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54. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre XI. De l’amour & de ses impressions dans le Poéme Tragique. » pp. 165-178

Nos Piéces amoureuses n’ont point ce piquant, ce charme de la nouveauté, qui pénétrent l’ame de desirs & d’impatience. […] Ses douceurs anéanties dans une longue habitude, ne trouvent plus d’accès dans leur ame.

55. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre XI. Du jeu des Acteurs. » pp. 345-354

non, il faut que dans son silence même on découvre combien son ame est peu tranquille. […] On peut dire que l’Acteur met la dernière main au Drame ; il lui donne un vernis qui attire tous les yeux, mais qui malheureusement s’enlève trop-tôt : il en fait vivement sentir les passions, la force des pensées ; les sentimens qui l’animent passent dans l’ame des Spectateurs.

56. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre VIII. Réfléxions sur le plaisir qu’on ressent à la représentation d’un Poème comique, & sur la douleur qui déchire l’ame des Spectateurs d’un Drame sérieux. » pp. 113-123

Réfléxions sur le plaisir qu’on ressent à la représentation d’un Poème comique, & sur la douleur qui déchire l’ame des Spectateurs d’un Drame sérieux. […] L’ambition, l’orgueil, l’amour, la haîne, la fureur, qui agitent les Rois, déchirent pareillement l’ame du dernier Citoyen ; mais les transports où le livrent ces diverses passions ne sont point si terribles & n’éxcitent point tant la curiosité publique.

57. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — XII. Son opposition aux vœux du Batême. » p. 25

On a juré de réprimer les désirs charnels qui combattent contre l’ame ; de s’abtenir de l’apparence même du mal ; de haïr les péchés qui paroissent les plus légers, qui sans tuer d’un seul coup, ne laissent pas d’affoiblir & de préparer souvent aux chutes les plus déplorables.

58. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE X. » pp. 171-209

Chrysostome1 : vous vous persuadez, ajoute ce Pere2, qu’allant voir une Comédienne jouer sur un Théâtre, votre ame n’en reçoive aucune blessure. […] Quand donc on se transporte en une sainte assemblée, avec une intention pure, que l’on ne recherche pas industrieusement les Eglises les plus fréquentées, & la Messe où le beau monde se rassemble, c’est un cas fortuit, si l’on apperçoit un objet attrayant, il faut en détourner la vûe, & défendre son cœur & son esprit du vénin de la séduction ; les mouvemens indélibérés survenus dans l’ame & dans les sens, en conséquence du Spectacle qui s’est rencontré dans la Maison de Dieu, ne sont pour lors nullement imputables à celui qui les éprouve. […] Ecoutons encore Tertulien, Mademoiselle, c’est lui qui s’est chargé de répondre : quiconque jouit1 tranquillement du Spectacle, sans s’écarter en apparence des Loix de la modestie, étant retenu par son âge ou par sa dignité, ou par la sévérité de son caractère, n’est pas aussi insensible au fond de l’ame, qu’il veut bien le supposer ; courroit-il à l’Amphithéâtre avec tant d’empressement, s’il ne prenoit aucune satisfaction à voir ce qui s’y passe : ce plaisir suppose l’affection & le consentement de la volonté, le mal a des progrès successifs, le poison ne fait pas son effet sur le champ, mais peu-à-peu, c’est une sémence qui demeure quelque tems en terre, & qui produit à la fin des fruits de mort, ut fructificent morti 1. […] Quand même le crime ne se produiroit point au dehors, ne suffit-il pas que l’ame soit souillée ?

59. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre II. L’Exposition, le Nœud & le Dénouement. » pp. 183-210

Lors qu’à l’ouverture d’un Drame, les personnages sont animés par la joye, par la douleur, ou par d’autres causes, l’intérêt en devient plus-vif, il se répand un je ne sçai quoi qui ébranle & attache l’ame des Spectateurs. […] Si l’intrigue est pressée, rapide, l’ame attentive à ce qui se passe, n’a pas le tems, s’il m’est permis de parler de la sorte, de réflèchir sur la tromperie qu’on lui fait ; elle s’afflige, ou se réjouit avec des personnages chimériques, qu’elle croit rèels. […] On remplit plutôt l’ame de terreur ou de joye, en éxcitant la surprise. […] Mais Aristote soutient que les meilleurs dénouemens tragiques sont ceux qui pénètrent l’ame du Spectateur d’un profond chagrin, & je crois qu’il a raison.

60. (1766) Réflexions sur le théâtre, vol 5 « Réflexions sur le théâtre, vol 5 — REFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE VII. Suite de l’Indécence. » pp. 138-160

On les fait paroître sur la scène au moment précis où après bien des préludes licencieux ils vont derriere la toile commettre le crime, & chantent ensemble en y allant : Livrons notre ame aux transports les plus doux, aimons-nous à jamais. […] Cette idée pourroit bien faire entendre que l’ame n’est qu’une matiere déliée, une espèce de feu épuré, Mens ignea terrenæ fæcis exuta, comme disoit la these de l’Abbé Prades. […] Aussi ont-ils une ame spirituelle, libre, raisonnable ; l’homme n’a que l’instinct pour le plaisir : c’est tout l’homme. […] On y trouve le même systême, on n’y connoît que des esprits de feu qui animent des statues en secouant leur flambeau, pour leur donner une ame de feu, dans le goût aussi de l’Abbé Prades, mens ignea terrenæ fæcis exuta, la même pureté de mœurs : C’est à l’amour, c’est aux tendres désirs,   C’est aux graces, c’est aux plaisirs,   De vous donner un nouvel être :   Destinez-leur vos plus beaux jours : Vous en sentirez mieux de quel prix est la vie. […] La scène est une femme de mauvaise vie qui fait la prude pour cacher son jeu, & par l’appas d’une modestie superficielle séduit l’ame innocente, qui l’eût repoussée, si on l’eût attaquée ce visage découvert.

61. (1640) L'année chrétienne « Des Recreations, Jeux, et autres di- vertissemens, desquels l’ame Chre- stienne se peut servir durant la journée. Chapitre IX. » p. 851

Des Recreations, Jeux, et autres di-vertissemens, desquels l’ame Chre-stienne se peut servir durant la journée Chapitre IX a.

62. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-huitieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Mêlanges Dramatiques. » pp. 8-39

On en concluoit que l’ame plus que le corps étoit l’objet d’un amour platonique. Ils avoient en effet une belle ame & beaucoup d’esprit. […] Pauvres curés, est-ce que vous ne voyez pas, que vous ne comprenez pas ; que vous ne concevez pas, est-ce qu’il vous est permis d’ignorer ; que la danse aide à la digestion, dissipe les humeurs, facilite la transpiration, rétablit l’équilibre, redresse les muscles, & répand dans l’ame un baume de santé qui se répand dans l’ame un baume de santé qui se répand dans tout le corps. Une ame qui reçoit du baume, qui le répand dans le corps , est bien voisine d’une ame matérielle.

63. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE VI. Suite de la Danse. » pp. 140-167

Dans les derniers siecles, froide & languissante, elle ne fut qu’un divertissement sans ame dans les grands ballets, peinture momentanée de quelque caractère. […] Ne fît-elle pas commettre de grands péchés, elle y prépare, elle y conduit par l’état où elle met l’ame, la force qu’elle donne aux passions, & le dégoût qu’elle inspire des bonnes choses. […] Les opérations de l’esprit demandent autant la tranquilité du corps que celle de l’ame. […] A même temps qu’ils reçurent l’onction du saint chrême, que la croix fut arborée sur leur front, le Saint Esprit dans la confirmation prit possession de leur ame : qu’on cherche dans ce bal les dons du Saint Esprit, & à travers l’impudence & la folie l’onction sainte & le signe de la croix. […] Il fut nourri du corps & du sang d’un Dieu qui sanctifia son corps & son ame : vous n’y verrez qu’un corps de péché, un cœur paîtri de corruption, un esprit rempli d’images impures.

64. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE V. Suite du Théatre de S. Foix. » pp. 105-139

caressoit au fond du cœur toutes les passions cruelles : il étoit de la nature de son ame de produire des crimes, comme une plante venimeuse produit le poison. […] que devient la liberté, si le crime est dans la nature de l’ame, si l’homme n’est qu’une plante, si l’on disoit, M. de … né libertin, caresse au fond de son cœur les passions impures ; il est de la nature de son ame de produire des obscénités comme une plante venimeuse ! […] C’étoit le meilleur cœur, l’ame la plus noble, la plus généreuse, beaucoup d’esprit & de beauté, &c. […] Le Religieux contracte dans le cloître une dureté d’ame qui le rend peu compatissant ; il ne soulage les malheureux que par devoir, l’homme du monde les soulage par sentiment. […] Il trouve de l’esprit à lui faire faire un sermon ridicule qu’il conclud, par faire jouer toute son artillerie & tuer l’ame du Roi Louis & telle du Roi Philippe en ricochet.

65. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre XIV. De l’usage de composer des Pièces, ou des Rôles pour un ou plusieurs Acteurs. » pp. 219-233

Remplissez vos scènes, non d’idées difficiles à combiner, à sentir, non d’expressions qui ne parlent qu’aux oreilles, mais de faits qui ébranlent l’ame, qui subjuguent le cœur ; mais de ces sentimens qui frappent les spectateurs, & s’emparent d’eux avec une douce violence. […] Les mœurs, les pensées, les passions, sont autant d’objets à qui le Poëte donne une ame & un corps avec la parole.

66. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE VII. » pp. 115-130

« On prétend que l’utilité de cette piéce sera très-grande, parce qu’elle accoutumera le monde à se mieux précautionner contre les friponneries des Procureurs, & parce qu’elle corrigera de leurs mauvaises habitudes les Procureurs mal-honnêtes gens ; rien n’étant plus propre, dit-on, à guérir les maladies de l’ame, qu’une Comédie qui en représente finement le ridicule. […] Saint Cyprien disoit autrefois1 que l’idolâtrie est la mere de tous les Spectacles, elle y attire les Chrétiens pour les initier à ses mystéres, sous couleur de divertissemens ; elle glisse son venin dans l’ame par les yeux & par les oreilles qu’elle a soin de chatouiller par le plaisir des représentations théâtrales : est-il en effet, ajoutoit ce saint Pere, un spectacle sans idoles, qui ne soit accompagné de quelque sacrifice, où la Scéne ne soit ensanglantée par la mort d’un Atlhéte.

67. (1668) Idée des spectacles anciens et nouveaux « Idée des spectacles anciens et nouveavx. — Idée des spectacles novveavx. Livre II. — Chapitre IV. Des Feux de-Ioye. » pp. 184-185

Enfin, les corps de soy immobiles en sont agitez, & semblent en recevoir un suplément d’esprit & d’ame, qui leur donne du mouvement & de l’action.

68. (1772) Spectacles [article du Dictionnaire des sciences ecclésiastiques] « Spectacles. » pp. 150-153

 7, soutient que rien n’est plus contraire aux bonnes mœurs que d’assister à quelque spectacle ; que l’ame s’y trouvant séduite par le plaisir, reçoit aisément les méchantes impressions du vice ; & tout Stoïcien qu’il étoit, il avoue qu’il en sortoit plus avare, plus ambitieux, plus porté au plaisir & au luxe. […] un usurpateur, un tyran, un fanatique, un rebelle, un emporté, un furieux, un vindicatif, dont on présente les sentimens poussés à leur dernier période, comme des effets de la grandeur d’ame. […] Tout ce qui s’y fait est la mort de l’ame ; ce ne sont point des divertissemens, ce sont des meurtres, ce sont des sources de crimes & de remords, avant-coureurs de l’enfer.

69. (1738) Sentimens de Monseigneur Jean Joseph Languet Evéque de Soissons, et de quelques autres Savans et Pieux Ecrivains de la Compagnie de Jesus, sur le faux bonheur et la vanité des plaisirs mondains. Premiere partie « Sentimens de quelques ecrivains De la Compagnie de Jesus, Touchant les Bals & Comedies. Premiere Partie. — Entretien premier. Sentiment du reverend Pere Bourdaloue de la Compagnie de Jesus, touchant les Bals & les Comedies en general. » pp. 8-16

Il est vrai le langage en est plus pur, plus étudié, plus chatié ; mais vous savez si ce langage en ternit moins l’esprit, s’il en corrompt moins le cœur, & s’il peut-être il ne vaudroit pas mieux entendre les adultéres d’un Jupiter, & des autres divinitez, dont les excés exprimez ouvertement & sans reserve, blessant les oreilles feroient moins d’impression sur l’ame. […] Voila les oracles qui veulent se faire écouter, & que l’on n’écoute en effet que trop ; voila les Docteurs & les Maîtres, dont les lumieres effacent toutes les autres, & dont les resolutions sont absoluës & sans replique ; voila les guides dont les voyes sont les plus droites, & les garants sur qui l’on peut se reposer de sa conscience, de son ame, de son éternité.

70. (1754) Considerations sur l’art du théâtre. D*** à M. Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Geneve « [Lettre] » pp. 1-4

Vous décideriez avec moins d’autorité, si vous aviez réfléchi, que pour bien juger de la pureté d’intention & du désintéressement d’un Auteur, il faudroit pénétrer dans son ame, pour y reconnoître l’accord de ce qu’il écrit avec ce qu’il pense réellement.

71. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quatorzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littérairesn sur le théatre. — Chapitre I. De la Pudeur. » pp. 4-35

La voilà cette ame innocente, couverte de la robe de la modestie ; elle est sensible à tout, s’allarme de tout, l’heureuse ignorance du vice lui en fait un monstre, son seul aspect la trouble, la fait frémir. […] C’est, pour ainsi-dire, la clef du corps & de l’ame, qui en garde les trésors, & perd tout si sa defaite en ouvre l’entrée : Clavis est pudor corporis & animæ. […] Le dernier soin d’une ame pieuse est de parer son corps. C’est le premier, le grand, ou plutôt l’unique soin d’une ame corrompue : Probæ fœminæ ultima cura est, improbæ prima & tota. […] La blancheur, la délicatesse, le prix inestimable de la pureté, la vraie beauté de l’ame, est d’un ordre infiniment supérieur à la parure du corps.

72. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre III. De l’Éducation. » pp. 60-92

.° Sur-tout dans un âge tendre, susceptible de toute sorte d’impressions ; il faut écarter les mauvaises idées, les images licencieuses plus dangereuses pour une ame innocente. […] Ne faut-il pas tâcher d’en sortir au plutôt pour mettre son ame en sûreté ? […] On voit aisément ce qui frappe le plus une jeune personne, & dans ce qui lui plaît davantage, quelle est la corde de son ame montée à l’unisson. […] On réunit dans un même point de vue tout ce qu’il y a de dangereux dans le monde pour attaquer tout à la fois l’ame par tous les endroits où elle est accessible. […] Mais pourquoi réaliser & exalter ainsi les passions, c’est-à-dire, le goût du vice, l’état de l’ame dans le vice ?

73. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — VII. Le mariage dans les Comédies n’est que le voile de ce vice. » pp. 13-14

On y cherche enfin tout ce qui favorise la révolte des sens, contre laquelle il faudroit armer le Chrétien, & parconséquent tout ce qui donne la mort à l’ame.

74. (1788) Sermons sur les spectacles (2) « Sermons sur les spectacles (2) » pp. 6-50

L’amour profane, cette passion si criminelle en elle-même & dans le larcin qu’elle fait à Dieu de notre cœur ; cette passion si incompatible avec la sagesse & la tranquillité de l’ame ; cette passion si funeste par les ravages qu’elle cause quelquefois dans la société & par les crimes qu’elle y occasionne ; l’amour, dis-je, n’est pas la seule maladie que les Spectacles puissent donner à nos ames. […] Oui, mes Frères, votre ame hors d’elle-même est, pour ainsi dire, entre les mains de ces habiles imitateurs de la nature : ils vous font ressentir leurs craintes, leurs désirs, leurs douleurs, plus véritablement qu’ils ne les sentent eux-mêmes. […] Si tous ces sentimens ne passoient pas dans votre ame, vous accuseriez la pièce, ou ceux qui la représentent, de n’avoir pas atteint le but qu’ils se proposoient ; & l’ennui, plus efficace que nos exhortations, vous feroit bientôt renoncer à un plaisir devenu pour vous si insipide. […] Croyez-vous que votre ame, ébranlée par des mouvemens si violens, n’en devient pas plus foible dans des tentations analogues à ces mouvemens même ; qu’elle n’en est pas plus disposée à concevoir pour un objet réel cette vive tendresse qu’une fiction a su vous inspirer ? Le venin que vous recevez dans votre ame ne produira peut-être pas son effet sur-le-champ : mais ses progrès, pour être plus lents, n’en seront pas moins sûrs, & la corruption de votre cœur ne sera pas moins dangereuse pour être moins apperçue.

75. (1766) Réflexions sur le théâtre, vol 5 « Réflexions sur le théâtre, vol 5 — REFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE I. Préjugés légitimes contre le Théatre. » pp. 4-29

quel présage, quelle certitude de la mort de votre ame ! […] Cette espèce de calus se fait dans l’ame comme dans le corps, sans qu’on s’en apperçoive, & on ne connoît enfin son malheur que quand il n’est plus temps d’y remédier. […] Comment le mondain jugeroit-il de l’affoiblissement de l’ame, de la perte de la grace, des effets du péché ? […] Du revenu qu’il faut je n’ai pas le demi, De la peur des besoins je n’ai jamais frémi ; D’une humeur assez douce, & d’une ame assez ronde, Je n’eus pas je croi d’ennemi, Et je puis assurer qu’ami de tout le monde J’ai dans l’occasion trouvé plus d’un ami. […] L’incomparable Clairon, qu’un zèle héroïque avoit fait venir, quoique malade, dit avec autant de majesté que de grandeur d’ame (je parle encore Mercure) : J’exposerai ma vie pour le public ; mais dusse-je la perdre, on ne me forcera point de jouer avec un homme déshonoré.

76. (1758) Réponse pour M. le Chevalier de ***, à la lettre de M. des P. de B. sur les spectacles [Essais sur divers sujets par M. de C***] « Réponse pour M. le Chevalier de***, A la lettre de M. des P. de B. sur les spectacles. » pp. 128-142

Je commence par examiner la nature des pièces qu’on représente au théâtre, & je finirai par le jeu des acteurs : la première partie décidera de la seconde ; car la déclamation n’est que l’art de rendre au naturel les transports de l’ame. […] plus de grandeur d’ame qu’en montre Gusman ?

77. (1752) Lettre à Racine « Lettre à Racine —  LETTRE A M. RACINE, Sur le Théatre en général, & sur les Tragédies de son Père en particulier. » pp. 1-75

On permet à la foiblesse humaine des délassemens frivoles, pourvû qu’ils ne soient pas criminels, qu’une ame fortifiée dans la pratique exacte de toutes les vertus, jugeroit indignes d’elle. […] La complaisance pour des Supérieurs ou pour un Epoux, des occasions forcées, le service attaché à certains emplois, autorise en pareil cas la tolérance de ces guides spirituels, qui comptent de plus sur l’inébranlable fidélité d’une ame solidement chrétienne. […] Cet endroit de vos Mémoires a dû charmer tous les honnêtes gens, & concilier à ce Grand-homme autant d’admirateurs de la beauté de son ame, qu’il y a d’admirateurs de ses Tragédies, & du peu d’Ecrits en prose qu’il nous a laissés. […] Elles jettent l’effroi dans l’ame des Spectateurs, bien loin de l’amollir & de le corrompre, quand elles sont accompagnées d’ailleurs de ces grandes leçons qui annoncent au crime & aux foiblesses la punition qui les suit. […] Son attachement pour Cléofile remplit toute l’étendue de son ame.

78. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Seconde partie « Causes de la décadence du goût sur le théatre. — Chapitre XVI. De la présentation des Poëmes aux Comédiens ; de leur réception, & du choix de ceux qu’on joue dans les intervales. » pp. 8-11

L’un dissipe l’ennui, véritable maladie de l’ame, comme l’autre guérit celle du corps.

79. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — VIII. Les intrigues sont la vraie fin de la comédie. » pp. 15-17

Chrisostome, si lors même qu’on est le plus eloigné de tout ce qui peut blesser la pudeur, il en coûte tant pour se conserver dans la pureté que Dieu exige de nous ; comment notre ame pourra t-elle demeurer chaste, quand elle se plaîra à entendre des choses si dangereuses ?

80. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre second. — Chapitre prémier. De l’éxcellence du nouveau Théâtre. » pp. 68-93

N’a t-il pas exprimé ce qui se passerait un jour dans notre ame, par ce Vers énergique ? […] Il est impossible que la représentation d’une action ne le trouble, ne l’agite, & n’aille ébranler fortement son ame. […] La Musique seule l’anime, dès qu’il en est dénué, il languit, il tombe, & semble un corps sans ame.

81. (1608) Traitté contre les masques pp. 3-36

Il est certain que les sectes des Caïens, Sethiens, Carpocrasiens, Cerdoniens, Manicheens, Patriciens, Symachiens, des Albigeois & Vaudois, sont tombées en cest erreur qu’il y auoit deux vertus & deux puissances supremes, Dieu & le Diable, que Dieu creoit l’homme interieur qui est l’ame, & le Diable creoit l’homme exterieur qui est le corps, que egalement ils exerçent leurs puissances sur leurs creatures, Burchard. lib. […] en sorte que l’ame touchee du doigt de son Createur lors qu’elle se dispose aux saincts iours suiuant les constitutions de l’Eglise à bien faire, à viure reglément & à se repaistre de ce banquet mystique & incomprehensible, pour au iour natal de nostre Sauueur renaistre auec luy : a donc le Diable faict roidir le corps contre l’ame pour la diuertir & faire descheoir de l’estat de grace, seigneuriant sa creature la barboüille, la masque, & luy faict courir les ruës auec des gestes deshõnestes & desbordés, ceux qui masquent se precipitẽt en ces heresies abominables & font hommage au Diable : Tertullian. contra Gnostic. […] Ie croy estre necessaire & non superflu si par vn sainct aduertissement ie reitere les sermons des Peres qui m’ont devancé, & de verité il ne sera ni pesant ni ennuyeux pour l’aduencement de nostre salut de dire souuent & souuẽt ouyr choses vtiles & agreables à Dieu : Partant mestres chers freres, vous retenans dans la foy & deuotion acoustumee, tenans la voye de religion & chemin de verité, fuyez les destours des erreurs et mesprisez les masques diaboliques : car l’ame fidelle qui souhaitte la compagnie des Anges nee doit se plaire aux illusions des demons, & entre les seruiteurs de Dieu il n’y a nulle participation de la lumiere auec les tenebres, de la verité auec le mensonge, & de l’honneur auec le deshonneur, comme nous instruict le docteur des Eglises, disant, quel accord y a il de Iesus Christ auec Belial ? […] Nicece, sur ces entrefaictes le miserable rendit l’ame. […] Francilion Archeuesque de Tours l’an 3. de son Pontificat, en ceste saincte nuictee avant que d’aller à vigiles commanda qu’on luy donnast vn coup à boire, soudain vn seruiteur luy presenta vn verre de vin, l’ayant beu il rendit l’ame, non sans suspition de venin dit l historien, pour mon regard je croy que c’estoit vn coup du ciel, & la frequence de pareils actes arriuez ceste nuict me le faict croire : & d’autant que le ieusne doit estre aussi bien des voluptez comme des viandes ; ceux qui n’ont commandé à leur appetit desordonné de paillardise ont senty de merueilleux effects de l’indignation diuine : car il est certain que le Dieu viuant pour signaler ceste nuictee tres-saincte d’vne perpetuelle marque de pureté feit creuer tous les Sodomites, & ceste estoille & porte-flambeau surnaturel des trois Roys qui les guida en Bethleem disparut & cheut en vn grand puy, dans lequel les chastes qui ont le coeur pur, net & non souillé d’immondice la voyent, i’ay pour garẽt Greg.

82. (1752) Lettre à Racine « Lettre à Racine —  RACINE. A Mlle. Le Couvreur. » pp. 77-80

Je lui parlois encor des troubles de mon ame : Je disois qu’Apollon & l’amour de concert  Prenoient soin de venger ma flamme :  Que ces Dieux pour punir son cœur Avoient chez les mortels envoyé Melpomène,  Et que pour habiter la Scène La Déesse avoit pris le nom de Le Couvreur.

83. (1644) Responce à deux questions, ou du charactere et de l’instruction de la Comedie. Discours quatriesme « Responce à deux questions, ou du charactere et de l’instruction de la Comedie. » pp. 100-132

Au dessus il y a cette inscription en langue Grecque, qui sert d’ame à la figure, Bacchvs Doctevr ou Maistre d’Eschole. […] S’il est possible, la Comedie doit agir sur l’ame aussi finement & aussi imperceptiblement. […] De faire le bien qu’on ne promet pas ; D’estre Medecin & de ne paroistre que Cuisinier ; De cacher le salut & la liberté de l’ame sous du myrte, dans des fleurs, & dans des parfums ; de renuoyer auec edification ceux qui ne cherchoient que du plaisir ; De les rendre non seulement plus joyeux & plus satisfaits, mais aussi meilleurs & plus vertueux.

84. (1752) Lettre à Racine « Lettre à Racine —  AVERTISSEMENT DE. L’ÉDITEUR. » pp. -

Par-tout il annonce l’esprit observateur, le Littérateur instruit, l’Ecrivain éloquent, l’ame honnête.

85. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE III. Théatre de S. Foix. » pp. 52-75

Ces petits soi-disans drames de trois ou quatre scènes, qui dans une action d’un quart d’heure forment un croquis d’intrigue, se rapportent, dit-on, à une sentence ou proverbe (& pourroit se rapporter à trente), qui est l’ame, dit-on, le fonds, le mot de l’énigme ; comme presque toutes les fables d’Esope, de Phedre, de la Fontaine, qu’on commence ou termine par quelque trait de morale, elles forment chacune un petit drame, qu’il ne faudroit qu’étendre pour en faire des Proverbes dramatiques. […] L’amour seul auroit suffi pour établir l’immortalité de l’ame parmi le peuple le plus sauvage. […] est-on bien persuadé de l’immortalité de l’ame quand on la croit sur de si fortes preuves ? […] Il faut de vie en vie remonter à l’infini, sans parler de la dégradation de l’humanité de faire passer l’ame dans le corps des plus vils animaux.

86. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre III. De l’Indécence. » pp. 21-58

La modestie, l’adresse du naïf la Fontaine, font des impressions plus vives dans l’ame de ses Lecteurs, que la licence éffrénée de Grécourt & de l’Arétin. […] Voici les propres termes de l’Auteur immortel de tant de Tragédies célèbres : « Ce n’est pas même connaître le cœur humain de penser qu’on doit plaire davantage en présentant des images licencieuses ; au contraire, c’est fermer l’entrée de l’ame aux vrais plaisirs. […] Cette mine friponne En secret m’éguillonne, Je ne sçais quoi m’enflamme, Et maîtrise mon ame. […] Le sujet est contre la décence ; l’intrigue & l’action forment une image révoltante ; les détails respirent la passion même : en un mot, tout peint & célèbre la volupté ; on la fait pénètrer par les yeux & par les oreilles jusques dans le fond de l’ame.

87. (1756) Lettres sur les spectacles vol.1 pp. -610

C’est ce que l’éloquence nous enseigne ; elle veut qu’on ne remue l’ame qu’afin de la faire agir pour le plus grand bien ; au lieu que l’art du Théatre ne remue l’ame que pour lui faire goûter les sensations de la volupté. […] C’est d’y sentir son ame se livrer à l’illusion des passions qui y sont représentées. […] N’est-ce point nous accoutumer à prendre souvent le change en fait de grandeur d’ame ? […] De même que la lecture des Romans rend l’esprit romanesque, l’assiduité au Théatre rend aussi l’ame tragique. […] On y voit le corps des passions sans ame.

88. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre treizieme « Réflexions morales, politiques, historiques,et littéraires, sur le théatre. — Chapitre [V].  » pp. 156-192

On peut en dire de même de l’ame juste, embrasée du feu de la charité, comme des rayons du Soleil, couronnée de la lumiere de la foi, comme des étoiles, elevée au dessus des choses d’ici-bas par la force de l’espérance. […] Vierge, à l’Eglise, & à l’ame fidelle. […] Le dommage spirituel de l’ame est bien plus grand que celui du corps, de l’honneur, & de la fortune, dont la reparation est d’une obligation si étroite. […] Le fard, l’indécence, la parure, qui la frélarent, blessent mortellement l’ame & le corps. […] La parure, comme la littérature, la politique, les affaires, forme les coteries, & une espece de monde dont elle est l’ame.

89. (1767) Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs « Essai sur les moyens de rendre la comédie utile aux mœurs — PREMIERE PARTIE. Quelle est l’essence de la Comédie. » pp. 11-33

En excluant, me dit-on, de la Comédie le ridicule qui tombe sur l’extérieur du vice, ou sa maniere d’être, vous ôtez à la Comédie son plus grand agrément, qui est celui de corriger les mœurs en faisant rire, & de faire passer dans l’ame des Spectateurs d’utiles vérités par le canal du plaisir. […] On me dit qu’en excluant de la Comédie le ridicule qui tombe sur l’extérieur, ou sur le maniere d’être du vice, je prive la Comédie de son plus grand avantage, qui est de faire passer par le canal du plaisir d’utiles vérités dans l’ame du Spectateur.

90. (1759) Lettre d’un ancien officier de la reine à tous les François sur les spectacles. Avec un Postcriptum à toutes les Nations pp. 3-84

Hypermnestre nous dit bien que vous ne forcez pas notre ame à devenir  coupable….. que la vertu n’est pas un don mal assuré….. […] Chinois matérialistes, Sadducéens, qui nient l’immortalité de l’ame, Gynnophistes toujours accusés d’Athéisme  ? […] Son ame (p. 4.) […] Je te le demande, ame encore chere à ton Dieu, quand tu lui disois hier : Usquequo, Domine*, oblivisceris me in finem ? […] Jusqu’à quand donc, Seigneur, détournerez-vous votre visage de dessus cette ame infortunée ?

91. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — XVI. Efficace de la séduction des Spectacles. » pp. 36-39

Les chûtes de l’ame sont longues, elles ont des préparations & des progrès.

92. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — IX. La Comédie donne des leçons de toutes les passions. » pp. 18-21

L’Orgueil ainsi travesti est si essentiel au Théâtre, que quand il introduit des Saints & des Saintes sur la scéne, il est forcé de les y faire paroître avec cette fierté, qu’il lui plaît d’appeler générosité & grandeur d’ame.

93. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 10 « Réflexions sur le théâtre, vol 10 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE DIXIEME. — CHAPITRE III. Extrait de quelques Livres.  » pp. 72-105

La premiere piece de ce jeune homme à cheveux blancs, est, Cornelie Vestale, c’est, dit-on, le premier essor d’une ame pure, étonnée des sentitimens qu’elle commence d’éprouver, c’est-à-dire, la sienne sous le nom d’une Vestale. […] N. est un homme d’un tempéramment triste, dont l’ame est enveloppée de nuages. […] Il étoit l’unique pour donner de l’ame à la passion, & de l’agrément aux sons. […] Nos résolutions dépendent de l’état de notre ame : on refuse tout quand la tristesse s’empare de l’esprit & on accorde tout quand cette vapeur est dissipée. […] On évoque l’ame de Darius : ce n’est guère le goût du tems, il a fallu tout l’art de Voltaire ; pour faire souffrir l’ombre de Ninus dans la belle tragédie de Sémiramis.

94. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Diversités curieuses. » pp. 5-37

Chaque chanson avoit son ton particulier qui exprimoit les sentimens de l’ame. […] Quand on lit les tragédies de Corneille, on est frappé de la grandeur qu’il donne à ses héros, on se sent élevé avec son génie, on est intéressé & attendri par l’art de Racine, qui touche, pour ainsi dire, toutes les cordes de l’ame, & en exprime tous les tons du sentiment. […] Il avoit l’esprit d’un grand homme, mais son ame dont les ressorts amolis étoient incapables d’une application constante, ne pouvoit s’élever à ce grand. […] Mais il faut sécouer l’ame, l’attendrir, la déchirer . […] A-t-on entendu des spectacles, les yeux mouillés & l’ame seche ?

95. (1753) Compte rendu de Ramire « Compte rendu de Ramire » pp. 842-864

C’est nous disent-ils, c’est du Théâtre que la volupté assiége tous les sens du corps & toutes les facultés de l’ame. […] Ensuite il prouve que la plupart des anciens anathêmes lancés contre la Comédie, portent sur des raisons communes & transcendantes, qui sont que toute Comédie est une occasion de chûte & une école de libertinage, & il soutient avec Lactance que l’élégance & la politesse qui régne aujourd’hui sur les Théâtres, ne fait que rendre plus aigus & plus pénétrans les traits qu’on y enfonce dans l’ame des spectateurs.

96. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « EXTRAIT Du Journal de Trevoux ; Mois d’Avril 1753. Art. XXXIX. » pp. 59-70

C’est, nous disent-ils, c’est du Théâtre que la volupté assiége tous les sens du corps & toutes les facultés de l’ame. […] Ensuite il prouve que la plupart des anciens anathêmes lancés contre la Comédie, portent sur des raisons communes & transcendantes, qui sont que toute Comédie est une occasion de chûte & une école de libertinage, & il soutient avec Lactance que l’élégance & la politesse qui régne aujourd’hui sur les Théâtres, ne fait que rendre plus aigus & plus pénétrans les traits qu’on y enfonce dans l’ame de spectateurs.

97. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre XIII. S’il est nécessaire qu’une Pièce de Théâtre plaise autant à la lecture qu’à la représentation. » pp. 359-363

Mettez ensemble deux hommes également malheureux, dont l’un sache s’éxprimer avec élégance ; on s’intéressera plutôt à celui qui touche, qui ébranle l’ame par la force de ses discours, qu’à celui qui s’éxprime grossièrement ou sans délicatesse.

98. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-huitieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre II. Madame de Longueville. » pp. 40-83

J amais, sans le goût séducteur du Spectacle, la fameuse Duchesse de Longueville n’eût été une intriguante, rébelle à son Roi, & l’ame de la révolte. […] Puisque vous étes née grande sur la terre, faites vous sainte dans le ciel, & répondez à la grace extraordinaire que Dieu a répandue dans votre ame. […] Elle fit jouer un rôle bien plus dangereux à son amant, lui mettant les armes à la main contre son Roi, pendant les troubles de la Fronde, dont elle fut l’ame. […] Je ne trouve plus de force dans mon ame, je ne puis y songer sans mourir, & je ne puis penser à autre chose. […] Rien de plus édifiant : on y voit une ame élévée, touchée de Dieu, qui passe par les épreuves de la vie spirituelle, gémit de ses égaremens, & soutient courageusement, par la force de la grace, les combats que le démon, la chair & le monde lui livrent.

99. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « La comédie contraire aux Principes de la Morale Chétienne. — XVII. On y risque tout par une seule assistance. » pp. 40-44

Enfin il sortit de là avec une telle ardeur pour les Spectacles, qu’il ne respiroit plus autre chose ; & non seulement il étoit prêt d’y retourner avec ceux qui l’y avoient amené, mais qu’il en étoit plus entêté qu’aucun, & qu’il y menoit les autres. » Que ne dit point un tel exemple à quiconque craint sérieusement d’offenser Dieu, & de donner la mort à son ame ?

100. (1700) IV. Sermon des spectacles, comedies, bals, etc. [Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne. Cinquiéme partie] « IV. Sermon des spectacles, comedies, bals, &c. » pp. 95-126

Manger des viandes, quoyqu’elles ayent été sacrifiées aux fausses divinitez, est du nombre de ces choses qu’on appelle indifferentes, & je ne vous conseille pas de vous informer scrupuleusement, si celles que vous achetez pour vôtre usage, sont soüillées par cette profanation, ni de vous en abstenir pour cela ; cependant si cela est capable de scandaliser vôtre frere, qui est plus foible que vous, s’il prend occasion de-là, de retourner à son ancienne idolâtrie, il faut absolument vous en abstenir ; parce que cette circonstance en rend l’usage criminel, & il n’est pas juste de perdre l’ame de vôtre frere, que le Sauveur a rachetée au prix de son Sang, pour la nourriture de vôtre corps, ou pour vôtre plaisir. […] Car je veux que les comedies, ausquelles je m’arrête plus particulierement, en parlant des spectacles, que les comedies, dis-je, de ce temps, soient plus honnêtes qu’elles n’ont jamais été, cependant, ceux qui examinent les choses de plus prés, & à qui les autres vertus chrétiennes ne sont pas moins cheres que l’honnêteté, trouvent étrange qu’on les appelle innocentes, vû que les plus honnêtes ne contiennent autre chose que des passions d’ambition, de jalousie, de vengeance, de fausse generosité, & des autres vices, qui étant colorez d’une idée de grandeur d’ame, entrent facilement dans l’esprit, & ruinent tous les principes du Christianisme. […] Certes si vous en jugez autrement, c’est la passion que vous avez pour ces sortes de spectacles, qui vous fait fermer les yeux au danger present ; & je ne doute point que vous n’en portassiez tout un autre jugement, si je pouvois vous découvrir un autre spectacle, plus triste, & plus lugubre, qui est ce qui se passe dans le cœur de ceux qui sortent de ces assemblées, l’esprit rempli de ce qu’ils ont vû & entendu, qui approuvent la vengeance, qu’on leur a fait paroître si juste, qui entrent dans les sentimens d’orgueil & d’ambition, qu’on leur a fait passer pour une grandeur d’ame, & sur tout, qui sont touchez des disgraces d’un Amant maltraité d’une personne fiere, qui n’a pas répondu aux vœux ni aux soins de celuy qui luy a marqué une fidelité, & un attachement si inviolable, ainsi que Saint Augustin le témoigne de luy-même ; on donne des larmes à son infortune, & une feinte passion vivement representée, ne manque guere d’en inspirer une veritable. […] En effet, quelle priere peut faire à Dieu une ame remplie des folies, & des vanitez du siecle ?

101. (1767) Réflexions sur le théâtre, vol 6 « Réflexions sur le théâtre, vol 6 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE III. Immodestie des Actrices. » pp. 57-84

On pourroit impunément les heures entieres avoir l’esprit & le cœur attaché à des intrigues amoureuses, toujours souillé par des images, ému par les sentimens les plus vifs, l’imagination toujours remplie de beauté, de plaisir, d’obstacles, de succès, l’oreille frappée de discours galans, & de sons tendres & harmonieux, toute l’ame occupée de situations attendrissantes & délicieuses, & au milieu de tous ces pieges, les objets les plus immodestes continuellement sous les yeux, sans être séduit par l’erreur, & entraîné par la passion, sans apprendre à cette école à mépriser, à braver la pudeur qui retient, la loi qui défend, le remords qui trouble, le péché qui effraie, en entendant cent fois dire & redire, chanter avec grace, débiter avec assurance, déclamer avec feu, exécuter avec goût cette morale anti-chrétienne, si conforme à la nature, canonisée dans le monde, si agréable à un cœur corrompu, qui fait du crime un mérite, de la résistance un ridicule, de la volupté un besoin, de la passion une nécessité ! […] J’en appelle de l’affectation à l’indécence : celle-ci plus sincere dévoile votre ame, en dévoilant votre corps. […] Chaque athlette ne luttoit que contre un adversaire ; chaque Actrice fait la guerre à tous les spectateurs ; ce n’est pas au corps, c’est à l’ame qu’elle livre l’assaut. […] Quelque engageans que soient les agrémens du visage, il porte son antidote ; une sage modestie, une prudente gravité en imposent ; la vertu s’y peint avec les traits les plus respectables, l’ame se montre toute entiere sur ce miroir ; elle inspire l’estime, la crainte, le respect ; elle édifie, elle gagne, arrête, refuse, défend, exerce une sorte d’empire : un coup d’œil suffit pour déconcerter les plus téméraires & étouffer tous les sentimens corrompus que la beauté pourroit faire naître.

102. (1738) Sentimens de Monseigneur Jean Joseph Languet Evéque de Soissons, et de quelques autres Savans et Pieux Ecrivains de la Compagnie de Jesus, sur le faux bonheur et la vanité des plaisirs mondains. Premiere partie « Sentimens de quelques ecrivains De la Compagnie de Jesus, Touchant les Bals & Comedies. Premiere Partie. — Entretien troisieme. Le danger des Bals & Comedies découvert par l’Auteur des Sermons sur tous les sujets de la morale Chrétienne de la Compagnie de Jesus. » pp. 26-56

Voicy la dêcision de ce grand Apôtre : Manger des viandes, quoyqu’elles ayent été sacrifiées aux fausses divinitez, est du nombre de ces choses qu’on appelle indifferentes, & je ne vous conseille pas de vous informer scrupuleusement, si celles que vous achetez pour vôtre usage, sont soüillées par cette profanation, ni de vous en abstenir pour cela ; cependant si cela est capable de scandaliser vôtre frere, qui est plus foible que vous, s’il prend occasion de-là, de retourner à son ancienne idolâtrie, il faut absolument vous en abstenir ; parce que cette circonstance en rend l’usage criminel, & il n’est pas juste de perdre l’ame de vôtre frere, que le Sauveur a rachetée au prix de son Sang, pour la nourriture de vôtre corps, ou pour vôtre plaisir. […] Car je veux que les comedies, ausquelles je m’arrête plus particulierement, en parlant des spectacles, que les comedies, dis-je, de ce tems, soient plus honnêtes qu’elles n’ont jamais été, cependant, ceux qui examinent les choses de plus prés, & à qui les autres vertus chrétiennes ne sont pas moins cheres que l’honnêteté, trouvent étrange qu’on les appelle innocentes, vû que le plus honnêtes ne contiennent autre chose que des passions d’ambition, de jalousie, de vengeance, de fausse generosité, & des autres vices, qui étant colorez d’une idée de grandeur d’ame, entrent facilement dans l’esprit, & ruinent tous les principes du Christianisme. […] Certes si vous en jugez autrement, c’est la passion que vous avez pour ces sortes de spectacles, qui vous fait fermer les yeux au danger present ; & je ne doute point que vous n’en portassiez tout un autre sentiment, si je pouvois vous découvrir un autre spectacle, plus triste, & plus lugubre, qui est ce qui se passe dans le cœur de ceux qui sortent de ces assemblées, l’esprit rempli de ce qu’ils ont vû & entendu, qui approuvent la vengeance, qu’on leur a fait paroître si juste, qui entrent dans les sentimens d’orgueil & d’ambition, qu’on leur a fait passer pour une grandeur d’ame, & sur tout, qui sont touchez des disgraces d’un Amant maltraité d’une personne fiere, qui n’a pas répondu aux vœux ni aux soins de celuy qui luy a marqué une fidelité, & un attachement si inviolable, ainsi que Saint Augustin le témoigne de luy-même ; on donne des larmes à son infortune, & une feinte passion vivement representée, ne manque guere d’en inspirer une veritable. […] En effet, quelle priere peut faire à Dieu une ame remplie des folies, & des vanitez du siecle ?

103. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre IV. De la Pastorale Dramatique. » pp. 59-77

Appliquez-vous à peindre ce bonheur dont ils jouissent ; découvrez-nous la sérénité de leur ame. […] Comme ses Personnages n’inspirent point un grand intérêt, elle éxcite peu de passions dans l’ame du Spectateur ; or il se refroidit lorsqu’on le contraint de considérer trop long-tems ce qui ne saurait l’affecter.

104. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre III. De la Fable Tragique. » pp. 39-63

Elle voit avec surprise, que la joie succéde, dans l’ame de son élève, à la douleur & à l’affliction ; qu’elle ne pense plus à la France, où le beau sexe jouit de la plus brillante destinée, & semble lui préférer la prison & l’esclavage. […] Et cette émotion, dont son ame est remplie, A bien-tôt épuisé les sources de sa vie.

105. (1753) Treiziéme conférence. Sur les danses, les comédies et les mascarades [Missionnaire paroissial, II] « Treiziéme conférence. Sur les danses, les comédies & les mascarades. » pp. 268-287

CE n’est point assez à une ame soigneuse de son salut, d’éviter le crime défendu par le sixiéme commandement ; elle doit s’éloigner encore de tout ce qui peut l’y engager. […] Considérez que pendant que vous dansiez, un million de personnes étoient à l’agonie & souffroient de cruelles douleurs ; que votre tour viendra ; que le temps passe, & que la mort approche où il vous faudra rendre compte de tous ces vains amusements ; en un mot qu’ils sont indignes d’une ame qui a un vrai desir de se sauver : S.

106. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE VIII. » pp. 131-157

Seneque pensoit tout différemment touchant les Spectacles de Rome, l’affoiblissement de la République vient de-là, ainsi que du luxe : ils ont porté la corruption dans l’ame, en séduisant les yeux & flattant agréablement les oreilles1. […] Seneque appréhende2 que l’on ne perde la santé de l’ame, en fréquentant les Spectacles pour amuser son oisiveté, & que l’innocence n’y fasse un triste naufrage.

107. (1783) La vraie philosophie « La vraie philosophie » pp. 229-251

On la fait pénétrer & par les yeux & par les oreilles, jusques dans le fond de l’ame. […] A combien d’écueils une ame sensible n’est-elle pas continuellement exposée, par l’imprudence de ceux qui devroient la garantir des dangers ? […] Il s’élevoit souvent des nuages dans mon ame, sur un art si peu conforme à l’esprit du Christianisme : & je me faisois sans le vouloir, des reproches infructueux que j’évitois de démêler & d’approfondir.

108. (1767) Réflexions sur le théâtre, vol 6 « Réflexions sur le théâtre, vol 6 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE VII. De la Dévotion des Comédiens. » pp. 160-179

Les pieces qu’on représente réveillent sans cesse à l’Actrice l’idée de son amant : comme elles roulent toutes sur l’amour, on en sent plus vivement l’impression ; on s’applique ce qu’on chante, on déclame, on substitue l’amant à l’Acteur ; on se voit en lui, on lui parle ; on entre dans le sentiment du rôle qu’on joue, on le réalise en soi-même, on en réussit mieux, & on le fait mieux passer dans l’ame des spectateurs. […] Mais elles sont trop méprisables, pour qu’on ne puisse en désabuser une ame bien née. […] C’est aux soins de Me. votre épouse que je dois la révolution qui s’est faite dans mon ame.

109. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique — CHAPITRE II. Histoire de la Poësie Dramatique chez les Grecs. » pp. 17-48

Comme il y a des Passions, qui quoique condamnables, telles que l’Ambition, la Haine, la Vengeance, paroissent nobles, parce que pour se soutenir dans leur violence, elles ont besoin de la force de l’ame ; il y aussi des Passions, comme l’avarice, l’yvrognerie, &c. qui paroissant des foiblesses de l’ame, sont basses & méprisables. […] Pour avoir fait dire à Hippolyte, Ma langue a juré, mais mon ame n’a point fait de serment, il fut accusé comme défenseur du parjure, & il reclama la protection des Juges préposés aux Représentations.

110. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre troisiéme. — Chapitre IV. Il faut que le nouveau Théâtre se fonde sur la Vérité & sur la Nature. » pp. 133-138

Représente-t-il une action villageoise, on croit voir agir les vrais habitans de la campagne ; l’ame trompée par les charmes de l’illusion, éprouve alors le même sentiment dont elle est pénétrée quand nos oreilles sont frappées du son rustique des chalumeaux, & quand nos yeux errent agréablement sur une vaste plaine couverte d’herbes & de fleurs.

111. (1686) La Comédie défendue aux chrétiens pour diverses raisons [Traité des jeux et des divertissemens] « Chapitre XXV » pp. 299-346

Saint Jean Chrysostome, parce qu’elles sont des obstacles à la conversion des ames & à leur salut ; saint Augustina, parce que c’est un crime énorme que de donner son bien aux Comédiens qui sont des gens infames, que plus un homme est vertueux & plus il doit s’éloigner du theâtre ; & que l’on n’eût jamais approuvé les Comédies & les crimes qu’elles representent sur le theâtre, si les mœurs des hommes qui estoient soüillez des mesmes vices ne l’eussent soufferte ; saint Isidore de Damiéteb, parce que les Comédies d’elles-mêmes & de leur nature, ne peuvent estre que pernicieuses & nuisibles ; saint Bernardc, parce qu’elles ne sont que vanité ; enfin Jean de Salisberi Evêque de Chartresd, parce qu’elles sont propres à entretenir les vices, & sur tout l’oisiveté, qui est l’ennemie de l’ame & qui la dépoüille de toutes ses inclinations vertueuses, & qu’en y assistant on participe aux crimes des Comédiens, à qui l’Eglise a interdit la sacrée Communion. […] Et c’est ce qui fait qu’il n’arrive gueres qu’on en sorte avec la même pureté d’ame qu’on y est entré. […] Saint Augustin en parle en ces termes : « Nous offrons (dit-il) un Sacrifice tres-agreable aux démonsb, lorsque nous disons ou faisons quelque chose qui blesse & qui bannit l’honnêteté, qui est l’ame de la Justice. […] Que si nostre corps devient difforme en sautant ainsi, combien nostre ame le devient-elle davantage. […] On a raison d’inviter des joüeurs à ces assemblées, afin que l’ame estant occupée par les oreilles, les yeux ne s’offensent pas tant des mouvemens irréguliers des danseurs.

112. (1756) Lettres sur les spectacles vol. 2 «  TABLE. DES MATIERES. Et des Personnes dont il est parlé dans les deux Volumes. » pp. 567-614

Quelle est la vie de l’ame, 371. […] Eviter tout ce qui trouble l’ame, 12. […] Leurs variations sur l’immortalité de l’ame, 526 Clairon. […] Suicide attribué à une lâcheté d’ame, 92. […] Supériorité que l’ame doit avoir pour contenir les sens, 103.

113. (1772) Réflexions sur le théâtre, vol 9 « Réflexions sur le théâtre, vol 9 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE NEUVIEME. — CHAPITRE V. Eloge de Moliere. » pp. 154-202

Les vertus du Prélat sont des vertus philosophiques, des vertus indulgentes ; il fut tolérant, il fut docile, il eut l’ame tendre & sensible, il empêcha la persécution. […] Jamais l’hérésie n’a poussé si loin les erreurs, elle n’a jamais dit que l’ame fut une machine dont les mouvemens produits par une impulsion irrésistible, dont on ne peut briser les ressorts, mais qu’on peut seulement tourner & détourner en la dirigeant à un but. […] L’ame de Fenelon en fut imbue, tendre & sensible, quelle incendie il y causa ! […] Mais il a un mérite de plus, qui n’a pas trouvé grace aux yeux du Conseil, il déclame ouvertement contre la loi de la continence imposée au Clergé & aux Religieux, dont il s’imagine que l’ame tendre & sensible de l’Archevêque de Cambrai sur la victime, & qu’il éleve jusqu’aux cieux, comme un prodige fort au-dessus de l’homme. […] De là le combat toujours renaissant du penchant de l’homme contre les plus hautes difficultés de la vertu, l’écueil toujours reproduit des qualités sociales de l’imagination la plus vive, de l’ame la plus tendre, qu’il n’avoit ni la puissance ni le vouloir de rejeter.

114. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre second. — Chapitre II. Regrèts de ce qu’ARISTOTE n’en a rien écrit de considérable. » pp. 94-100

Dore s’entend toujours par Donné δορος ; ainsi le tout ensemble offre un sens très-complet ; Dieu-Donné, Donné par Dieu ; si l’on veut en faire une division, l’ame est encore satisfaite des idées qu’elle y rencontre.

115. (1760) Sur l’atrocité des paradoxes « Sur l’atrocité des paradoxes —  J.J.L.B. CITOYEN DE MARSEILLE, A SON AMI, Sur l’atrocité des Paradoxes du Contemptible J.J. Rousseau. » pp. 1-128

Il leur prouve la pureté de mon ame, & la droiture de mes sentimens … mais cher ami, que dis-je ? […] Pauline couverte du sang de son Epoux abandonne les faux Dieux ; Félix frappé d’un rayon de lumière, sent entrer dans son ame le pouvoir des Vertus chrétiennes. […] Le dégoût s’empare de son ame, indignée elle abandonne la scène, & la laisse en proie à la débauche émanée d’un public luxurieux. […] La différence est que les autres restent au fond de l’ame, & que celles-là s’allument & s’éteignent à l’instant. […] C’est dans ton sein que mon ame a puisé toute sa grandeur.

116. (1781) Lettre à M. *** sur les Spectacles des Boulevards. Par M. Rousseau pp. 1-83

« La raison, dit M. d’Alemberts, emprunte le secours du Théatre1, pour imprimer plus profondément dans notre ame les vérités que nous avons besoin d’apprendre. […] Des images douces, naïves, attendrissantes, voilà ce qui remue l’ame & l’intéresse. […] des niaiseries, des pauvretés, des mots fort impertinens, des propos, enfin, qu’on rougirait de tenir dans les Corps-de-Garde, & auxquels on applaudit cependant avec un délire qui prouve également & la crasse ignorance, & la bassesse d’ame de la plupart des assistans. […] quelle prouve bien l’engourdissement de leur ame, sa stupidité, son insensibilité. […] , combien les objets obscenes, qui frappent nos yeux, font de ravages dans notre ame !

117. (1754) La Comédie contraire aux principes de la morale chrétienne « MANDEMENT  du Chapitre d’Auxerre, Touchant la Comédie. » pp. 51-58

Allez répandre votre ame en la présence de J. 

118. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre douzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et litteraires, sur le théatre. — Chapitre II.  » pp. 37-67

Jouer l’offense de Dieu, se montrer son ennemi, évoquer l’enfer, paroître agir comme un damné, & on se dit chrétien, on se donne pour philosophe ; nous devons à Dieu le corps & l’ame, l’intérieur & l’extérieur, la réalité & l’apparence, tout doit servir à sa gloire, tout n’existe que par lui, & pour lui, rien ne doit commettre ni favoriser le péché, le desirer ni s’y complaire, en faire le semblant, même par jeu, y penser, en parler que pour le détester. […] L’esprit républicain devient grandeur d’ame ; la fierté Romaine gasconnade ; le goût du siécle, le caractère des Nations, le style des auteurs donnent à Melpomene & à Thalie des airs, un accent, une phisionomie différente. […] Pour rétarder de quelques jours la mort de l’ame, en sera-t-on moins la proie de l’enfer ? […] Mais encore, ce n’est pas un poison lent, le vice de l’impureté lance ses traits avec violence, ils blessent subitement ; un coup d’œil suffit pour perdre l’ame la plus vertueuse, quand on regarde avec plaisir le séduisant objet : ce que l’Evangile exprime par ces mots, qui viderit ad concupiscendum, jam machatus est in corde sue .

119. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-huitieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre III. Suite de Mêlanges. » pp. 84-120

Sur quoi il prétend prouver que la Danse romaine étoit fort supérieure à la nôtre, dont la froide décense laisse notre ame bien tranquille . […] L’Auteur regrette donc ces admirables effets de fureur & de débauche, & trouve notre danse imparfaite, parce qu’elle ne les produit pas, & par sa froide décence, laisse l’ame tranquille . […] Qu’on ne leur reproche pas leur froide décence, qu’on ne se plaigne pas qu’elles laissent l’ame tranquille : toutes leurs attitudes renouvellent cent fois les crimes qui firent tomber la foudre sur les enfans de Juda. […] Plusieurs ont dit & plusieurs disent encore que les spectacles sont les meilleures leçons pour élever l’ame des jeunes gens, & la former ; par conséquent qu’il faut s’en reposer sur ses exercices par rapport aux sentimens.

120. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quatorzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littérairesn sur le théatre. — Chapitre IV [III]. La Grange & Destouches. » pp. 90-114

La causticité est l’ame du théatre, puisque ce n’est qu’une perpétuelle raillerie des mœurs & du ridicule des hommes. […] Tout roule presque sur eux, ils sont l’ame de tous les rôles, & très-monotones par-tout. […] Voilà encore un homme que le théatre aveugla sur les intérêts de son ame.

121. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quatorzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littérairesn sur le théatre. — Chapitre V [IV]. De la Chaussure du Théâtre. » pp. 115-141

On la place à la boutonniere, au bras, au manteau, mais toujours avec ces paroles galantes en broderie, qui sont le cri de guerre, l’ame, la dévise : Honni soit qui mal y pense. […] Ce n’est qu’une figure de la beauté intérieure de l’ame, & des ornemens des vertus, dont il veut qu’elle soit couverte : & c’est dans ce sens qu’il parle de la nécessité de laver les pieds, pour se préparer à la communion ; ce qui ne fut jamais pris à la lettre, mais comme une leçon de la pureté de l’ame dans les moindres choses : Qui lotus est non indiget, nisi ut pedes lavet.

122. (1756) Lettres sur les spectacles vol. 2 «  HISTOIRE. DES OUVRAGES. POUR ET CONTRE. LES THÉATRES PUBLICS. — NOTICES. PRÉLIMINAIRES. » pp. 2-100

« Quel est le résultat moral de toutes les Tragédies où l’on nous fait éprouver successivement l’amour, la haine, la cruauté, la compassion ; où l’on nous rend le jouet de tous les vents, tandis que tous les Philosophes conviennent que la sagesse consiste dans la constance ou l’égalité de l’ame ? […] Leurs fictions ne doivent point être entendues grossiérement ; elles tendent presque toutes à établir les trois importantes vérités de la Religion naturelle, qui sont l’immortalité de l’ame, l’existence d’une Divinité, & une Providence. […] On y voit toutes les passions du cœur, tous les sentimens de l’ame personnifiés, & y jouer un rôle comme Dame Oiseuse, Dame Liesse, Dame Courtoisie, Dame Beauté, Dame Jeunesse, &c. […] C’est en effet toujours la passion de l’amour qui est l’ame de toutes nos Pieces de Théatre. […] Nos Drames ne pourroient tout au plus être comparés qu’avec ceux du plus mauvais âge de l’antiquité, c’est-à-dire avec ceux où, comme de notre temps on ne cherchoit qu’à flatter les sens des Spectateurs, qu’à amollir l’ame, & qu’à corrompre les mœurs.

123. (1782) Le Pour et Contre des Spectacles « Premiere lettre de Mr. *** à Madame *** sur les spectacles » pp. 3-59

ces impertinentes récréations dissipent l’esprit de dévotion… Refroidissent la charité, & reveillent en l’ame mille sortes de mauvaises affections. […] C’est-là, où le poison entre par nous les sens dans l’ame, où tout l’art se réduit à inspirer, à reveiller & à justifier les passions que Jesus-Christ condamne &c. […] Chrysostome, dans son Homélie de Saül & de David, un regard jetté avec trop de curiosité, sur une femme, qu’on rencontre par hazard, est quelquefois capable de blesser l’ame ; & vous ne craindrez pas de passer plusieurs heures à contempler fixement des femmes, qui se parent avec tout le soin possible, qui se sont toute leur vie, exercées à remuer les passions, & qui n’oublient rien, pour plaire aux spectateurs ! […] « Chaque crime, dit Salvien de Marseilles, n’attaque qu’un de nos sens à la fois ; mais la Comédie corrompt en même tems, l’ame par les pensées, le cœur par les désirs, les oreilles, par les équivoques &c, & les yeux par les regards. » Ce fut pour ces raisons, que Philippe Auguste chassa les Comédiens de sa Cour, en 1182, il signala sa piété , dit Mezeray, par l’expulsion des Comédiens, Jongleurs & farceurs, comme des gens qui ne servent qu’à flatter & nourrir les voluptés. […] « Le mal qu’on reproche au Théatre, dit-il, n’est pas seulement d’inspirer des passions criminelles ; mais de disposer l’ame à des sentimens trop tendres, qu’on satisfait ensuite aux dépens de la vertu ; je serois envieux de trouver quelqu’un, qui osât se vanter d’être sorti d’une représentation de Zaïre, bien prémuni contre l’amour.

124. (1733) Theatrum sit ne, vel esse possit schola informandis moribus idonea « Theatrum sit ne, vel esse possit schola, informandis moribus idonea. Oratio,  » pp. -211

Voulez-vous des évenemens graves, capables de faire une profonde impression, & de pénétrer par leur poids jusqu’au centre de l’ame, si j’ose user de cette expression ? […] Est-ce vous, inimitable Corneille, Génie formé pour enfanter le Tragique ; grande ame en qui la Nature voulut, ce semble, faire essai de toute l’étenduë de ses forces, & tenter jusqu’à quel point l’esprit humain peut s’élever au-dessus de l’humanité ? […] Aussi bon Citoyen, qu’excellent Poëte ; aussi simple dans vos manieres, que brillant dans vos ouvrages, vous ne fîtes pas reflexion combien il est facile d’inspirer la fureur à l’ombre de la grandeur d’ame, & l’abus de la valeur avec la valeur même. […] L’un métamorphosant les femmes mêmes en autant de Héros, leur avoit donné une ame véritablement Tragique ; l’autre rabbaissant ses Héros presque au rang des Héroïnes, leur fit soupirer des sentimens d’Elegie. […] Rappellez vous ce que vous fûtes au beau siécle de vos peres ; quel air & quelle ame d’Amazone aussi chaste que courageuse vous donna Eschile ; de quelle mâle & severe dignité vous orna Sophocle ; quelle humaine & tendre compassion vous inspira Euripide, Qu’estiez-vous alors !

125. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre X. Des Décorations. » pp. 336-344

Elles achèvent de persuader un spectateur que tout ce qu’il voit est véritable : quand les yeux & les oreilles sont séduits, l’ame ne tarde guères à l’être.

126. (1771) Sermons sur l’Avent pp. 103-172

Mais si tous n’y portent pas l’Eucharistie, tous y portent le Baptême, qui subsiste en eux par le caractere sacré, qui fut imprimé dans la substance de leur ame. […] encore, que toutes les vertus ont esté comme plantées dans l’ame du Chrétien le jour de son Baptême, & que ces divines plantes, plantatio Dei, Isai. […] Ainsi la loy particuliére contre les spectacles est renfermée dans ces paroles générales, « où il nous est défendu de suivre les desirs déreglez de nostre cœur & de satisfaire nos passions ; où il nous est ordonné de conserver avec un soin extrême la pureté du corps & de l’ame, Prov. […] Ils prétendent, que les voix & les instruments qui animent & qui embellissent des paroles tendres & équivoques, excitent les passions, & font perdre à l’ame toute sa force.

127. (1772) Réflexions sur le théâtre, vol 9 « Réflexions sur le théâtre, vol 9 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE NEUVIEME. — CHAPITRE III. L’Esprit de Moliere. » pp. 72-106

Ce n’est pas le corps seul, l’ame a encore, pour ainsi dire, ses gestes, ses tons, ses attitudes. […] Moliere, qui étoit l’ame de ces fêtes, y fut le plus malheureux, il y perdit la tranquillité de son mariage. […] Un Auteur traite une infinité de sujets divers, mais par-tout il est connoissable, même air, même style, même goût, même marche ; par-tout le même ton & la même ame. […]   C’est dans ce lieu que Polymnie,   Par de doux & tendres accens   Excite dans l’ame attendrie    Ces désirs, ces feux ravissans   Qui font le bonheur de la vie    Et les délices des amans.

128. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre onzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre VI. Du Fard. » pp. 143-168

Je ne garantirois pas que la couleur indicat, avec la même certitude les infirmités de l’ame ; du moins elles en ébauchent les portraits ; & quoiqu’un homme vertueux ou vicieux puisse se posseder assez, pour ne pas changer de couleur, il est difficile que quelque legere nuance ne le trahisse. […] C’est un tableau de l’ame, dont les couleurs sont les traits. […] Après la mort de Néron, cet homme effeminé, & par conséquent ame basse & cruelle, fit le cour la plus servile à Galba son successeur, & ensuite l’assassina pour envahir le Trône.

129. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quatorzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littérairesn sur le théatre. — Chapitre IIbis. Autre suite du Fard. » pp. 61-89

Perçant plus avant on y a découvert les trois personnes de la très-sainte Trinité ; le Pere qui au commencement créa la lumiere, & separa le jour de la nuit ; le Fils qui par le baume précieux de son sang, de sa grace, de ses sacremens, de son nom même, a été selon les termes de l’épouse une huile admirable, Oleum effussum nomen suum  : enfin le Saint-Esprit, dont les dons embellissent l’ame mieux que le Pard n’embellit le corps. […] Dieu a mis à ce prix la beauté de l’ame. […] Pour quatre jours d’éclat & de grace une laideur horrible dans votre ame, & même sur votre corps, sera dans l’enfer la punition éternelle de votre vanité, de votre impureté, de vos scandales.

130. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre III. Aveux importans. » pp. 83-110

Les spectacles sont incompatibles avec la piété, ils remplissent l’ame de passions, l’esprit d’idées, le cœur de sentimens qui la détruisent . […] Ces objets n’excitent dans l’ame que des mouvemens doux & tranquilles qui ne portent à aucun péché, & ne favorisent aucune passion, ils invitent même à louer, à aimer, à admirer un Dieu dont ils peignent les perfections, mais les beautés théatrales, vanités des vanités, pompe du monde, attraits de la chair, cette musique efféminée, ces paroles tendres, ces intrigues galantés, ces nudités, ces gestes, ce fard, ce luxe ne viennent que du vice, ne portent qu’au vice, n’entretiennent que les passions les plus criminelles, & ne peuvent que conduire au dernier crime. […] On jouoit Psiché, je vous assure que M. étoit Psiché, enlevée comme elle dans un séjour enchanté, aussi surprise, aussi charmée qu’elle ; & la représentoit mieux à l’arrêt de mort de Psiché & la pompe funèbre qui ce suit ; elle pleura après s’être long-temps contrainte, l’honneur avoit combattu dans sa petite ame, mais enfin l’honneur qui n’est pas accoutumé à être le plus fort céda, & le mouchoir fut inondé de larmes, elle voulut s’en aller ou se cacher au fonds de la loge, elle s’imaginoit être déshonorée ; nous eûmes bien de la peine à la rassurer, je lui reprochai qu’elle étoit bien sensible : elle répondit, que ce n’étoit que la pitié ; mais quand les scènes de Psiché & de l’amour vinrent, elle ne le fut pas moins, & il n’étoit plus question de pitié, un air de joie douce & vive étoit peint sur son visage, & sa beauté n’y perdoit pas.

131. (1767) Réflexions sur le théâtre, vol 6 « Réflexions sur le théâtre, vol 6 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE I. Faut-il permettre aux femmes d’aller à la Comédie ? » pp. 4-29

A tous leurs mouvemens Lucinde intéressée, Cherche à déterminer son ame embarrassée. […] Elles en sont l’ame, l’ornement, le plaisir, elles lui fournissent toute sa matiere ; c’est le théatre de leur gloire plus que celui de la piece. […] Une ame aussi sensible que la sienne ne pouvoit être foiblement touchée ; le sentiment de Dieu le plus profond, la conviction la plus intime des vérités éternelles, la possédoient entierement.

132. (1640) Traité des Spectacles des Gentils « SAINCT CYPRIAN DES SPECTACLES. » pp. 155-193

Nous y sommes naturellement portés plustost qu’au bien ; nous auons vne secrette inclination pour les vices ; & partant que peut faire vne ame qui les prend pour exemples, & qui se conduit par les saillies d’vne nature lubrique & corrompuë ; & si estant foible de soy-mesme, elle glisse aisément ; comment pourra-t’elle s’empescher de choir estant poussée d’ailleurs ? […] Ces Spectacles sont bien plus illustres que ceux des payens, puis qu’estans destinés au plaisir de l’ame, la priuation des yeux corporels n’en peut oster la jouïssance.

133. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Avertissement. » pp. -

Elevez votre ame, méditez & voyez : abandonnez-vous alors, dit encore Montagne, à vos franches allures.

134. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre II. Du Théâtre Moderne, & de celui des François. Celui-ci comparé au Théâtre Grec. » pp. 25-38

Son ame forte s’élevoit au-dessus de tout.

135. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre V. De la Musique ancienne & moderne, & des chœurs. De la Musique récitative & à plusieurs parties. » pp. 80-93

U ne bonne musique réveille l’imagination, échauffe les sens, & dispose l’ame aux charmes de la Poésie.

136. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre V. De la Parodie. » pp. 78-89

Elle éxcitait des ris, non èxtravagans, mais de ces ris légers, doux mouvemens de l’ame, qui dénotent qu’on est charmé de ce qu’on voit, de ce qu’on entend, & qui prouvent mieux la joie que des éclats qui partent toujours sans réfléxion : voilà quelle est la véritable Parodie ; le Cyclope d’Euripide, la seule qui soit parvenue jusques à nous, aurait dû nous l’apprendre.

137. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre treizieme « Réflexions morales, politiques, historiques,et littéraires, sur le théatre. — Chapitre II.  » pp. 36-74

soit parce que ces deux désordres éloignent également de Dieu, & tournent entierement vers la créature un cœur aveugle qui s’en fait une divinité ; soit parce que l’ame étant unie à Dieu par la grace, & que Dieu en conséquence daigne l’appeler son épouse, tout amour étranger, tout partage du cœur, est par rapport à Dieu un véritable adultere. […] Les trois Furies étoient représentées à peu près de même, tantôt blanches & charmantes images des objets du péché, qui séduisent par leurs attraits ; tantôt noires & affreuses images des suites du péché, qui déchire l’ame, par les remords vivement représentés par les serpens qui sifflent sur leur tête, la torche & les fouets qu’elles ont à la main, & la difformité insoutenable de leur visage. […] Elle l’est encore dans l’ordre moral aux yeux du Chrétien & du Sage, même dans la plus grande beauté, chacun de ses cheveux, chacune de ses graces, par le poison du plaisir qu’il répand dans le cœur, est un vrai serpent qui porte le coup mortel dans l’ame. […] Ne soyons pas surpris si le foible Antoine fut pris dans ses pieges ; l’ame atroce de Cesar n’avoit pu s’en defendre : Quis tibi vesani veniam non donet amoris ?

138. (1782) Le Pour et Contre des Spectacles « Seconde lettre contre les spectacles. » pp. 60-145

La Comédie peignant les passions d’autrui, émeut notre ame de telle maniere, qu’elle fait naitre les nôtres, quelle les nourrit, qu’elle les échauffe, qu’elle les rallume, même lorsqu’elles sont éteintes. » En 1672. […] L’Elégance & la politesse, qui regnent aujourd’hui sur nos Théatres, ne font que rendre plus aigres, & plus pénétrants, les traits qu’on y enfonce dans l’ame des spéctateurs. » A quoi s’est enfin terminé la réforme du Théatre ? […] Malheur à ceux, qui approchent des Sacremens, avec des dispositions si contraires à celles que J.C. demande d’une ame pénitente ; croyez-vous, que quiconque se laisse prendre à de semblables piéges, donne une grande idée de son génie ? […] Une ame vraiment chrétienne, ne passe pas une bonne partie de sa vie, dans la recherche de ses aises, dans le jeu, & dans les parties de plaisirs ; mais attentive aux oracles de J. […] Illicites & criminels, parce qu’ils réveillent en l’ame, mille sortes de mauvaises affections.

139. (1759) Lettre d’un professeur en théologie pp. 3-20

Que penseriez-vous enfin d’un Auteur qui vous accuseroit de Matérialisme ; & qui, pour prouver ce qu’il avance, diroit qu’il vous a jugé d’après vos ouvrages & d’après des conversations publiques, où vous ne lui avez pas paru prendre beaucoup d’intérêt à la spiritualité de l’ame, enfin d’après l’opinion de vos concitoyens & de la Sorbonne même ; que ces sentimens sont d’ailleurs une suite nécessaire de votre Philosophie ; & que, si vous ne jugez pas à propos de les adopter ou de les avouer aujourd’hui, la Logique que l’on vous connoît doit naturellement vous y conduire, ou vous laisser à moitié chemin ?

140. (1775) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-septieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre II. L’Arétin, le Tasse, l’Arioste. » pp. 38-79

C’étoit pourtant l’ame la plus basse. […] A ces folies près, le Tasse étoit un homme aimable, plein d’esprit, plus habile que ne sont ordinairement les poëtes, une ame noble, un bon cœur, un fond de religion qu’il avoit sucé avec le lait. […] J’appelle amour cette attente profonde, ce sentiment soumis, tendre, ingénu, ce trait de feu qui des yeux passe dans l’ame, de l’ame aux sens, qui fécond en desirs, &c.

141. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre douzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et litteraires, sur le théatre. — Chapitre V.  » pp. 129-160

Les anciens étoient si délicats sur l’éducation de leurs enfans, qu’ils craignoient pour eux jusqu’à la tendresse des peres & des meres, ils consioient l’éducation au plus honnête homme de la famille, ils vouloient qu’il ne se passât rien d’indécent sous leurs yeux ; dans les repas même & les recréations, on tâchoit de cultiver leur ame pour la porter à la vertu. […] Les amours ont le caractère de leurs passions : cela suffit, l’ame n’en a jamais presque d’autre ; cette assertion n’est que l’excuse & la fanfaronade de la sterilité des auteurs. […] Il n’est pas inutile de reveiller les idées d’une volupté vraie, qui naît de la nature, se developpe par l’estime, se nourrit dans l’ame, la concentre, & ne l’isole que pour la faire jouir avec plus de recueillement & de vivacité.

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