Les Critiques envieux, qui cherchent à ternir la gloire de notre Théâtre, lui disputeront ce nouveau mérite avec encore plus de chaleur que celui d’être l’ouvrage du gout & de la réfléxion.
En louant à outrance la méthode qu’ils semblent avoir le plus généralement adoptée, j’ai cherché à montrer davantage le ridicule qu’il y a de représenter sur la scène des objets dégoûtans & trivials : Le bon goût a dû prescrire en tout tems de prêter une certaine noblesse à ces objets trop méprisables au Théâtre des honnête gens, lorsqu’ils sont dépeints dans toute leur bassesse ; c’est ce que doivent se proposer les Poètes du nouveau genre qui voudront faire agir des gens obscurs, pris dans le menu Peuple.
Depuis votre départ, il ne s’absente que le soir, pour aller au Spectacle ; presque tous les jours, il se rend au même Théâtre de fort bonne heure ; le desir de le voir m’y conduit quelque-fois sur ses pas ; monsieur de Longepierre, qui me croit passionnée pour la Comédie, quitte tout pour m’accompagner : je cherche des yeux monsieur d’Alzan dans la foule de l’Orquestre ; je l’ai bientôt démêlé : je le vois ; & le calme renaît dans mon cœur ; je me trouve presque contente.
Si nous cherchons parmi les Modernes de quoi appuyer encore ce sentiment, Rousseau nous dira : « Des fictions la vive liberté, Peint souvent mieux l’austère vérité, Que ne ferait la froideur monacale, D’une lugubre et pesante morale. » Ce n’est pas qu’on prétende ici justifier la Comédie dans toutes ses parties : il est un juste milieu entre deux excès également opposés ; les uns sans aucun examen condamnent absolument ce genre d’écrire comme contraire aux bonnes mœurs.
répond, que sans courir au théâtre, nous trouverons la nature si riche en spectacles divertissants, et que d’ailleurs la religion et même notre domestique sont capables de nous fournir tant d’occupations où l’esprit se peut relâcher, qu’il ne faut pas se tourmenter pour en chercher davantage : enfin que le chrétien n’a pas tant besoin de plaisir, qu’il lui en faille procurer de si fréquents et avec un si grand appareil.
Venons à ceux qui vont à la Comédie. .De tous ceux qui y courent en foule, combien peu y en a-t-il qui y cherchent, le délassement du corps ou de l’esprit ? […] est-ce ce qu’ils y cherchent ? […] La seconde condition est, qu’on ne cherche pas le plaisir par des paroles ou des actions déshonnêtes. […] Je ne crois pas devoir répéter ce que ces Auteurs ont déjà dit, et le temps ne me permet pas de parcourir toutes les Pièces de Théâtre pour chercher de nouveaux endroits. […] Plus j’en chercherais et moins j en trouverais qui puissent vous excuser.
Plus il a de censeurs, plus sa gloire acquièrt de lustre & d’éclat ; les envieux cherchent-ils à abaisser ce qui l’est déja de lui-même ? […] Que n’a-t-on pas cherché à tourner en ridicule ? […] « Le vrai caractère des hommes, dit l’Abbé Prévost, est de rabaisser ce qu’ils admirent, & de chercher des déffauts dans ce qu’ils estiment. » Mais entrons dans un plus grand détail.
Ne se peut-il pas qu’on ait cherché à ramener les jeunes gens aux intentions de la nature ? […] Renfermées dans leurs maisons, elles reçoivent ceux qui viennent ; mais ne vont chercher personne, ne s’étalent point sur un théâtre, ne paroissent dans les rues que très-modestement couvertes. […] Qu’on n’aille pas bien loin chercher ce modele, il suffit d’aller dans leur loge, quand elles sont à la toilette, & se préparent à jouer leur rôle ; sans s’embarrasser de ce qui voltige autour d’elles, leur immodestie leve sans façon tous les obstacles, & met dans tout leur jour, sous les yeux de l’artiste, les chefs-d’œuvres de la nature. […] Qui iroit chercher dans des Bréviaires des portraits d’actrices habillées en vertus, & dans une attitude de théatre ? […] Avanture ordinaire dans nos romans, & sur nos théatres ; elles les envoyerent chercher, & se livrerent à eux avec la plus violente passion : Cum vidisset depictas in pariete imagines chaldeorum insaniverunt & miserunt nuntios ad eos ; ce qu’il appelle concupiscentia oculorum.