Il ne vous reste plus qu’à garantir votre fils de la contagion de leurs peintures et de leurs descriptions. […] Je veux qu’en lui montrant des peintures on lui dise les raisons pour lesquelles un trait de plus ou de moins, telle ou telle attitude change si notablement les idées des spectateurs.
Cette passion, le grand mobile des actions des hommes, est en effet le ressort presque unique du Théâtre Français ; et rien ne vous paraît plus contraire à la saine morale que de réveiller par des peintures et des situations séduisantes un sentiment si dangereux. […] Si donc les peintures qu’on fait de l’amour sur nos Théâtres étaient dangereuses, ce ne pourrait être tout au plus que chez une nation déjà corrompue, à qui les remèdes même serviraient de poison ; aussi suis-je persuadé, malgré l’opinion contraire où vous êtes, que les représentations théâtrales sont plus utiles à un peuple qui a conservé ses mœurs, qu’à celui qui aurait perdu les siennes. […] » s’écrie l’Enfant prodigue, après avoir fait à son valet la peinture odieuse de l’ingratitude et de la dureté de ses anciens amis ; « Et les femmes ? […] Je parle ici d’après la peinture que vous avez faite vous-même de la vie journalière de vos citoyens ; et je n’ignore pas qu’ils se récrient fort contre cette peinture ; le peu de séjour, disent-ils, que vous avez fait parmi eux, ne vous a pas laissé le temps de les connaître, ni d’en fréquenter assez les différents états ; et vous avez représenté comme l’esprit général de cette sage République, ce qui n’est tout au plus que le vice obscur et méprisé de quelques sociétés particulières.
N’avez-vous pas défini la Comédie, une Peinture des mœurs ? […] Il me semble que c’est-la ce que devait remarquer l’Auteur de la Réformation, au lieu d’attaquer presque toujours seule, la passion la plus générale, & par conséquent, la plus propre au Théâtre ; celle qui peut fournir plus d’instructions & d’agréables peintures. […] que c’est bien-là qu’on put dire, que le beau-monde allait s’attendrir sur des Moissonneurs en peinture… […] Mais, comme je viens de l’insinuer, les peintures fortes, tristes, dégoûtantes même, ne sont propres que pour les siècles de barbarie, & pour les villages ; parce que l’homme isolé est naturellement mélancolique, & qu’il aime les images sombres & grandes. […] C’est ici où l’on doit convenir que le Paganisme était bien plus favorable à la Poésie & aux Arts, tels que le Dramatisme, la Musique, la Danse, la Sculpture, la Peinture, que les Religions modernes.
Concluons, qu’on a tort de mettre du sérieux dans un Drame où il y a du plaisant : ces peintures opposées ne sauraient faire aucune impression, parce que l’une détruit nécessairement l’autre.
Du théâtre, aujourd’hui, les douces impostures N’en font aux spectateurs que de sages peintures ; Par l’austère devoir le crime est combattu ; Et l’on y voit toujours triompher la vertu.
Si les peintures immodestes ramènent naturellement à l’esprit ce qu’elles expriment, et que pour cette raison on en condamne l’usage, parce qu’on ne les goûte jamais autant qu’une main habile l’a voulu, sans entrer dans l’esprit de l’ouvrier, et sans se mettre en quelque façon dans l’état qu’il a voulu peindre : combien plus sera-t-on touché des expressions du théâtre, où tout paraît effectif : où ce ne sont point des traits morts et des couleurs sèches qui agissent, mais des personnages vivants, de vrais yeux, ou ardents, ou tendres et plongés dans la passion : de vraies larmes dans les acteurs, qui en attirent d’aussi véritables dans ceux qui regardent : enfin de vrais mouvements, qui mettent en feu tout le parterre et toutes les loges : et tout cela, dites-vous, n’émeut qu’indirectement, et n’excite que par accident les passions ?
Ils ne sont sublimes ni l’un ni l’autre, ni ne doivent l’être ; c’est à la Tragedie à l’être, à la Comedie à ne l’être pas, elle n’est que la peinture de la vie bourgeoise, qui exclud le sublime de la Comedie. […] Il a demandé audience à l’Académie de Peinture, Sculpture, & Architecture. […] Cette peinture de l’Etat Religieux, absolument fausse, est d’ailleurs très-inutile & très-étrangere à ces contes extravagans. […] Les glaces, les peintures y brillent par-tout ; les décorations sont des meilleures maîtres.
Les Parades qui suivent les Danses-de-corde sont une peinture, quelquefois assez vraie, des mœurs communes des gens de la plus basse condition. Je dis une peinture des mœurs communes ; parce que la Comédie-Ariette, qui peint les mêmes conditions, ne les envisage pour ainsi dire que dans leurs jours de fêtes : au lieu que les Parades du Baladin, prennent le Savetier, le Cordonnier, le Tailleur, le Cocher, &c. dans leur ménage, leur travail, dans leurs ribotes, dans leurs querelles, &c. Je ne doute nullement que ces Parades ne pussent devenir utiles, si des Auteurs moins libres que Vadé, mais aussi bons observateurs, daignaient donner quelques momens à ces peintures ; la manière & le faire honorent l’Artiste, quel que soit le genre qu’il ait adopté.
est-ce un art plus libéral ou plus favorable que la peinture et que la sculpture, pour ne point parler des autres ouvrages plus nécessaires à la vie ?
Ce soin même que prennent les auteurs des pièces de théâtre, de couvrir leurs mensonges de l’apparence de vérité, afin qu’elles puissent être agréables rend témoignage à ce que j’avance, et prouve invinciblement que l’esprit de l’homme est créé pour la vérité ; mais cet attachement prodigieux à des fictions et à des chimères, fait voir d’autre part qu’il est devenu plus vain que la vanité, puisqu’il préfère l’image à la réalité, des mets en peinture à une viande solide, et qu’il consume misérablement ses forces et sa vigueur à poursuivre des fantômes, et courir après l’ombre de la grandeur. […] On voit en une infinité d’endroits de leurs écrits, surtout de ceux de saint Chrysostome, les marques d’un zèle Apostolique contre cette pernicieuse inclination qui commençait déjà à corrompre l’innocence des fidèles, ils les ont considéréb comme une invention du diable pour amollir le courage des soldats de Jésus-Christ, ils déplorent l’aveuglement extrême de ceux qui croient qu’on peut assister à ces représentations dont on n’a guère coutume de remporter que des imaginations honteuses, ou des desseins criminels, ils font voir l’obligation indispensable qu’on a de quitter ces occasions prochaines d’incontinence, ils appellent ces assemblées des sources publiques de lubricité, où la grande Babylone mère des fornications de la terre fait boire le vin de sa prostitution, ils les décrient comme des fêtes du diable, et obligent ceux qui y ont assisté de se purifier par la pénitence avant que de rentrer dans l’Eglise, enfin ils font des peintures si affreuses de l’état où l’on se trouve au sortir de ces divertissements profanes, qu’on ne peut les voir sans frémir et sans s’étonner de l’éffroyable aveuglement des hommes, à qui les plus grands dérèglements ne font horreur, que lorsqu’ils sont rares, mais qui cessent d’en être choqués dés qu’ils deviennent communs.
La peinture des peines qui accompagnent les passions ne suffisent pas toujours pour faire éviter celles-ci. […] « En effet, continue ce spirituel courtisan, c’est une peinture si naturelle et si délicate des passions, qu’elle les anime et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l’amour, lorsqu’on la représente chaste et honnête.
Mais à quoi servent tant de comédies, d’opéras, de concerts, de Maîtres de danse, de musique, d’instruments, de peinture, etc. cette multitude étonnante de suppôts de théâtre, d’amateurs, de spectateurs oisifs, de compositeurs de farces, de parodies, de parades, de vaudevilles, que réclament les boutiques et les campagnes, et tout ce peuple de beaux esprits qui inonde la France ? […] « C’est par là que Molière illustrant ses écrits, Peut-être de son art eût emporté le prix ; Si moins ami du peuple en ses doctes peintures, Il n’eût point fait souvent grimacer les figures, Quitté pour le bouffon l’agréable et le fin, Et sans honte à Térence allié Tabarin. » M’écouterait-on, si je représentais que l’esprit d’irréligion, si funeste à tout le monde, et si commun au théâtre, se répand plus facilement dans le peuple, moins en garde contre la séduction, moins en état d’en repousser les traits et d’en démêler les pièges, lui dont la piété moins éclairée et plus simple confond aisément les objets, tient beaucoup plus à l’extérieur, et par conséquent peut être ébranlée à la moindre secousse, surtout quand on lui arraché les appuis nécessaires de l’instruction et des exercices de religion, en substituant le spectacle aux offices, et lui faisant oublier dans ses bouffonneries le peu qu’il sait de catéchisme, qu’on l’éblouit par le faste du spectacle, qu’on l’amollit par les attraits des Actrices, qu’on le dissipe par la science du langage ?
Le zèle représenté par Hercule, fait le premier trait du caractère : mais il fallait, mes Pères, que vous en fussiez bien transportés vous-mêmes pour nous faire une si étrange peinture de la Ville ou du Diocèse d’Aix, en y faisant régner l’erreur, la violence, la discorde, l’impiété, la dissimulation, la calomnie, afin de donner matière à votre Hercule d’exercer son zèle et d’employer sa massue à chasser ces vices ou à les terrasser.
C’est là que la volupté entre par tous les sens, que tous les arts concourent à l’embellir, que la poésie ne rime presque jamais que l’amour et ses douceurs ; que la musique fait entendre les accents des passions les plus vives ; que la danse retrace aux yeux ou rappelle à l’esprit les images qu’un cœur chaste redoute le plus ; que la peinture ajoute à l’enchantement par ses décorations et ses prestiges ; qu’une espèce de magie nous transporte dans les pays des fées, à Paphos, à Cythère, et nous fait éprouver insensiblement toute la contagion de l’air impur qu’on y respire ; c’est là que tout nous dit de céder sans résistance aux attraits du penchant ; c’est là que l’âme amollie par degrés perd toute sa force et son courage ; qu’on languit, qu’on soupire, qu’un feu secret s’allume et menace du plus terrible embrasement ; que des larmes coulent pour le vice, qu’on oublie ses vertus, et que, privé de toute réflexion, réduit à la faculté de sentir, lié par de honteuses chaînes, mais qui paraissent des chaînes de fleurs, on ne sait pas même s’indigner de sa faiblesseau. » Aussi Riccoboni, auteur et comédien tout à la fois, après être convenu que, dès la première année qu’il monta sur le théâtre, il ne cessa de l’envisager du mauvais côté, déclare qu’après une épreuve de cinquante années, il ne pouvait s’empêcher d’avouer que rien ne serait plus utile que la suppression entière de tous les spectacles.
Ceux qui le veulent excuser disent que c’est une Instruction agréable, une Morale divertissante, une Peinture de la vie, une image des passions et de leurs désordres, une Apologie de la vertu, et une condamnation du vice, puisque celui-ci y est toujours maltraité, et que celle-là y est toujours couronnée.
Les Mœurs, soit bonnes soit mauvaises de ses principaux Personnages, sont si marquées, & pour me servir d’un terme de Peinture dans notre Langue, si prononcées, qu’elles nous préparent à ce qui doit arriver : ce qui contribue à la vraisemblance de l’Action. […] Une telle peinture ne seroit pas assez vive pour frapper la multitude qui s’assemble dans les Théâtres, parce que ce seroit leur peindre une chose très-éloignée de leurs Mœurs : le Poëte Dramatique se sent peu de génie pour exprimer cette tranquillité d’ame. […] Un spectacle inventé pour attirer les Hommes par toutes sortes de charmes, doit émouvoir le cœur par l’Action, plaire à l’esprit par la peinture des Caracteres & des Sentimens, enchanter les oreilles par l’harmonie du Discours, & attacher les yeux par l’appareil de la Représentation. […] Cette peinture terrible est suivie de la plainte tendre d’une Fille de dix ans, qui se croyant dans le carnage, éléve ainsi sa voix, Hélas !
L’amour de ce Général des Athéniens, était connu de tout le monde, et Sophocle qui était son intime ami, devait être assez instruit par l’exemple de ce grand homme, de la violence de cette passion, pour en pouvoir faire une peinture délicate dans ses Tragédies. […] Il n’en fallait pas davantage pour rendre ses Tragédies aussi passionnées que les nôtres, s’il eût cru que la galanterie des Athéniens était une raison assez forte pour l’obliger de faire voir sur la Scène une peinture de tous les mouvements de l’amour. […] La Tragédie est une peinture de la vie civile qui a été inventée pour le règlement des passions ; c’est sur ce principe qu’il faut travailler les sujets qu’on expose sur le Théâtre, et non pas sur la bizarrerie de l’usage, qui souvent, comme j’ai déjà dit, ne s’établit que par la corruption des mœurs. […] Il y a toujours dans la peinture de ces Héros je ne sais quoi au-delà du naturel ; on trouve leurs sentiments trop relevés et trop merveilleux, et toute leur conduite trop éloignée du vraisemblable.
Tout le théatre n’est lui même qu’une espece de fard, non seulement parce que acteurs, actrices, danseuses, figurantes, & tout ce qui y paroit, est réellement fardé, & même un grand nombre des spectateurs & des spectatrices, jusqu’aux personnages des peintures & des tapisseries ; mais parce que tout l’appareil de la scéne & tout l’art Dramatique n’est que du fard ; geste, déclamation, chant, danse, habit, décoration, tout cela ne fait que farder quelques pensées communes, qu’il fait valoir, & qui dépouillées de tout cet extérieur imposant se réduisent à rien. […] Vous n’avez sur votre tête que des cheveux en peinture, il ne vous faut plus de barbier pour vous raser, & une éponge seroit pour vous le meilleur rasoir : Radere te melius spongia phabe potest. […] C’est le revenant bon de leur chaste métier ; on a partagé cette tête creuse, on en a conservé le derriere, en le perfectionnant ; ce n’est plus qu’une calote ; elle avoit autrefois des cheveux empruntés, soit en peinture, ou en plâtre, ou réellement attachés, ce qui faisoit des chevelures blondes, noires, bouclées, frisées au gré de l’acteur, aussi-bien que les sourcils & la barbe, selon son goût ; on a conservé le derriere qu’on a rendu plus commode par des perruques à reseau, qu’on porte par-tout, aulieu que les anciens masques ne pouvoient servir que sur le théatre ; ils auroient été aussi incommodes que ridicules, par ce moyen, à peu de frais, & sans embarras, le vieillard rajeunit, la laide s’embellit, l’abbé, le magistrat se déguisent, la femme se travestit en homme, & l’homme en femme, on prend comme sur le théatre, les attributs du rôle qu’on veut jouer, & ce qui est très-commode, la moitié de la toilette se fait chez le baigneur, d’où l’on porte une très-belle tête toute faite, qu’on adapte au visage qu’on vient de fabriquer, ainsi se continue la comédie ; car la vie d’un joli homme, d’une jolie femme, n’est dans l’exacte vérité, qu’une comédie perpétuelle, où l’on joue les mœurs, la Réligion & le bon sens ; ces masques mobiles de la tête, font quelquefois sur le théatre & dans les piéces, les plus ridicules, le spectacle le plus comique, César qui étoit chauve, ne trouva d’autre coëffure pour cacher ce défaut, qu’une couronne de laurier.
L’Orateur débute d’une manière intéressante, tandis que les papiers publics annoncent la fête de la Rose avec les plus grands éloges, que les peintures en offrent la pompe à nos regards, que le théatre retentit d’applaudissemens (ces applaudissemens du théatre sont peu flatteurs pour la vertu), qui pourroit croire que le Seigneur de Salenci voulût en détruire l’hereux effet ? […] La peinture des Habitans de Salenci intéresse en leur faveur. […] On y voit de fort bons morceaux ; la peinture des vertus & de l’innocence de ces jeunes filles est traitée avec délicatesse & naîveté ; l’institution de la fête de S.
Tout le bonheur n’est qu’un spectacle ; c’est la frivolité même, semblable aux repas en peinture d’Héliogabale, où les alimens & les fruits artificiels n’offrent que des ombres au convive affamé, ou, si l’on veut, comme Tantale, que les alimens & les eaux fuyoient à mesure qu’il vouloit y porter la main. […] 2.° On en montre l’objet ; peintures, décorations, parures, nudités, personnes répandues sur le théatre & dans les loges, tout étale la volupté. […] Tout l’ouvrage n’est que la peinture & l’éloge de l’amour, une suite de portraits des Actrices présentés dans le jour le plus séduisant, élevées jusqu’au ciel par leurs charmes, immortalisées parce qu’elles savent inspirer la passion ; c’est le sublime, la vraie gloire, le plus beau talent, le plus doux moment de la vie : Qui voit poindre le jour de l’immortalité.
La gravité, la modération, la droiture apparente sont un vrai pantomime ; l’hypocrisie en est un comme le pantomime est une sorte d’hypocrisie : les yeux, les mains, les allures, le ton de la voix sont autant de peintures qui rendent ou déguisent les sentimens, selon le besoin, & quelquefois, malgré tous les efforts, les trahissent. […] L’auteur, apparemment homme de théatre, a supprimé à dessein deux moyens qu’Aristote dit a oir été employés avec succès par les tyrans ; l’un, de faire de grandes largesses aux comédiens, aux étrangers, aux femmes de mauvaise vie, scortis & peregrinis & histrionibus donat effuse , pour amollir les citoyens & les rendre vicieux, foibles, pusillanimes ; l’autre, d’occuper les peuples par des bâtimens, des peintures, des statues, pour les appauvrir, en inspirant le luxe & la magnificence qui engage dans des folles dépenses, & ne pas leur laisser dans l’oisiveté le loisir de réfléchir sur leur état & de cabaler contre lui.
L’Italie qui, sous les Médicis, & sur-tout sous le Pontificat de Léon X, égala, pour ne rien dire de plus, les Grecs, dans la peinture, dans l’architecture &c. n’approcha pas même des Latins, dans la Tragédie.
Mézeray qui loue fort ce grand Prince d’avoir chassé les Comédiens, nous en fait cette peinture.
Il n’est pas inconnu au théatre, au bal, à l’opéra, où souvent on prodigue les pierreries, les étoffes les plus précieuses, l’or, l’argent, l’ivoire, le cristal, & toujours on l’imite par des diamans faux, & on l’étale dans la peinture des décorations, pour satisfaire le goût du luxe. […] Elle remonta ce fleuve dans une batque magnifiquement dorée, enrichie des plus belles peintures ; les voiles & les cordages étoient de soie couleur de pourpre, mêlés de fil d’or ; des rames d’argent ne se remuoient qu’en cadence au son de plusieurs instrumens de musique. […] Les écoles de Peinture qui payent un modèle suivant, devroient s’épargner cette dépense le Théatre leur suffiroit. […] On trouve des recettes pour le fard dans tous les Recueils de secrets, dans toutes les Pharmacopées & Traités de matiere médicale, dans les livres de Chymie, dans les Dictionnaires de Médecine, du Commerce, des Arts & Métiers, dans les Traités de Peinture & de Teinture, &c.
Elle en regarde le commencement, la suite et le dénouement, si les passions y sont traitées avec délicatesse, ou avec force et véhémence selon leur nature, ou selon leur degré, si les caractères et les mœurs des nations, des âges, des conditions, des sexes et des personnes y sont gardées: si l'action, le temps, et le lieu sont conformes aux règles que les Poètes se sont prescrites pour faire que l'esprit de l'Auditeur n'étant point partagé soit plus susceptible du plaisir, ou de l'instruction qu'on prétend lui donner: si la versification en est belle et pure, et si les vers aident, par leur tour, par leur justesse, par leur son, par leur gravité, par leur douceur, par leur richesse et leur magnificence, par leur agrément, par leur langueur ou par leur vitesse, à la fidélité de la peinture que les pensées qu'ils expriment, doivent faire dans les esprits, ou à l'émotion du cœur qui doit être excité par les sentiments qu'ils représentent. […] C'est une véritable peinture, les paroles y peignent les pensées ; et l'action, les actions et les choses; et si cette définition peut convenir en quelque sorte à l'Histoire et à la fable, le Poème Dramatique a cela de différent d'elles, qu'outre qu'elles ne lui servent que de matière; il nous fait voir les choses comme présentes, que l'Histoire et la fable nous racontent comme passées, et qu'il les représente d'une manière vive, animée, et pour ainsi dire, personnelle; au lieu que l'histoire et la fable ne nous les font voir que d'une manière morte et sans action.
On y voit, dit Saint Augustin3, les images de nos miseres & de nos désordres4 ; c’est une peinture de la vie humaine où l’on représente au naturel ses vices & ses foiblesses.
Il semble que les Enfans soient tous nés Comédiens, tant on trouve de facilité à leur enseigner le Mimisme : en effet, cet âge est celui des Jeux & des Ris ; tout est prestige, tout est illusion dans cet âge charmant ; & tout ce qui est imitation & faux-semblanta des attraits pour lui : la Comédie, qui n’est qu’une image des mœurs par son intrigue, est aussi la peinture des actions par ses Imitemens, comme elle est celle des manières par ses Modelemens ; cet Exercice doit être par-là doublement utile à la Jeunesse, qu’il prépare à remplir réellement dans la Société, ce qu’elle a feint sur la Scène.
Huet dit qu’il y a dans l’Ecriture des paraboles, des allégories, des ironies qui sont de petites représentations, des peintures, des dialogues dans le Cantique des Cantiques qui semblent de petites scènes ; il a même fait l’églogue ingénieuse Mimus, où il explique l’adresse des Pantomimes à contrefaire : donc il approuve la comédie ? il permet la peinture, la sculpture, le chant : donc les tableaux, les statues, les chansons obscènes ?
On voit dans cet Ouvrage des peintures du Théâtre Italien, où l’on débite tant de mauvaises et dangereuses plaisanteries. […] Il se sert de la comparaison des Peintures immodestes dont l’usage est condamné, parce qu’elle ramènent naturellement à l’esprit ce qu’elles expriment ; et il dit que les expressions du Théâtre touchent plus, parce que tout y paraît effectif : les vraies larmes dans les Acteurs en attirent d’aussi véritables dans ceux qui les regardent.
J’ai cru, pour l’utilité des mœurs, pouvoir sauver de cette proscription les principes & les images d’une pièce que je finissois, & je les donnerai sous une autre forme que celle du genre Dramatique : cette Comédie avoit pour objet la peinture & la critique d’un caractère plus à la mode que le Méchant même, & qui, sorti de ses bornes, devient tous les jours de plus en plus un ridicule & un vice national.
Je ne le pense pas, quoique l’inhumanité n’ait malheureusement que des branches trop étendues : mais je crois, avec l’Auteur des Réflexions sur la Poésie & la Peinture, que le plaisir dont il s’agit ici, est l’effet de l’attrait de l’émotion qui nous fait courir par instinct après les objets capables d’exciter nos passions, quoique ces objets fassent sur nous des impressions fâcheuses.
Paralelle de la Poësie & de la Peinture. […] Parallele de la Poësie & de la Peinture. La peinture est vne poësie muete, comme la poësie se peut dire vne peinture parlante. […] Le Comedien & La Comedie ont de méme leurs defauts, ie ne pretens pas les excuser, & j’en parleray bien tost : mais si pour cela on veut sans exception les bannir du Monde, il faut aussi en bannir par méme raison & le Peintre & la Peinture. […] On prend plus de plaisir à vne peinture naturelle, & tous les excez sont vicieux.
Les mauvais discours, les peintures indécentes, les romans licencieux, pour n’offrir que des libertins imaginaires, sont-ils moins redoutables à l’innocence ? […] Le théatre qui n’est que le tableau des actions des hommes est semblable à la peinture ; l’un & l’autre a divers objets qui en font la diversité. […] Qu’il n’y a que son genre qu’on puisse appeller peinture ?
Les peintures parlent & glissent insensiblement le poison ; on en orne les appartemens, comme si les jeunes-gens n’avoient pas assez d’autres tentations. […] La langue parle aux oreilles, la peinture parle aux yeux, & la peinture est bien plus éloquente que les discours, & jette dans le cœur de plus profondes racines.
Les hommes mêmes les moins éclairés, ceux qui ne lisent jamais, y prennent quelque teinture de la fable et de l’histoire, y puisent quelques préceptes de morale, et le philosophe y admire le développement et la peinture fidele de toutes les passions. […] Déshonore-t-on la peinture, parce qu’on vend des tableaux sur le pont-au-change et sur le port au bled ? […] Dans le siége de Calais, Edouard, après avoir fait la peinture du gouvernement Anglois, s’écrie : Mais que voyois-je en France ?
Ce serait une espèce de farceur en matière de peinture, un bouffon, et non un Peintre, un impertinent qui chercherait à faire rire par les représentations les plus difformes et les plus monstrueuses. […] Après avoir cité l’enfer, les démons etc. après une peinture de ces choses redoutables tracée sur celle qu’en font les saintes Lettres, après, dis-je, que M. […] Il décrit les tortures de l’enfer et les démons, comme si ce n’étaient que des flammes en peinture et des Grotesques de Callotbb. […] Mais pour un aveugle toutes les couleurs se ressemblent ; une peinture grossière et une peinture fine sont à son égard la même chose. […] Cependant notre Poète fait donner son Milord tête baissée dans un engagement qui dure toute la vie : le Milord n’a pas vu même en peinture la personne à qui l’on unit son sort.
On a même renchéri sur l’antiquité, qui ne connoissoit point de Satyresses, quoique quelques Peintres se soient avisés d’en peindre, & que M. de Piles, dans ses Conversations sur la Peinture, en parle. […] D’un autre côté, l’homme, naturellement malin, s’est toûjours plû à voir le mal de ses semblables, ne fût-ce qu’en peinture.
Je ne saurais croire que les peintures de l’amour & la présence des femmes, fassent tout l’inconvénient de nos Spectacles. […] En eux-mêmes, les Spectacles sont bons, louables, utiles : tout ce qu’on a dit jusqu’à présent tend à le prouver : & si cela ne suffit pas, le Sage de Genève, lui-même, dans une Note tirée de l’Instruction Chrétienne, convient que non-seulement les Spectacles en général sont bons (ce qui ne pouvait être révoqué en doute) ; mais que nos Pièces de Théâtre, « en tant qu’on y trouve une peinture des caractères & des actions des hommes, peuvent donner des leçons utiles & agréables pour toutes les conditions ».
A présent, Monsieur, permettez-moi de vous demander si vous ne croyez pas que cette peinture dépose contre vous ? […] Leurs sentiments cruels, leurs peintures homicides, sont la seule consolation qui leur reste, et Zima ne voyant que des portraits affreux, et les croyant fidèles, doit abhorrer les objets qu’ils représentent.
Les détails de L’Illiade & de l’Odissée, qui choquent tant notre fausse délicatesse, charmaient la Gréce entière, parce qu’ils étaient la peinture fidelle de ses mœurs.
Je ne puis passer ici sous silence la beauté de vos Portraits, puisque la Peinture fut toujours l’âme et l’essence de la vraie Poésie.
Un mérite unique dans Moliere c’est de peindre, de contrefaire les hommes ; c’est le vrai mérite de sa comédie, fondé sur l’observation des caractères, comme la peinture & la sculpture sur l’imitation de la nature. […] Mais la peinture du cœur humain étoit l’art de Moliere. Il a réussi dans cette peinture. […] Mauvaise raison, il ne faut pas faire des peintures libres du vice, c’est l’inspirer & l’apprendre ; il n’y auroit donc qu’à faire paroître des femmes prostituées sur le Théâtre, elles existent.
L’action, la déclamation, le pantomime, la musique, la danse, l’architecture de la salle, la peinture des décorations, le jeu des machines, jusqu’au dessinateur, au tailleur d’habit, au coeffeur des actrices, &c. ce sont autant d’arts nouveaux, si l’on veut même des sciences profondes qui chaque jour font gémir la presse par des traités pompeusement annoncés dans le Mercure. […] Boileau le lui reproche : Si moins ami du peuple en ses doctes peintures il n’eût point fait souvent grimacer ses figures. […] L’emplacement seul a coûté 80000 livres, le devis porte la dépense à 800000, sans compter les peintures, décorations, meubles, ustencilles, linge, tapisseries, gages des domestiques sans nombre, &c.
Des buchers où on brûle des morts, & des convois qui les conduisent, des Palais à double rang de colomnes, des statues, un temple du soleil, un peuple immense, une épaisse forêt, un port de mer, une flotte de vaisseaux, des matelots : tout cela se voit à l’opéra, mais ce n’est qu’en peinture. […] On a répandu de tous côtés une multitude innombrable de peintures des meilleurs maîtres.
Il sut corriger les Précieuses de leur langage affecté ; il couvrit de honte les agréables de la cour, en exposant sur la Scène la peinture de leurs travers.
Je n’aurois pas aimé ce qui les auroit trop enfoncées ; mais ce que des malheurs en peinture avoient de piquant, ne faisant qu’effleurer la peau, soulageoit ma démangeaison, comme le soulagement qu’on trouve à se gratter.
Qui eût pu conjecturer que de ce qu’une fille tracerait sur la muraille l’ombre de son amant, il en résulterait la Peinture pour être portée par les Raphaël, les Rubens, les Corrège et les Le Moine au degré auquel elle est parvenue depuis deux siècles.
., par nous faire une peinture bien odieuse de la comédie. […] Bien éloignés de convertir le cœur, ils le corrompent encore davantage au contraire ; & les peintures qu’on en fait, donnent plus d’envie de commettre le crime que le douleur de l’avoir tant de fois commis.
Sans être grossierement licentieux, comme les Italiens, les deux Foires, les Boulevards & les Farces, cinq spectacles notoirement & unanimement reconnus mauvais, l’Opéra n’est rempli que de galanterie & de principes de vice, peintures agréables de l’amour, exhortations à la tendresse, justification de la passion, mépris de l’innocence & de la modestie. […] 143.) disent : Si l’on ôte au théatre cette modesti nécessaire aux bonnes mœurs, si on cherche à corrompre l’esprit & le cœur par des peintures agréables du vice, comme dans tous les maquignonages de Dancour, avec quelque génie qu’on exécute un dessein si pernicieux, on doit être regardé comme un empoisonneur qui donne un goût agréable à des liqueurs mortelles.
N’y a-t-il donc d’obscène que les peintures cyniques d’Ausone, de Regnier, de Rabelais, d’Ovide, de Petrone, de Martial ? les peintures animées des passions, leur justification & leur analyse, les objets & les leçons, le goût & le sentiment du crime, les termes équivoques qui la laissent entrevoir, &c. sont un langage très chaste !
C’est, dit l’auteur du mémoire, le Scarron de la peinture, par ses idée burlesque. […] Ce sont des comédies en peintures, comme les comédies sont des tableaux en action. […] C’est-à-dire, de savourer à longs traits tout ce qui allume le feu de l’impureté ; & cependant encore on dit fierement qu’on suit les loix de la décence, parce qu’on s’abstient de termes grossiers, quoiqu’on fasse les peintures les plus voluptueuses, les descriptions les plus lascives, & qu’on ne perde pas de vue les objets les plus indécens.
Ce Comédien, dit-il5, Peut-être de son Art eût remporté le prix, Si, moins ami du Peuple en ses doctes Peintures, Il n’eût point fait souvent grimacer ses figures ; Quitté pour le bouffon l’agréable & le fin, Et sans honte à Terence allié Tabarin.
Ce qui me paraît avoir le plus souffert chez nous, ce n’est pas la Peinture, puisque nous avons David, Regnault, Gérard, Vincent, Giraudet, Hue, etc., etc.
Vous avez même oublié que Mademoiselle de Scudéry avait fait une peinture avantageuse du Port-Royal dans sa Clélie i.
On en trouve ici de vives peintures tracées d’après les plus graves Auteurs.
On en trouve ici de vives peintures tracées d’après les plus graves Auteurs.
Ainsi la terreur & la pitié que la peinture des évènemens Tragiques excitent dans notre âme, nous occupent plus que le rire & le mépris que les incidens des Comédies produisent en nous.
Cependant, s’il faisait une peinture de leurs crimes, vous verriez que les empereurs les ont punis de même que le roi a récompensé Molière de son mérite.
» Je laisse faire de bonne foi l’application de tout ce discours de saint Jean Chrysostome : n’est-ce pas une peinture de nos Comédies, et une réponse à toutes les excuses de notre siècle ?
Et dans quel esprit offre-t-on au Spectateur ces peintures, si ce n’est pour le disposer au crime, pour lui en ôter la honte et lui en faire un amusement ? […] Tout est alors tellement disposé que le mauvais côté de la pensée se montre toujours : semblable à une peinture hideuse qui nous présente toujours le regard. […] La poésie et la peinture ont également pour objet le mélange de l’utile avec l’agréable : mais le Poète et le Peintre doivent irrémissiblement se retrancher toute idée qui peut induire à un indigne plaisir : sans cela, ils renoncent à leur fin ; et tandis qu’ils plaisent à l’esprit, ils empoisonnent le cœur….
Les mouches sur le visage, sont une espece de fard, parce qu’elles servent, par le contraste, à relever l’éclat de la blancheur, comme dans la peinture, les couleurs bien assorties se font mutuellement briller. […] Cette partie de la peinture tient un peu à l’art de la teinture.
Les plaisirs de la vue & de l’ouïe qui font l’agrément du théatre, quoique moins grossiers que les autres ont cependant une liaison étroite avec la corruption du cœur ; telles les peintures lascives, les discours libres, les spectacles des femmus chargées d’ornemens empruntés si propres à embraser la cupidité. […] Moliere a mis une infinité de traits caractéristiques, grand nombre d’autres sont faux, étrangers, outrés ; ce n’est que la moitié de la peinture, son but est manqué, l’hypocrite n’est qu’ébauché.
Ce sont, dit-il, des couplets gaillards, la peinture vraie & forte d’un amour violent & délicat. […] Bien plus, le sieur Ruzé, habile machiniste, rue Pavée, a chez soi un théatre portatif qui peut se placer dans tous les appartemens, sans endommager les plafonds & les peintures : dans une heure on a chez soi un théatre dressé.
Il en est, Monsieur, de la Scene comme de la Peinture, on voit sans peine et; même avec une espèce de satisfaction un serpent qu’un habile pinceau a, pour ainsi dire, vivifié, mais le talent du Peintre qui représente ce monstre ne le fait pas aimer. […] » Censeur austere, vous que l’amour de la vérité échauffe, excite, et; transporte ; ô vous zelé défenseur des droits de la simple vertu, répondez : Est-ce de bonne foi et; en suivant les lumieres de votre conscience que vous avez voulu persuader à vos Lecteurs que les Comédies de Moliere sont une véritable école de mauvaises mœurs, et; en avez-vous regardé comme une preuve les applaudissemens que le Parterre donne à la naïve peinture des vices de la societé ? […] » Mais enfin puisque cet objet ne se rencontre que dans la peinture qu’en fait le Théatre, approuvez donc cette peinture, elle est si belle qu’elle inspirera aux femmes le desir de ressembler à ce tableau. […] Que cet état de simplicité des habitans des environs de Neufchâtel soit le plus heureux de tous, j’en conviendrai avec vous, à la faveur de la peinture que vous nous en faites qui les rapproche du siécle d’or imaginaire ; mais cette simplicité qui fait le bonheur de vos Montagnons seroit insupportable à la plus grande partie du reste de la terre et; nomémment à Mrs. les Genevois, ainsi ne tirons point de conséquence des uns aux autres, puisqu’il n’y a aucun rapport entre eux. […] La Peinture, la Musique, la Poésie, enfin les beaux Arts y fleuriront, et; conséquemment le public et; le particulier y gagneront.
Nos Comédies-Italiennes en cinq Actes, offrent une peinture burlesque des mœurs communes : le tableau qu’elles font, est souvent très-vrai, mais il n’est jamais accompagné de la correction : on se contente de peindre ; on n’ajoute rien qui puisse porter le Spectateur à improuver le mal, & à profiter du bien, lorsqu’il s’en trouve.
&c. surtout lorsque cela est soutenu de la déclamation, de la présence d’objets séduisants, de la peinture vive & intéressante des passions, qui portent à la tendresse & à la volupté ; Et c’est-là précisément l’état actuel de notre Théâtre… N’en peut-on pas dire ce que Tertullien disoit du Théatre païen ? […] Si les nudités, si les peintures immodestes, causent naturellement ce qu’elles expriment, & que pour cette raison on en condamne l’usage… Combien plus sera-t-on touché des expressions du Théatre, où tout paroit effectif ? […] Direz-vous encore, que des piéces si capables de corrompre les mœurs &c, qui portent plus directement au mal, que les nudités & les peintures immodestes… Qu’une école enfin d’impudicité, & plus dangéreuse que les livres-mêmes, où on fait profession d’enseigner les mauvaises mœurs, prétendrez-vous, dis-je, que de semblables spectacles ne soient point des occasions prochaines de péché ?
J’ai voulu vérifier si son opinion, la seule que vous ayez rapportée, était bien respectable, et j’ai lu dans une histoire abrégée, imprimée chez Leroy, à Paris, en 1789, que le comte de Bussy-Rabutin a composé des ouvrages dans lesquels il se plaisait à faire la peinture de mœurs dépravées (les amours des Gaules) et qu’il avait une âme fausse, petite et faible….
Ambroise a faits sur la pureté, on sent bien avec quelle sévérité il condamne la licence des peintures, la superfluité des parures, l’indécence des nudités, la dissolution des discours, la liberté des regards, la familiarité des conversations, la tendresse des sentiments, le poison des mauvaises compagnies, le mélange des deux sexes, etc.
Si l’on examine l’amour d’Elisabeth, et la peinture qu’en fait Elisabeth elle-même dans la première Scène, on sera forcé de reconnaître cette vérité.
Nul autre ne pouvoit offrir, peut-être, une aussi forte peinture de la tyrannie jointe au fanatisme. […] Mais je ne concevrai jamais comment dans les ouvrages qui ont pour objet la correction des mœurs & la peinture de la société, l’on peut raisonnablement oublier certaines professions, ou traiter ces professions privilégiées avec des ménagemens qu’on n’a point pour les autres.
La peinture trop naïve des foiblesses humaines est plus propre à réveiller la passion qu’à l’éteindre, de quelque précepte qu’on l’assaisonne. […] Les peintures vives de l’amour qu’on employe pour en garantir le cœur, suffisent pour l’y faire germer & y porter des impressions funestes, que la plus sage morale n’effraye point.
Ce sont des temples élevés à la morale, depuis que l’architecture, la peinture, la sculpture, et tous les arts, se sont, à l’envi, empressés de les décorer. […] Dans ces tableaux circulaires, nouvelle conquête de la peinture, l’artiste choisit un point central élevé qui permette d’embrasser tout un vaste horizonv.
Ce qu’il dit ensuite mérite d’être remarqué. « Les saints Pères qui ont parlé si fortement contre les Comédies, ne l’ont pas fait avec moins de force contre les jeux de cartes, de dés : ils ont crié contre les banquets, contre les festins, contre le luxe, contre les parures, contre les bâtiments superbes, contre la magnificence des maisons, la richesse des ameublements, la variété des peintures… L’on ne fait pas cependant tant les scrupuleux sur ce chapitre que sur celui de la Comédie. […] Et si le Père veut nous convaincre de son religieux sentiment, ne doit-il pas nous prouver qu’il n’y a pas moins de justice et d’innocence dans nos Comédies, que de crime et d’injustice dans les dépenses excessives qu’on fait en bâtiments, en peintures, en meubles, en habits, en repas, ou du moins qu’il n’y a ni plus ni moins à la Comédie que dans un repas modéré.
Pensée sur les Poëtes licencieux, 136 Peinture de l’Opéra, b, 399. […] Peinture des vices de notre siecle, 339 Parænæsis in Actores & Spectatores Comædiarum nostri temporis, a, lxxxj. […] Peinture des égaremens de l’homme, 301.
Si la poësie est bien nommée une peinture parlante, c’est sur le theatre que ce nom se verifie dans toute son étenduë. Les peintures representent quelquefois des sujets conformes aux loix divines, quelquefois des sujets contraires, quelquefois des sujets en partie conformes, & en partie contraires à ces loix. Nous pouvons remarquer la mesme difference dans les Pieces de theatre, dans ces peintures qui parlent par la bouche des Acteurs.
Ca. 5 bz , qui fit mettre secrètement sur l’Echafaud, le corps de son fils, mort peu auparavant, afin qu’étant incité par son propre deuil, il en représentât mieux celui, que portait son rôle ; ce qui lui advint, se trouvant saisi d’une si grande, et vive douleur, à la vue de ce corps mort ; qu’il en perdit contenance, et par ce moyen trompa généralement tous les spectateurs, les un en une façon, les autres en une autre : Tellement, que si c’est à bon droit, que Clément Alexandrinca, et quelques autres, appellent la peinture Art tromperessecb ; le métier des Comédiens mérite ce nom beaucoup plus justement ; Et si les Juifs comme témoigne Origène ne souffraient ni Peintre, ni Sculpteur, en leur République pour ne donner occasion à l’Idolâtriecc ; Les Chrétiens devraient encore moins endurer les farceurs en l’Eglise, pour ôter la matière, et l’occasion de tant de dissolution. […] [NDE] Clément d’Alexandrie condamne moins la peinture que les arts plastiques, et en particulier la sculpture, dans un chapitre consacré au culte païen des simulacres de sa Cohortatio ad Gentes (Logos protreptikos pros Hellènas), chap. 4, Migne, P.G., tome 8, col. 133-134 sq. […] [NDE] « art » est ici un mot féminin, comme ars en latin – à moins qu’il ne s’agisse d’une contamination avec « peinture ».
Nous serions plus séduits, plus frappés du tableau des malheurs de nos Pères, que de la peinture d’un Grec ou d’un Romain, qui vivait deux mille ans avant nous, ou qui n’éxista peut-être jamais.
La Comédie n’étant donc mauvaise de soi, qui la voudra blâmer et la traiter plus rigoureusement que les Philosophes Moraux qui l’ont mise au nombre des plaisirs légitimes et des voluptés innocentes, comme la peinture, la sculpture et la musique ?
Il semble qu'Isaïe ait voulu faire une peinture prophétique des théâtres : On verra, dit-il, dans les temples de la volupté danser les Faunes et les Satyres, on y entendra chanter les Sirènes : « Pilosi saltabunt, et Syrenes cantabunt in delubris voluptatis.
Plus l’intrigue est conduite avec art, plus le théâtre retentit d’applaudissements ; plus la pièce renferme de corruption, plus le crime de l’auteur est récompensé 5 Juvenal ne le cède point à Ovide dans la peinture qu’il fait des Spectacles. […] Mais, si l’idée de l’innocence embellit, quelques instants, le sentiment qu’elle accompagne, bientôt les circonstances s’effacent de la mémoire, tandis que l’impression d’une passion si douce reste gravée au fond du cœur. » « On prétend nous guérir de l’amour par la peinture de ses faiblesses.
Vrai calot, qui faisit tous les grotesques, ce n’est pas moins un genre de peinture, que les paysages, les marines, les foires, les batailles, &c. […] La pudeur est devenue une petitesse d’esprit & un ridicule, nos maisons sont des écoles de lubricité, le vice y regne, & parle aux yeux dans mille chefs-d’œuvres de peinture & de sculpture ; il invite par les exemples des Dieux, & les foiblesses des hommes, la poésie & la musique y dictent leurs coupables leçons, les embelissens de leurs graces, & répétent sur tous les tons, leurs audacieuses maximes, & y célébrent les honteux triomphes.
Elle fait des sermons en badinant, & châtie les mœurs par des peintures vives du ridicule. […] Il faut n’imiter que la belle nature ; le reste déplaît en peinture comme en réalité.
Un ballet est une peinture animée des actions & des affections humaines, ou plutôt un pantomime exécuté en dansant. […] Il devoit y joindre la sculpture, puisque la peinture fait sortir les corps comme le ciseau.
Disons plutôt qu’elle ressemble à l’Auteur d’un mauvais livre, qui en amusant l’esprit par l’élégance, corrompt le cœur par la liberté, ou à un Peintre de nudités qui outre la beauté de la peinture, souille l’imagination par l’obscénité. […] La peinture ?
Il dit, dans ses livres de Politique, que la Peinture peut être funeste aux mœurs, & la Musique beaucoup plus encore. La Peinture est sur une toile ; la Musique sur un instrument inanimé ; la Tragédie au contraire est rendue par des voix humaines & par des personnages vivans, qui emploient ouvertement tous les moyens de séduction, qui font entendre le cri des entrailles, qui ont tous les mouvemens & tous les gestes des passions, flabellum perturbationum. […] On va même au-delà des bornes de la nature, dans les peintures cyniques que l’on met sous les yeux des Lecteurs.