les dieux ne sont que des bâtards, & tous sans exception, jusqu’au vieux Saturne, ont eu des bâtards. […] Dans un moment on voit d’un coup de baguette, comme dans les contes des fées, le parquet du sallon, s’ouvrir, & monter une table chargée de mets exquis ; peu de temps après un bruit de fifres & de musettes annoncent le dieu Pan, qui vient à la fête, avec les dieux champêtres.
L’Auteur est un homme de bien, & un homme d’esprit, mais trop ébloui de l’éclat, de l’élévation, de la splendeur (terme favori) des Dieux de la terre. […] A dieu donc le bal & les masques ; qui court le bal plus que les Grands ? […] La régularité, l’austérité des Actrices, des ordres tout-puissans qui s’opèrent subitement ; les Grands à ces traits sont vraiment des Dieux.
Approuve-t-on l’idolatrie, quand on explique les fables des dieux & des déesses dans les poëtes païens. […] Ces théatres furent détruits par les barbares ; les ruines qui en resterent furent prises dans la suite pour un amphithéatre ou pour quelques temples des dieux.
On s’écriera peut-être, que ce que je reprends, prouve que l’action est supposée se passer dans le tems qu’on ne connaissait que les Dieux du Paganisme : s’il était ainsi, j’avouerais que je n’y comprends rien, & qu’on se serait plû à contredire l’Histoire, la raison & le sens commun.
Au-lieu de parler de ce qui concernait les principaux Personnages, il s’amusait souvent à faire de magnifiques descriptions, ou à conter la généalogie de quelques Dieux.
83, il dit avec raison, que les mauvais exemples des Dieux sont pernicieux pour ceux qui les adorent ; que le respect & l’estime qu’on a & qu’on doit avoir pour eux fait trouver saint & bon ce qui est détestable. […] Le Théatre est un tableau aussi dangereux : il présente les mêmes désordres, & avec les mêmes couleurs, dans les dieux & les déesses, dans les héros, dans les princes ; l’élévation du coupable semble les ennoblir, en effacer la bassesse & le crime. Nous n’adorons pas ces dieux, nous ne sommes pas soumis à ces princes, il est vrai ; l’effet de ces exemples sera moins rapide, mais on le sentira tôt ou tard. […] (L’Académie) plus forte par le nombre & vantée en tous lieux, les corrupteur, du goût en paroissent les Dieux, eux seuls peuvent prétendre au rare privilege d’aller au Louvre en corps commenter l’alphabet, grammairiens jurés immortels par brevet.
Saint Martial évêque de Limoges, autrement appelé l’Apôtre des Gaules, l’un des septante-deux Disciples, dans une Epitre qu’il écrit à ceux de Bordeaux, après les avoir exhortés des devoirs spirituels, les conjure de s’exempter de la fréquentation de ces profanes, comme étant une école de l’idolâtrie, en effet les Païens s’en servaient pour rendre des louanges à leurs Dieux, par Hymnes et Cantiques ; c’est de là que la poésie a été estimée le plus digne de tous les Arts, à cause de la noblesse de son origine, et fut même appelée le langage de la Divinité, car si nous considérons l’histoire Romaine, nous trouverons que les Oracles, ne répondaient autrement qu’en vers. […] De quelle impétuosité n’a-t-elle point heurté les premiers Chrétiens, quand les Païens les appelaient secte pernicieuse, ennemis des Dieux, des Empereurs, des mœurs, et enfin de toute la nature comme témoigne Tacite en son livre des mœurs, et Suetonius en la vie de Néron.
qu’a pu dire de plus fort le paganisme pour flatter des Princes qu’il mettait au rang des Dieux ? […] Elle se trompait, la gravité philosophique de ce Prince, dont toute la vie fut une comédie perpétuelle, ne pouvait s’accommoder de la licence ; et sa dangereuse politique, qui pour mieux détruire le christianisme, affectait d’en surpasser la pureté dans le culte des faux Dieux, enchérit sur ses prédécesseurs, et de son temps le théâtre fut plus réservé que jamais.
Et qu’il attende tout d’un Maître tout puissant, Que les Dieux ont formé juste et reconnaissant. […] Si mon bras a fait choir ces têtes orgueilleuses, Qui fomentaient toujours des ligues dangereuses, Ce fut pour son bonheur que je les fis tomber : Tous ces Chefs ennemis l’auraient fait succomber Sous le poids accablant d’un joug dur et terrible ; Je prévoyais son sort, mon cœur y fut sensible : Les Dieux ont secondé mes généreux projets, Et la paix par mes soins règne sur mes sujets. […] Quoiqu’il ait vu tomber ses Autels et ses Dieux Profanés par l’horreur d’un désordre odieux ; Quoiqu’il ait vu le sang des enfants et des mères Se confondre en coulant avec celui des pères ; Quoiqu’il voie aujourd’hui ses temples démolis, Sous des débris affreux ses Chefs ensevelis, Les palais renversés, les maisons écrasées, Par la faux des Soldats ses Campagnes rasées, Peut-être qu’il perdrait ce triste souvenir, S’il pouvait se flatter d’un plus doux avenir ; Mais il connaît trop bien que des horreurs nouvelles Lui présagent encore des épreuves cruelles.
Leur idole ou nouveau dieu quitte vitement son échafaud, suivi de sa cambradet, étonné, comme fut tout le reste des joueurs et des spectateurs, non seulement de la pluie du tout extraordinaire, mais aussi des vrais tonnerres d’en haut et de la foudre qui tomba sur une maison proche de celle des jésuites, où elle fit du ravage, dont plusieurs des joueurs fort effrayés depuis sont morts : et tient-on compte de neuf ou dix des principaux, au moinsu.
Je vois dans Œdipe un Prince, fort à plaindre sans doute, mais toujours coupable, puisqu’il a voulu contre l’avis même des Dieux, braver sa destinée ; dans Phèdre une femme que la violence de sa passion peut rendre malheureuse, mais non pas excusable, puisqu’elle travaille à perdre un Prince vertueux dont elle n’a pu se faire aimer ; dans Catilina, le mal que l’abus des grands talents peut faire au genre humain ; dans Médée et dans Atrée les effets abominables de l’amour criminel et irrité, de la vengeance et de la haine. […] Si dans les pièces où l’on expose le crime à nos yeux, les scélérats ne sont pas toujours punis, le spectateur est affligé qu’ils ne le soient pas : quand il ne peut en accuser le Poète, toujours obligé de se conformer à l’Histoire, c’est alors, si je puis parler ainsi, l’Histoire elle-même qu’il accuse ; et il se dit en sortant : « Faisons notre devoir, et laissons faire aux Dieux. »i Aussi dans un Spectacle qui laisserait plus de liberté au Poète, dans notre Opéra, par exemple, qui n’est d’ailleurs ni le Spectacle de la vérité ni celui des mœurs, je doute qu’on pardonnât à l’Auteur de laisser jamais le crime impuni. Je me souviens d’avoir vu autrefois en manuscrit un Opéra d’Atrée, où ce monstre périssait écrasé de la foudre, en criant avec une satisfaction barbare, « Tonnez, Dieux impuissants, frappez, je suis vengé. » Cette situation vraiment théâtrale, secondée par une musique effrayante, eût produit, ce me semble, un des plus heureux dénouements qu’on puisse imaginer au Théâtre lyrique. […] [NDE] D’Alembert reprend ici à son compte, en le détournant légèrement pour l’adapter au contexte d’énonciation, le propos du vieil Horace répondant à Curiace : « Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux. » Corneille, Horace, acte II, scène 8 (repr. 1639, publ. 1641).
Les grandes fautes y sont données presque toutes à la destinée, et les dieux seuls y sont coupables des crimes des hommes. […] » « Qui peut se dire à soi-même qu’il n’a contracté aucune tache en sortant d’un lieu où les deux sexes se rassemblent pour voir et être vus, et pour voir des spectacles consacrés aux dieux des nations, où on décrit leur histoire, où on peint leurs amours, où on représente leurs infamies sous des voiles qui en diminuent l’horreur et qui en augmentent le danger ?
puisqu’il avoue lui-même « qu’il n’est rien plus facile que de se guinder sur des grands sentiments, de dire des injures aux Dieux n », et de cracher contre le Ciel. […] [NDE] L’information est probablement tirée de la Vie des douze Césars de Suétone qui, dans sa Vie d’Auguste, rapporte des cas de punitions infligées à des comédiens (mais aucun pour s’être moqué des dieux) et l’interdiction faite aux femmes d’assister aux spectacles d’athlètes (mais non aux représentations théâtrales), voir Vie d’Auguste, 44 et 45.
Puis s’adressant aux cendres de Pompée1 : Car vous pouvez bien plus sur ce cœur affligé, Que le respect des Dieux qui l’ont mal protegé ; Je jure donc par vous, ô pitoyable reste !
Nos poëtes au contraire itrirent les bêtes féroces, justifient leur rage, leur enseignent à nous dévorer, détruisent les murailles des villes, les vrais fondemens de la soclété humaines, les bonnes mœurs : voilà les nouveaux poëtes, les interprêtes des dieux.
On donne encore ce nom à toutes les danses que les Egyptiens, les Grecs & les Romains* avaient instituées à l’honneur de leurs Dieux, & qu’on exécutait, ou dans les Temples, comme les Danses des Sacrifices, des Mystères d’Isis, de Cérès &c ; ou dans les Places publiques, comme les Bacchanales ; ou dans les bois, comme les Danses rustiques &c.
applique proprement le mot d'Histrion aux Mimes, qui par leur danses représentaient les Fables des faux Dieux, en disant, « qu'un seul contrefait tantôt Vénus par ses mollesses, et tantôt Cybèle par les tremblements de son corps. ».
Or on dit que le principal exercice des sorciers en leurs assemblées est la danse : et ainsi les idolâtres dansaient à l’entour du veau, Exode 32d, comme aussi quand ils voulaient apaiser leurs Dieux, Idoles et diables et obtenir quelque chose d’eux ils proposaient publiquement des jeux de théâtres, comme il appert ès leçons des matines de la fête de monsieur saint Michele.
Ainsi donc, ô mon cher Glaucon, lorsque vous rencontrerez de ces effrénés amateurs d’Homere qui vous disent que ce Poëte a instruit la Grece, & qu’on ne peut trop le lire ni l’étudier toute sa vie, ni trop se conformer à ses préceptes si l’on veut bien se conduire parmi les hommes, il leur faut répondre avec amitié, comme à de bonnes gens qui se connoissent en Poësie, & leur avouer qu’Homere est en effet le plus grand des Poëtes, & le premier des Poëtes Tragiques ; mais que pourtant nous ne pouvons recevoir dans notre République d’autres ouvrages de Poësie que les Hymnes & les louanges des Dieux, persuadez que nous sommes que du moment que nous y recevrons cette autre Poësie molle & voluptueuse, ce ne seront plus les Loix ni la Raison qui y regneront, mais seulement la douleur & la volupté. […] Je prens pour exemple l’Iphigénie Françoise : elle a dans toute la Piéce intéressé si vivement le Spectateur par ses vertus & sa douceur, que s’il voyoit à la fin couler son sang, il seroit indigné contre les Dieux qui l’ont demandé, contre le pere qui l’a accordé, contre les Grecs qui l’ont versé, & sortiroit mécontent. […] Les Sujets de ces premieres Tragédies, & de celles qu’Aristote recommande, sont des crimes, ou plutôt des horreurs qui n’arrivent presque jamais, & qui n’étoient arrivées que par la vengeance des Dieux sur certaines Familles. […] Jason, quand il l’y voit, n’a pas tort, dans la Piéce Latine, de lui dire, Rends-nous témoignage d’où tu es, qu’il n’y a point de Dieux.
La pudeur est devenue une petitesse d’esprit & un ridicule, nos maisons sont des écoles de lubricité, le vice y regne, & parle aux yeux dans mille chefs-d’œuvres de peinture & de sculpture ; il invite par les exemples des Dieux, & les foiblesses des hommes, la poésie & la musique y dictent leurs coupables leçons, les embelissens de leurs graces, & répétent sur tous les tons, leurs audacieuses maximes, & y célébrent les honteux triomphes. […] Pour rassurer un auteur scrupuleux, on ajoûte, Laisse les préjugés, & que rien ne t’étonne, Vain avec tes égaux, hardi contre les Dieux, Comme il n’a plus de mœurs, qu’il soit aussi sans goût. […] Le Français sort enfin d’une trop longue enfance, C’est un être pensant, & qui parle encor mieux, Prêchant toujours la tolérance, L’humanité, la bienfaisance, Et méprisant les hommes & les Dieux.
C’étoit la même Déesse, les mêmes loix, le même culte ; distinction injuste, dictée par la vanité, contraire à l’esprit de la religion, qui jamais ne distingue les états, dont la plupart des Dieux & des Déesses, Bergers, Forgerons, &c. étoient d’une origine tres-roturiere. […] Tels étoient les idolatres qui chantoient les adulteres des Dieux, & châtioient deux des esclaves, adoroient une Venus impudique, & prêchoient la chasteté à leurs femmes & à leurs filles. […] Jerome compare les femmes si bien parées aux victimes que les Payens immoloient à leurs Dieux.
Qu’à la bonne heure le Mercure, qui chaque mois, au préjudice des bonnes mœurs, va ramassant avec le plus grand soin, comme autant de pierres précieuses, toutes les folies de galanterie du royaume, très-souvent licencieuses, toujours indignes de l’impression ; qu’à la bonne heure ce messager des dieux, payé par les actrices, donne plusieurs articles aux spectacles : mais qu’un livre destiné à conserver à la postérité le souvenir de ce qui s’est passé d’important pendant le regne d’un grand Roi, s’amuse des frivolités dramatiques, & veuille occuper ses lecteurs, comme d’un objet digne d’eux, des jeux pernicieux, que le gouvernement ne tolere qu’à regret, pour éviter, dit-on, de plus grand maux, c’est ce que la Religion & la vertu ne pardonne point à l’auteur, dans un écrit qui n’est pas fait pour elles, & où toutes ces folies sont aussi parasites que dangereuses. […] Il a commencé, au sujet du couronnement du Roi, par faire danser Vespasien, Tite, le Sénat, les Chevaliers, les Dames romaines, toute la bande des dieux & des déesses célestes & terrestres, sur-tout la Cour de Cythere, & par une suite nécessaire, le Char du Vainqueur, le Temple de Salomon, le Capitole, du moins en carton. […] Il avoit régné plus de vingt-cinq ans sur les dieux, les déesses, les monarques, en qualité de directeur de l’Opéra ; il s’étoit retiré avec une pension de dix mille livres, & le titre éminent d’administrateur de l’Académie de Musique.
& que les Dieux, sur notre Théâtre, figurent assez mal, un nouveau Chrétien, qui assistoit à ces Spectacles, n’étoit pas moins irrégulier qu’un Juif, qui de nos jours seroit nouvellement converti, & que nous verrions retourner à la Synagogue. […] La Comédie fut regardée, dans sa naissance, comme un effet de la sagesse des Grecs, & elle resta long-tems dans la plus haute estime ; mais quand un Poëte osa se mocquer publiquement des Dieux, des Ministres de l’Etat, & des Philosophes les plus respectés, les choses changerent de face, & ces Comédiens, auparavant si aimés, furent alors chassés comme ils le méritoient.
Enfin, les Statuës des plus considerables Romains y estoient portées, aussi bien que celles de leurs Dieux. […] A leurs testes marchoient les* Chars qui portoient leurs Dieux.
Ce sont encore des portefaix qui sont chargés de ce rôle, et qui représentent la tête de deux saints que nous honorons et invoquons, chaque jour dans nos églises, par deux têtes de bœuf et de lion, qui représenteraient à merveille, ces animaux horribles que les païens adoraient comme leurs dieux ! […] PP. grands partisans de nos dieux de la mythologie, déployèrent également le plus grand zèle pour la danse et les ballets ; car lorsque M. de la Berchère, évêque de Lavaur, fut nommé à l’archevêché d’Aix, ils célébrèrent son arrivée dans sa ville archiépiscopale par un ballet qui ne le cédait en rien par sa lasciveté et ses galanteries aux ballets de nos opéras. […] PP., en l’année 1653, à l’occasion de l’Enigme infâme qu’ils y exposèrent, et dans laquelle on voyait tous les dieux du paganisme, tels que Jupiter, Vénus, Cupidon, etc., dans la nudité la plus absolue, et à côté des sujets les plus respectables de notre culte, tels que le saint-sacrement de l’autel, l’image de Jésus-Christ, de la Vierge, et des autres saints. […] Vénus, Diane et d’autres dieux du paganisme, sont représentés dans les autres feuilles. […] L’autorité du prince, qui est émanée de Dieu même, lui donne la puissance directoriale sur toutes choses ici-bas ; c’est l’Apôtre Saint Paul, qui nous confirme cette grande vérité : « Que toute âme, que tout le monde se soumette aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c’est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre ; « Le prince est le ministre de dieu pour votre bien » ; (Epître aux Romains).
Les Partisans de la Comedie me repliqueront peutêtre, que tous ces spectacles, dont parle ici le Docteur, faisoient partie du culte des faux Dieux ; & que c’étoit assés pour en inspirer de l’horreur aux Chrêtiens, & pour les condamner.
Saint Augustin assure que c’est un reste de Paganisme, d’autant que les anciens Idolâtres par cette cérémonie profane honoraient leurs faux Dieux.
Pontius, 1599, “Instructiones praedicationis Verbi Dei”, p. 485] : non qu’il y eût à la lettre dans les spectacles de son temps des restes du paganisme ; mais parce que les passions qui ont formé les dieux des gentils y règnent encore, et se font encore adorer par les chrétiens.
Pour le Dieu Moliere on le met au plus haut de l’Olympe, au-dessus même des Dieux. […] Parle-t-il en Payen, en voilà le ton & le langage, c’est un autre délire ; élever un homme jusqu’à la divinité, c’est dégrader la divinité jusques à l’égaler aux hommes, c’est une impiété, une extravagance, c’est déprécier son propre éloge & en faire disparoître le merveilleux ; si les Dieux sont au niveau des hommes est-il fort merveilleux qu’on leur ressemble ? […] En mettant Moliere égal aux Dieux, il n’est pas étonnant qu’on le mette au-dessus des plus grands poëtes. […] il ressemble au vrai Dieu ou aux Dieux de la fable.
7, rapporte que la peste ravageant la ville de Rome, les Romains, qui avoient inutilement essayé bien des remedes, s’aviserent d’instituer des Jeux scéniques, jusqu’alors inconnus, pour appaiser les Dieux, c’est-à-dire les Démons selon le Prophete : Omnes Dii gentium Dæmonia ; belle maniere d’obtenir des miracles. La peste qui étoit sur son déclin, cessa bien-tôt ; on en attribua la grace à la protection des Dieux, & l’on joua encore la comédie pour les remercier. […] On y chautoit leurs exploirs & leurs victoires : bassesse de la Cour & du peuple de célébrer sa défaite & sa servitude, & l’usurpation de leurs vainqueurs ; ils y passoient pour des Dieux, & leur artillerie pour la foudre.
Combien de dissertations sur ces graves antiquités dans le recueil de ses Mémoires, ouvrage aussi précieux, que tant de contes de Dieux & de Déesses, dont on a tant parlé, & dont on parle sans cesse sur le Théatre ! […] Tels sont les exploits des Conquerans de l’Amerique, que l’artillerie fit prendre pour des Dieux. […] C’étoit un palais enchanté, vaste, superbe, tout incrusté d’or en dehors & en dedans, bâti de la main des Dieux, comme Troye des mains d’Appollon, Athenes des mains de Minerve, & tant de palais de cristal par la main des Fées.
Materne desguisé aux festes de la Déesse Pesinonce mere des Dieux soubs l’habit & masque d’vn des garde-corps de l’Empereur attenta à la vie de Commodus : Combien de voleries, d’assassinats, de parricides, de meurtres, de rauissemẽs, d’adulteres, de larrecins ont esté commis par les masques ; Ie renuoy le lecteur aux histoires & exemples ordinaires. […] Ils se couurent d’vn fac moüillé & au lieu de s’excuser ils s’accusent dauantage, & ce n’est pas parer aux coups que l’Eglise lance contre les mascarades, c’est se flatter, c’est se plaire en son mal : i’ose dire que te masquant tu faits cõme les Payens : ils masquoient en l’hõneur de leurs idoles croyãt qu’ils fussent vrais Dieux, & roy qui doit croire vn seul Dieu, te masque à la guise des idolatres & ne crois les Idoles, leur foy & creãce les excuse, la tienne t’accuse, en ce que tu fais les actes d’idolatres sans croire les idoles pour Dieux, & au lieu d’honnorer Dieu tu le deshonnore, & en faisant les actes des idolatres tu idolatres, & plus grieuemẽt que les idolatres mesmes : Dieu les auoit priuez de la lumiere de la foy & les auoit faict cheoir aux tenebres des vanitez, Dieu t’a esclairé & tu vis en tenebres.
La Tragédie a bien plus de force que la Musique, à laquelle le fameux Polybe attribuoit d’avoir adouci les mœurs des Arcadiens, & d’avoir rendu ce Peuple plus religieux envers les Dieux***.
Nous foulons aux pieds les dieux des nations, nous chassons bien loin les anges des ténèbres : de telles victoires ne sont-elles pas bien plus flatteuses que celles qu’on remportait autrefois dans le Cirque ?
Se moque des Païens qui laissaient jouer leurs Dieux, 347 Aubignac favorable aux Comédiens.
Lorsque les jeux se faisaient en mémoire de la fondation de Rome, ainsi qu’on en célébra l’an 800 sous Claude, et l’an 1000 sous Philippe, que plusieurs Auteurs ont cru Chrétien sans aucun fondement, alors les jeux étaient consacrés aux Dieux. […] On en dédiait aussi extraordinairement aux Dieux ; et en ce cas les jours auxquels ils se faisaient, devenaient par là des jours de Fête et solennels. […] IL est constant qu’en 399, les Edits d’Honorius et d’Arcadius firent raser ou fermer presque tous les Temples des faux Dieux. […] Enfin lorsque Dieu, dont la doctrine condamne à haute voix ces excès, est blasphémé par des peuples impies, et que l’on se fait des Dieux en l’honneur de qui on puisse faire paraître sur les Théâtres des infamies, qui déshonorent également l’âme et le corps. […] : « O que la Poésie est une admirable réformatrice des mœurs, elle met dans l’assemblée des Dieux, l’amour, auteur du vice et de la légèreté.
Laruette, serait digne d’être admise au Concert des Dieux : ses accens répandent dans l’ame une douce ivresse ; c’est n’est plus une mortelle que l’on entend, c’est Europe chantant parmi les Muses ; c’est une Divinité qu’on adore. […] Non, mon ami : comme on n’y représente que des Dieux, des Héros, des Magiciens, des Forcenés, la voix humaine par excellence y conviendrait peu.
Thésée, dans le premier moment, dévoue son fils à la vengeance des Dieux et ce fils en devient la victime » ; il est certain que sur une pareille exposition tout homme tant soit peu raisonnable et vertueux frémira d’horreur et regardera Phèdre comme un monstre abominable : mais il changera d’avis après la représentation, parce qu’il verra dans Phèdre une femme malheureuse par sa passion, et chez qui la Vertu est presque aussi puissante que le Vice : elle est justifiée de la persécution qu’elle a fait essuyer à Hippolyte par ces vers où respire la Vertu : « Toi-même en ton esprit rappelle le passé. […] « La faute en est aux Dieux, qui m’ont fait un magot. » Après le départ de M. de Voltaire pour Berlin, nous continuâmes à représenter quelques-unes de ses pièces.
O quel service tu ferais aux Dieux, et quel profit à Rome, que pour trois batelées de fols, nous en envoyasses une de sages ! […] Sans comparaison est plus grande offense aux Dieux, et plus grand dommage à la République, les Truands qui ôtent le bon sens aux sages, que des homicides qui privent les hommes de vie, comme le plus grand bien est de tenir bon sens.
Ballet donné par les jésuites à l’archevêque d’Aix, pag. 243 ; un autre donné à Paris par les mêmes, dans lequel figuraient Vénus, Cupidon, et tous les autres dieux de la mythologie, pag. 244.
Car dieu merci vous ne louez jamais que ce que vous faites.
Ceux qui passent dans les pays étrangers, n’y vont que parce qu’ils sont contraints de s’absenter de leur chère Patrie ; une Muse satyrique ou licentieuse les porte à quitter, malgré eux, leurs Dieux Pénates.
C'est une vengeance que les hypocrites et ceux qui accusent leur prochain ne verront jamais, puisque, leurs crimes étant infiniment plus grands que ceux-là, ils doivent les premiers sentir les effets de la colère d’un dieu vengeur.
O paganisme, vous qui avez déifié le vice, qui avez introduit la licence des mœurs parmi vos dieux même, qui méliez le récit des plus dégoûtantes abominations aux éloges de vos héros ! […] C’étoit chez vous un crime odieux à la société, toujours sûr de la vengeance des dieux, d’initier le premier âge à la pratique du mal.
L’Ecriture n’en parle que comme d’une folie & d’un crime, & ne l’attribue qu’aux femmes de mauvaise vie, & aux statues des faux Dieux, qu’on s’imaginoit de bien honorer en les barbouillant comme des femmes. […] Elle y apporta le culte de ses Dieux, leur bâtit des temples, les fit adorer, persécura les fidelles, fit mourir les Prophêtes.
car toutes les aventures des Dieux deviennent une matière de drame. […] Il ne nous est pas plus permis d’entendre parler des adultères des hommes et des Dieux, que les Comédiens pour gagner de l’argent chantent avec toutes les grâces dont ils sont capables (à l’Opéra) : « Nec fas est nobis audire Deorum hominumque adulteria, quæ suavi verborum modulamine prœmiis inducti celebrant. » Les Chrétiens se font gloire de la modestie et de la continence, ils respectent le mariage, honorent la chasteté, et fuient l’injustice et le péché.
Julien défendoit aux Sacrificateurs de ses faux Dieux d’y assister, de même que d’aller aux cabarets.
Qu’a pu dire de plus fort le paganisme, pour flatter des princes qu’il mettoit au rang des dieux ?
si les Dieux, dit-il1, avoient eu une volonté mal-faisante pour les hommes, quel don plus conforme à ce dessein auroient-ils pû leur faire, que celui d’une foule de passions, l’injustice, l’intempérance, la luxure, dont la raison n’eut pas été la maîtresse ?
C’étoient des actes religieux parmi ces peuples, & la représentation des avantures de leurs Dieux, c’est-à-dire des mysteres du paganisme. […] Les mysteres du paganisme n’étoient autre chose que les amours des Dieux, qu’on y jouoit, les acteurs n’étoient pas moins des débauchés que des idolâtres, & les actrices des courtisannes.
On l’a fait en action de graces & par religion dans les fêtes & les cérémonies les plus saintes, non-seulement chez les Payens, qui célébroient leurs faux Dieux par des danses religieuses, mais chez les Juifs. […] On ne sait ce que c’est ; ce sont des spectacles monstrueux, où avec une dépense énorme, une magnificence bizarre, sans dessein & sans goût, on mêloit, entassoit, prodiguoit tout ce qu’on pouvoit imaginer de frappant, de galant, de grotesque, le ciel, la terre, les enfers, les dieux, les démons, les fées, les nations, les êtres moraux, les êtres physiques, les astres, les montagnes, les animaux.