Moliere ne s’anonça que comme un Tabarin sur des tréteaux. […] On répete par-tout ce petit conte, dont nous parlons ailleurs, pour faire honneur à Moliere, & le donner comme un grand philosophe, un grand littérateur, un génie universel, capable de tout. […] Le Cardinal de Polignac a fait pour combattre Lucrece un ouvrage immortel qui vaut mieux lui seul que sa traduction & ses farces n’en font à Moliere : la vraie gloire n’appartient qu’à la vertu. […] Bouhours, après la mort de Moliere, fit quelques vers à son honneur, fort médiocres à la vérité, où il avance que ce Comique réforma la Ville & la Cour. […] Il accuse la France d’ingratitude, tant en effet de son temps Moliere étoit généralement méprisé.
Moliere, qui avoit lu ce voyageur, forma là-dessus la comédie du Médecin malgre lui, qu’il embellit à sa maniere. […] C’est une vraie fureur que de parler toujours de Moliere. […] Si Moliere a tout dit & tout fait, il n’y a donc plus rien à faire & à dire. […] Moliere joua un tour pareil à Pourceaugnac & à George Dandin, pour tendre le rôle plus ressemblant. […] La Clairon avoit donné une fête aussi magnifique pour la Centenaire de Moliere à l’Hôtel Clairon.
Le théatre n’a point l’esprit créateur ; Moliere même si vanté n’est qu’un copiste. […] Telle est celle de Moliere. […] Moliere donne le coup de pinceau, & mêne à autre chose. […] Moliere & Regnard, Racine & Corneille n’y font mettre personne. […] Ce blasphême contre le divin Moliere est bien-tôt reparé : Si j’avois trois statues de Corneille, Moliere, Racine, je mettrois Moliere au milieu, Corneille à droite, & Racine à gauche.
C’est une vraie tyrannie de ne vouloir que des comédies régulieres, de caractere, comme ce qu’on appelle Chef d’œuvre de Moliere. […] Ce ne sont que des mots ; personne ne méconnoît le mérite théatral de Corneille, de Moliere. […] Racine le doucereux, Moliere la plaisanterie. […] Moliere le sur, & la ridiculisa dans ses femmes savantes, avec ses amis Cotin & Menage. […] Moliere adoucit les traits qui la caractérisent.
Bitaubé & l’académicien de Berlin a enrichi le recueil de son académie d’un immense panégyrique de Moliere, qui enchérit sur tout ce qu’en ont dit Champfort, la Harpe & tous les enthousiastes de Moliere, qui, d’un libertin & d’un tabarin, font un dieu. […] Ils étalent les passions des grands ; Moliere appelle les passions les plus variées de la vie commune : Thalie n’est plus jalouse de Melpomene. […] Le goût des comédiens même, qui ne devroient parler, agir & penser que Moliere, est si dépravé qu’on ne le joue presque pas. […] Comment donc se plaint-on du mauvais goût qui néglige le sublime Moliere ? […] La plupart des pieces de Moliere, de Dancour, de Favart, de Boissi, tout le théatre italien sont écrites en prose.
Les comédies de Moliere, de Regnard, &c. sont pleines de fripons, & c’est ce qui en plait le plus, ce qui en forme l’intrigue. […] Le théatre est une école des mœurs, Moliere est un sage réformateur. […] Ces deux talens sont souvent réunis, quoique dans des dégrés différent Racine & Moliere avoient l’un & l’autre : Racine forma la Champmelé & les Demoiselles de Saint-Cyr, Moliere étoit à la tête de sa troupe. […] Quoiqu’on ne nomme personne, ce qui occasionneroit bien des corrections un peu vives, on désigne si bien les personnages, comme Aristophane, qu’il est aisé de lever le masque : ce qui est arrivé cent fois à Moliere. Moliere même les nommoit quelquefois, comme Pourceaugnac & Georges Dandin.
En voici l’idée elle est prise de l’Arrêté centenaire de Moliere, qui fait grand bruit du théatre. […] Bien des gens font une fête après cinquante ans de mariage, & l’on vient de célebrer la centième année de Moliere, à l’exemple des jeux séculaires des romains. […] & Moliere adopta ce mot qui lui parut fort plaisant. […] Moliere, qui connoissoit le théatre italien, & en prit des scènes entieres, crut bien peindre un hypocrite par le sobriquet des Bergamasques. […] L’auteur des remarques nous apprend cette anecdote, & nous fait sentir le prix des beautés de Moliere, en les mettant dans une juste balance.
Bossuet, dont les mœurs étoient réglées,) Moliere divertit, & la cherté du pain n’empêche pas d’aller applaudir Arlequin . […] On dit que Racine avoit cette foiblesse pour la Chammelé, & Moliere pour la Bejar ; mais ce ne sont pas les morceaux qui les immortaliseront. […] Le sieur Caihava a voulu sans doute suppléer à Moliere, & dans la premiere édition qu’on fera de ses comédies, M. […] On sait tout quand on sait Moliere ; on ne sait rien sans-lui, avant lui c’étoient, sur l’Univers, des sénébres plus épaisses que celles d’Egypte, & c’est la nuit la plus sombre pour tous ceux qui ne suivent point le soleil. […] Caihava oublie l’intérêt des mœurs que Moliere a corrompues, & que les deux Jésuites défendent.
Que la Comédie, telle qu’elle a été traitée par Moliere, est suffisamment bonne pour les mœurs ; à plus forte raison depuis les sages réglemens qui ont été introduits. […] Ainsi l’obsession des Vieillards, les poursuites maussades des sots amoureux, les vues intéressées des Parens, ont toujours dû paroître importantes aux Poëtes Comiques, & sur-tout à un aussi grand Philosophe que Moliere. […] Cette Piéce, adoptée par Moliere, & ensuite par Thomas Corneille, est, comme l’on sçait, tirée de l’Espagnol ; & l’on y reconnoît aisément le goût de la Nation, pour mettre des moralités dans la bouche des Valets. […] Quel est le but principal de Moliere dans la Piéce de George Dandin ? […] Il y a encore dans les Comédies les plus morales de Moliere, quelques traits que l’on n’approuveroit pas, comme quand Arnolphe dit à Agnès, dans l’Ecole des Femmes.
Fagan, un des plus zélés défenseurs des spectacles : celui-ci écrit, en 1752, que c’est au tems de Moliere, que les piéces sont devenues suffisamment bonnes pour les mœurs… Que la Comédie, telle qu’elle a été traitée par Moliere, est suffisamment bonne. Moliere n’a représenté ses piéces, qu’après le milieu du siécle dernier. […] Il faudra donc que nous passions pour honnêtes, les impiétés & les infamies, dont sont pleines les Comédies de Moliere ? […] Il fut aussi comtemporain de Moliere. […] Comme dans les piéces de Moliere, dit Mr.
On avoit méprisé les sarcasmes de Moliere ; mais le caractère du nouveau défenseur causa le plus grand scandale. […] Sénèque est moins dangereux que Racine, & Térence moins licencieux que Moliere, Poisson, Dancour, Monfleuri, &c. […] Le Prince de Conti a été cent fois à la comédie, Bossuet & Fenelon ont lu Moliere & Racine ; sont-ils donc des approbateurs du théatre ? […] La belle & édifiante lecture, de faire, comme dit Gresset, son oraison dans Racine, Moliere, Dancour ! […] De la Françoise depuis l’éloge de Moliere donné pour sujet du prix.
Il disoit fort sérieusement, j’aimerois mieux être Moliere que Neuton . […] Toutes deux cependant étoient enthousiasmées du du mérite de leurs époux : la Moliere s’écrioit, quoi, on refuse la sépulture à un homme à qui on doit des autels ! […] Il est vrai que Moliere n’étoit rien moins qu’un Adonis. […] Moliere n’étoit ni savant, ni noble : mais il étoit très-sensible aux galanteries & aux tracasseries de sa belle Princesse d’Elide. […] Moliere étoit si méprisé, qu’à sa mort Louis XIV. eut peine à obtenir qu’on l’enterrât dans le coin d’un cimetiere.
Moliere n’a ici d’autre mérite que d’avoir mis en œuvre ce que la médisance lui avoit appris. […] Matthieu, & notre Évangile est le théatre de Moliere. […] La comédie de l’Avare, l’une du petit nombre des bonnes pieces de Moliere, est scandaleuse sur ces article. […] Ressource ordinaire à Moliere, comme à Térence, qu’il copie, lorsqu’ils ne savent plus que faire pour finir un dernier acte. […] Moliere a sacrifié les mœurs à son esprit, & son devoir à son génie.
Les écrivains dramatiques peuvent dire de lui comme le médecin de Moliere : Dignus est intrare in nostro docto, corpore. […] Le divin Moliere, cet immortel Racine, cet incomparable Voltaire, ce dieu du goût, du génie, cette déesse des graces, cette adorable actrice, sont-ils plus sensés ? […] Combien doit-on admirer Moliere ! […] Moliere est-il donc plus fanfaron que l’Arétin ? […] Le traducteur dans sa préface, dit que, quand Moliere donna ses comédies, la licence du théatre étoit si grande, que ce comique peu scrupuleux passa pour un homme fort réservé : mais qu’aujourd’hui, qu’il regne plus de politesse, Moliere auroit passé pour licencieux, & qu’on n’oseroit parler comme lui, quoique les mœurs ne soient pas moins corrompues.
Ils ont fait traduire quelque farce de Moliere en vers Moscovites, ce qui doit faire un plaisant effet, la frivolité, la dissolution Françoise, & la barbarie Russe. […] Il est très-comique d’entendre Moliere, dont l’éruditiou n’égaloit pas celle de Scaliger & de Saumaise, disserter gravement (Préface du Tartuffe) sur la distinction entre l’ancienne & la nouvelle comédie, & avancer que les saints Peres, dont il avoit peut-être entendu prononcer le nom dans les Litanies, n’avoient jamais déclamé que contre cette ancienne prostituée qu’il abandonne généreusement à leurs traits, mais non contre la courtisanne moderne, qu’ils auroient canonisée, & proposée à tout le monde comme un exercice de dévotion où lui Moliere prêchoit beaucoup mieux que Bourdaloue, contre laquelle les Prédicateurs ne parloient que par jalousie. […] A l’exception de Plaute & d’Aristophane, qui sont trop libres, qui ne le sont pas plus que Moliere, qui le sont moins que Poisson, Dancourt, Vadé, le théatre de la Foire, tous les dramatiques Grecs & Latins sont autant & plus décens que les nôtres, & moins séduisans, moins galans, moins dangereux que Racine. […] Jamais ils ne se sont avisés de faire des livres classiques de Moliere, Monfleuri, Renard, &c. […] Celles de Plaute sont moins modestes ; elles le sont cependant plus que la moitié du théatre de Moliere, des Italiens, &c.
Au tyrannique empire, au despote injurieux que les Histrions exercent contre les successeurs des Corneille ou des Moliere, je n’ai dit mot. […] On se souvient encore que notre illustre Moliere amena sa Troupe de Lyon, pour l’incorporer dans celle de Monsieur, Frere unique de Louis XIV. » Voici comme M. […] J’ose avancer à la barbe des Athéniens, que Corneille ni Moliere ne pourroient faire de nos jours un si grand nombre de Piéces, vû la lenteur des Histrions, & leur négligence à jouer les nouveautés ; & je le prouve, car il est tems de parler. […] Qu’il me permette une comparaison, quoique toute comparaison cloche, les premieres Comédies de Moliere sont-elles ses meilleures ?
Celle de Moliere est tout aussi peu. Moliere avance qu’elle fut conçue, composée, apprise, exécutée en quinze jours ; on peut dire de cette fanfaronade, ce que lui-même fait dire au Misantrope : voyons, Monsieur, le tems ne fait rien à l’affaire , les plaisirs publics cachent souvent les desastres particuliers. […] Il appretie Moliere avec justice, il contribua à défaire le public des importuns subalternes (les petits maitres) de l’affectation des précieuses, du pédantisme des femmes scavantes, de la robe & du latin des médecins, & fut un législateur des bienséances du monde ; mais cette saine morale, cette école de vertu, cette réforme des mœurs qu’on veut donner à Moliere, fait rire, ou plutôt fait pitié ; on plaint l’aveugle qui le croit ou l’avance, & le public qui est la victime de son libertinage.
Des hommes l’ont tenté en France dans les éloges scandaleux & couronnés de Moliere, de Lafontaine, &c. […] On a essayé de trouver les mêmes instruction dans Moliere & dans Lafontaine. […] Shakespear a autour de lui Sophocle, Euripide, Plaute, Térence, Corneille, Racine, Moliere : mais point de Voltaire. […] Moliere ne reconnoîtroit plus son Misantrope sur notre théatre. […] Qu’est-ce en effet dans le nobiliaire que Corneille, Moliere, Baron, la Clairon, &c ?
On lit plus volontiers Moliere que Corneille ; il y a bien plus de comédies que de tragédies, & de farces que de comédies régulieres. […] Moliere est plus hardi ; quoique acteur médiocre, il seroit supérieur à tous les Prédicateurs, à tous les Peres, sur le fond même & sur les succès. […] Tandis que la scene sera le champ de bataille, la victoire du vice est certaine, & Moliere triomphera. […] Le poëme de Moliere, du Val de Grace, est au-dessous du médiocre. […] Mais il quitta trop jeune la Capitale & les belles lettres, pour se livrer aux fonctions de sa chargé, & mériter mieux que Moliere les honneurs d’un éloge couronné.
Si Moliere revenoit à la tête de cette troupe orgueilleuse, il seroit obligé d’ajuster son génie sur la mesure de leur ignorance. […] Mais est-ce un crime de n’avoir point semé ces bouffonneries de Tabarin dont Moliere amusoit le peuple ? Palissot n’a pas prétendu, comme Moliere, faire rire pour gagner de l’argent. […] Ce désordre n’existoit pas du temps de Moliere, il n’a pu par conséquent être attaqué sur son Théatre. […] On fait que Moliere négligeoit ses dénouemens.
La Bruyere donne le caractère d’un hypocrite, & ce tableau en deux ou trois pages, plus vrai, plus juste, plus ressemblant, vaut mieux que toute la comédie de Moliere. Moliere a mis une infinité de traits caractéristiques, grand nombre d’autres sont faux, étrangers, outrés ; ce n’est que la moitié de la peinture, son but est manqué, l’hypocrite n’est qu’ébauché. […] Dans le Commentaire du sienr Bret sur les œuvres de Moliere, il y a des traits sur le Tartusse que je crois devoir rassembler pour les ajouter à ce que nous avons dit sur cette célèbre & très-mauvaise pièce, Louis XIV la défendit, il fut choqué de voir dans Tartuffe trop de ressemblance du vice & de la vertu. […] Voilà Moliere justement apprécié, il a étudié les sotises, il les a représentées ; rien de plus facile, il ne faut ni éloquence ni raisonnement, il ne faut que faire ce qu’on voit faire, & la nature a donné à tout le monde une merveilleuse facilité à se moquer ; on est sûr de plaire & d’aller à l’immortalité, en peignant des sots, il y aura toujours des sots dont on verra le portrait, & des gens malins qui aiment à les voir peindre. On n’étoit pas alors enthousiasmé de Moliere, l’Académie dont Fontenelle étoit Secrétaire perpétuel n’eût pas donné ce sujet pour le prix.
Moliere, dit-on, corrigea son siécle de ce défaut. […] Ce n’est pas la peine de se mettre en frais pour guerir ce mal, & le mérite de Moliere sur cet article, est bien borné, quoique cette piéce soit une des meilleures. […] Le zèle de Moliere n’alloit pas jusques là. […] Si Moliere a fait faire ce changement, la vertu lui est peu redevable. […] L’autorité de l’Eglise & des Saints Peres, contre le fard, est d’un fort petit poids au théatre ; mais que dire contre le Docteur Moliere ?
Les friponneries de toutes les pieces de Regnard & de la moitié de celles de Moliere, Inspirent-elles la sécurité qui laisse les portes ouvertes, & apertis ostia portis ? […] Moliere en est plein. […] Il y a quelque chose d’énigmatique dans sa conduite : il a loué Moliere à l’excès, & l’a amerement critiqué ; il le craignoit pendant sa vie, & lui rend justice aprês sa mort ; il veut qu’on excite les passions sur la scène, singulierement l’amour, & il en déplore les effets ; il copie & embellit Horace, il est plus indulgent que lui ; il blâme la galanterie de Quinault, & applaudit à celle de Racine, qui est encore plus dangereuse ; il réconcili Racine avec Arnaud, avec qui ses travaux d’amatiques l’avoient brouillé, & il donne soigneusement les regles de cet art pernicieux.
Tout dans les annales du théatre n’est pas digne des grands noms de Corneille, de Moliere, de Voltaire, de Baron, de Clairon ; c’est le malheur de l’humanité. […] Quelle idée ne se formera pas dans trois mille ans d’ici, la savante postérité de Moliere & de Voltaire, de l’inépuisable littérature de la scéne !
Les comédies de Moliere pourront bien corriger le mari jaloux ; mais loin de réformer la femme infidelle, elles la rendront plus infidelle encore. […] Il est vrai que Moliere décrie un peu le mariage ; mais cette union est relevée par d’autres poëtes comiques. […] Toute la jeunesse l’apprend par cœur, & l’emploie à tout moment, lorsqu’il s’agit de faire quelque mariage à la Moliere. […] Si l’on y a joué quelquefois des pieces de Moliere, ce n’est qu’après les avoir chârrées.
Croiroit-on que Corneille, Moliere, La Fontaine, Lulli sans compter Guerin, enfin l’abbé Aubert se soient exercés sur ce sujet ridicule, chacun à sa maniere ? […] Moliere, La Fontaine sont pleins de platitudes, on croit avoir des chefs d’œuvre jusques dans leurs Errata. […] L’amour qui a inspiré tous les dramatiques ne vaut-il pas Corneille, Racine, Moliere, Regnard, Voltaire, Arlequin, Scaramouche, Gorgibus, &c. […] La Tragedie ou Tragi-Comedie de Psiché attribuée à Moliere, est insérée dans ses œuvres ; quoique de divers auteurs. […] La femme de Moliere représentoit Psiché, & la Debris, Venus.
Riccoboni a donné un catalogue des tragédies & des comédies qui ont paru dans le seiziéme siécle, dont le nombre passe celui des piéces Françaises, qui ont paru dans le dix-septiéme siécle, depuis Corneille & Moliere. […] Les Espagnols & les Anglois ne seront pas plus faciles sur la prétendue supériorité de notre scéne, ainsi que sur celle de notre musique, de notre danse, de nos opéras, de nos pantomimes, &c. on met à Parme, l’incomparable Moliere, à la tête de tous les comiques de tous les siécles, & de tous les tems ; je ne ferai point de procès sur une si frivole préséance ; mais après Moliere on met Dufreni, Regnard & des Touches : je ne dispute pas leur mérite, mais je doute que tout le monde souscrive à cette distribution exclusive des rangs. […] Moliere n’en eut pas apparament dit autant de la sienne. […] Goldoni & quelques autres imitateurs de Moliere, dit-on, ont cependant pris, & sont écouter, le ton de la bonne comédie, ce qui prépare quelque révolution théatrale, & Goldoni est extrêmement gay & fécond, même plus que Moliere, il est vrai que son langage n’est point pur, il mêle aisement les dialectes Italiens, le Venitien, le Toscan, le Napolitan. Le langage de Moliere n’est pas plus chatié, il se ressent des pirenées où il a long-tems vécu avec sa Troupe, & dont il a conservé le jargon avec sa maîtresse gascone.
Qu’un nouveau Tribonien fasse de même, qu’il compose un Code, un Digeste, des Institutes dramatiques, qu’il compile dans Moliere, Regnard, Poisson, Montfleuri, &c. toutes les sentences, les décisions, les maximes sur le mariage de ces grands Jurisconsultes, comme on a compilé celles de Papinien, d’Ulpien, de Paul, il n’en résultera sur ces articles que le Code Fréderic. […] Aucun comique ne les meconnoît, ni ne les dissimule ; & tous les théatres en retentissent ; ils s’en font avec Moliere, victime & profanateur de ce lien sacré, un prétexte scandaleux, pour éloigner du mariage, ou le dénaturer & le profaner. […] Sur le prémier, voici des regles singulieres : le mariage forcé est nul, malgré Moliere qui s’en mocque. […] Moliere est plus indulgent, il ne pardonne point aux maris jalous.
Le goût du Théatre n’est pas aujourd’hui le même qu’il étoit du tems de Moliere. […] Comme votre dessein est de décrier les ouvrages de Moliere, vous vous en prenez à son chef-d’œuvre. […] Moliere pensoit trop bien pour ne pas faire rendre hommage à la vertu de la même personne dont il badinoit les ridicules. […] Moliere se seroit bien gardé de mettre un tel homme en butte aux traits de l’humeur satyrique d’Alceste. […] La preuve que la chose est possible, c’est que Moliere croyoit être tel.
L’Actrice Philosophe voulut sur la fin de sa carriere imiter le grand Moliere, parfait modele des Comédiens, & l’instituteur des sages. […] Pour le déprécier il prend le haut ton en faveur de Moliere. […] Ce n’est dans Regnard , dit-il, ni l’excellente morale, ni la raison sublime, ni l’éloquence du style de Moliere. Ce ne sera jamais ni un bon Chrétien, ni un homme de génie, ni un habile orateur, qui admireront la morale, le sublime & l’éloquence de Moliere, dont le vrai caractere renferme les trois défauts opposés. […] Regnard est plus éloquent, plus correct plus élégant dans son style que Moliere.
Ce jeune Poëte qui avoit du mérite & auroit pu faire du bien, a été enlevé par la mort la plume à la main, composant une piece de théatre, comme Moliere l’avoit été en représentant ; il eût du apprendre aux Jésuites combien le goût de la Scène est dangereux pour eux-mêmes. […] On loue avec raison les sermons de Mr. de Boisgelin, qui sont en effet fort beaux & très-chrétiens ; mais les éloges de Moliere, de Lafontaine, de l’Enciclopédie, de l’Esprit philosophique, pêle mêle, avec ceux de Bossuet & de Fenelon, sont-ils bien placés dans la bouche d’un Evêque ? […] Moliere, ce prodige, n’en a qu’une trentaine en huit Tomes. […] L’année centenaire de Moliere dont nous avons parlé, (liv. […] Qu’on essaye pareille chose en France, qu’on prenne une Scêne de chaque Comédie de Moliere, de chaque Tragédie de Corneille, qu’on représente de suite ces trente Scènes, ce spectacle seroit ridicule & insupportable.
S’il eût vu couronner l’éloge de Moliere, il ne les eût pas traités de Cagots. […] Ce Prince n’est pas moins entousiasmé de Moliere. […] Moliere & Voltaire sont deux si grands maîtres dans le dramatique ! […] On y voit quelques sentences utiles, quelques descriptions assez naturelles, mais le fond est très-peu de chose ; nul trait de génie, nulle élevation, une infinité de choses pillées de Boileau, de Moliere, de Voltaire, de Montesquieu, plutôt par reminiscence que par un plagiat affecté, une monotomie de pensées, de termes, de rimes, qui marque la plus grande stérilité. […] Allez ouïr déclamer sur la scene Les beaux morceaux que Moliere a laissés, Où nos défauts sont par lui terrassés.
Jamais le Missionnaire le plus indécent, l’examen le plus détaillé, le Casuiste le plus naïf, Sanchès lui-même, qu’on a tant frondé, n’ont fait autant de mal que Moliere, Ghérardi, Dancourt, &c. […] On a bonne grace de crier contre les Missionnaires & d’aplaudir aux Comédiens, de condamner les Casuistes & de fréquenter les Italiens, de n’oser-lire un examen de conscience & d’apprendre Moliere par cœur : Clodius accusat machos, Catilina cethegos. […] Moliere, dans le Bourgeois Gentilhomme, avoit donné l’idée de faire agir & parler des Turcs pour élever aux dignités un homme infatué de noblesse ; mais il n’y parut que des hommes qui ne disoient rien d’indécent. […] Moliere & tous les comiques en sont pleins. […] Le Roi & toute la Cour la méprisa, elle ne se releva que par quelque mot obligeant que Louis XIV dit pour consoler Moliere, qu’un si mauvais succès avoit découragé.
Tel est l’Avare de Moliere, l’une de ses bonnes pieces ; l’avarice, l’usure, les amours d’un vieillard y sont tournées en ridicule, c’est un bien ; mais un fils qui insulte son père, une fille qui souffre dans sa maison son amant déguisé en valet, cet amant qui flatte les passions de son futur beau-pere pour le tromper, ce sont des rôles scandaleux, qui demeurent impunis, & qui réussissent ; ils font sur l’esprit des jeunes gens les plus funestes impressions ; ils doivent la faire proscrire ou corriger. […] Il est vrai que dans ce siecle le goût du spectacle est extrême ; non-seulement on y mène les jeunes gens, mais on les forme dès l’enfance à la déclamation théatrale, comme faisant partie de la bonne éducation, on joue des pieces dans les Collèges, les Séminaires, les Couvents, chez les Seigneurs, chez les Bourgeois, & par une inconséquence de conduite incroyable les mères les plus sévères, qui ne vont ni ne laissent aller leurs filles à la comédie, y assistent & leur laissent voir représenter sur les théatres de société les pieces de Moliere, & même des parades plus licentieuses que la comédie publique, comme si c’étoient les murs, les décorations, les habits, qui méritent leur censure, non les pieces où se trouve le plus grand danger, & qui ont le plus besoin de réforme, pour en faire un divertissement innocent & même instructif. […] De ces cinquante-trois pieces il a d’abord mis celles qu’il approuve, seize tragédies & cinq comédies, dont quatre de Moliere, ensuite celles qui ont besoin de correction, & qui corrigées peuvent être jouées ; douze tragédies & 16 comédies, dont deux de Moliere ; enfin celles qu’il croit incapables de correction & qu’il livre aux flammes. […] Depuis Moliere le vrai style de la comédie ne s’est nulle part si bien conservé que dans les Plaideurs.
Si Corneille & Moliere revenoient de l’autre monde ils seroient bien étonnés de l’éloge qu’on fait d’eux. […] A Corneille, à Moliere. […] dussent leurs chef-d’œuvres à Corneille & à Moliere ? […] Je cherche dans Paris les statues de Corneille & de Moliere ; où sont-elles, où sont leurs mausolées ? […] Que de millions ont valu à la France Corneille, Moliere, Racine, dit-il avec un enthousiasme que je prie d’écouter sans rire !
Moliere, dans les Femmes savantes, auroit du donner un rôle à Héloïse, & même faire une piéce entiere de ces doctes amans. […] Le Gazettier prétend que les Jésuites donnoient des comédies dans ce Seminaire, & que le carnaval dernier ils firent jouer le Malade imaginaire de Moliere ; il ajoute que dans ce même tems de carnaval où selon leur usage ils avoient dans leur Eglise des Oratorio, c’est-à-dire, l’Oraison de quarante heures, ils faisoient jouer, dans la même Eglise, une tragédie sainte, Daniel dans la fosse aux lions, d’où il sortit sain & sauve, à la honte de la calomnie, qui l’y avoit fait jouer. […] Moliere qui ne s’embarrassoit guerre des unes ni des autres, l’a souvent fait ; plusieurs de ses piéces sont des comédies personnelles, sous des noms emprantés, & celle de Pourceaugnac en est une sans déguisement, puisque c’étoit le vrai nom du héros. […] Le vin de Cahors vaut bien le théatre de Moliere ; l’hiver rassembla le peuple dramatique, que l’automne avoit dispersé : pour réparer le tems perdu, on joua tous les jours, fêtes & dimanches ; la coterie n’auroit pu fournir à un si grand travail, si elle n’eût été renforcée par une troupe de tabarins, que le bon vin de Cahors, & la grande réputation de la scéne Quercinoise attirerent, au nombre de vingt-cinq gens peu faits d’ailleurs pour amuser la bonne compagnie, qui n’avoient encore que débité de l’orviatan sur des théatres ; mais reçus avec enthousiasme, ils se sont évertués, ils ont pris, l’essor, par une noble émulation, & ont essayé des piéces régulieres ; on a dit qu’ils réussissoient, & la recette a été bonne, quoique la Ville soit déserte, misérable, chargée d’impositions, qu’elle ait souffert depuis bien des années, de grandes calamités, les bourses fermées aux pauvres, se sont ouvertes pour des charlatans, qui ne savent pas même leur métier, tant l’amour du théatre est une aveugle ivresse. […] Ainsi Moliere forma Baron, Racine forma la Chammélé ; ainsi les grands maîtres se sont rendus doublement utiles.
Cette multitude de paroles grossieres déplairoit-même dans un portefaix ; un honnête homme ne peut soutenir ces conversations : c’est un des vices de Moliere & de tous les comiques bouffons. […] Les horreurs du théatre de Crébillon rendent brutal, cruel, en porté, sanguinaire ; les friponneries des acteurs de Moliere & de Regnard secouent les scrupules de la probité & la justice, apprennent & font imaginer une infinité de tours d’adresse pour s’emparer du bien d’autrui.
A cinq ou six pieces près, Moliere ne fait que se répéter. […] Moliere lui-même, que l’enthousiasme donne pour un prodige, n’a qu’un cadre, où il enchasse tous les tableaux qui eux-mêmes ne différent que par la draperie des personnages. […] Moliere est inexcusable d’avoir donné en spectacle la débauche de Jupiter dans l’Amphitrion. […] Le Théatre, tel qu’il fut chez nous, dès sa naissance, sous Corneille & Moliere, une école des vertus & des mœurs, est l’instruction publique la plus utile, parce qu’elle est la plus agréable. […] Corneille en fit une école d’orgueil & d’indépendance, Crebillon une école de vengeance & de fureur, Racine une école de galanterie, Voltaire une école d’irréligion, Moliere, Dancourt, Poisson, Montfleuri, Vadé, Gherardi, & tous plus ou moins, une école de libertinage, d’adultere, de fourberie, &c.
Ceci me rappelle un trait de Moliere qu’on trouve par-tout, & qu’on destine à parer sa légende, quand il sera canonisé. Moliere donna un jour par mégarde un louis d’or pour un liard à un pauvre mendiant. […] Augustin rapporte & admire un pareil trait d’un pauvre de Milan ; mais d’un style fort différent, il le rapporte à la gloire de Dieu, & dans son éloge n’en châsse pas le diable, avec qui il n’étoit pas si familier que Moliere. […] Un pareil tableau que Moliere, d’après Plaute, a mis en vers & en drame, sous le nom d’Amphitrion, pour le rendre plus animé ; ce tableau disoit bien de choses. […] Moliere n’avoit garde de laisser échapper une morale si précieuse, & d’en faire le même usage que ce jeune homme, bien différent de celui qu’en fait Saint Augustin.
Ces troupes de Comédiens augmenterent successivement, & en 1661 on en comptoit cinq, celle de l’hôtel de Bourgogne, celle du Marais, la troupe de Monsieur, au Palais Royal où jouoit Moliere, les Comédiens Espagnols & ceux de Mademoiselle, rue des quatre vents. […] Les Auteurs du dernier siecle ne s’assembloient point seulement à l’Académie ; Moliere les réunissoit à Auteuil. […] C’est à ce goût dépravé de la multitude, que l’on doit attribuer le mauvais succès, dans sa nouveauté du chef d’œuvre de Moliere, le Misantrope, qui ne passa qu’à la faveur de la farce du Médecin malgré lui. Il ne sallut pas moins à Moliere que tout l’intérêt que Louis XIV prenoit à lui, pour qu’il parvint à mériter la gloire qu’il s’est acquise. […] Malgré cela, le jugement & le goût de Moliere ne furent pas toujours exemts d’erreur ; quelquefois il fut au-dessous de lui-même, & le Comédien corrompit l’Auteur.
Je ne doute pas qu’on ne suive un si bel exemple en France, à l’honneur de Moliere, Corneille, Racine. L’Académie Française vient d’y préluder, en donnant l’Eloge de Moliere, pour le sujet du prix qu’elle a distribué en 1769. […] La derniere chambre regardée comme tribunal subalterne, ne se mêle point avec les autres, elle fait à part ses installations elle a dans son plafond une tête de Meduse, dont les serpens ressemblent assez à des cornes & le visage à celui d’une femme en colere qui n’aime guere son mari, c’est sous cette tête que que le nouveau confrére est placé, avec la même cérémonie, il est vrai qu’au lieu de gans, le récipiendaire donne un repas, ce qui est mieux assorti à la fête ; tout cela est pris de Moliere, le Bourgeois Gentilhomme se fait recevoir turc, & le Malade imaginaire, Medecin ; dignus dignus es intrare in nostro docto corpore. Nos Seigneurs ont même encheri sur Moliere, la cérémonie du Capricorne, est bien plus réguliere & plus auguste, au profit sans doute des bonnes mœurs & de la sainteté du mariage, nos Seigneurs n’en sont-ils pas les protecteurs & les modeles ; ornarires ipsa vetat contenta doceri. […] Il est vrai qu’elle pouvoit se dispenser de la remplir de Poëtes licencieux ; ainsi que de donner pour le sujet du du prix l’Eloge de Moliere, & d’annoncer ainsi au public que des ouvrages contraires aux bonnes mœurs, qui devroient à jamais en fermer les portes, pouvoient être un titre pour être admis dans son Sanctuaire, ou être couronné de sa main.
Eloge de Moliere. […] Moliere. […] Eloge de Moliere. […] de Moliere. […] Moliere.
Ils prétendent aussi, & les Espagnols comme les Anglois prétendent comme eux, avoir eu longtems avant nous une Poësie Dramatique : nous leur accordons qu’ils ont eu des Théâtres avant nous, & nous ne leur envions point cette gloire, parce que, comme tout ce qui s’exécute en Dialogue sur un Théâtre, n’est pas Poësie Dramatique, nous croyons ne devoir placer le tems de la véritable renaissance en Europe, de la Tragédie & de la Comédie, qu’au tems de Corneille & de Moliere. […] Japhet faisoient rire le Peuple : Moliere vint, & fut bientôt en état de dire à des Personnes qui n’étoient pas du Peuple, & qui rioient à ses Comédies : Pourquoi riez-vous ? […] C’est donc à Corneille & à Moliere, qu’il faut placer l’Epoque depuis la renaissance des Lettres, de celle de la Poësie Dramatique.
ON fit annoncer il y a trois ans, dans tous les papiers publics, que plusieurs gens de lettres s’étoient cottisés par la voie de la souscription, pour faire placer la statue du grand Voltaire dans la salle de la comédie, comme on place les statues des Rois dans les hôtels-de-ville, ou autres lieux plublics, au milieu des hustes & des portraits de Corneille, de Racine, de Moliere, comme le soleil au milieu des étoiles ; car tous ces héros de la scéne n’ont point de statues, quoiqu’ils ayent bien merité de l’éclat, & que leurs poëmes n’ayent point été inutiles à Voltaire ; ni les gens de lettres, ni personne, n’ont songé à leur ériger des statues. […] Les bustes de Corneille, de Racine, de Moliere avoient été placés sans cérémonie ; mais-est-il assez de distinction pour le Roi, pour le Dieu Arouet ? […] Les panégyriques marqués, qui ne sont pas de purs compliments de récipiendaire & de directeur, en quartier, ne s’accordent qu’un siécle après, comme celui du grand Moliere. […] Un Révenantne fait-il pas le dénouement de la Statue du festin de Pierre, du divin Moliere ?
Racine & les tragiques font excuser les vices & aimer les vicieux ; Moliere & les comiques font mépriser la vertu & hair les gens vertueux.
Ces grands Auteurs dont on représente les pieces, Corneille, Racine, Moliere, Regnard, &c. […] Il faut tout l’aveuglement de l’enthousiasme théatral, pour préférer les comédies de Térence aux offices de Cicéron, dans l’éducation de la jeunesse, afin de lui inspirer de bonne heure les bonnes mœurs & la vertu, comme si on préféroit les Comédies de Moliere au Télémaque de Fénélon, le théatre d’Aristophane aux dialogues de Platon. […] Térence, dit-on, est plus réservé que Plaute & que Moliere. […] Il avoit reçu une belle éducation ; il avoit toujours eu bonne compagnie, ce que n’avoit eu ni Moliere ni Plaute, qui étoient nés & avoient passé la moitié de leur vie dans la lie du peuple. […] Dans Moliere des coups de pinceaux des plus grands maîtres.
Congreve qui a tant imité notre Moliere, étoit donc persuadé que la Poësie de sa Nation étoit fort éloignée de la perfection. […] D’ailleurs Moliere ayant été copié par tout, est cause qu’on nous accorde par tout la gloire de la Comédie, tandis qu’on nous dispute encore celle de la Tragédie. […] Ce fait nous apprend que les Comédies de l’Arioste, quoique le meilleur Poëte de l’Italie, n’y sont pas connues comme le sont parmi nous celles de Moliere.
Moliere lisoit ses piéces à sa servante. […] Sans examen elle seroit unanimement rejettée, Moliere l’eut-il composée, l’Aréopage lui diroit Anathême.
Je ne me laisse pas subjuguer par le Jansenisme de goût, cette petite bienséance, plus précieuse que modeste, qui tue la joie, & laisse vivre le libertinage que Moliere auroit proscrit & sifflé. Car sachez que les pieces de Moliere ne se jouent actuellement que parce qu’elles sont déjà au théatre, & qu’elles seroient refusées à la police, si elles avoient à y être présentées. Rien cependant de plus commun que les pieces de Moliere, point de modelle plus imité, plus préconisé.
Ceux qui ont comparé le théâtre de Racine, des deux Corneilles, de Moliere, &c. avec celui d’Euripide, de Sophocle, de Ménandre, de Séneque, de Plaute, de Terence, &c. […] Bayle, cet écrivain si fameux par les indécences & les impiétés répandues dans ses ouvrages, & si cher aux libertins par ces endroits, Bayle lui-même se moque de ceux qui disent fort sérieusement que Moliere a plus corrigé de défauts à la cour, lui seul, que tous les Prédicateurs ensemble ; & il assure qu’il ne croit nullement que la comédie soit propre à corriger les crimes & les vices de la galanterie criminelle, de l’envie, de la fourberie, de l’avarice, de la vanité, de la vengeance, de l’ambition, &c.
Ce n’est point le gentilhomme qui est le personnage intéressant de la piece : Moliere ne s’attache pas à couvrir sa friponnerie du voile d’une apparente honnêté ; on voit que son unique dessein est de montrer à quel degré d’erreur & d’impertinence peut parvenir un bourgeois, qui s’expose sans lumieres à franchir les bornes de son état. […] Moliere, selon vous, n’a point prétendu corriger les vices, mais les ridicules. […] En un mot, parcourez toutes les Comédies de Moliere, vous verrez partout le ridicule émaner du vice, qui est son unique source. Je finis l’examen des pieces de Moliere que vous avez citées, par la Comédie du Misantrope sur laquelle vous vous êtes le plus étendu. […] Quel est le dessein de Moliere dans le portrait qu’il nous donne d’Alceste ?
On blâme avec raison Moliere d’avoir introduit dans son Avare un amant dans la maison de sa maîtresse sous le nom de valet de son père. […] C’est beaucoup moins de temps que le grand Moliere, pressé par l’ordre du Roi, n’en mit à la comédie qui lui en coûta quinze. […] Corneille, Moliere, Voltaire, ont bien plus de variété, de vrai génie, quoique infiniment moins que ne l’avancent d’un ton d’oracle leurs enthousiastes, qui veulont trouver une nouvelle merveille à chaque monosyllabe.
En 1779, je fus prié de consulter le cas suivant : Un grand Seigneur, qui avoit souvent chez lui une compagnie aussi nombreuse que respectable, faisoit représenter dans son Château, (non par des Comédiens, mais par des personnes de condition qui alloient lui tenir compagnie) les piéces de Moliere & autres, qu’on débite sur nos Théatres. […] Fagan, grand Apologiste du Théatre, en convient, disant, en 1752, que les piéces ont été pernicieuses aux mœurs, jusqu’à celles de Moliere. […] Voici ce qu’il dit, dans ses maximes & réfléxions sur la Comédie, en parlant des piéces de Corneille, de Quinault, de Racine, de Moliere, de Lully &c. […] Qui peut disconvenir, que le Théatre de ce même Moliere, dont je suis plus admirateur que personne, ne soit une école de vice & de mauvaises mœurs, plus dangéreuse que les livres mêmes, où l’on fait profession de les enseigner ? » Ce terrible cri contre les spectacles, ne vient pas de ce que nos adorateurs de Théatres appellent Dévots enchousiastes, êtres superstitieux, esprits qui ne pensent pas, & gens sans conséquence ; mais d’un grand connoiffeur, d’un admirateur de Moliere, d’un faiseur de piéces &c.
On en peut dire autant de celle qui a été longtems en vogue en Italie & en Espagne, & l’on en peut dire autant de la nôtre, jusqu’à Corneille & Moliere ; quoique nous eussions commencé du tems de François I à étudier les Grecs.
Qu’est-ce que Moliere, Poisson, Monfleury, Regnard, Lulli, Crebillon, Dancourt, &c. ? […] Qu’on les mette dans la balance, quelle comparaison entre le Prince de Conti & Moliere, Nicole & Boursaut, Bossuet & d’Alembert, Massillon & Fagan, Bourdaloue & Marmontel, & le Comédien Laval, qui s’est aussi avisé de se mettre sur les rangs ! […] Il est plaisant d’entendre des gens de théatre parler de la perfection de l’Évangile, de la sainteté du baptême, de préceptes & de conseils, eux qui ont appris le catéchisme dans Moliere.
Dans un très-grand nombre de pieces de théatre (Moliere en est plein) des déguisemens en Marquis, en Valet, en Peintre, en Musicien, en Médecin, en Allemand, que sais-je ? […] La moitié de Moliere & des autres comiques, les trois quarts du théatre Italien, ne consistent qu’en mascarades. […] Moliere a souvent joué ce tour, entr’autres à Pourceaugnac & à George Dandin, personnages très-réels, qu’il contrefit & joua.
La Comédie eut part à de si glorieux triomphes ; Moliere enrichi des dépouilles des Grecs, des Romains, des Italiens, & sur-tout des ridicules de son tems, & doué de tous les dons qui font le grand Poéte, mit sur la Scène le Misantrope, le Tartufe, les Femmes Savantes, les Précieuses Ridicules, l’Ecole des Femmes, &c.
Moliere n’avoit aucun besoin de cette précaution pour mériter son suffrage : il a joué la dévotion, parce qu’il en manquoit tout-à-fait ; son Tartuffe est le fruit de son impiété.
Dans l’empire de Thalie, on donne à Regnard le premier rang après Moliere ; car il est d’étiquette de conserves à Moliere la premiere place. […] Tels sont Moliere, Baile, Lafontaine, &c. gens trop célehres, dont le désordre a fait la célébrité, malâ utique famâ ; pour faire sentir les ridicule de ses éloges, on a fait les Mémoires historiques pour servir à la vie du célebre Taconet ; il y a du sel, de très-bonnes plaisanteries, de l’esprit & du goût dans cet ouvrage qui déplaira à bien de gens. […] En louant Baile, on donne du crédit à son Pyrrhonisme ; en exaltant Lafontaine, on fait l’apologie de sa licence & de ses contes, & on invite à les lire ; en élevant Moliere au-dessus des nues, on fait estimer le théatre, on donne l’envie d’y venir au grand préjudice de la vertu ; on n’oseroit louer directement le vice, on le loue indirectement dans ceux dont il a fait toute la gloire, & par l’exemple de ces prétendues grands hommes, on apprivoise, on séduit l’innocence, on calme les remords, on le fait triompher.
Du tems des Moliere, des Corneille, des Racine, le Théatre étoit rempli des meilleurs sujets.
Ainsi fut persécutée jadis la Comédie de l’Imposteur de Moliere, par la rage de ceux qui crurent se reconnoître dans le portrait que ce célebre Auteur avoit tracé de l’hypocrisie.
L’un goûtera Corneille, l’autre s’attendrira avec Racine, un autre aimera mieux rire avec Moliere. […] Mais la vue, le dessein, l’esprit du théatre depuis le Docteur Moliere fut toujours d’affoiblir les idées du vice & de la vertu, pour diminuer l’horreur de l’un & la sévérité de l’autre, ériger la galanterie en vertu, la tolérance, la licence en politesse, en agrément de la société. Cette doctrine est insinuée avec adresse dans tout le théatre de Moliere, & est la boussole qui a dirigé tous ceux qui ont marché sur ses pas.
Les comédiens françois firent quelque chose d’approchant à la Centenaire de Moliere & à la Dédicace du Buste de Voltaire. […] Moliere, Regnard, Monfleuri, Poisson, le Théatre Italien, &c. sont pleins de Marquis, de Barons, de Gentilshommes soi-disans, de Bourgeois gentilshommes, d’Avocats, de Juges, &c. […] Lulli, Rameau, Pécour, Vestris n’étoient point poëtes, Corneille, Quinault, Moliere n’étoient point danseurs ni musiciens.
Térence est en ce genre, un livre de dévotion, en comparaison de Moliere, de Dancourt, de Gerardhi, &c. que dans une tragédie d’Eschile ou d’Euripide, à la place du nom de Jupiter, d’Apollon, de Minerve, on mette le nom du Dieu véritable, sans rien changer dans les pieces & les sentiments ; on en fera un ouvrage si pieux, que notre théatre ne pourra souffrir la bigotterie de ces chefs-d’œuvres. […] Lulli, Rameau, Moliere, Racine ont formé peu d’oracles de la Jurisprudence ; si ce n’est dans Pourseaugnac ; le Temple de la Guerre, termine ces belles allégories en sucre.
Jamais Corneille, Racine, Voltaire, n’ont fait tenir ce langage à leurs amans ; Moliere même & les autres comiques ne le font tenir qu’à des valets ou des pay sans. […] Il y a dans les comédies de Moliere les plus morales des traits que la police n’approuveroit pas, comme dans l’Ecole des femmes : (Et qu’il est en enfer des chaudieres bouillantes où l’on plonge à jamais les femmes mal vivantes ; & ce que je vous dis ne sont pas des chansons).
Messieurs Corneille le ieune, Desmarests, Moliere, Quinaut, Gilbert, Boyer, Racine, & Mademoiselle Desjardins ont droit aux plus justes loüanges qu’on ait jamais données ; & si nous voulons étaler nos petites Galanteries, & tous ces petits amusemens de Theatre, par où l’on tâche de delasser l’esprit des Auditeurs apres de serieux Spectacles : Il est des Devisés, des Viliers, des Iacobs, des Poissons, des Boursault, Chevalier, & beaucoup d’autres, que ie n’ay pas le bien de connoître, ou qui sont echapez de mon souvenir, qui sont tres-capables de divertir les plus delicats par leurs petites Comedies, & d’effacer les anciennes Fables Atellanes.
Indiscrétion qui lui est échappée dans son Eloge de Moliere, b, 180 Chammeslé. […] Anecdote sur Moliere, b, 181. […] Faux préjugés à leur égard, b, 48 Moliere. Quels furent les effets des Comédies de Moliere, a, 75, 106.
Sur le revers Apollon tenant une couronne de laurier d’une main, & un rouleau de l’autre, où sont écrits ces trois noms, Corneille, Racine, Moliere, & au-tour de la médaille, Et qui pascuntur ab illis. […] & quel tableau est aussi attendrissant qu’une scène de Racine, aussi piquant que les obscénités de Moliere, que les pas de deux, de trois, de quatre des Lani, des Allard ?
Le pere inimitable de la Comédie Française, cet Auteur divin, dont toutes les Pieces portent l’empreinte du génie créateur, ce Peintre si exact & si fidele du cœur humain, Moliere, enfin, n’offrit plus de Scenes intéressantes & de tableaux pathétiques. […] Abandonnez les tristes Romans dramatiques, les sentences & les déclamations fastidieuses ; ouvrez les yeux autour de vous, il est encore des ridicules, il est des méchans & des sots, montrez-les, & ils se cacheront ; peignez-les, & vous aurez imité Moliere ! […] Eloge de Moliere, par M. […] Regnard est bien au-dessous de Moliere pour le naturel, les caracteres & le vis comica, qui naît du contraste des caracteres, mais je le crois son égal, pour le comique d’expression. […] D. de B*** & l’Eloge de Moliere, par M.
Ce sont là des corps de maître, qui lui méritent les bonnes graces de Madame ; mais si c’est un maladroit, un négligent qui ne sache pas la mettre en œuvre, on lui dit ce que le grand Moliere par un coup de génie lui fait dire dans une scene : Allons petit garçon, qu’on prenne ma queue, qu’on la porte noblement & avec esprit, sans quoi vous aurez le fouet. […] Ce que les tailleurs ajoutent au bas de la robe a aussi son utilité On nous dira peut-être comme Moliere dans les Précieuses : C’est prendre le roman par la queue ; on se trompera ; la morale que prêchent les queues traînantes est belle & bonne. 1° C’est un signe de respect, de soumission, d’abaissement.
Moliere a sans doute entrepris sur la Tragédie, quand il a composé la Comédie de l’Imposteur ; car je défie M.
Moliere, pag. 112 et 161.
Moliere en faisoit pour sa femme, Voitaire pour la niéce, Racine, qui étoit naturellement acteur, exerçoit sa maîtresse, & en fit la plus grande actrice de son tems. […] Les deux Corneilles, Moliere même qu’on dit si originaux, lui doivent leurs meilleures pieces.
Le vrai but de l’Auteur a été d’établir la morale de Moliere, qu’ il faut laisser aux filles une entiere liberté. &c que les galanteries qui ne sont pas le dernier crime, sont des bagatelles sans conséquence, dont il ne faut pas s’appercevoir ; & il met, comme Moliere, en contraste deux filles élevées différemment, dont celle qui fut toujours libre est sage, dit-il, & celle qui fut gênée ne l’est pas Morale fausse & pernicieuse dans sa généralité.
Mais une circonstance à laquelle ne s’attend pas un homme qui a de la religion, de la vertu, & même du bon sens ; c’est que, dans ce vaisseau richement chargé, où l’on avoit embarqué des présens magnifiques pour quelque Nabab des Indes, & plusieurs compagnies de soldats, pour la garnison de Ponticheri, on avoit eu la précaution d’embarquer aussi une provision de femmes de bonne volonté, pour le service des passagers, des soldats & des matelots, & notamment une troupe de comédiens & de comédiennes, pour les divertir sur la route, & soutenir le théatre françois de la Compagnie des Indes, répandre sur les bords du Gange les grands noms de Moliere, Corneille, Racine, Crebillon, où ils étoient parfaitement inconnus, quoique leur gloire immortelle, disent nos oracles, ait rempli tout l’univers. […] Cette mort affreuse les fit passer subitement, comme Moliere, Lulli, Monsfleuri, du théatre au jugement de Dieu, du crime à l’éternité.
Elles ont leurs méditations & leurs lectures : Racine, Moliere, la Fontaine, Bocace, l’Aretin, de jolis romans, quelque brochure gaillarde, &c. sont leurs livres de dévotion. […] Les femmes sont le sujet d’une multitude de pieces qui les rendent ridicules : précieuses, savantes, prudes, coquettes, sages, libertines, jeunes & vieilles, les foiblesses des femmes font la moitié du théatre de Moliere & des autres comiques.
Elle condamne jusqu’à la comédie des Femmes savantes de Moliere, & au roman de Dom Quichotte pour une raison profonde & très-vraie : La honte n’est plus pour le vice ; elle se garde pour le ridicule. […] Moliere en France a fait le même désordre par sa comédie des Femmes savantes.
En ce sens les farces du théatre Italien, plusieurs de celles de Moliere, les parades, &c. n’en ont point ; ce n’est par-tout que libertinage. […] En voici, disoit l’Avocat, une preuve que je voudrois pouvoir dissimuler ; sa bibliothèque est composée des Œuvres de Corneille, Moliere, Racine, du Théatre Italien ; le Théatre y est complet, &c.
L’Avare dont le caractere est si ridicule dans Moliere, n’a point corrigé d’avares. […] Que la Comédie telle qu’elle a été traitée par Moliere, est suffisamment bonne pour les mœurs. […] C’est au temps de Moliere que M. […] Corneille, Racine, Moliere, suivant lui, n’entendoient rien à l’Art dramatique. […] Moliere, par exemple, fut le fléau, non des vices, mais des ridicules de son temps. « On a, dit M.
Moliere étoit un homme de génie comme Eschyle ; mais ce n’est pas parce qu’il jouoit ses Piéces à l’imitation de cet ancien, mais parcequ’il les composoit Eschyle, pour se rendre plus agréable au peuple, montoit sur le Théatre ; mais je suis sûr qu’Athènes n’eut pas vu d’un bon œil, l’un de ses Capitaines, faire le Comédien autrement que dans ses propres Piéces.
Ce ne fut que dans sa prison à Bender, où pour se désennuyer dans une solitude de plusieurs années, on lui présenta Corneille, Racine, Despreaux : Moliere n’en fut pas ; il eût été mal accueilli.
Elle vaut bien la lecture de Moliere & de Racine, & de toute la bibliothèque du théatre.
Il gagna le Médecin, & comme dans la comédie de Moliere, fut introduit dans le Couvent, sous le nom & le déguisement d’un Docteur Anglois, très-habile, pour consulten avec son confrere la maladie de la Novice. […] C’est le nom que se donne la troupe Bourgeoise, comme ailleurs les Enfans sans souci, les Officiers de Thalie, la Famille de Moliere.
Les poëtes dramatiques sont les vrais, les seuls philosophes, Moliere le meilleur de tous. […] Mais pourquoi ne met-il pas au-dessus de Moliere un homme qui est le premier en tout ? C’est que Moliere, licencieux, sans religion, ce que n’étoient ni Corneille ni Racine, étoit un philosophe, &, de tous les philosophes, celui qui a mieux vu les defauts des hommes.
On en trouve beaucoup dans les Comédies de Renard, & pour comble d’inconvénient, les meilleures de Moliere n’en sont pas exemptes. […] Porée pleurer d’admiration & de douleur, en parlant de Moliere. […] Cette Comédie charmante, dont Moliere faisoit tant de cas, ne sera point mise au nombre des ouvrages dangereux pour les mœurs.
Les comédiens, pour marquer leur reconnoissance & leur regret par un trait de leur métier, formerent le convoi depuis le palais jusqu’au tombeau ; &, dans tout le chemin, ils jouerent réellement la comédie, en représentant toutes ses actions, en vrais pantomimes, contrefaisant sa voix, copiant ses manieres, imitant son style, couvert de l’habit impérial, comme Moliere joua Georges Dandin & Pourceaugnac avec leur habit.
Le théatre Espagnol, depuis Philippe II, tout imparfait qu’il étoit (car il n’avoit pas un Voltaire) l’emportoit sur celui des autres Nations ; (car elles n’avoient pas un Voltaire,) il servit de modele à celui d’Angleterre, & à Shakespear son plus fameux auteur, & lorsqu’ensuite la tragedie parut en France avec quelque éclat Corneille, Rohon & même Moliere emprunterent beaucoup de la scene Espagnole ; sans en dire mot : l’histoire, les romans y furent traités avec succès, on peut dire de même de la Théologie ; mais nous ne parlons point de la Religion. […] Malgré ces devotes apologies, & les graves décisions du casuiste Moliere, le Roi n’étoit pas sans remords ; & lorsqu’il courut risque de sa vie par la Fistule & par l’opération, alors peu connue, que lui fit Felix son Chirurgien, il renonça aux spectacles, ce qu’il continua jusqu’à la mort, & augmenta même à mesure qu’il voyoit approcher sa derniere heure, & ses affaires en décadence dans la guerre de la succession d’Espagne.
Ainsi la suppression des priviléges dramatiques sera utile aux auteurs qui ne peuvent être joués que sur un seul théâtre, aux acteurs qui ne peuvent jouer que sur un seul théâtre, aux ouvriers de tous genres qui ne peuvent travailler que pour un seul théâtre, et au public qui jouira de l’effet heureux que produira la concurrence, et ne sera pas forcé à ne voir les pieces de Moliere et de Racine que sur un seul théâtre17. […] Corneille, Racine, Moliere, ont travaillé pour leur siecle et pour la postérité, pour la France, pour l’Europe entiere, et non pas pour les comédiens.
Ce mauvais goût gâte les pieces, il fait gémir la vertu ; les prix dramatiques sont l’ouvrage de l’Académie françoise, qui, en couronnant l’éloge de Moliere, a prostitué ses lauriers, un siecle après sa mort, à celui qu’elle avoit méprisé pendant sa vie ; jugement qui porte atteinte aux bonnes mœurs en donnant lieu d’en estimer le corrupteur & tous ceux qui se piquent de l’imiter.
Voilà la ressource ordinaire & presque tout l’art de Moliere, l’imposture, un Peintre, un Médecin, un Sicilien, un Sbrigani, &c. que sais-je ?
A quoi servent ces Arlequins, ces actrices, ces scénes sans nombre dont on a farci les Opéras, le théâtre Italien, celui de la foire, Moliere & toutes ses comédies ?
Ce que Boileau a dit, du coup fatal porté à la Comédie, par la mort de Moliere, fut dit par Varron sur la mort de Plaute, Comœdia luget, Scena est deserta, Deinde risus, ludus, jocusque & numeri Innumeri simul collachrymarunt.
Elles avoient dans leur voyage dansé, chanté, fait l’amour, donné par tout des fêtes brillantes, des ballets, des mascarades, des comédies, moins bonnes sans doute que celles de Moliere, mais les meilleures du temps : c’étoit leur exercice ordinaire, & la belle éducation qu’elles avoient reçue par les soins de la Reine, qui vouloit les faire monter avec honneur sur la scene. […] Jodelle, Moliere, Poisson, Regnard, Vadé & toute la scene n’est plus montée que sur ce ton, elle est pour ainsi dire Italianisée.
Pour charmer dans ses jeux, l’esprit avec l’oreille, Il n’a plus son Moliere ; il a perdu Corneille. […] Il se moque, avec raison, de ces personnes qui disent fort sérieusement que Moliere a plus corrigé de défauts à la Cour, lui seul, que tous les Prédicateurs ensemble. […] Voilà les désordres dont il pense que les Comédies de Moliere ont pu arrêter le cours. Si le Théatre s’est encore épuré depuis Moliere, c’est que nos mœurs sont devenues plus polies. […] On convient, & on le sentira chaque jour davantage, que Moliere est le plus parfait Auteur comique dont les ouvrages nous soient connus.
Moliere fut attaqué sur le théatre, représentant le Malade imaginaire, & mourut une heure après, Scarron cul de jatte, ne voyant, ne parlant, ne connoissant que le burlesque, Lulli perdu de débauche.