La représentation d'un amour légitime et celle d'un amour qui ne l'est pas font presque le même effet, et n'excitent qu'un même mouvement qui agit ensuite diversement selon les différentes dispositions qu'il rencontre : et souvent même, la représentation d'une passion couverte de ce voile d'honneur est plus dangereuse, parce que l'esprit la regarde avec moins de précaution, qu'elle y est reçue avec moins d'horreur, et que le cœur s'y laisse aller avec moins de résistance.
» Si nous sommes donc obligés, en qualité de Chrétiens, de demander à Dieu qu'il nous ôte les yeux pour toutes les folies du monde, dont la Comédie est comme l'abrégé, et qu'il nous en imprime la haine et l'aversion dans le cœur: comment pourrons-nous croire que nous puissions repaître nos yeux de ces vains spectacles, et mettre notre contentement en ce qui doit être l'objet de notre aversion et de notre horreur ?
C'est beaucoup lui nuire que de l'accoutumer à regarder ces sortes d'objets sans horreur et avec quelque sorte de complaisance, et de lui faire croire qu'il y a du plaisir à aimer et à être aimé.
» Si nous sommes donc obligés en qualité de Chrétiens, de demander à Dieu, qu'il nous ôte les yeux pour toutes les folies du monde, dont la Comédie est comme l'abrégé; et qu'il nous en imprime la haine et l'aversion dans le cœur: comment pourrons-nous croire que nous puissions repaître nos yeux de ces vains spectacles, et mettre notre contentement en ce qui doit être l'objet de notre aversion et de notre horreur.
Le premier est de s’en informer des personnes de poids et de probité, lesquelles avec l’horreur qu’elles ont du péché, ne laissent pas d’assister à ces sortes de spectacles.
Un Atrée qui s’applaudit des horreurs qu’il a exercées contre son frère, un Néron qui empoisonne Britannicus pour régner en paix, une Médée qui égorge ses enfants, et qui part en insultant au désespoir de leur père, un Mahomet qui séduit et qui entraîne tout un peuple, victime et instrument de ses fureurs ? […] L’esprit philosophique qui l’a dictée serait de même date parmi nous, et peut-être eût épargné à la nation Française, d’ailleurs si paisible et si douce, les horreurs et les atrocités religieuses auxquelles elle s’est livrée. […] Il suffirait pour les justifier de ce reproche, de faire attention aux sentiments louables, ou tout au moins naturels, qu’elles excitent en nous ; Œdipe et Phèdre l’attendrissement sur nos semblables, Atrée et Médée le frémissement et l’horreur. […] Il voit au contraire ces exécutions avec un mouvement de trouble et de pitié, qui va quelquefois jusqu’à l’horreur et aux larmes. […] Mais son effet n’est pas pour cela de nous faire préférer le vice au ridicule ; elle nous suppose pour le vice cette horreur qu’il inspire à toute âme bien née ; elle se sert même de cette horreur pour combattre nos travers ; et il est tout simple que le sentiment qu’elle suppose nous affecte moins (dans le moment de la représentation) que celui qu’elle cherche à exciter en nous ; sans que pour cela elle nous fasse prendre le change sur celui de ces deux sentiments qui doit dominer dans notre âme.
Les romans & les comédies seroient bien lugubres, si le poison en terminoit toujours l’intrigue ; & si toutes attaquoient les choses saintes, qui pourroit tenir à ces horreurs & ces blasphêmes ? […] Il n’a pas senti l’indécence, l’injustice, l’horreur de ce jamais, de cet esclavage qui fait de tous les Religieux de misérables désespérés : calomnie la plus atroce & la plus évidente. […] La derniere scene du second acte & la fin du troisieme, qu’on donne pour des chefs-d’œuvre, sont des horreurs dans l’ordre des mœurs & de la religion. […] On fait de cette fille une folle, elle vient auprès du Curé égarée, ne sait ce qu’elle dit : Je ne sais où j’en suis, ayez pitié de moi, il est affreux & barbare, il me glace d’horreur. […] Rien dans la piéce ne mene à ces horreurs ; mais il regne un ton de malignité dans tous les rôles, excepté celui du père, qui représente tous les hommes comme scélérats ou imbécilles.
Vous avez d’abord consulté des personnes de poids et de probité, qui avec l’horreur qu’elles ont pour le péché ne laissent pas d’assister à la Comédie. […] Celui qui est pénétré d’une sincère et forte horreur du péché, ne se contente pas de le fuir, mais s’éloigne avec soin de toutes les occasions quelles qu’elles soient qui l’y peuvent porter. […] Ces personnes vous auraient sans doute tenu un autre langage sur la Comédie que celles que vous avez consultées, qui avec l’horreur qu’elles ont pour le péché, ne laissent pas d’y assister. […] On voit bien que Dieu ne se sert guère de votre ministère pour convertir le pécheur, ou pour entretenir le pécheur converti dans l’horreur du péché. […] Mais, direz-vous peut-être, on n’en parle que pour en donner de l’horreur, on ne fait paraître le vice sur le Théâtre que pour le corriger.