Lisez les Actes des Martyrs, et c’est là que vous verrez des membres palpitants sur des roues ; des corps mis en pièces par la rage des bourreaux ; des têtes séparées de leur tronc par l’activité d’un feu dévorant ; des hommes tout vivants couverts de bitume et de poix, allumés comme des torches pour servir de lumière aux passants ; des hommes exposés dans les Cirques et dans les Amphithéâtres, à la férocité des Tigres et des Lions, comme un Spectacle propre à amuser le Peuple et les Empereurs.
Voit-on rien de pareil dans les Provinces, et dans les lieux où les Spectacles ne sont point établis ; et par toute la terre, hors les grandes villes, une tête chenue et des cheveux blancs n’impriment-ils pas toujours du respect ? […] Les Anciens passaient presque leur vie en plein air, ou vaquant à leurs affaires, ou réglant celles de l’Etat sur la place publique, ou se promenant à la campagne, dans des jardins, au bord de la mer, à la pluie, au soleil, et presque toujours tête nue48. […] Othon lui-même, l’efféminé Othon, marchait armé de fer à la tête de la sienne, allant au-devant de Vitellius. […] [NDA] Après la bataille gagnée par Cambyse sur Psammétique, on distinguait parmi les morts les Egyptiens qui avaient toujours la tête nue, à l’extrême dureté de leurs crânes : au lieu que les Perses, toujours coiffés de leurs grosses tiares, avaient les crânes si tendres qu’on les brisait sans effort. […] On voulut recommencer la danse, il n’y eut plus moyen : on ne savait plus ce qu’on faisait, toutes les têtes étaient tournées d’une ivresse plus douce que celle du vin.
De quels traits de feu n’eût-il pas sû peindre les usurpations & les fureurs du Sacerdoce ; l’établissement de l’Inquisition ; les forfaits d’un Alexandre VI ; les guerres longues & sanglantes que le Fanatisme-allumoit, tour-à-tour, dans tous les coins de l’Europe ; des millions d’hommes égorgés pour des querelles Théologiques ; &, malgré tant d’atrocités, les Peuples courbant toujours la tête sous un joug imbécille & cruel, que leur sang avoit tant de fois rougi !
Et bien loin encore que toutes ces éternelles leçons qu’ils écoutent de sang froid, comme ne les concernant pas, ou dont ils rient eux mêmes et font des applications à leur gré, les aient corrigés ; elles ne les ont pas même intimidés ; on a vu constamment ces chicaneurs déhontés, ces embrouilleurs d’affaires, ces fléaux des familles, couverts de la dépouille de la veuve et de l’orphelin, se multiplier, aller la tête levée, se présenter avec assurance, faire baisser les yeux aux honnêtes gens, parler de délicatesse et de justice plus haut que les de La Haye et les Valton.
Un seul eut la sagesse de s’y opposer, Ulysse tira son épée pour lui trancher la tête ; on l’en empêcha.
Sans doute, nous y reconnaissons plus facilement nos voisins, mais il est impossible que nos traits échappent à nos regards, et si nous détournons la tête lorsque nos yeux les rencontrent, c’est déjà un des salutaires effets de la comédie.
Vous avez à vôtre tête entre autres Juges, deux arbitres distingués beaucoup moins par leur Pourpre que par leur mérite personnel. […] La Volupté semble leur tenir ce langage, « Cueillez les fleurs du Printems : ornez-en vos têtes : n’attendez pas qu’elles se fanent : ne portez point des yeux inquiets sur l’avenir ; joüissez du présent.
C’est de la tête aux pieds un homme tout mystère, Qui vous jette en passant un coup d’œil égaré, Et sans aucune affaire est toujours affairé. […] Depuis que dans la tête il s’est mis d’être habile, Rien ne touche son goût, tant il est difficile.
Cette Lettre, avec un si beau titre, n’eut pour approbateurs que des Poëtes dramatiques, & elle ne put être imprimée qu’à la tête & qu’à la faveur d’un Recueil de Pieces comiques. […] Ici l’Auteur reprend de nouvelles forces ; il se met à la tête d’une légion innombrable de Docteurs ; il s’arme de canons & de loix ; de Décrets pontificaux, & d’Edits impériaux ; il s’en sert pour foudroyer les partisans des Spectacles. […] Si vous rompez ce double frein, & si l’intérêt propre se trouve joint à la liberté de commettre le mal tête levée ; que peut-on attendre delà, sinon que le plaisir devienne le maître absolu, & que tout cede à la cupidité ? […] Concluons que les Romans, quels qu’ils soient, & quoique nous ne puissions pas nous-mêmes nous défendre du plaisir que nous font certains Ecrits de ce genre, gâteront toujours plus de têtes & d’esprits qu’ils n’en pourront jamais former ». […] On s’apperçoit de son foible ; on la loue avec enthousiasme : l’éloge séduit ; & la tête tourne.