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143. (1680) Entretien X. Sur la Comédie « Entretien X. sur la Comedie » pp. 363-380

Il y a tant de choses, lesquelles condamnent l’usage, qui s’en fait, que, de quelque côté que l’on se tourne, l’on n’entend, que des voix, qui crient contre ce divertissement, autant préjudiciable à l’ame, qu’il est agréable aux sens. […] La vertu la plus sévére ne s’en pourroit presque pas garantir, & vous voulez, que des gens, qui ne respirent, que les plaisirs des sens, puissent estre avec innocence parmi tant de dangereux apas, où ils se jettent encore, & se plaisent ?

144. (1665) Réponse aux observations touchant Le Festin de Pierre de M. de Molière « Chapitre » pp. 3-32

Et comme ils se sont aperçus que la comédie en était un, puisqu’elle mortifie moins les sens qu’elle ne les divertit, ils l’ont dépeinte comme l’ennemie et la rivale de la vertu. […] Monsieur de Molière, qui connaît le faible des gens, a prévu fort favorablement qu’on tournerait toutes ces équivoques du mauvais sens, et, pour prévenir une censure aussi injuste que nuisible, il fit voir l’innocence et la pureté de ses sentiments par un discours le mieux poli et le plus coulant du monde.

145. (1666) Dissertation sur la condemnation des théâtres « Disseration sur la Condemnation, des Théâtres. — Chapitre V. De l'impudence des Jeux Scéniques. » pp. 104-134

aventures de leurs Dieux ; quelques vieilles Fables, ou quelques Moralités, et le faisaient avec tant d'art, que leurs actions, leurs postures et leurs gestes expliquaient comme au naturel le sens des paroles. […] Sur quoi je dirai que les petites pièces de Poésies que Baïf nous a données sous le nom de Mimes, n'ont à mon avis aucun rapport à ceux des Anciens : car elles sont trop longues pour être dansées tout d'une haleine, et les sujets n'en sont pas Historiques, mais Moraux, ne traitant aucune Fable que par occasion, et fort rarement ; de sorte qu'elles ne seraient pas propres à danser, étant bien plus difficile de représenter le sens d'une Moralité, que les actions de quelque Histoire.

146. (1777) Des divertissements du Carnaval « Des divertissements du Carnaval. » pp. 92-109

Dira-t-on qu’on donne toute liberté à ses sens, parce qu’on doit se répentir au premier jour des libertés qu’on leur aura données ? […] Quel mal il y a de passer une partie du jour au jeu, presque toute la nuit au bal ; ne repaître ses yeux que d’objets lascifs et séduisants ; ne reconnaître d’autre Dieu que le plaisir, ni d’autre maître que la passion ; se confondre dans un tas de libertins, les sens sans retenue, le cœur sans garde, l’esprit sans modération ; être de toutes les parties de divertissements, éternellement avec tout ce qu’il y a de moins régulier et de plus dissolu dans une ville : car de quels autres sujets pendant le carnaval peuvent être composées ces assemblées si libres, et la plupart nocturnes ?

147. (1825) Des comédiens et du clergé « Des comédiens et du clergé. —  De certaines processions ou cérémonies religieuses, pratiquées par le clergé, et qui sont ou ont été beaucoup plus nuisibles au culte et a la morale publique que les comédies représentées sur nos théâtres.  » pp. 201-340

A Sens, la fête des fous était célébrée avec la plus grande solennité ; on en trouve tous les détails dans le diptyque (ancien registre des églises) qui est conservé dans la bibliothèque de cette ville, et dont M. […] renferme les prières les plus singulières, et a été composé par Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, qui mourut l’an 1222. […] L’église de Sens était une de celles où cette solennité se faisait avec le plus d’appareil ; avant le commencement des vêpres, le clergé se rendait processionnellement à la principale porte de l’église, et deux chantres à grosse voix chantaient dans le ton mineur ces deux vers, avant lesquels on lit cette rubrique : Circumcisio domini in januis ecclesiæ . […] La prose de l’âne qu’on chantait à Sens paraît la plus authentique et la plus complète ; la voici avec sa traduction, extraite des cérémonies religieuses : « Orientis partibus, Adventavit asinus, Pulcher et fortissimus, Sarcinis aptissimus. […] Après les premières vêpres et les complies, le préchantre de Sens conduisait dans les rues la bande joyeuse, précédée d’une énorme lanterne : on allait au grand théâtre dressé devant l’église : on y répétait les farces les plus indécentes.

148. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre V. Le but des auteurs et des acteurs dramatiques est d’exciter toutes les passions, de rendre aimables et de faire aimer les plus criminelles. » pp. 51-75

« De quelque sens qu’on envisage le théâtre, dans le tragique ou le comique, on voit toujours que, devenant de jour en jour plus sensibles par amusement et par jeu, à l’amour, à la colère et à toutes les autres passions, nous perdons toute force pour leur résister, quand elles nous assaillent tout de bon ; et que le théâtre animant et fomentant en nous les dispositions qu’il faudrait contenir et réprimer, il fait dominer ce qui devait obéir ; loin de nous rendre meilleurs et plus heureux, il nous rend pires et plus malheureux encore, et nous fait payer, aux dépens de nous-mêmes, le soin qu’on y prend de nous plaire et de nous flatter. » « En effet, que voyons-nous dans la plupart des pièces qu’on représente sur la scène ? […] Il n’y a pas un homme de bien qui ne soit misanthrope en ce sens, ou plutôt les vrais misanthropes sont ceux qui ne pensent pas ainsi : car au fond il n’y a pas de plus grand ennemi des hommes que l’ami de tout le monde, qui, toujours charmé de tout, encourage incessamment les méchants, et flatte, par coupable complaisance, les vices d’où naissent tous les désordres de la société. […] Sans doute on ne peut que louer l’intention de ceux qui voudraient de bonne foi qu’on réformât les spectacles pour y ménager, à la faveur du plaisir, des exemples et des instructions sérieuses pour les rois et les peuples ; mais qu’ils songent que le charme des sens est un mauvais introducteur des sentiments vertueux.

149. (1639) Instruction chrétienne pp. -132

Or combien, qu’entre les sens, celui de l’attouchement, le plus ordinairement, serve aux appétits de la chair, et aux voluptés qui découlent de la convoitise d’icelle, laquelle par son moyen est principalement provoquée, si est-ce que les autres sens y contribuent aussi beaucoup, et que leurs opérations servent de préludes et d’aiguillons, à celles du toucher : car les paroles et gestes, qui sont représentés aux oreilles et aux yeux, sont autant de semonces aux pensées et actes impudiques qui les suivent souvent ; et marques et indices d’une inclination et disposition à les faire, quand elles sont reçues avec plaisir et contentement. […] Qui voudrait ôter aux hommes toutes sortes de plaisirs qui agréent aux sens, et les touchent immédiatement, serait justement blâmé comme s’il les voulait dépouiller de l’humanité. […] Le verbe signifie habituellement « mettre en colère », « exaspérer », ici, il veut dire « rendre aigre », c’est-à-dire faire lever (c’est le sens dans la citation paulinienne). […] Scandale : est à prendre ici au double sens d’indignation publique et d’incitation au péché. […] Visitation : le sens est ici, manifestement « épreuve ».

150. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique — CHAPITRE IV. La Tragédie est-elle utile ? Platon condamne toute Poesie qui excite les Passions. » pp. 63-130

Et n’est-ce point une Poësie imitative que son Banquet, dans lequel Aristophane parle d’une maniere très-digne de lui, & par conséquent très-peu convenable à une sage compagnie, & où Socrate tient sur l’Amour un langage, qui dans quelque sens qu’on veuille l’entendre (suivant la remarque de Denys d’Halicarnasse) n’est pas digne de Socrate. […] Avant que de chercher le sens qu’on peut donner à ces paroles, tâchons de développer tout le systême d’Aristote sur la Tragédie. […] Corneille avoit donné au Passage d’Aristote, un sens à peu près pareil à celui qu’a suivi M. […] C’est le même sens qu’Heinsius, & Sarrazin après lui, donne à Aristote, en disant que l’habitude de voir sur le Théâtre les miseres humaines, nous acquiert une médiocrité de Passions qui produit la tranquillité de l’ame, de même que la pratique donne aux Médecins & aux Chirurgiens l’insensibilité pour les infirmités humaines. […] Mais l’Histoire nous présente toutes ces leçons, & Aristote suivant le sens qu’on lui donne prétend que la Poësie fait plus que l’Histoire : en nous jettant dans le trouble, elle guérit le mal qu’elle a fait : en excitant en nous la Crainte & la Pitié, elle parvient à purger ces Passions.

151. (1687) Avis aux RR. PP. jésuites « IV. » pp. 17-22

Et les Auteurs de ces deux pièces, que l’on sait bien, Mes Pères, n’être point des Ecoliers, mais des Religieux et des Prêtres, pouvaient-ils être plus follement idolâtres, au sens de M.

152. (1664) Traité contre les danses et les comédies « Chapitre XIX. Si un Evêque peut défendre qu’on ne danse les jours des Fêtes, ou même en quelque temps de l’année que ce soit. » pp. 146-153

Pour le premier point, il est évident qu’ils peuvent sous des peines Ecclésiastiques défendre la danse les jours des Dimanches et des Fêtes, et pendant tout le temps qui est particulièrement destiné à l’exercice de la pénitence et de la prière, parce que comme nous avons auparavant prouvé, la danse qui ne s’est introduite que par l’instinct de la nature, et pour la satisfaction des sens, est prohibée les jours des Dimanches et des Fêtes, et pendant tout le temps qui est consacré à la mortification et à l’Oraison, par les Canons et par les Lois.

153. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « XXVI. Sentiment de Saint Antonin. » pp. 93-96

au même sens et aux mêmes conditions que Saint Thomas, qu’il allègue sans s’expliquer davantage : de sorte qu’il n’y a rien ici autre chose à lui répondre que ce qu’on a dit sur Saint Thomas.

154. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « XXXIII. Passages de Saint Basile sur le sérieux de la vie chrétienne. » pp. 132-135

Et encore qu’il soit véritable en un sens de comparaison, qu’il y a de petits péchés, le fidèle ne sait jamais avec certitude jusqu’à quel point ils sont aggravés par le violent attachement d’un cœur qui s’y livre, et il doit toujours trembler à cette sentence du Sage : « Qui méprise les petites choses tombe peu à peu »Eccl.

155. (1768) Instructions sur les principales vérités de la religion « CHAPITRE LII. De la Comédie et des Spectacles ? » pp. 142-146

Dieu qui, par la sainteté de sa Loi, nous ordonne de veiller en tout temps sur nos sens, sur notre esprit, et sur notre cœur, pour en écarter les représentations et les pensées dangereuses, qui fera rendre compte d’une parole inutile et des moindres dépenses superflues, peut-il approuver des spectacles qui remplissent l’esprit et l’imagination de tant d’objets vains, ridicules et séduisants ?

156. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre III. De la Fable Tragique. » pp. 39-63

La joie en nous voyant par de trop grands efforts, De ses sens affoiblis a rompu les ressorts. […] Il falloit qu’il lui montrât les effets de cet épuisement, qui successivement détruisoient la machine, & rompoient le ressort des sens.

157. (1783) La vraie philosophie « La vraie philosophie » pp. 229-251

Je l’avoue donc avec sincérité ; je sens dans toute son étendue le grand bien que produiroit la suppression entiere du théatre, & je conviens sans peine de tout ce que tant de personnes graves & d’un génie supérieur ont écrit sur cet objet ». […] Ce spectacle si dangereux, qu’il renferme tous les périls, une musique molle, des danses lascives, des expressions passionnées ; enfin tout ce que l’imagination frappée d’une illusion la plus agréable, peut joindre à l’ivresse des sens, lui paroissent des écueils où la modestie & la pudeur sont forcées d’échouer4. […] L’harmonie d’une musique voluptueuse acheve de porter l’ivresse dans les sens des Spectateurs.

158. (1766) Réflexions sur le théâtre, vol 5 « Réflexions sur le théâtre, vol 5 — REFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE VIII. Comédie du Tartuffe. » pp. 161-179

Vous me feriez damner, ma mère, je vous di… C’est tenir un propos de sens bien dépourvû. […] L’art de sanctifier le crime & de s’en faire un mérite : L’amour qui nous attache aux beautés éternelles, N’étouffe point en nous l’amour des temporelles : Nos sens facilement peuvent être charmés Des ouvrages parfaits que le ciel a formés. […] Une servante dévergondée qui vient avec la gorge découverte (comme sont toutes les Actrices), à qui on représente & on a raison de représenter qu’elle devroit être plus modeste, & qui répond avec une impudence cynique (théatrale) : Vous êtes donc bien tendre à la tentation, Et la chair sur vos sens fait grande impression.

159. (1769) Réflexions sur le théâtre, vol 8 « Réflexions sur le théâtre, vol 8 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE HUITIEME. — CHAPITRE VI. Euphemie. » pp. 129-148

Connois, sens tous les maux que l’homme peut souffrir. […] Transport criminel qui soulève les sens. Ce sont les sens soulevés qui causent le transport criminel.

160. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre III. De la Musique Française & Italienne. » pp. 252-286

Elles rendent le sens moins clair, & fatiguent l’esprit, qui est obligé de mettre sur le champ chaque mot à sa place. […] Ils font souvent des Roulades ou des Poses sur des mots vides de sens. […] Toutes les passions y ont des èxpressions aiguës & fortes : tout au contraire de l’accent traînant & pénible du chant Français, le sien, toujours doux & facile, mais vif & touchant, dit beaucoup avec peu d’éfforts : enfin, je sens que cette musique agite l’âme & repose la poitrine ; c’est précisément celle qu’il faut à mon cœur & à mes poulmons ».

161. (1825) Encore des comédiens et du clergé « DISCOURS PRELIMINAIRE. » pp. 13-48

Je puis donc publier encore sans risque mes réflexions à ce sujet, car il n’est pas un ouvrage, en matière de politique et de religion, publié dans le sens de l’opposition, qui ne puisse être attaqué correctionnellement ou criminellement à chaque page ou à chaque ligne. […] Si elle offre un sens spécieux, c’est-à-dire qui ait, dans quelques-unes de ses parties, une apparence de vérité, ce sens spécieux, ne pourrait être invoqué qu’en faveur des gouvernements démoralisés qui se sont placés dans la cruelle nécessité de ne pouvoir gouverner leurs sujets opprimés, que par la crainte et la terreur.

162. (1763) Réflexions sur le théâtre, vol. 1 « CHAPITRE VIII. De la Comédie les jours de fête. » pp. 159-179

Bien plus, le Concile de Sens (en 1528.) défend d’employer des acteurs ou des violons, et autres instruments du théâtre, dans les motets qui se chantent dans l’Eglise, et même de les y laisser entrer : « Prohibemus ne Histriones aut Mimi intrent Ecclesiam ad pulsandum tympano, cythara, aut alio instrumente musicali. » D’où il est aisé de conclure qu’on ne doit pas souffrir que les Organistes, Musiciens, ou instruments du Chapitre, aillent chanter ou jouer au théâtre. […] Pour jeûner comme il faut, unissez-y la prière et l’aumône, le démon n’est vaincu que par ces armes ; offrez le sacrifice d’un cœur contrit, visitez les malades, rendez justice à vos frères, pratiquez les vertus, refusez-vous les plaisirs des sens ; faites jeûner vos yeux, détournez-les de la vanité ; faites jeûner vos oreilles, fermez-les aux mauvais discours ; faites jeûner votre langue, interdisez-lui les paroles inutiles ; faites jeûner votre cœur, n’y souffrez que de pieux mouvements ; faites jeûner votre esprit, rejetez toutes les mauvaises pensées. […] O vous à qui il reste encore quelque principe de piété, que le théâtre arrachera bientôt, si vous entretenez des liaisons avec lui, en voilà tous les fruits ; l’esprit, le cœur, les sens, tout y est souillé, tous les vices y règnent, toutes les vertus chrétiennes y sont anéanties.

163. (1694) Réfutation des Sentiments relâchés d'un nouveau théologien touchant la comédie « Réfutation des sentiments relachés d'un nouveau Théologien touchant la Comédie. » pp. 1-190

Je ne sais aussi où vous avez étudié en Théologie ; mais à mon sens, jamais Théologien n’a raisonné plus faux, et d’une manière plus captieuse, comme nous allons voir. […] Quand on vous passerait cette conséquence, je ne vois pas quel avantage vous en pourriez tirer pour justifier la Comédie de ce temps qu’en faisant un sophisme, et passant comme vous faites tout d’un coup d’un sens à un autre. […] On voit même que dans les conversations du monde poli uneparole sale ne fera pas tant rire qu’une parole enveloppée de plusieurs sens. […] Mais de quels mouvements dans son cœur excités, Sentira-t-elle alors tous ses sens agités ? […] Sans examiner tous les Rituels qui parlent contre la Comédie, qui ne sont pas en petit nombre, quand il n’y aurait que celui de Paris, de Sens, d’Orléans, de Reims, de Chalons, d’Alès, de Langres, de Bayeux, et de Constance ; en voilà, ce me semble suffisamment.

164. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Cinquième Lettre. De madame D’Alzan. » pp. 33-39

Je me l’avoue, & je sens couler des larmes amères.

165. (1743) De la réformation du théâtre « De la réformation du théâtre — PRÉFACE. » pp. -

J’avoue donc avec sincérité que je sens dans toute son étendue le grand bien que produirait la suppression entière du Théâtre ; et je conviens sans peine de tout ce que tant de personnes graves et d’un génie supérieur ont écrit sur cette matière : mais, comme il ne m’appartient pas de prendre le même ton, et que d’ailleurs les Spectacles sont permis et soutenus par l’autorité publique, qui sans doute les permet et les soutient par des raisons que je dois respecter, il serait indécent et inutile de les combattre dans l’idée de les détruire : j’ai donc tourné mes vues d’un autre côté ; j’ai cru que du moins il était de mon devoir de produire mes réflexions, et le plan de réformation que j’ai conçu pour mettre le Théâtre sur un autre pied, et pour le rendre, s’il est possible, tel que les bonnes mœurs et les égards de la société me paraissent l’exiger : c’est ce que je ne pouvais entreprendre dans le temps que j’étais Comédien, pour les raisons que l’on trouvera dans le corps de mon Ouvrage.

166. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre V. Du Faste. » pp. 154-183

Ces trois sortes de faste que l’intention distingue, & dont elle rend l’usage bon ou mauvais, portent sur le même principe & produisent le même effet ; elles en imposent à l’homme, & en frappant les sens, aggrandissent ses pensées. […] Qu’éprouve au spectacle une jeune personne dont tous les sens sont à la fois enchantés ? […] 11.° Il est permis d’aider ses sens, l’oreille dans la surdité, les yeux dans la vue foible, le palais dans le dégoût, & de leur plaire ; à l’ouïe par la musique, à la vue par la beauté des objets, aux goûts par des assaisonnemens, à l’odorat par des parfums ; pourquoi non pas par le fard, par les couleurs du visage par l’embonpoint ? […] On ne verra par-tout que des visages ternis & plombés , c’est la paraphrase plutôt que la traduction de Saci ; à la lettre il y a deux sens : tout visage sera jeté dans l’enfer comme dans une marmite , pour marquer l’excès du tourment du feu où les hommes brûleront comme dans une chaudière, comme les Martyrs dans l’huile bouillante, le plomb fondu : tout visage deviendra comme une marmite , tout plombé, plein de noir de fumée, pour marquer l’excès d’accablement où la justice de Dieu jettera ses ennemis.

167. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme. — Chapitre III. Autre continuation des Mêlanges. » pp. 45-87

Voilà l’Epicurien qui ne goûte que les plaisirs des sens, & y met son bonheur ; sure ses passions, dont il seroit bien fâché de manquer ; laisse venir le dernier moment dont il ne s’embarrasse gueres, & seme de fleurs la route qui y conduit. […] Rimeur trivial, qui ne dit rien à l’esprit & chatouille les sens : le libertinage fut son Apollon. […] Rien de plus sûr de plaire ; mais rien de plus pernicieux & de plus révoltant aux yeux d’une raison éclairée, que de faire consister tout le bonheur dans le plaisir des sens. […] Il se tue à déchivrer ce manuscrit, à faire des notes, à remplir des lacunes, à donner un sens raisonnable à un écrit presque inintelligible, sans ordre, sans suite, sans goût, fait assez peu de cas de son temps pour y perdre deux années à rajeunir cette guenille. […] C’est apparemment ce que vouloit dire le Cardinal du Perron, à qui on attribue un éloge qui seroit peu digne de lui dans un sens différent, que les Essais de Montagne étoient le bréviaire des honnêtes gens .

168. (1756) Lettres sur les spectacles vol. 2 «  HISTOIRE. DES OUVRAGES. POUR ET CONTRE. LES THÉATRES PUBLICS. —  HISTOIRE. DES OUVRAGES. Pour & contre les Théatres Publics. » pp. 101-566

Ils ont leur beauté, & même leur bonté en un sens. […] C’est, nous disent-ils, c’est du Théatre que la volupté assiege tous les sens du corps & toutes les facultés de l’ame. […] L’harmonie d’une musique voluptueuse acheve de porter l’ivresse dans les sens des Spectateurs. […] Tous les Arts à la fois séduisent tous mes sens. […] Le Spectacle qui doit flatter le plus, c’est celui qui frappe plus de sens.

169. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Dix-Septième Lettre. De madame Des Tianges. » pp. 282-286

Je sens une peine, dont je ne démêle pas trop bien la cause.… Il me semble que cette belle Actrice n’est pas à sa place ; l’état de Comédienne.… Je voudrais bien.… la mettre dans le cas de ne dépendre que d’elle-même.

170. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « XXXI. Réflexions sur la vertu qu’Aristote et Saint Thomas après lui ont appelée Eutrapelia. Aristote est combattu par Saint Chrysostome sur un passage de Saint Paul. » pp. 117-123

Ainsi donc, selon cet Apôtre, les trois mauvais caractères du discours, c’est d’être déshonnête, ou d’être fol, léger, inconsidéré, ou d’être plaisant et bouffon, si on le veut ainsi traduire : car tous ces mots ont des sens qu’il est malaisé d’expliquer par des paroles précises.

171. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre IX. Les spectacles nuisent au bonheur et à la stabilité des gouvernements. » pp. 96-101

S’il est vrai, comme on ne peut en douter, que tout ce qui concourt à l’abolition des principes religieux et moraux, concourt également à la destruction des empires, ne s’ensuit-il pas évidemment que ces pièces de théâtre, en établissant le règne des sens sur les débris de la morale, minent et corrodent les fondements de l’édifice social, lui creusent un abîme profond vers lequel elles le poussent insensiblement, et qui finira par l’engloutir, si la main puissante de Dieu ne vient à son secours ?

172. (1825) De quelques naïves coutumes « De quelques naïves coutumes. » pp. 262-266

Les avis ont été fort partagés sur la fête des fous qu’on célébrait dans les cathédrales de Reims, de Sens, et dans beaucoup d’autres.

173. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 3 « Chapitre VII. Est-il de la bonne politique de favoriser le Théâtre ? » pp. 109-129

« Elle se sert pour plaire, de la douceur des vers, de la beauté des expressions, des habits, des gestes, de la voix, des accents, ravit l’esprit et charme les sens. […] C’est une tête creuse, une coucourdet coiffée, vide de sens, comme une cane, un cerveau démonté, qui n’a ni roue ni ressort entier, qui change comme la lune, etc. » Et ailleurs ce Mémoire attaque les mœurs de la troupe, qu’il fait voir « n’être composée que de débauchés qui mangent l’argent qu’ils ont amassé sans peine, et passent leur vie en débauches, tandis que leurs femmes et leurs enfants demandent inutilement du pain. […] [NDE] Probablement avec le sens de policée.

174. (1694) Lettre d’un Docteur de Sorbonne à une personne de Qualité, sur le sujet de la Comédie « letter » pp. 3-127

Mais c’était quelque chose de si horrible et de si infâme, que la Comédie du temps de nos Pères, qu’il n’y a personne à l’heure qu’il est qui ne les condamnât comme ont fait les Pères. » Notre Docteur fait ici comme s’il adoptait la réponse que saint Thomas donne au passage de saint Chrysostome, et cependant il n’en prend pas même le sens. […] tous les sens n’y sont-ils point enchantés ? […] Comme saint Bonaventure, Albert le Grand, et saint Antonin, tiennent le même langage que saint Thomas au sujet de l’histrionat et des farces, et qu’ils raisonnent sur les mêmes principes ; il faut aussi les entendre au sens de saint Thomas. […] Or je demanderais volontiers à notre Docteur si l’harmonie de l’âme peut bien se conserver pendant l’espace de trois ou quatre heures au milieu des Opéras d’aujourd’hui, où tous les sens se trouvent enchantés par les décorations magnifiques, les machines surprenantes, le mélange harmonieux des instruments et des voix, et où on attaque même le cœur par tous les endroits, où d’ordinaire il est le plus ouvert. […] Notre Docteur qui ne s’assujettit à aucun ordre, retourne à l’Ecriture sainte expliquée par Albert le Grand, dont il rapporte les paroles, et par où il prétend justifier la Comédie dans les sens de l’Ecriture même.

175. (1666) Dissertation sur la condemnation des théâtres « Disseration sur la Condemnation, des Théâtres. — Chapitre III. Que les anciens Pères de l'Eglise défendirent aux Chrétiens d'assister aux Jeux du Théâtre, parce que c'était participer à l'Idolâtrie. » pp. 57-89

« Tu quittes ce Calice adorable, et la Fontaine du Sacré Sang, pour courir aux lieux que le Diable occupe : Ce n'est pas à nous à rire des choses mauvaises avec emportement, et de nous laisser prendre aux délicatesses des Sens, et à celles qui se font voir dans les Théâtres : Cela ne convient pas à ceux qui sont appelés au Royaume éternel, et qui ne portent que des armes spirituelles ; mais seulement à ceux qui combattent sous les Enseignes du Diable ; car c'est lui qui réduit en art les ris et les Jeux, pour attirer à son service les Soldats de Jésus-Christ. […] » Où je dois dire en passant qu'en ce lieu le mot de vanité s'entend de l'Idolâtrie au sens de l'Écriture Sainte ; qui considère toujours l'Idole pour une chose vaine et sans réalité, comme Saint Paul dit que l'Idole est un néant.

176. (1667) Traité de la comédie et des spectacles « Sentiments des Pères de l'Eglise sur la comédie et les spectacles — 4. SIÈCLE. » pp. 120-146

C'est pourquoi détournons nos yeux des vanités, de peur que la vue de ces folies n'imprime de mauvais désirs dans notre âme ; Et sans parler du sens mystique de ce passage, Dieu veuille que cette interprétation ait la force de retirer des Spectacles du Cirque et du Théâtre, ceux qui y courent: Ces Jeux que vous regardez ne sont que vanité, élevez vos yeux vers Jésus-Christ, et détournez-les des Spectacles, et de toutes les pompes du siècle. […] Les Chansons et les vers infâmes causent à l'âme une odeur plus insupportable que tout ce que nos sens abhorrent le plus, et cependant lors que les Comédiens les récitent devant vous, non seulement vous n'en avez pas de la peine, mais vous en riez, vous vous en divertissez, bien loin d'en avoir de l'aversion et de l'horreur.

177. (1694) Réfutation d’un écrit favorisant la Comédie pp. 1-88

Ce n’est pas entrer dans le sens de l’Écriture, que de n’y appercevoir autre chose que les commandements ou les défenses de ce qui y est exprimé en termes formels : Elle se contente souvent d’enseigner certaines maximes, et certaines règles générales, sans les appliquer à une infinité de faits particuliers. […] Ce n’est pas toujours d’une proposition détachée, sur tout quand elle est suspendue sur un sens vague, qu’il faut juger de la pensée d’un Auteur ; il faut le lire en plusieurs endroits pour en juger sainement. […] qui n’êtes rien, et qui ne vivez que pour mourir ; jusques-à quand vous amuserez-vous comme des enfants, à des songes et à des imaginations trompeuses, etc. » Ce grand Saint était si éloigné des divertissements du monde, qu’aussitôt qu’il eut trouvé jour pour renoncer aux fonctions sacrées de l’Épiscopat, il s’enfuit dans la solitude pour passer le reste de ses jours dans les exercices de la vie Érémitique ; c’est-à-dire, mortifier ses sens par les veilles, par les jeûnes et par les prières. […] O Dieu, quel nouveau feu est-ce que je sens s’élever en moi-même, à la pensée de tant d’irreligions et de profanations que j’apprends qui s’y commettent ! […] quelle vigilance sur ses sens ?

178. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — Seconde partie. Notes. — [A] » pp. 297-379

Mais je sens mieux encore, que le Théâtre épuré, comme madame Des Tianges le desire, doit produire de grands biens dans l’Etat, dont l’appui le plus ferme, est la pureté des mœurs. […] Cette proposition, si vraie, dans le sens qu’elle offre d’abord, est un sophisme, comme monsieur Rousseau la présente. […] Ainsi la maxime, que tout appartient aux Saints, est vraie dans ce sens, Que ce sont eux que toute législation sage doit avoir continuellement en vue, que c’est à eux à qui elle doit tout immoler. […] Oui, Madame, ce que vous dites-là suffirait pour me convaincre ; je sens cette vérité consolante ; elle m’enflâme : je dirais à M. […] Ce mot Psyché signifie âme : les plaisirs des sens ne sont pas les plus doux de l’amour… Hem !

179. (1664) Traité contre les danses et les comédies « Chapitre XI. Qu’on ne peut danser sans péché les jours qui sont particulièrement destinés à l’exercice de la piété Chrétienne. » pp. 41-53

En effet, comment peut-on accorder ces actions séculières, qui flattent les sens, et donnent du plaisir à la chair, avec les larmes d’une âme vraiment pénitente, qui s’afflige pour rendre honneur à la Justice de Dieu, par la haine qu’elle a conçu contre le péché, et contre elle-même ?

180. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « IV. S’il est vrai que la représentation des passions agréables ne les excite que par accident.  » pp. 10-18

C’est pourquoi ces plaisirs languissent dans un âge plus avancé, dans une vie plus sérieuse : si ce n’est qu’on se transporte par un souvenir agréable dans ses jeunes ans, les plus beaux de la vie humaine à ne consulter que les sens, et qu’on en réveille l’ardeur qui n’est jamais tout à fait éteinte.

181. (1661) Le monarque ou les devoirs du souverain « SIXIEME DISCOURS. Si le Prince peut apprendre les Arts Libéraux, comme la Peinture, la Musique, et l’Astrologie. » pp. 195-201

La Musique prétend être plus spirituelle que la Peinture, et elle présume par cette raison qu’un Prince ne la doit pas mépriser : Car elle ne flatte pas seulement l’oreille, qui est le plus délicat de tous les sens ; mais elle calme les passions aussi bien que l’éloquence, et elle se vante que par la Lyre de David elle a charmé des Rois et chassé des Démons.

182. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Diversités curieuses. » pp. 5-37

Les femmes n’y connoissent, ni la pudeur ni la retenue ; ce sont des Lamies dangereuses qui font parade de leurs nudités pour attirer les hommes ; ce sont des Syrenes enchanteresses qui charment les sens, qui endorment la raison, & font faire naufrage à la vertu. […] Elle me parla (langage de l’Opéra) livre tes sens aux doux plaisirs, dédommage-toi des peines d’une longue captivité, profite des avantages de la jeunesse ; c’est maintenant le temps de la joie, avant que la vieillesse languissante t’ôte cette vigueur, ces agrémens. […] Il n’avois pas tort en un sens ; il déclamoit bien, & peu de Prédicateurs savent déclamer : les uns n’ont point de geste, les autres l’ont mauvais. […] M. de Languet, Archevêque de Sens, le lui fit vivement sentir, quand il le reçut à l’Académie.

183. (1782) Le Pour et Contre des Spectacles « Seconde lettre contre les spectacles. » pp. 60-145

&c, étouffent peu-à-peu les remords de la conscience, en appaisant les scrupules, & effaçant insensiblement cette pudeur importune… ainsi, soit que le spectacle ne cause qu’une émotion passagére, qui faussement paroit innocente ; soit qu’il excite, ou qu’il rappelle des passions plus durables… Ce qui fait le plaisir des spectacles, c’est ce qui en fait le danger, & on peut dire prèsque toujours, que la meilleure piéce en un sens, est en un autre sens, la plus mauvaise. » Le Grand Vocabulaire François, tom. 25 pag. 177 & 178, fait un trop bel éloge de Mr. le Duc de la Rochefoucauld, Prince de Marsillac, & fils de François I., pour qu’il ne soit pas cité dans la cause des spectacles. […] « Je crois, dit-il, que c’étoit précisément à un homme tel que moi, qu’il convenoit d’écrire sur cette matiere … Je l’avoue donc avec sincérité, je sens le grand bien, que produiroit la suppression entiere du Théatre… Les principes de corruption … reçoivent une nouvelle force des spectacles publics, où les Peres & les Meres ont l’imprudence … de conduire leurs enfans. […] C. même, elle se souvient, que, pour être sauvé, il faut travailler sans cesse, à la mortification de ses sens, porter sa croix tous les jours, & vivre de la vie de la foi… Abneget semet ipsum, tollat crucem suam quotidie &c & heureusement occupée de ces vérités, elle travaille sans relâche, à mériter par ses bonnes œuvres, la couronne qui n’est promise qu’à la persévérance : satagite &c contendite &c. […] Qu’on se familiarise donc moins avec ces termes enveloppés, & finement gazés, qu’on ne contracte plus l’habitude de rire de ces faillies à la mode, de ces paroles à double sens, si opposées à l’esprit du Christianisme, on s’appercevra bientôt, qu’on ne peut revenir du Théatre comme on y étoit allé ; que la meilleure piéce en un sens, est en un autre sens, la plus mauvaise, & qu’une personne, qui aime son salut, ne doit pas aller à ces sortes de piéces. […] Je sens bien avec St.

184. (1763) Réflexions sur le théâtre, vol. 2 « Chapitre VIII. De l’excommunication des Comédiens. » pp. 176-199

En ce sens tout péché mortel, même le plus secret, excommunie devant Dieu ; et le Confesseur qui refuse l’absolution, en ce sens aussi excommunie le pénitent dans le for intérieur. […] Je vais plus loin, l’excommunication en un sens traite avec moins de rigueur que la notoriété du péché.

185. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE II. Le Théâtre purge-t-il les passions ? » pp. 33-54

que l'origine de la division des pièces de théâtre en cinq actes vient des cinq sens, et la division en trois actes des trois puissances de l'âme. Tous les sens sont flattés au théâtre, et toutes les puissances de l'âme occupées à en goûter le plaisir ; mais je ne vois aucun rapport entre nos sens et nos facultés avec cette division arbitraire, seulement consacrée par l'usage, et vraisemblablement appropriée à la mesure de notre attention, qui a besoin d'interruption et de repos, après la durée d'un acte, et qui ne pourrait se soutenir, sans nous incommoder, après cinq actes.

186. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE VI. Du sérieux et de la gaieté. » pp. 128-149

C'est une armée d'ennemis, la plus nombreuse, la mieux armée, la mieux disciplinée, la plus aguerrie, la plus souvent victorieuse, qui attaque l'âme par tous les sens, par toutes les facultés, par toutes les passions, tous les goûts et tous les penchants à la fois. […] Cet ennui, si commun au théâtre, malgré tous les efforts qu'on fait pour l'éviter, et que les plus assidus éprouvent plus que les autres, au milieu des plaisirs dont ils sont les plus enivrés, devrait nous en faire sentir la vanité, et nous bien convaincre qu'il n'est point de joie pure sur la terre, qu'elle se trouve encore moins dans les plaisirs des sens. […] Cette langue ne parle pas, elle articule des mots qui signifient tout et n'expriment rien ; l'un détruit le sens que présentait l'autre.

187. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « XXX. Profanation du dimanche : étrange explication du précepte de la sanctification des fêtes. » pp. 109-116

D’autres le tournent d’une autre manière, mais qui va toujours à même fin, puisqu’il demeure pour assuré que les délices et la gloire du Sabbat est de mettre son plaisir en Dieu : et maintenant on nous vient donner le plaisir de la comédie, où les sens sont si émus, comme une imitation du repos de Dieu et une partie du repos qu’il a établi.

188. (1807) Préface pour une édition des deux lettres à l'auteur des Imaginaires « [Chapitre 2] » pp. 78-82

Mais ces personnes étaient sans doute « de ces petits esprits dont le monde est plein » ; ils n’ont que le sens commun en partage ; ils ne savent pas qu’il y a un véritable bon sens qui n’est pas donné à tout le monde, et qui est réservé à ceux qui connaissent le véritable sens de Jansénius.

189. (1743) De la réformation du théâtre « De la réformation du théâtre — DEUXIEME PARTIE. — Méthode et règlement pour réformer le Théâtre. Avant Propos. » pp. 87-98

Ainsi donc, quoique je convienne de la grande différence qui se trouve entre les Spectacles modernes et les anciens, surtout du côté de l’intention, je me sens forcé d’avouer qu’ils ne cessent pas de se ressembler beaucoup, tant par la qualité du jeu, que par les motifs de l’action.

190. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme. — Chapitre IX. Suite de la Rosiere. » pp. 213-230

Ces deux sens sont glorieux à la Rosiere. […] Cette satyre est outrée, il y a encore dans le monde plusieurs personnes vertueuses, plusieurs filles sages, quoique le nombre en soit petit ; mais dans un autre sens, on pourroit sans exagération écrire à l’entrée du Théatre : ci git la vertu, c’est-à-dire : c’est ici le tombeau de la vertu ; il n’y en substitue, il n’y en substituera jamais, toutes celles qui osent y entrer, y reçoivent le coup mortel, l’innocence n’y vient jamais impunément & ne s’en retourna toute entiere pour ceux qui l’aiment & le fréquentent, la vertu y est profondement enterrée.

191. (1668) Idée des spectacles anciens et nouveaux « Idée des spectacles anciens et nouveavx. — Des anciens Spectacles. Livre premier. — Chapitre premier. Du Theatre. » pp. 73-99

Les Romains estendoient plus loin que nous le sens du mot de Theatre. […] Quoy qu’il en soit, la Scene & tout ce qui entre dans le sens de ce mot, faisoit voir tant de beautez & eût si grande reputation, que son nom passa aux Ieux qui s’y donnerent & qu’ils furent appellez Sceniques.

192. (1574) Epître de saint Cyprien contre les bateleurs et joueurs de farces « Epître de saint Cyprien contre les bateleurs et joueurs de farces. » pp. 423-426

[NDE] Mot non attesté dans les dictionnaires, mais dont le sens est clair. […] [NDE] Le sens de "marchander" est ici de prendre quelqu'un pour faire un travail (Cotgreave).

193. (1759) L.-H. Dancourt, arlequin de Berlin, à M. J.-J. Rousseau, citoyen de Genève « CHAPITRE I. Où l’on prouve que le spectacle est bon en lui-même et par conséquent au-dessus des reproches de M. Rousseau. » pp. 13-64

Entendez-vous par un homme sans passions, un homme insensible à tout ce qui peut flatter l’imagination ou les sens, un homme dans une Apathie perpétuelle, incapable de sentir et de désirer ? […] « Quand Arlequin sauvage t est si bien accueilli des spectateurs, pense-t-on que ce soit par le goût qu’ils prennent pour le sens et la simplicité de ce personnage, et qu’un seul d’entre eux voulût pour cela lui ressembler ? […] Le mot de charge dans le sens qu’il est entendu au spectacle demande encore une autre explication. […] Vos livres éternels ne me contentent pas, Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la Ville ; M'ôter pour faire bien, du grenier de céans Cette longue Lunette à faire peur aux gens, Et cent brimborions dont l’aspect importune ; Ne point aller chercher ce qu’on fait dans la Lune, Et vous mêler un peu de ce qu’on fait chez vous, Où nous voyons aller tout sens dessus dessous. […] En ce sens il semblerait que cet effet, se bornant à charger et non changer les mœurs établies, la Comédie serait bonne aux bons et mauvaise aux méchants. » ab.

194. (1687) Avis aux RR. PP. jésuites « X. » pp. 47-54

On ne saurait donner d’autre sens raisonnable à vos paroles : L’erreur, dites-vous, la violence, la discorde, l’impiété, la dissimulation, la calomnie paraissent sur la Scène.

195. (1666) Dissertation sur la condemnation des théâtres « Disseration sur la Condemnation, des Théâtres. — Chapitre XII. Que la représentation des Comédies et Tragédies ne doit point être condamnée tant qu'elle sera modeste et honnête. » pp. 237-250

Thomas parle des Histrions au sens des derniers siècles, et qu'il comprenne sous ce nom les Acteurs des Poèmes Dramatiques ; Car si l'on n'entendait par ce terme que les Mimes et les Farceurs, son autorité serait encore plus avantageuse aux autres, que l'on ne pourrait pas condamner contre la résolution de ce grand Théologien, qui serait favorable à ceux-là même que les Grecs méprisaient, que les Romains tenaient infâmes, et que jamais on ne leur doit comparer.

196. (1664) Traité contre les danses et les comédies « Chapitre XIII. Que les lois civiles défendent de danser, et d’aller à la Comédie les jours des Fêtes. » pp. 67-75

C’est pourquoi s’il s’en trouve parmi eux quelques-uns qui suivent encore la folie des Juifs, ou qui imitent l’erreur et l’extravagance des Païens, par les danses et par d’autres divertissements indignes ; qu’ils apprennent que c’est abuser d’un temps, qui est tout consacré à la prière, que de l’employer à la recherche de son plaisir ; et que c’est irriter Dieu, que de s’occuper à des exercices qui ne servent qu’à la satisfaction des sens ; lorsqu’on devrait être prosterné devant sa majesté, pour l’adorer, et pour invoquer sa miséricorde.

197. (1694) Maximes et Réflections sur la Comédie « XXXII. Passages de Saint Ambroise et de Saint Jérôme sur les discours qui font rire. » pp. 124-131

, où expliquant ces deux vices marqués par Saint Paul : stultiloquium, scurrilitas, il dit que le premier, c’est-à-dire, le discours insensé, « est un discours qui n’a aucun sens, ni rien qui soit digne d’un cœur humain ; mais que la plaisanterie, scurrilitas, se fait de dessein prémédité, lorsqu’on cherche pour faire rire des discours polis, ou rustiques, ou malhonnêtes, ou plaisants : vel urbana, vel rustica, vel turpia, vel faceta : qui est, dit-il, ce que nous appelons plaisanterie, jocularitas : mais celle-ci, poursuit-il, doit être bannie entièrement des discours des saints, c’est-à-dire, comme il l’explique des chrétiens, à qui, dit-il, il convient plutôt de pleurer que de rire ».

198. (1661) Le monarque ou les devoirs du souverain « SEPTIEME DISCOURS. De la Magnificence des Princes dans les Habits, dans les Festins et dans les Spectacles publics. » pp. 202-209

 » Or la Comédie est le plus charmant de tous les Divertissements, Elle ne cherche qu’à plaire à ceux qui l’écoutent, Elle se sert de la douceur des Vers, de la beauté des expressions, de la richesse des figures, de la pompe du Théâtre, des habits, des gestes et de la voix des Acteurs ; Elle enchante tout à la fois les yeux et les oreilles : et pour enlever l’homme tout entier, Elle essaye de séduire son esprit après qu’elle a charmé tous ses sens.

199. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique —  CHAPITRE X. Des six parties de la Tragédie, suivant Aristote. Examen de ces six parties dans Athalie. » pp. 260-315

Dans ce que je viens dire sur la différente impression que font sur nous la Musique & la Déclamation, je puis me tromper ; mais si tout le monde n’est pas de mon avis, je crois être de l’avis de tout le monde, lorsque je regarde un Opera comme un Poëme d’une espece bizarre, qui n’a de commun avec la Tragédie que le titre qu’on lui donne, comme un Ouvrage contraire au bon sens, comme un Spectacle, qui sans occuper l’esprit enchante tous les sens & ennuie à la fin. […] Il ne falloit pas frapper un grand coup pour l’abattre, la nôtre a su résister au même coup, nous avons su conserver notre raison pour goûter la Tragédie, & nous sommes comme convenus que quand nous irions à l’Opera abandonner nos sens aux charmes de l’harmonie, nous laisserions notre Raison à la porte ; par conséquent ce Spectacle quand il est long ennuie, parce que, suivant Saint Evremond, où l’esprit a si peu à faire, c’est une nécessité que les sens viennent à languir : c’est en vain que l’oreille est flattée, & que les yeux sont charmés, si l’esprit n’est pas satisfait. […] Le grand objet d’un Spectacle où la Volupté attaque tous les sens, est de troubler cette œconomie.

200. (1674) Le Theâtre François pp. -284

Le nom de Dieu dans vn sens parfait ne doit pas estre meslé auec du risible. […] & autres semblables, ils les souffrent, parce qu’elles n’ont pas de suite, & ne forment pas vn sens parfait. […] Ie ne sçais pas ce que le Lecteur s’est promis du tître de mon second Liure : mais s’il attend de moy vne Critique, il se trompe fort, & c’est vne chose à quoy ie pense aussi peu, que ie m’en sens peu capable. […] Il en fait faire l’áueu à son Heroine auec vne delicatesse qui emeut les sens, & il donne le méme beau tour aux soupçons, aux depits, aux craintes, aux esperances, & à tout ce qu’il y a en amour d’agreable & de facheux. […] Celles qui sont en possession des premiers rôles feroient toutefois bien de s’y rencontrer toûjours, pour prendre le sens des vers de la bouche de l’Autheur, & s’expliquer auec luy sur de petites difficultez qui peuuent naître.

201. (1756) Lettres sur les spectacles vol.1 pp. -610

Un de ses Amateurs, enivré de tout ce qui y est offert à la corruption des sens, en a fait, d’après nature, le portrait dans les Vers suivans, qui furent insérés dans le Mercure du mois d’Octobre 1769. […] le Cardinal de Luynes, Archevêque de Sens, M. […] On peut être bon Patriote, sans cesser d’être Philosophe, pourvu qu’on prenne ce dernier mot dans son véritable sens ; car vous sçavez combien on en abuse aujourd’hui. […] Il en a fait des Apologistes du Théatre, en abusant de certains passages dont on avoit mille fois exposé le véritable sens. […] Languet, Archevêque de Sens, dans son Discours pour la réception de M.

202. (1710) Instructions sur divers sujets de morale « INSTRUCTION II. Sur les Spectacles. — CHAPITRE II. Réponse aux objections qu'on tire de saint Thomas pour justifier les Spectacles, et aux mauvaises raisons qu'allèguent ceux qui croient pouvoir les fréquenter sans péché. » pp. 55-63

Rien n'est moins propre à produire cet effet que les récits passionnés, et les airs tendres, qui ne font tant de plaisir, que parce qu'en les entendant, l'âme s'abandonne à l'attrait des sens.

203. (1762) Apologie du théâtre adressée à Mlle. Cl… Célébre Actrice de la Comédie Française pp. 3-143

Tout est parlant tout est dans la nature, tout tombe sous nos sens. […] Car il est plus difficile de représenter une Piéce, que de faire un morceau de Peinture, de Musique, ou de Poësie : la preuve en est, que tout étant dans une Piéce à notre portée, au Spectacle tout doit être non-seulement à notre connoissance, mais tomber absolument sous nos sens. […] Bornés un Acteur à une imitation exacte, vous réduisés les facultés qui l’inspirent au simple sens froid, à l’esprit, à l’intelligence, & son talent exquis, au triste avantage du calcul & de la combinaison ; il vous donnera une expression littérale, mais froide & stérile ; une Copie fidelle, mais foible & sans vertu : c’est-à-dire, un détail au lieu d’une description ; une histoire au lieu d’un tableau : & de l’exactitude, de la précision, au lieu de ces transports sublimes, de ce feu céleste & dévorant, de ce ton énergique & puissant, qui sçait animer tout, & qui par une magie inconcevable à l’ombre substitue le corps, à l’idée seule la vive image ; au portrait pur, l’original. […] Je ne prétend point cependant exclure de ces Cotteries le sens & la raison que le Philosophe vante ; mais je crois que pour les y trouver, il faut s’y prendre de bonne heure. […] Disons plus : l’esprit a ses transports, l’imagination son yvresse, le goût ses ravissemens ; mais à quelque point que tout cela soit porté, il n’y a rien de si innocent : par-tout où les sens n’ont point de rolle, les passions n’ont point de jeu, & conséquemment les mœurs sont sans danger.

204. (1600) Traité des Jeux comiques et tragiques « [Traité] » pp. 3-62

Mais tant y a, que quelque allégorie que les Anciens en tirent ; ils n’abolissent jamais le sens littéral, et le maintiennent purement et simplement moral : Et nous le devrions bien apprendre, par cette sévère répréhension, que fait l’Apôtre aux Corinthiens1 Cor. 11 bp , entre lesquels s’était seulement glissé une petite partie de cette corruption, dont toutefois il infère incontinent, du déshonneur pour l’un et l’autre sexe ; de la confusion aux œuvres de Dieu, de la contrariété à la Nature même. […] Mais pource que outre les autres brocards, on nous appelle aussi Docteurs de nouveauté, adonnés à notre sens, etc., faut voir, si nous sommes les premier auteurs de cette opinion, prétendue nouvelle, ou si nous sommes seuls en l’erreur que l’on nous attribue ; et si nous ne saurions repousser les exemples, dont on fait bouclier, par d’autres aussi authentiques : Ci-dessus nous en avons déjà produit quelques-uns ; et combien qu’après avoir ouï Dieu parler en l’Ecriture, il soit superflu, d’ouïr les témoignages des hommes ; toutefois, afin de satisfaire aux plus difficiles, et à ceux, qui écoutent plus volontiers les hommes que Dieu ; nous en amènerons encore quelques autres. […] Je prie le lecteur de la lire sur le lieuew, et désirerais bien, que quelques-uns considérassent cette sévère mais très juste répréhension, que cet Evêque-là fait, sur la fin de ce 6. livre, à ceux de Trèves, qui après la ruine de leur ville, après des massacres, et autres malheurs, présentèrent requête aux Empereurs, pour avoir permission de célébrer des spectacles ; prononçant, que ceux qui faisaient cette demande à leurs Princes, étaient plus malheureux à cause de la pe rte de leur sens et entendement, qu’ils montraient en cela, qu’à cause de la perte de leurs biens et parents, perdus par la guerre. […] [NDE] la glose d’Anselme de Laon va dans ce sens pour le verset 5 « non ergo induetur vir veste feminea, operatione scilicet fluxa et dissoluta » (donc, que l’homme ne se mette pas de vêtement féminin, conduite manifestement dissolue) et pour le verset 23 : « in hoc capitulo sicut in duobus praecendentibus et duobus succedentinbus, corporalem condemnat fornicationem » (dans ce chapitre, comme dans les deux précédents et les deux suivants, il condamne la fornication physique). […] [NDE] Tilenus énumère des passages où figure le mot comessatio, au sens négatif d’orgie. « Sic in die honeste ambulemus, non in comessationibus, et ebrietatibus, non in cubilibus et impudicitiis, non in contentione et aemulatione », Paul, Rom., chap. 13, 13. « Invidiae, homicidia, ebrietates, comessationes, et his similia… », Paul, Gal., chap. 5, 21. « Sufficit enim praeteritum tempus ad voluntatem Gentium consummandam, his qui ambulaverunt in luxuriis, desideriis, violentiis, comessationibus, potationibus, et illicitis idolorum cultibus », Pierre, 1 épître, chap. 4, 3.

205. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre III. Aveux importans. » pp. 83-110

Il fait voir l. 2, c. 1, combien les plaisirs des sens, les plaisirs du monde sont opposés à l’Évangile, & c’est le langage de tous les Chrétiens ; il distingue les plaisirs grossiers, les crimes énormes qu’on n’entreprend pas de défendre, quoiqu’on s’y livre, & les plaisirs qu’on traite d’indifférends : la danse, le jeu, la comédie, les spectacles, les intrigues, le commerce de galanterie qui sont des acheminemens aux plus grands vices ; & il soutient avec toute l’Église qu’ils sont défendus. Tout le monde aime la volupté, sur-tout la jeunesse qui s’imagine lui être consacrée ; les Poëtes & les Peintres peignent la volupté comme une jeune personne couchée sur un lit de fleurs, environné de tout ce qui flatte les sens ; toutes les passions bouiliantes à cet âge où la chair vigoureuse qui n’a point encore été mortifiée, domine avec insolence, & s’en fait même un privilège, & rien de plus ordinaire au théatre & dans le monde que de dire que la sagesse n’est faite que pour les vieillards, & le bel âge pour les plaisirs ; ceux qui ont des inclinations plus heureuses n’osent les suivre, le respect humain l’entraîne dans la foule, il est emporté par le torrent & on les excuse. […] Cette idée d’une Venus vertueuse, d’une espèce de sainte au goût des femmes, digne des autels, d’un amour platonique ; son fils Cupidon, lien sacré des cœurs vertueux sans que la grossiéreté des sens y eut aucune part.

206. (1767) Réflexions sur le théâtre, vol 6 « Réflexions sur le théâtre, vol 6 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE III. Immodestie des Actrices. » pp. 57-84

L’esprit ne va pas immédiatement à l’esprit, il n’y va que par l’entremise des sens, & s’ils trouvent sur leur pas quelque être matériel de leur goût, l’esprit est pris au piege, comme l’oiseau, par l’appas du plaisir. […] Tous ces grands noms d’amour dégagé des sens, ne sont que de belles paroles, des paradoxes brillans, qui quand ils auroient quelque chose de réel, vont s’évanouir au théatre. […] Mais non, dit-elle courageusement, je me sens assez forte pour résister à tout.

207. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE I. De l’Amour. » pp. 4-29

J’ai rassemblé, dit l’Ecclésiaste, tout ce qui peut flatter les sens, je n’y ai trouvé que vanité & affliction d’esprit. […] Mais de quels mouvemens dans son cœur excités Sentira-t-elle alors tous ses sens agités ? […] En ce sens les farces du théatre Italien, plusieurs de celles de Moliere, les parades, &c. n’en ont point ; ce n’est par-tout que libertinage.

208. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre III. De l’Unité de lieu, de Tems & de Personne. » pp. 211-238

Je ne sçais si tout le monde est comme moi, mais quand un personnage vient dire au Théâtre qu’il est trois heures ou midi, je sens s’évanouir l’illusion que je m’étais faite, je m’apperçois que je suis à la Comédie. […] Je sens que le Lecteur est tenté de m’objecter, qu’il est impossible que l’action soit une, parceque plusieurs actions concourent au même événement.

209. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE VIII. De la Folie. » pp. 163-179

C'est donc un tort infini que nous nous faisons, et en un sens irréparable. […]  » Tel, dit le Sage (car son oracle peut avoir ces trois sens différents), tel celui qui se repaît de mensonges, de fables, de personnages, de spectacles ; il nourrit des vents, il se nourrit de vents, il mène paître les vents : « Qui nititur mendaciis, hic pascit ventes.

210. (1760) Lettre d’un curé à M. M[armontel] « letter » pp. 3-38

Ce mot de bravoure ne serait-il point équivoque, et ne renfermerait-il pas deux sens qu’il serait important de démêler ? […] Mais pourquoi, selon vous, un homme patient, et brave en effet dans le premier sens, qui sait également repousser la brutalité d’un ennemi qui le surprend, et dédaigner les affronts d’un Spadassin, serait-il indigne d’occuper la scène, si l’on veut tout de bon tracer les justes limites qui séparent la vraie valeur d’une intraitable férocité ?

211. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-huitieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — [Introduction] » pp. 2-7

C’étoit le Théatre du Diable, comme aujourd’hui le Théatre de la Foire, le Théatre Italien, qui en un sens en mérite encore mieux le nom.

212. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre V. De la Parodie. » pp. 78-89

Hégémont de Thasos est l’Auteur de la Parodie dramatique ; c’est encore les Grecs qui nous l’assurent : il l’a mit en action en composant des Vers de plusieurs tragiques célèbres une Comédie dans les règles ; il s’appliquait à donner un sens burlesque à une pensée noble & sublime.

213. (1687) Avis aux RR. PP. jésuites « VI. » pp. 27-35

Et il importe peu qu’il vous prie par soi-même ou par un autre. » C’est dans ce même sens que S.

214. (1758) Lettre de J. J. Rousseau à M. D’Alembert « PRÉFACE » pp. -

Soit : cependant je me sens déchu et l’on ne tombe pas au-dessous de rien.

215. (1694) Sentiments de l’Eglise et des Pères « II. PARTIE. Où l’on répond aux Objections de l’Auteur de la Lettre. » pp. 89-140

me sens, dit-il,  accablé par un torrent de passages des Pères, qui depuis le premier jusqu’au dernier, ont toujours fulminé contre les spectacles, et ont employé la ferveur de leur zèle et la vivacité de leur éloquence, pour en donner une si grande horreur aux fidèles ; que les consciences faibles et timorées traitent de pernicieux et de relâchés les Docteurs qui ont l’indulgence de les tolérer. » Etp. 4. […] Il ne faut point juger du péril qu’il y a en général d’aller à la Comédie, par les dispositions toutes singulières qui se peuvent trouver dans un très petit nombre de personnes ; mais par la multitude de ceux à qui l’expérience a fait connaître qu’on ne peut aller à ces assemblées du grand et du beau monde, sans un extrême danger de la pureté, de la piété et du salut ; et par conséquent sans crime, car je veux que la pièce soit si innocente, si modeste et si honnête, qu’on la pourra avoir et entendre sans que la pureté des yeux, des oreilles et de l’esprit en ressente aucune maligne impression (quoique cela soit très difficile dans la pratique) ce sera la pompe du siècle, l’empressement pour la satisfaction des sens et pour les plaisirs ; l’ardeur pour se remplir l’esprit et le cœur de l’estime et de l’amour de ce que le monde a de plus charmant et de plus propre à faire oublier Dieu et l’éternité, qui feront tout le mal, dit le P. […] Quoique le divertissement soit nécessaire à l’esprit, comme la nourriture l’est au corps, il ne s’ensuit pas qu’un chrétien puisse se proposer pour fin le plaisir des sens qu’on cherche particulièrement dans la comédie. […] Or Jésus-Christ n’a jamais aimé ni recherché les plaisirs des sens ; et il n’en a jamais joui durant toute sa vie.

216. (1733) Traité contre les spectacles « TRAITÉ CONTRE LES SPECTACLES. » pp. 145-246

 » Car bien qu’en cet endroit le Prophète semble parler principalement de l’homme juste, qui n’a voulu prendre aucune part au conseil des Juifs, qui délibéraient de se soulever contre leur divin maître ; on peut néanmoins donner plusieurs significations à l’Ecriture Sainte ; surtout lorsque le sens moral paraît conforme à celui que la lettre présente d’abord. […] S’il est donc vrai de dire avec le Prophète : malheur à celui qui entre dans quelque assemblée que ce soit des impies, qui s’arrête dans les différentes voies des pécheurs, et qui est assis dans la chaire de corruption ; soyons bien persuadés que ces paroles doivent s’entendre dans un sens général, quoiqu’elles puissent être aussi interprétées dans un sens plus particulier. […] Si nous nous faisons donc un scrupule de souiller notre bouche de ces viandes profanes, à combien plus forte raison ne devons-nous pas éloigner de tout spectacle consacré ou aux dieux, ou aux morts, les autres organes de nos sens, qui nous doivent être sans doute plus précieux ; je veux dire, les yeux, et les oreilles ?

217. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE X. » pp. 171-209

Quand donc on se transporte en une sainte assemblée, avec une intention pure, que l’on ne recherche pas industrieusement les Eglises les plus fréquentées, & la Messe où le beau monde se rassemble, c’est un cas fortuit, si l’on apperçoit un objet attrayant, il faut en détourner la vûe, & défendre son cœur & son esprit du vénin de la séduction ; les mouvemens indélibérés survenus dans l’ame & dans les sens, en conséquence du Spectacle qui s’est rencontré dans la Maison de Dieu, ne sont pour lors nullement imputables à celui qui les éprouve. […] Le premier objet est celui qui tombe sous les sens ; on est frappé d’étonnement dès que l’on ouvre un œil sur la beauté de l’Univers1.

218. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-huitieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Mêlanges Dramatiques. » pp. 8-39

Il en a laissé beaucoup sur lesquels les anglois ne s’accordent pas, & qu’il a désespéré de faire entendre ; il n’a pas osé leur donner un sens arbitraire : il abandonne à la sagesse du lecteur la découverte des merveilles qu’il y voudra supposer. […] Servandoni, fameux machiniste, habile décorateur, n’a été, ni auteur, ni acteur : mais dans un sens il a été l’un & l’autre, & plus habile que plusieurs de ceux qui en portent le nom. […] Ces grands mots, qui n’ont aucun sens dons le moral, en ont un faux dans le physique.

219. (1759) L.-H. Dancourt, arlequin de Berlin, à M. J.-J. Rousseau, citoyen de Genève « CHAPITRE IV. Apologie des Dames. » pp. 119-155

Médire, c’est dire du mal : or dans ce sens le Spartiate est un imbécile, de se fâcher contre quelqu’un qui loue au lieu de médire : si c’est un reproche fin au panégyriste de ce que, par des louanges hyperboliques, il s’empêchait d’être cru, ce n’est plus blâmer la louange, c’est blâmer seulement une exagération préjudiciable à l’éloge : en ce sens, le Spartiate est un homme d’esprit, sans que cela prouve qu’il n’était pas permis à Lacédémone de dire du bien d’une honnête femme. […] Je ferais tort à la Poésie de Mme de Tagliazucchi si je la touchais davantage : je sens combien elle s’altère sous ma plume, c’est ce qui me force à ne pas vous donner un plus long échantillon de ses talents.

220. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE I. Du sombre pathétique. » pp. 4-32

« Je sens qu'Adélaïde est tout ce que j'adore : Grand Dieu, de cet objet laisse-moi me remplir. » Un adultère ! […] Les miracles sont des opérations passagères, contraires ou supérieures aux lois de la nature, forment-elles un sein, même dans un sens métaphorique ? […] Renfermant mes regrets un malheureux destin : il n'y a là ni sens ni construction.

221. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre XIII. De l’éducation des jeunes Poëtes, de leurs talents & de leurs sociétés. » pp. 204-218

« comment, disoit un Seigneur Allemand, homme d’un grand sens, à qui on avoit adressé un Auteur, pour le recommander à une Actrice ; les gens de Lettres ne sont-ils pas assez recommandables par leurs talents ?

222. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE V. » pp. 82-97

Tout ce qui flatte les sens, ce qui favorise leur rébellion, les objets qui font naître des images voluptueuses, qui rendent la convoitise aimable, ce monstre que l’Apôtre Saint Jean nous a défendu d’aimer.

223. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE VII. » pp. 115-130

Le démon s’appercevant, dit-il encore, que l’idolâtrie à la suite causeroit du dégoût aux personnes raisonnables, a accompagné son culte superstitieux & ridicule, de l’enchantement des Spectacles, afin que frappant les sens d’une maniere agréable & touchante, le plaisir la fit aimer.

224. (1607) Recit touchant la comédie pp. 2-8

[NDE] « Catastrophe » n’a, en 1607, qu’un sens poétique et désigne le dénouement de la tragédie (voir Richelet, 1680).

225. (1743) De la réformation du théâtre « De la réformation du théâtre — SIXIEME PARTIE. — Comédies a corriger. » pp. 295-312

Sans cette correction je n’hésiterais pas à mettre cette Pièce au rang de celles qui doivent être rejetées, parce que je sens vivement tout le mal que le mauvais exemple de Laurette peut causer.

226. (1658) L’agent de Dieu dans le monde « Des théâtres et des Romans. CHAPITRE XVIIII. » pp. 486-494

Ces expressions où l’on emploie les deux sens plus familiers de l’esprit, où la parole est animée de l’exemple, où l’on voit ce qu’elle enseigne seraient extrêmement efficaces pour porter les hommes à la vertu, et les théâtres feraient en cela plus que les prédications, si l’on n’y représentait, comme autrefois, que les choses saintes.

227. (1775) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-septieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre II. L’Arétin, le Tasse, l’Arioste. » pp. 38-79

Après avoir reçu l’Extrême-onction, il dit, Gardez-vous bien de me toucher, je sens l’huile , Elisabeth d’Angleterre proféra une pareille impiété à son sacre, un an après la mort d’Arétin. […] J’appelle amour cette attente profonde, ce sentiment soumis, tendre, ingénu, ce trait de feu qui des yeux passe dans l’ame, de l’ame aux sens, qui fécond en desirs, &c. […] L’esprit, selon lui, est déplacé dans la galanterie, le cœur & les sens y ont moins de part, ils sont moins flattés, il partage l’attention, & fait diversion au cours doux & tranquille de la sensation délicieuse. […] Ce n’est pas-là, comme on voit, un amour platonique, purement dans l’esprit ; il est très-physique & dans les sens, mais assaisonné au goût de Chaulieu.

228. (1760) Sur l’atrocité des paradoxes « Sur l’atrocité des paradoxes —  J.J.L.B. CITOYEN DE MARSEILLE, A SON AMI, Sur l’atrocité des Paradoxes du Contemptible J.J. Rousseau. » pp. 1-128

Pour moi la Vérité, cette chaste Fille du Ciel, siège dans mon sein ; elle fait mes délices, & je sens une joie voluptueuse à suivre ses douces impressions. […] C’est malignement inventer un motif qui ne fut point la cause de la cassation de ce chapitre, & qui ne tombe pas sous les sens. […] La raison ne les peut vaincre que par des moyens qui tombent sous les sens, tels que sont les belles Représentations de Théâtre que l’on nomme véritablement l’école du peuple. […] Malgré l’estime que j’ai toujours porté aux grands Hommes, je la sens s’augmenter depuis ce moment, le sachant comme moi citoyen de cette Ville illustre. […] « Je sens bien que ce spectacle dont je fus si touché, serait sans attrait pour mille autres ; il faut des yeux faits pour voir & un cœur pour le sentir.

229. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique — CHAPITRE IX. Défauts que les Etrangers ont coutume de reprocher à notre Tragédie. » pp. 231-259

Les Etrangers s’imaginent qu’en prononçant deux Vers, nous nous reposons quatre fois, à cause des quatre hémistiches : le sens & l’ordre des mots s’y opposent souvent, surtout dans les Vers de passion, & nous obligent d’y faire deux ou trois Césures, & d’enjamber. […] Il bannit même du langage noble, ce terme qui s’est introduit dans notre Langue, à la honte des hommes, ce mot Maîtresse : s’il se trouve deux fois dans ses Piéces c’est dans un sens de mépris.

230. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 3 « Chapitre VI. Du Cardinal Mazarin. » pp. 89-108

mars 1764.) s’est avisée, à propos de rien, d’en faire l’apologie, et d’une manière fort maladroite : « On ne conçoit pas, dit-elle, comment il se trouve des esprits assez chagrins pour désirer l’anéantissement de l’opéra, où tous les arts imitateurs se réunissent et se combinent pour s’emparer de l’âme par tous les sens. » Le Journal de Trévoux, qui annonce cette Gazette (avril 1764), en rapportant cet endroit, ajoute avec vérité : « On pourrait répondre sans chagrin, que la raison donnée en faveur de l’opéra est peut-être la meilleure qu’on puisse fournir pour son anéantissement. » Qu’y a-t-il en effet de plus dangereux et de plus mauvais que ce qui s’empare de l’âme par tous les sens ?

231. (1758) Lettre de J. J. Rousseau à M. D’Alembert « JEAN-JACQUES ROUSSEAU. CITOYEN DE GENÈVE, A Monsieur D’ALEMBERT. » pp. 1-264

En ce sens, je vous remercie pour ma Patrie de l’esprit de Philosophie et d’humanité que vous reconnaissez dans son Clergé, et de la justice que vous aimez à lui rendre ; je suis d’accord avec vous sur ce point. […] En ce sens il semblerait que cet effet, se bornant à charger et non changer les mœurs établies, la Comédie serait bonne aux bons et mauvaise aux méchants. […] Que toutes ces vaines prétentions approfondies sont puériles et dépourvues de sens ! […] J’en vois se cacher dans certains besoins, pour dérober aux sens un objet de dégoût ; je les vois ensuite, au lieu de fuir, s’empresser d’en couvrir les vestiges. […] Vitam impendere vero : voilà la devise que j’ai choisie et dont je me sens digne.

232. (1767) Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs « Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs — TROISIEME PARTIE. Des obstacles qui s’opposent parmi nous à la perfection de la Comédie. » pp. 57-75

Un Auteur met son esprit à la toiture, & presse son imagination dans tous les sens, pour en faire sortir ce qu’il appelle une pensée neuve.

233. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre IV. De l’illusion Théâtrale. » pp. 64-79

L’Acteur se rappelleroit la marche générale de la Pièce ; mettroit ses sens en haleine, & loin de parroître sortir de la gayeté tumultueuse des foyers, il sembleroit affecté des mêmes soins, des mêmes vûes, dont les personnages étoient eux-mêmes occupés pendant l’action.

234. (1738) Sentimens de Monseigneur Jean Joseph Languet Evéque de Soissons, et de quelques autres Savans et Pieux Ecrivains de la Compagnie de Jesus, sur le faux bonheur et la vanité des plaisirs mondains. Premiere partie « Sentimens de quelques ecrivains De la Compagnie de Jesus, Touchant les Bals & Comedies. Premiere Partie. — Entretien premier. Sentiment du reverend Pere Bourdaloue de la Compagnie de Jesus, touchant les Bals & les Comedies en general. » pp. 8-16

Je ne dis pas que ç’a été une Morale de perfection seulement & de pur conseil : il n’y a qu’a peser leurs termes & qu’a les prendre dans le sens le plus naturel & le plus commun : sur quel autre sujet se sont-ils expliquez avec plus de rigeur ?

235. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre V bis. Le caractère de la plus grande partie des spectateurs force les auteurs dramatiques à composer licencieusement, et les acteurs à y conformer leur jeu. » pp. 76-85

Le vieux Sertorius voudra séduire une jeune femme éperdument amoureuse de son mari ; voilà les mœurs de la tragédie chez Corneille, le plus grave et le plus sublime de nos poètesak. » Les pièces de cet auteur n’auraient certainement pas plu aux spectateurs, si elles ne leur avaient donné agréablement des « leçons de galanterie, de fourberie, de vengeance, d’ambition ; si elles ne leur avaient appris à conduire habilement une intrigue, à éluder la scrupuleuse vigilance des parents, à surprendre par mille ruses la bonne foi, à ne tendre jamais à faux des pièges à l’innocence, à se défaire avec adresse d’un concurrent, à se venger à coup sûr d’un ennemi, à élever sa fortune sur les débris de celle d’autruial . » En effet, le spectacle perdrait son agrément, s’il n’était un assemblage vif et séduisant de tout ce qui peut plaire, s’il ne tendait à enchanter l’esprit et les sens par mille charmes, et à attendrir le cœur par tout ce que les passions ont de plus fin et de plus insinuant.

236. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre XX. Spectacles condamnés par les saints Pères et par les saints conciles. » pp. 168-178

« Là, dit saint Jérôme24, s’accomplit l’oracle du prophète Jérémie : La mort entre par les fenêtres de notre âme, c’est-à-dire, par les yeux et par les oreilles. » Lactance emploie le même texte contre la séduction du théâtre25 : il prétend que les sens y sont souillés, et que la corruption se glisse au fond de l’âme ; le cœur et l’esprit en sont infectés.

237. (1763) Réflexions sur le théâtre, vol. 1 « [Introduction] » pp. 1-9

Ce n’est pas seulement dans le sens moral que tout ce monde n’est qu’une comédie, où chacun joue son rôle, se contrefait et se masque, et cherche à en imposer par des apparences de vertu, de probité, de valeur, de zèle, de grandeur, et qu’à la mort tous les hommes, comme les acteurs derrière le théâtre, deviennent égaux, et sont confondus dans la poussière ; cette comédie fut toujours jouée, elle l’est partout.

238. (1733) Traité contre les spectacles « REMARQUES. SUR LE TRAITÉ. CONTRE LES SPECTACLES. » pp. 247-261

A prendre ces paroles de Tertullien dans le sens qui se présente d’abord, on dirait qu’il regardait comme fort proche le dernier avènement de Jésus-Christ.

239. (1819) La Criticomanie, (scénique), dernière cause de la décadence de la religion et des mœurs. Tome II « La criticomanie. » pp. 1-104

Les satires, dans un sens philosophique, qui font triompher les droits de la nature de ceux des préjugés sont donc plus utiles dans cette circonstance aussi. […] Je sens le besoin de rappeler ici cette maxime : Amicus Plato, sed magis amica veritas. […] Je suis persuadé que son ouvrage, que je n’ai pas non plus l’intention d’ôter du rang auquel l’opinion la placé, sous le rapport littéraire, n’aurait pas été mis au théâtre, du moins sans un retranchement volontaire considérable, si quelqu’ami respectable, moins prévenu, ayant mieux profité des leçons du passé, l’eût éclairé en lui montrant dans plusieurs exemples les funestes conséquences qu’il aurait infailliblement, et en lui disant pour consoler son zèle : vous avez la très-louable intention d’éclairer vos concitoyens et principalement de prévenir les hommes puissants, les princes, les ministres, contre des intrigants hypocrites qui prennent le vernis de belles qualités qu’ils n’ont point, pour en imposer et obtenir des places dont ils ne sont pas dignes ; hé bien, il n’est pas nécessaire pour cela de faire tant de bruit, d’avoir recours aux prestiges de la déclamation, à la séduction de la poésie ou des beaux vers qui font croire le pour et le contre, aidés du fracas et de la magie du théâtre, de son appareil fantasmagorique, qui exerçent trop d’empire sur les sens et sur l’imagination des hommes, surtout en rassemblement, qui les exaltent, et les font extravaguer ou passer le but qu’on se propose.

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