A cela se reduisent aussy certaines personnes publiques, comme sont les curez ; les juges, les medecins, les apotiquaires, les chirurgiens, qui notoirement ne sont pas capables de leurs charges & de leurs emplois ; ce qui fait qu’ils sont exposez à un danger continuel de faire des fautes, & des injustices notables, & qu’ils sont par consequent dans l’occasion prochaine du peché. […] Non pas toujours, quoiqu’il l’ait veritablement quittée : mais il faut que le Confesseur juge s’il n’y a pas sujet de craindre qu’il ne s’y engage de nouveau quand il aura receu l’absolution ; & s’il trouve qu’il y ait fondement d’apprehender, il doit prendre un temps raisonnable pour l’éprouver. […] Comment se doit conduire le Confesseur dans toutes les rencontres où il juge devoir differer l’absolution à son penitent ? […] Que doit faire le Confesseur à l’egard d’un penitent qui se presente au dernier jour de la quinzaine de Pasque, lorsqu’il juge luy devoir refuser l’absolution ? […] Si le penitent ne s’accuse pas de quelque peché par ignorance, croyant qu’il n’y a point de mal en certaines choses que le Confesseur juge mauvaises, le peut-il absoudre sur la consideration de cette bonne foy pretenduë.
J’honore les talens, mais je ne puis souffrir qu’ils soient les juges, ou plutôt les tyrans des Auteurs. […] Linguet, Kerlon & Mercier,) qu’il étoit ridicule, pour ne pas dire indécent, de voir les Histrions juges des Piéces que les Auteurs leur présentent. […] Je le répéterai au Lecteur, que je ne suis pour rien dans tout ceci, cette cause n’est pas la mienne ; mais je souffre de voir des Histrions tyrans despotes, juges souverains des productions du génie. […] « Vous êtes admis à la Lecture, vous la faites en tremblant ; on vous juge, vous frémissez ; on recueille les voix, une seule fait pancher la balance, la Piéce est rejettée… Vous avez beau dire, ce sont ses propres paroles, que rien n’est plus ridicule que cette diversité de sentimens si opposés les uns aux autres.
L’incertitude sur le genre d’accusation, dont ils seraient sans cesse menacés, les paralyserait, et l’opinion déjà connue d’un juge inamovible, pèserait sans cesse sur leur tête, comme autrefois l’épée suspendue sur celle de Damoclès. […] Les deux journaux qui vont être jugés d’après la loi de tendance précitée du 17 mars 1822, sont à la merci de l’opinion de leurs juges. […] En effet, cette loi n’est autre chose qu’un jury, uniquement composé de juges inamovibles, dont on connaît de longue main l’opinion. Quoique ces juges soient en apparence indépendants, ils ne sont que des juges ordinaires, dont l’indépendance ne ressemble en rien, à celle des anciens parlements qui, autrefois, formaient un contrepoids politique entre l’Etat et le peuple.
La magistrature est une sorte de sacerdoce, et chez plusieurs nations, les Prêtres étaient les juges nés de tous les différends. […] Il faut déposer le caractère de Juge ; il jure avec le théâtre ; n’y en dépose-t-on pas aussi les sentiments ? […] Ambroise Gouverneur à Milan, ne lui recommanda que de se conduire en Evêque, et lors de l’élection de ce Saint, l’Empereur se félicita qu’on eût cru digne de l’épiscopat quelqu’un de ses Juges : « Electos a se Judices ad sacerdotium postulari ». […] ne jugent-ils pas les Ecclésiastiques, ne les punissent-ils pas, s’ils sont coupables, même après les Evêques, leurs Juges naturels, dont ils réforment les sentences ? […] L’amour, et par conséquent un Magistrat amoureux, étant aveugle, peut-il être Juge, etc. ?
Votre esprit et votre façon de dire auraient entraînés et convaincus les Juges les plus sévères. […] Une Profession que le Roi juge digne d’un Gentilhomme est sûrement honorable, je serais presque en droit de dire qu’elle est respectable. […] Cet homme, dit-il, que tout le Peuple Romain juge aussi digne de paraître sur la Scène pour ses talents, que d’être assis parmi les Juges pour sa probité.
Tous les ans au mois de mai se tiennent les grands jours : les peres & les meres de familles, s’assemblent devant le Juge qui reçoit leur suffrage ; celui qui pendant l’année s’est attiré quelque reproche est exclus du droit de le donner. […] Les Juges après avoir recueilli les voix en choisissent trois de ceux qui ont eu le plus de voix, le Seigneur choisit entre les trois, alors, devant tout le monde, on publie les noms de ceux qui ont eu plus de suffrages, & on exhorte les autres à les mériter une autre année. […] Entrera-t-elle dans les vues des Aspirans & de la balance des Juges ? […] Huit jours avant la fête de saint Louis ; le Curé nomma au Prône onze juges, qui le 25 entendirent la Messe du Saint-Esprit avec l’Avocat du Roi & le Substitut du Procureur-Général. […] Le Chef du Corps-Municipal vint de Besançon avec les Compagnies bourgeoises, se rendit chez la Rosiere où se trouverent les Juges & le cortege tout formé, la prit par la main & la mena à l’Eglise avec celle qui avoit l’accessit : le Curé la reçut à la porte de l’Eglise & lui fit ce petit discours : Vous avez grand sujet de vous réjouir, ma chere fille, puisque ce jour est pour vous un jour de triomphe, mais votre joie doit être sainte ; c’est moins à vous qu’à la vertu qu’on rend hommage, & vous devez l’honorer en vous par une modestie soutenue.
Autres scenes déplacées, on fait venir le Bailli du village, un des Juges de la rose. […] C’est un Juge qui n’agit que par passion, pour obtenir une fille qu’il aime. […] C’est avec raison qu’on fait dire à ce Juge amant d’une Actrice : La rose étoit digne d’envie ; elle étoit le prix des vertus ; tu la donnes, elle est flétrie, & ma Cécile n’en veut plus. […] C’est un petit maître étourdi & peu délicat, qui dispose despotiquement de la rose, contre l’avis des sages vieillards établis pour Juges, & qui la donne à celle qui la mérite le moins. […] S’il a peint dans le Bailli la corruption des Juges, a-t-il moins peint dans le Seigneur la hauteur, le despotisme, l’injustice, la galanterie, la dépravation de nos Marquis ?
Les grands jours de fêtes furent destinés à ces représentations : on établit des prix, que les Poëtes devoient disputer, & des Juges pour décider du mérite des Piéces. Ils prêtoient serment de juger avec équité ; cependant comme ces Juges étoient tirés au sort, qui pouvoit tomber sur des ignorans, les couronnes n’étoient pas toujours bien distribuées. […] Jamais Jeux ne furent plus célebres par la dignité de ceux qui furent nommés pour en être les Juges. […] Ces Juges, après avoir prêté serment, donnerent le prix à une Piéce qui se trouva être le coup d’essai du jeune Sophocle, qui sans avoir cherché un style aussi pompeux que celui d’Eschyle, fut son vainqueur. […] Pour avoir fait dire à Hippolyte, Ma langue a juré, mais mon ame n’a point fait de serment, il fut accusé comme défenseur du parjure, & il reclama la protection des Juges préposés aux Représentations.