Augustin du théâtre prétendu réformé ?
On prétend que la Comédie Française a succédé à la Confrérie de la Passion, érigée environ l’an 1400. dans l’Eglise de la Trinité de Paris, et confirmée par Lettres Patentes en 1402. dont les Confrères représentaient en certains jours et en certains lieux particuliers, plusieurs Mystères de la Religion, tels que sont ceux de la Passion et de la Résurrection de Notre Seigneur, et les Mystères de quelques Saints, et où le Roi Charles VI. voulut quelquefois assister.
Et cet homme de bien appelle cela corriger les mœurs des hommes en les divertissant, donner des exemples de vertu à la jeunesse, réprimer galamment les vices de son siècle, traiter sérieusement les choses saintes ; et couvre cette belle morale d’un feu de charte, et d’un foudre imaginaire, et aussi ridicule que celui de Jupiter, dont Tertullien raille si agréablement ; et qui bien loin de donner de la crainte aux hommes, ne pouvait pas chasser une mouche ni faire peur à une souris : en effet, ce prétendu foudre apprête un nouveau sujet de risée aux Spectateurs, et n’est qu’une occasion à Molière pour braver en dernier ressort la Justice du Ciel, avec une âme de Valet intéressée, en criant « mes gages, mes gages m » : car voilà le dénouement de la Farce : ce sont les beaux et généreux mouvements qui mettent fin à cette galante Pièce, et je ne vois pas en tout cela, où est l’esprit ?
Si c’est par des moyens extraordinaires qu’on parvient à montrer le vice puni, et la vertu récompensée, il faut s’en prendre à l’Artiste, et non pas à l’art : c’est aussi la faute des Poètes dramatiques, si l’utilité publique n’est pas l’objet qu’ils se proposent, ou s’ils s’en écartent, parce qu’il serait un obstacle à leur succès ; et c’est à ce point seul, que je prétends ramener la question.
Cela me fait dire qu’il n’est point d’entretien, si ce n’est des Anthropophages ou des Lamies, qui n’ont que des discours de meurtre et de carnage, qui ne nous tire de nos pensées ordinaires, et ne nous laisse dans une plus grande liberté d’esprit, qui est ce que nous prétendons du divertissement. […] Ceux qui n’en font pas l’estime qu’elle mérite, et qui ne savent pas juger du pouvoir qu’elle a sur l’esprit des hommes, nous font entendre que la Musique, soit des voix, soit des instruments, n’est qu’un air battu et poussé entre deux corps, qu’il n’entre que par les oreilles qui n’est pas le sens le plus subtil de l’homme, qu’il lui faut de grands détours devant quen d’arriver où il prétend, et que sa pointe est émoussée au moment qu’elle est pour se faire sentir. […] Cela leur donne une honnête hardiesse ; elles en prennent souvent trop, et l’assurance qu’on prétend leur donner, leur ôte le respect : Si quelqu’un en doute il n’a qu’à prêter l’oreille aux justes plaintes des pères et des mères qui se lamentent de ne trouver plus de déférence auprès de leurs enfants. […] montra bien un jour cette patiente miséricorde envers un joueur : Cet avorton d’Enfer qui fut depuis changé en Ange du Paradis, ayant joué et perdu ce qu’il avait, prit son arc et en décocha vers le Ciel, comme s’il eût voulu appeler Dieu au combat, et l’obliger à lui faire raison de sa mauvaise fortune ; elle retomba devant ses yeux toute teinte de sang, qui n’était que pour lui dire de la part de Dieu : Cesse de m’outrager ; tu as ce que tu peux prétendre, tu as voulu avoir de mon sang, tu en as : Mets bas les armes, retournons en grâce et soyons bons amis ; la chose se terminera à l’amiable. […] que qui se voudrait arrêter à la première vue des passages de saint Jérôme et de saint Ambroise, elle le surprendra, et qu’il aura peine d’approuver ce que deux hommes si savants et si équitables semblent avoir condamné ; mais s’il se donne le loisir de peser toutes leurs paroles pour mieux juger de leur pensée, il trouvera qu’ils n’ont rien prétendu, que de nous déclarer ce qu’ils avaient remarqué dans les saintes Lettres, qui ne font mention que de deux Chasseurs Esaü et Nimrodat, dont ni l’un ni l’autre n’a rien valu : et qu’il n’a jamais été de leur dessein de toucher à la question de droit, ni de décider si la Chasse était mauvaise ou non.
On ne verrait en lui qu’un martyr du point d’honneur ; et toutes les réflexions que vous faites sur l’établissement des lois qui le proscrivent se présenteraient à l’esprit de tout homme sensé pour justifier le prétendu Criminel : êtes-vous bien sûr d’ailleurs que ces lois ne seraient pas mitigées en faveur d’un fils qui ne serait criminel que par l’ordre de son père et par excès d’attachement pour lui ? […] Vous prétendez que Les Nuées d’Aristophane furent cause de la mort de Socrate : ce ne fut cependant que vingt-trois ans après la représentation de cette pièce que Socrate but la ciguë.
Cyr, fait & prétend qu’on fit à la Cour les applications les plus malignes de Vasthi, d’Aman, des Juifs, & les plus flatteuses d’Assuérus & d’Esther.
Quoique les fauteurs de la Comedie prétendent, que l’Ange de l’Ecole permet de donner quelque chose aux Comediens, ils ne me montreront jamais, qu’il parle des Comedies qu’on représente aujourd’hui sur le theatre public & mercenaire.
Vous faites plus ; vous voulez nous convaincre que nous sommes intérieurement persuadés qu’étant ainsi, elles sont comme elles doivent être ; et vous prétendez y avoir bien réussi, en disant, que chez nous la femme la plus estimée, est celle qui fait le plus de bruit, de qui l’on parle le plus, qu’on voit le plus dans le monde, chez qui l’on dîne le plus souvent, qui donne le plus impérieusement le ton, qui juge, tranche, décide, prononce, assigne aux talents, au mérite, aux vertus, leurs degrés et leurs places, et dont les humbles savants mendient le plus bassement la protection.