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40. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre XI. Du jeu des Acteurs. » pp. 345-354

Leurs masques étaient une espèce de casque, dans lequel ils mettaient la tête entière. […] Mais s’il a le bonheur de plaire dans la Capitale, la tête lui tourne quelquefois ; les applaudissemens d’un parterre qu’il regarde avec le plus profond respect, l’enivrent de joye & d’orgueil ; l’aisance dont il jouit achève de le gâter tout-à-fait.

41. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE II. De la Danse. » pp. 30-51

Qu’on lise les portraits répandus dans tous les livres théatraux de cette danseuse qui s’avance sur la scène, des bras qu’elle déploie, de sa taille, de sa tête, du moëlleux de ses mouvemens, la Vestris, la Dupré, la Dangeville, &c. la seule annonce fait le portrait de la volupté, c’est Vénus elle-même, c’est le crime. […] Ce n’étoit pas l’objet des amours du Prince, c’étoit sa niece, & la parenté, sur-tout dans les ascendans, écarte l’idée du crime ; on la fait venir dans la salle du repas, comme tous les jours dans les familles on fait danser un enfant pour s’amuser & le faire briller ; une jeune Princesse, sans doute bien élevée & décente, qui n’étoit point exercée à tendre des pieges à la vertu, & ne prétendoit pas à la conquête de son vieux oncle au préjudice de sa mere, si neuve, si simple, que ne sachant que demander, elle va consulter sa mère, court répéter ses paroles, reçoit la tête de Jean-Baptiste, & la lui donne. […] Cependant Hérode en est hors de lui-même, il jure de donner tout ce que lui demandera la danseuse qui l’a enchanté ; & pour lui plaire, il commet un crime : la tête du saint Précurseur est la récompense d’une danseuse. […] La sœur de Moyse, après le passage de la mer Rouge, dansa à la tête des femmes ; les femmes seules vinrent en dansant à la rencontre de David vainqueur de Goliath ; la fille de Jephté vient avec ses compagnes au-devant de son père ; les filles que les Benjamites enlèverent, comme les Romains enlèverent les Sabines pour les épouser, étoient seules ; les hommes auroient-ils souffert cet enlèvement sans résistance ? David dansoit devant l’arche avec les hommes ; Moyse à la tête des hommes fit la fête, les danses, les cantiques, séparément de sa sœur (il n’est pas dit qu’il y dansa).

42. (1667) Traité de la comédie « Traité de la comédie — XXII.  » p. 481

Comme on n'y représente que des galanteries ou des aventures extraordinaires, et que les discours de ceux qui y parlent sont assez éloignés de ceux dont on use dans les affaires sérieuses; on y prend insensiblement une disposition d'esprit toute romanesque, on se remplit la tête de héros et d'héroïnes ; et les femmes principalement y voyant les adorations qu'on y rend à celles de leur sexe, dont elles voient l'image et la pratique dans les compagnies de divertissement, où de jeunes gens leur débitent ce qu'ils ont appris dans les Romans, et les traitent en Nymphes et Déesses, s'impriment tellement dans la fantaisie cette sorte de vie, que les petites affaires de leur ménage leur deviennent insupportables; et quand elles reviennent dans leurs maisons avec cet esprit évaporé et tout plein de ces folies, elles y trouvent tout désagréable, et surtout leurs maris qui, étant occupés de leurs affaires ne sont pas toujours en humeur de leur rendre ces complaisances ridicules, qu'on rend aux femmes dans les Comédies, dans les Romans et dans la vie romanesque.

43. (1675) Traité de la comédie « XXII.  » p. 310

Comme on n'y représente que des galanteries ou des aventures extraordinaires, et que les discours de ceux qui y parlent sont assez éloignés de ceux dont on use dans la vie commune;on y prend insensiblement une disposition d'esprit toute de Roman; on se remplit la tête de Héros et d'Héroïnes ; et les femmes principalement prenant plaisir aux adorations qu'on y rend à celles de leur sexe, dont elles voient l'image et la pratique dans les compagnies de divertissement, où de jeunes gens leur débitent ce qu'ils ont appris des Romans, et les traitent en Nymphes et Déesses, s'impriment tellement dans la fantaisie cette sorte de vie, que les petites affaires de leur ménage leur deviennent insupportables.

44. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre treizieme « Réflexions morales, politiques, historiques,et littéraires, sur le théatre. — Chapitre VI.  » pp. 193-217

Ce sont les queues des cheveux, ou faux ou naturels, qui occupent un sublime baigneur, les boucles, les tresses, les marteaux, les nœuds, les boudins roulant simétriquement, flottant négligeamment, serpentant agréablement, voltigeant indifféremment sur la tête, sur le front, sur les joues, sur les épaules ; que sais-je ? c’est la matiere d’un traité immense, & le travail d’un ouvrier habile, que les queues de cheveux qui parent la tête, comme celles de la robe, qui traînent aux pieds, le sont du savant caudataire. […] Toutes les estampes de la comédie Françoise, de l’Opéra, du théatre Italien, qu’on voit à la tête des piéces, donnent des queues traînantes à tous les Grands ; aux Princesses, souvent contre le costume ; car toutes les nations n’en portoient pas : les Juifs par exemple. […] La peau de la tête lui servoit de casque, la queue pendoit entre ses jambes. […] C’est d’abord la tête d’une belle femme.

45. (1775) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-septieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre III. Théatre de Pologne. » pp. 80-105

Ils y sont venus en foule de tous côtés ces tabarins, appellés par les grands mêmes, & payés par la République ; & tous les citoyens en foule, les grands à la tête, oubliant les sentimens naturels à un citoyen, à un gentilhomme, à un républicain, se sont étourdis sur leur infortune avec tant de stupidité qu’ils ne s’occupent plus que de coulisses, d’ariettes, de pas-de-trois. […] Il est vrai que l’Europe ou plutôt l’Univers a vu vingt-cinq mille religieux privés en même-temps de leur état, de leurs fonctions, de leurs biens, proscrits, errans, fugitifs, sans savoir où reposer leur tête, & où trouver un morceau de pain, & sans savoir quels crimes ils ont commis. […] Dans le même-temps le Nouveau Monde jouoit une autre scène à Philadelphie : on promenoit sur des tombéreau les effigies du gouvernement de la province & d’un ministre d’Etat, en la personne d’un receveur de la Douane, qu’on avoit pris, gaudronné & couvert de plumes depuis la tête jusques pieds. […] Pour mieux completter son triomphe, le Maréchal lui-même, à la tête de sa cohorte, donna la comédie, & en fut le premier acteur, malgré la dignité, la gravité de sa charge, l’une des premieres du royaume ; il courut les rues, au milieu d’une troupe de musiciens, de ménétriers, de danseurs, courant, chantant, dansant, s’arrêtant aux portes des maisons qui lui étoient attachées ; & qui, mêlant leur acclamations au bruit du charivari, le recevoient comme le nouveau chef de la République. […] Epargnons aux lecteurs le reste d’une piece burlesque, & le récit d’une querelle de harangeres, qui ne peuvent figurer que sur les tréteaux de Ramponeau, ou plutôt faire gémir sur l’esprit du théatre, qui dégrade les plus grands seigneurs & les premieres têtes d’un royaume où il est devenu dominant.

46. (1694) Sentiments de l’Eglise et des Pères « CHAPITRE III. Des Comédies de ce temps, si elles sont moins mauvaises et moins condamnables que celles du temps passé. » pp. 55-81

C’est de lui qu’on parle ainsi à la tête de ses ouvrages. […] Un baissement de tête, un soupir mortifié, et deux roulements d’yeux rajustent tout le mal qu’ils peuvent faire. […] Car on leur voit sans cesse des Romans entre les mains ; elles se remplissent la tête de misérables Vers, qui deviennent ensuite les règles de leur conduite. […] Et pour un petit tort qu’elles ne nous font pas, Prennent droit de traiter les gens du haut en bas. » Pour peu que l’on s’oppose à ce que veut sa tête, Femmes Savantes. […] « Vous savez bien, dit-ilb, quels que soient nos efforts, Que l’argent est la clef de tous les grands ressorts, Et que ce doux métal qui frappe tant de têtes, En amour, comme en guerre, avance les conquêtes. » Outre cela, l’Ecole des Maris leur fera voir, qu’on traite en cette Ecole de loups garoux, et de bêtes farouches les parents que leur devoir oblige de veiller à la conservation de l’honneur et de la chasteté de leurs filles.

47. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 10 « Réflexions sur le théâtre, vol 10 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE DIXIEME. — CHAPITRE II. Anecdotes de Théatre.  » pp. 41-71

Le Président receuille les voix, & prononce l’arrêt d’installation, il nomme des commissaires qui vont dans toutes les autres chambres notifier l’arrêt, les inviter à la cérémonie, & prendre le jour & l’heure de la reception ; le jour venu, les officiers de chaque chambre, les huissiers à la tête, vont deux à deux, en robe & en bonnet quarré, à la salle du Capricorne, s’arrangent en cercle comme à l’assemblée des chambres, le recipiendaire à la queue, que le Président mène par la main au tabouret, où il reçoit très-respectueusement les influences du Capricorne, suspendu sur sa tête. […] La derniere chambre regardée comme tribunal subalterne, ne se mêle point avec les autres, elle fait à part ses installations elle a dans son plafond une tête de Meduse, dont les serpens ressemblent assez à des cornes & le visage à celui d’une femme en colere qui n’aime guere son mari, c’est sous cette tête que que le nouveau confrére est placé, avec la même cérémonie, il est vrai qu’au lieu de gans, le récipiendaire donne un repas, ce qui est mieux assorti à la fête ; tout cela est pris de Moliere, le Bourgeois Gentilhomme se fait recevoir turc, & le Malade imaginaire, Medecin ; dignus dignus es intrare in nostro docto corpore. […] Un Evêque qui se trouvoit alors à la tête devoit le faire sentir au public. […] Pierre qui adoucissoit les chagrins du gouvernement, par des plaisanteries convenables aux peuples non policés, créa Pape son maître à écrire, avec 2000 roubles d’appointement, & lui donna une maison à Petersbourg ; des bouffons l’installerent en cérémonie, il sur harangué par quatre begues ; il créa des Cardinaux, & marcha en procession à leur tête.

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