Non, le vice n’aura point un empire sans limites, et les consciences n’y éprouveront point une sécurité sans interruption ; tandis que les Ministres de l’Evangile s’acquitteront de leur devoir : tandis que ces Ministres seront regardés comme les Envoyés du Seigneur et les colonnes du Christianisme ; tandis qu’ils seront en possession d’être écoutés et respectés pour leur caractère, le sujet de la douleur des Poètes subsistera toujours ; le Théâtre sera toujours traversé, l’Athéisme combattu, et le libertinage réprimé. […] Le Chapelain Bulle dit au Jeune La Mode : »La piété de Vôtre Grandeur est inexprimable : cependant il y a une chose qui me paraît une matière de scrupule pour vous ; car la conscience est tendre, tendre ! […] Dès qu’il n’y a plus de conscience, il n’y a plus ni sujétion, ni bonne foi, ni humanité. […] La conscience à part : où est le bon sens de se déchaîner contre le Clergé ?
Et saint Thomas conclud qu’il n’y a aucun inconvénient pour la conscience, de représenter de pareils éxercices sur le théâtre ; parceque tout se termine à occuper agréablement l’esprit, sans faire aucune dangereuse impression sur le cœur. […] Thomas est donc bien éloigné d’être aussi favorable aux comédiens qu’ils le prétendent, & de croire qu’on puisse en conscience rien donner pour le dédommagement ou substance de ces farceurs ; puisqu’il le défend au contraire, au même endroit de sa seconde Seconde qu’ils nous citent, & peu après les paroles qu’ils croient les autoriser. […] Elle est passée en coutume, je le veux ; mais la coutume n’excuse pas dans le for intérieur de la conscience.
Personne ne peut être obligé de monter sur le théâtre, les lois sont expresses, même pour les esclaves ; personne même ne devrait y monter, la loi et la conscience n’y sont pas moins positives. […] Beaumon, Avocat au Parlement, qu’on trouve dans le Recueil des facéties Parisiennes, est très ingénieux et très sage ; et quoique obligé par la nécessité de la cause d’excuser la comédie, bien différent de son confrère Huerne de la Mothe, il convient de bonne foi, « que la religion n’approuve point et même condamne les spectacles, qu’on ne peut y assister quand un mouvement intérieur de la conscience s’y oppose (ce qui assurément arrive à tout le monde, s’il est de bonne foi), et qu’un guide éclairé (l’Eglise) le défend, et que sans avoir égard aux exemples contraires, la règle la plus sûre est de déférer sans réserve à ceux qui sont chargés de notre conduite » (leurs sentiments ni sont ni douteux ni ignorés). […] Il compare cette convention à la stipulation des intérêts tolérés en certains Parlements et en certains pays, comme en Hollande, etc., quoique rejetée dans d’autres, et généralement condamnée par l’Eglise ; ce qui appuyant son raisonnement, par la comparaison très appropriée des Comédiens et des usuriers également pernicieux aux familles, également condamnés par les lois de l’Evangile, caractérise parfaitement l’illégitimité du théâtre, qui aussi bien que l’usure, malgré la tolérance, est véritablement mauvais et défendu en conscience.
Enfin que l'on considère le Théâtre de tous les côtés, les consciences n'y sont plus en péril de participer aux abominations du Paganisme, dont il n'y reste plus de vestiges ni de mémoire ; Et si tous ceux qui se sont opiniâtrement attachés à le combattre par les paroles de nos anciens Pères eussent bien examiné toutes ces choses, ils auraient retranché plus de la moitié des textes qu'ils en ont empruntés ; ils n'en auraient pas tiré de fausses conséquences, et n'auraient pas détruit un plaisir public et de soi-même innocent par des maximes qui ne servaient qu'à condamner l'Idolâtrie, et qui n'ont plus aujourd'hui de causes ni de prétextes.
Ils ajoutent que ces mêmes Pères ne pouvaient imaginer, pour lors, que les Spectacles prendraient quelque jour une autre forme et deviendraient des Ecoles de la vertu, tels enfin que des Chrétiens pourraient les représenter ou y assister, sans blesser en rien ni leur conscience, ni leur religion : d’où ils concluent que les vives déclamations des Anciens Pères, contre le Théâtre de leur temps, ne prouvent rien contre les Spectacles d’aujourd’hui.
Nous voyons encore aujourd’hui (car la grâce est uniforme) qu’une des choses qui pèse le plus sur la conscience de ceux qui reviennent à Dieu après de longs égarements, et qui leur cause le plus de douleur, est de s’être livrés autrefois à l’amour de ces spectacles dont ils ont remporté des blessures profondes qu’ils ne sentaient pas alors, et d’y avoir consumé tant de temps. […] Nos rituels y sont formels, ils sont encore irréguliers pour les ordres sacrés, et la sépulture Ecclésiastique leur est déniée après leur mort, or si leur profession est illicite et reprouvée par les lois du Christianisme, en quelle conscience peut-on contribuer à les entretenir et les autoriser par sa présence ?
J’y trouve trois cas de conscience proposés avec un air de gravité. […] Un Casuiste trouva que cette aventure donnoit matiere à un cas de conscience, qu’il a traité avec beaucoup de sagacité. […] C’est un Marchand scrupuleux qui pour le soulagement de sa conscience s’adresse à M. de S. Foix, comme à un grave Casuiste, & le prie de lui composer une lettre pour son Curé, où il lui confie toutes les perplexités de sa conscience.
Voir Pontas , article « Comedie » du Dictionnaire des cas de conscience, 1736. […] Lamet et Fromageau, Dictionnaire des cas de conscience, 1733 • Lamet, Adrien Augustin de Bussy de (1621-1691 ; reçu en Sorbonne 1646, docteur 1650) et Fromageau, Germain (16..-1705 ; docteur en Sorbonne 1664) : Le Dictionnaire des cas de conscience décidés suivant les principes de la morale, les usages de la discipline ecclesiastique, l’autorité des conciles et des canonistes, et la jurisprudence du royaume. […] Le 1er texte, daté de mai 1694, est signé par 6 théologiens : Fromageau, Durieux, de Blanger, L’Huillier, de La Coste, Bonnet ; Fromageau doit être l’auteur du Dictionnaire des cas de conscience de 1733, voir Lamet et Fromageau , Dictionnaire des cas de conscience, 1733. […] Pontas, Dictionnaire des cas de conscience, 1736 • Pontas, Jean (16..-17.. ; père) : Dictionnaire des cas de conscience, ou décisions des plus considérables difficultez touchant la Morale et la Discipline Ecclesiastique : tirées de l’Ecriture, des Conciles, des Peres, des Decretales des Papes et des plus celebres theologiens et canonistes. […] Voir Collet , article « Comédie » de l’Abrégé du Dictionnaire des cas de conscience, 1764.
Il commence donc sa première entrée en Médecin charitable ; « entreprenant , dit-il, de guérir son Ami d’une crainte scrupuleuse qu’il a que sa conscience ne soit intéressée au sujet de ses Ouvrages de Théâtre » ; car il n’y a selon lui, que « des consciences faibles et timorées, qui se laissent effrayer par le bruit des Conciles et des Pères, qui fulminent contre les Spectacles ». […] En fallait-il davantage pour donner de l’horreur des Spectacles à une conscience timorée, et à une Ame tant soit peu curieuse de son salut ? […] « Mille gens d’une éminente vertu et d’une conscience fort délicate, pour ne pas dire scrupuleuse, ont été obligés de m’avouer qu’à l’heure qu’il est la Comédie est si épurée sur le Théâtre Français, qu’il n’y a rien que l’oreille la plus chaste ne pût entendre. […] Mais enfin, il ne nous appartient pas de raisonner sur la conduite de notre Souverain : le parti que de fidèles Sujets et de bons Français ont à prendre, est de prier Dieu pour Sa Majesté et pour ses Conseils, tant de conscience que de politique. […] C’est à peu près comme si je disais, que parce que c’est la coutume de s’enivrer en Allemagne, et que cela n’y fait point de scandale, on peut s’y enivrer en conscience et sans scrupule.
Rien ne marque mieux que les Chrétiens fréquentent les spectacles contre leur conscience que ce que dit saint Augustin.
Ceux qui sont nés dans les lumières de la foi et de la Religion Catholique, ne rougissent-ils pas d’avoir part à ces œuvres de ténèbres : mais vous, Mes très-chers Frères, qui êtes sortis du sein de l’hérésie, quand ce ne serait qu’en apparence, dans le temps qued vous viviez dans le libre exercice de vos erreurs, osiez-vous, ou par crainte, ou par conscience, approcher de ces spectacles que vous fréquentez aujourd’hui ?
On y va en Italie, comme en France, malgré la loi et la conscience, parce que le vice fait partout du ravage.
Thomas, il n’y a rien de si facile que de résoudre les questions morales et les cas de conscience, quand on les considère en la thèse ou selon la théorie, dans leur genre ou dans leur espèce, parce qu’une action morale n’est bonne, mauvaise ou indifférente en son espèce, que par le rapport qu’elle a à son objet, selon qu’il est bon, ou mauvais, ou indifférent ; mais il n’y a rien de si malaisé que de résoudre ces mêmes questions en particulier et en hypothèse, parce qu’une action n’est pas bonne en l’individu seulement par son objet, mais par l’assemblage de toutes les circonstances nécessaires, et qu’il ne faut que l’absence d’une bonne circonstance, ou la rencontre d’une mauvaise, pour rendre vicieuse une action qui de soi serait bonne ou indifférente : Bonum ex integra causa, malum ex quolibet defectu.
En élevant la voix contre cette école de l’immoralité, « nous nous proposons d’empêcher que quelqu’un ne se fasse illusion en croyant qu’il est permis d’aller au spectacle, car l’amour du plaisir a tant de force sur la plupart des hommes, qu’il les porte à différer de s’instruire de ce qui leur est défendu, pour avoir un prétexte de s’y satisfaire, ou à tâcher de corrompre leur propre conscience par de fausses raisons par lesquelles ils se persuadent que le mal, auquel ils ne veulent pas renoncer, n’est pas un mal réel. […] Ce plaisir, je l’avoue, répugne à ma conscience, et si tout le monde faisait comme moi, le théâtre se fermerait bientôt ; mais lorsque la bienséance l’exige, lorsque des amis réclament ma complaisance pour les y conduire, je ne suis point assez ridicule pour m’y refuser. […] » Nos spectacles nous ont appris à ne plus rougir des passions, dit l’illustre d’Aguesseau, les charmes des spectacles et les actions qui y sont représentées, étouffent peu à peu les remords de la conscience, en apaisent les scrupules et en effacent insensiblement cette pudeur importune.
Peut-elle en conscience les exposer au danger, & s’y exposer elle-même ? […] Les Ecritures condamnent le fard ; la chaire, le confessionnal le proscrivent ; les Peres, les conciles l’anathêmatisent ; & sans invoquer d’autre tribunal, j’en appelle à la conscience des femmes que la passion n’a pas aveuglées, que le crime n’a pas endurci ; les remords les accusent, leur cœur leur fait le procès. […] mais la fortune dérangée par tant de dépenses, la santé altérée par tant de molesse, la famille corrompue par de si mauvais exemples, la conscience blessée par tant de péchés que l’on commet, tant de péchés que l’on fait commettre, tant de passions qu’on allume, tant de dépravation qu’on occasionne !
Supposons qu’en Italie les Courtisannes s’avisassent d’élever un théatre & d’y représenter des comédies, qui pourroit, sans exposer son honneur & sa conscience, assister aux spectacles de ces Courtisannes Actrices ? […] pourquoi mettre ma conscience au hasard dans une chose aussi vaine dont je puis si aisément me passer ? […] Que chacun consulte sa conscience & sa foiblesse, les exemples de Dieu & des Saints, les règles de l’Évangile & l’intérêt du salut.
L’Eglise qui condamne l’immodestie, la vertu qui la redoute, le sage gouvernement qui la proscrit, la conscience timorée qui en a horreur, l’éducation honnête qui en éloigne, n’ont jamais eu en vue que la licence des femmes qui découvre autre chose que le visage & les mains, & devient de plus en plus répréhensible à mesure qu’elle dévoile davantage. […] J’ose même en appeler à la conscience ; malgré l’endurcissement où l’habitude & le mauvais exemple ont pu jeter, il n’y a pas de femme, il n’y a point de Comédienne, c’est tout dire, à qui la vue d’elle même ne cause des remords. […] Ces mêmes nudités dont vous vous applaudissez seront la matiere de votre confusion & de vos remords, lorsque le livre des consciences ouvert vous fera voir tous les péchés que vous avez commis, tous ceux que vous avez voulu, & tous ceux que vous avez fait commettre par vos immodesties.
Que sera-ce de les pensionner, de les applaudir, les attirer chez soi, récompenser leurs talents empoisonneurs et leurs succès funestes par des libéralités aussi criminelles qu’aveugles et déplacées : « Vitium est immane donare Histrionibus. » C’est une question célèbre en morale, si une femme publique peut en conscience garder le prix qu’elle a reçu de son crime. […] Elle sait à propos faire la dévote, affecter du repentir, annoncer une résolution de changer de conduite, pour réveiller une passion qui commence à se relâcher, ou déguiser le dégoût, l’inconstance, une nouvelle intrigue, ou faire d’autant plus valoir son amour, qu’elle lui sacrifie jusqu’à la conscience. […] Il ne l’aurait pas dû, puisque la bonté ou la malice morale des actions humaines est uniquement du ressort de la conscience ; il se serait borné à accorder la tolérance, pour éviter un plus grand mal, jamais à en attester l’innocence, qui n’était point de son ressort.
Rien n’y sert qu’à la ruine des Chrétiens, et la vertu même n’y est représentée que d’une manière à la rendre ridicule : aussi voyons-nous qu’il n’y a point d’examen de conscience où l’on ne mette au nombre des actions contraires à la pureté, l’assistance aux Spectacles ; aussi voyons-nous que tous les Confesseurs qui remplissent les devoirs de leur ministère, et qui ne délient les pécheurs que lorsqu’il faut les délier, refusent la grâce de l’absolution à tous ceux qui fréquentent les Théâtres. […] Il y a des choses même autorisées par les lois, que la conscience ne permet pas d’adopter. […] La mort est le moment qui dessille les yeux, et l’on peut s’en rapporter à ce que la conscience reproche alors.
L’Archidiacre qui a donné le branle à tout le Clergé, & un homme grave & savant, pieux, respecté, consulté de tout le Diocèse ; Official, Grand Vicaire, & non Grand-Vicaire ad honores, mais Grand Vicaire de confiance, chargé de toutes les affaires, décisionnaire de tous les cas de conscience, & gouvernant absolument le Diocèse, qui, à la vérité, n’est pas un monde ; car le Prêlat passe agréablement son tems à Saint-Chignan, jolie Bourgade où il y a un joli château, dans un climat plus doux, & une campagne bien cultivée, où il n’y a pas des carrieres de marbre. […] Que peut-on de plus pour calmer les consciences les plus scrupulenses.
Tout le systême de Machiavel, bien analysé, se réduit à trois points : 1°. s’emparer de ce qui est à notre bienséance, royaumes, provinces, terres, autorité ; 2°. employer tous les moyens possibles, sans s’embarrasser de la religion, de la probité, de la conscience, des promesses, des traités ; 3°. en arborer cependant les apparences, en faire profession, tout promettre, pour endormir les gens & venir plus aisement a ses fins : ce n’est que la friponnerie mise à couvert & réduite en systême. […] Quand y a-t-on consulté la justice, la religion, la conscience ?
Contents de recevoir de l’argent, quelque main qui le présente, ils n’ont jamais donné d’embarras à d’Hozierp pour se faire une généalogie illustre, ni à Buzembaumq pour calmer leur conscience scrupuleuse. […] Cette bête est montée du fond de l’abîme de l’idolâtrie et du vice, qui en furent l’origine, en ont assuré les progrès et perpétué la durée, et y règnent souverainement encore, jusqu’à y recevoir le culte suprême des sentiments, le sacrifice du cœur et de la conscience, et à faire du langage sacré de la religion le jargon aussi ridicule qu’impie de ces climats empestés.
C'est une preuve sensible que leur conscience dément leurs fausses lumières, et qu'ils sont eux-mêmes convaincus du mal qu'il y a dans la comédie. » Essais de mor[ale].
4° « Il est donc nécessaire de vous soumettre aux puissances, non seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par le devoir de la conscience.
Mais enfin, quand je me tromperais, ne dois-je pas agir, parler, selon ma conscience et mes lumières ?
La conscience est toujours en danger dans les spectacles. […] Le témoignage de notre conscience au sortir du spectacle suffit pour en montrer le danger.Mais, qu’est-il besoin d’autorité, où il ne faut que le témoignage de la conscience ? […] La conscience est toujours en danger dans les spectacles. […] Le témoignage de notre conscience au sortir du spectacle suffit pour en montrer le danger.
Lorsqu’un homme est mal dans ses affaires, il ne s’agit plus pour lui d’écouter la voix de la conscience, ni de se chicaner par des vues d’honneur ou de devoir. […] Je voudrais que chacun sondât ici sa conscience, et descendît au fond de son cœur pour y convenir de ses devoirs. […] Il en est de même à l’égard de la conscience. […] Je mets ici à part les intérêts de la conscience et les vues de l’Eternité : quoique ce soient là les objets essentiels, il en est d’autres capables de faire impression sur les femmes. […] qu’est-il autre chose qu’un homme à se croire un fou s’il préférait sa conscience à son plaisir ?
Cette ignorance, ou cette bonne foy pretenduë dans laquelle se trouve le penitent, ne l’excusant point devant Dieu, & ne l’exemptant pas de peché, le Confesseur trahiroit sa conscience s’il l’y laissoit sans l’en avertir ; & c’est en ces occasions qu’il doit prattiquer cette liberté d’esprit dont il a esté parlé cy-dessus. […] Il doit l’instruire de ses obligations tant generales que particulieres, luy marquant les principaux defauts desquels il croiroit qu’il pourroit estre coupable, & l’avertir de l’importance qu’il y a de faire un soigneux & diligent examen de sa conscience, puisqu’autrement sa confession luy seroit plus prejudiciable qu’elle ne luy seroit utile ; aprés quoy il doit le renvoyer, afinqu’il se prepare plus à loisir, & luy assigner un temps auquel il vienne se representer.
Ce soupçon néanmoins qui auroit dû le retenir, s’il aimoit sa Religion, ne l’empêche point de franchir le pas : c’est une difficulté qu’il élude, désesperant de la résoudre, & bravant les remords que sa conscience ne manque pas de lui faire sentir, il s’obstine à l’apologie des représentations théâtrales, courant volontiers le risque de prêter sa plume au relâchement, à la corruption des mœurs, à des passions avec lesquelles le Christianisme est tout-à-fait inconciliable.
Le vrai, tout-puissant, juste et miséricordieux Seigneur du ciel et de la terre veuille ouvrir les yeux aux disciples des jésuites, pour leur faire connaître de quel esprit leurs docteurs sont poussés: fortifie et confirme en la profession de sa sainte parole tous ceux qui l’aiment de conscience non feinte.
Il est vrai, Monseigneur, (et j’ai trop de respect pour vous pour rien imposer) qu’étant en Province où je fis la Comédie d’Esope, un bon Curé, qui peut-être n’avait jamais ouï parler de la Comédie que dans son Rituel, qui faisait une bonne partie de sa Bibliothèque, fit scrupule de me donner l’absolution, et enfin ne me la donna qu’à condition que je m’informerais à de plus habiles Gens que lui, si je pouvais en sûreté de conscience la faire représenter.
On les reconnaît par là ; et je crois qu’on peut presque établir pour règle que dès qu’on en voit quelqu’un qui fait ces sortes de plaintes, on peut lire ses ouvrages en sûreté de conscience. […] Ce serait un plaisant scrupule que de n’oser les ôter de peur de rendre le livre plus dangereux ; et je ne connais que vous qui les y voulussiez remettre par principe de conscience.
Germain de l’Auxerrois (Curé de la Cour) homme pieux et sévère, lui écrivit qu’elle ne pouvait en conscience souffrir la comédie, surtout l’Italienne, comme plus libre et moins modeste. […] Il se trouva dix ou douze Docteurs qui décidèrent que supposé que dans la comédie il n’y eût rien de scandaleux, ni de contraire aux bonnes mœurs, on pouvait l’entendre ; que l’usage de l’Eglise avait beaucoup diminué de la sévérité apostolique des premiers siècles ; ainsi la conscience de la Reine fut en repos.
Ceux qui ont la conduite des âmes, savent les désordres que ces Pièces causent dans les consciences, et faut-il s’étonner s’ils animent leur zèle, et s’ils attaquent publiquement celui qui en est l’Auteur, après l’expérience de tant de funestes chutes. […] Sa Majesté ne s’est pas contentée de donner la paix à la France, elle a voulu songer à son salut, et réformer son intérieur : elle l’a délivrée de ces monstres qu’elle nourrissait dans son sein, et de ces ennemis domestiques qui troublaient sa conscience et son repos : elle en a désarmé une partie : elle a étouffé l’autre, et les a mis tous hors d’état de nous nuire.
Au milieu de ces contrariétés & de ces doutes de mauvaise foi, poursuivi par l’évidence, j’aurois dû reconnoître dès-lors, comme je le reconnois aujourd’hui, qu’on a toujours tort avec sa conscience, quand on est réduit à disputer avec elle.
C’est dans le silence des passions qu’elle se fait entendre ordinairement ; elle ne laisse pas de suivre un pécheur, de l’arrêter par tout où elle le rencontre ; la frayeur, le dégoût sont les armes qu’elle employe contre lui, elle oblige sa conscience à le déchirer par des remords salutaires.
De quoi qui me demanderait mon avis, en conscience je dirais sous correction de meilleur avis, qu’il me semble avec monsieur Gerson, que ceux qui ne s’opposent à tels scandales, et blasphèmes de la religion Chrétienne pèchent : Et me semble que l’Evêque est tenu d’ôter la confrérie, plutôt que permettre telles choses si contraires marcher ensemble : comme aussi il n’est raisonnable de faire dire Messes d’un si vilain gain, ne de recevoir telles gens à l’offrande, ni à la sainte Communion.
Car au lieu de se rendre avec fidélité, et avec ferveur aux divins Offices, ils s’occupent à danser, et à dire des chansons profanes et indécentes ; et ils ne se causent pas seulement du dommage à eux-mêmes, en souillant la pureté de leur conscience par les péchés qu’ils commettent ; mais ils troublent les autres dans leurs dévotions. » c.
On me dira peut-être, il est inutile et superflu de vous tant échauffer contre la comédie ; superflu, parce que tout le monde fait ce que vous avez à dire, sent par expérience, et dans le fond est persuadé qu’on ne peut en conscience y aller ; inutile, parce que malgré vos exhortations et celles de tous les Prédicateurs du monde, malgré ces connaissances, cette persuasion et ces remords, on n’y ira pas moins.
Elle jouoit avec la même facilité toute sorte de rôles, prenoit toute sorte de visages, de figures, d’habits, de maintien, pleuroit, rioit, portoit le deuil, & donnoit des fêtes, louoit, blâmoit, caressoit & faisoit enfoncer le poignard ; dévotion & débauche, magnificence & simplicité, hauteur & bassesse, licence & modestie, tout lui étoit bon, tout lui étoit familier, elle étoit propre à tout, parloit avec la même aisance & la même hardiesse d’affaires d’Etat & de mascarades, de guerre & de galanterie ; le plus fin Conrtisan ne pouvoit la penêtrer, les plus rares politiques étoient ses dupes ; elle faisoit la guerre au Prince de Condé, & lui écrivoit pour le remercier d’avoir pris les armes contre le Roi son fils, armoit contre le Roi d’Espagne, & lui demandoit sa protection, faisant massacrer les Protestans, & leur accordant la liberté de conscience, manquant à toutes les promesses avec la même facilité qu’elle les avoit faites. […] Cependant cette Princesse ingrate favorisa le Calvinisme, causa les guerres de religion, procura tous les édits qui donnoient la liberté de conscience, fit tenir malgré le Pape Pie IV le Colloque de Poissi, où la religion fut mise en probleme, & comme si le Calvinisme en fut sorti triomphant, elle lui fit deux jours après donner la liberté de conscience. […] Personne ne la crut ; elle avoit été suspecte à tous les partis, elle ne reçut point les derniers sacremens, & donna pour dernier conseil à son fils, qu’il n’eût garde de suivre, d’accorder à tous ses Sujets la liberté de conscience.
On demandoit si ce Seigneur pouvoit en conscience, faire représenterces piéces, & l’on désiroit là-dessus, non seulement la décision des Docteurs de Sorbonne, mais encore celle de Messieurs les Curés de Paris. […] Tous les Curés de la Capitale déclarerent, d’une voix unanime avec les Docteurs, qui signerent avec eux, que le Seigneur susdit ne pouvoit en conscience, faire représenter ces piéces, parce que, quoique gazées, elles n’en portoient pas moins au mal, de leur nature : ex se. […] & si en conscience, on ne peut assister aux piéces de nos Théatres, lorsqu’elles sont gazées, pourra-t-on en être Spectateur innocent, quand elles ne seront pas corrigées ? […] Tout cela n’est-il pas une preuve sensible, que leur conscience dément leurs fausses lumieres, & qu’ils sont eux-mêmes convaincus au fond de leur cœur, du mal qu’il y a d’aller à la Comédie ?
Les sophismes, dit Gresset, les noms sacrés6 & vénérables dont on abuse pour justifier les spectacles, les textes prétendus favorables, les anecdotes fabriquées, tout cela n’est que du bruit, & un bruit bien foible pour ceux qui ne refusent point d’écouter les réclamations de la Religion, & qui reconnoissent que lorsqu’on est réduit à disputer avec la conscience, on a toujours tort. […] Sa conscience lui reprochoit toujours le mauvais usage qu’il avoit fait de ses talens.
Peut-on donc en conscience fréquenter le théatre ?
Ce serait, en conscience, trop mal penser de leur génie.
C’est de là que naît dans les âmes pieuses, par la consolation du Saint-Esprit, l’effusion d’une joie divine ; un plaisir sublime que le monde ne peut entendre, par le mépris de celui qui flatte les sens ; un inaltérable repos dans la paix de la conscience, et dans la douce espérance de posséder Dieu : nul récit, nulle musique, nul chant ne tient devant ce plaisir ; s’il faut pour nous émouvoir, des spectacles, du sang répandu, de l’amour, que peut-on voir de plus beau ni de plus touchant que la mort sanglante de Jésus-Christ et de ses martyrs ; que ses conquêtes par toute la terre et le règne de sa vérité dans les cœurs ; que les flèches dont il les perce ; et que les chastes soupirs de son Eglise, et des âmes qu’il a gagnées, et qui courent après ses parfums ?
Mais quoi, disent ceux qui goûtent les sentiments des païens, Dieu s'offense-t-il des plaisirs des hommes, lorsque pris à propos ils ne blessent ni la religion ni la conscience ? […] Qu'y a-t-il de plus délicieux que l'amour de Dieu, le discernement de l'erreur, la révélation de la vérité, la liberté de l'esprit, la paix de la conscience, une vie pleine de bonnes œuvres, une mort sainte et tranquille ?
Ce que j’en fais n’est pas en espérance de gagner rien sur ceux qui en font leur gagne-pain, ni beaucoup sur certains esprits profanes qui ne font conscience de rien, et lesquels s’emportant en blasphèmes contre Dieu, et contre sa parole, s’abandonnent à toutes dissolutions, et ont dépouillé toute honte des hommes, et toute crainte de Dieu. […] Et d’autant qu’il n’y en a point, qui doivent plus toucher la conscience, que celles qui sont tirées de l’autorité de Dieu en sa parole, nous commencerons par là. […] En cette occasion, où le mal ne semble pas si grossier, la subtilité des excuses trouve plus d’apparence, et quelque bien mêlé avec le mal, sert de prétexte, à ceux qui cherchent de quoi flatter leur inclination, endormir leur conscience, et applaudir aux coutumes invétérées, et à l’humeur du vulgaire. […] Mais, outre que le plus souvent cela n’est pas pour le peuple, mais pour les plus commodesds et riches, d’autant que ce ne sont pas spectacles donnés par les puissants, pour être vus gratuitement ; mais achetés par les particuliers : cette raison ne vaut rien pour la conscience à laquelle nous parlons : et valait peu pour retenir le peuple en devoir, lequel au contraire était débauché par ceux qui lui préparaient des plaisirs, pour le gagner à eux. […] Mais si notre conscience nous témoigne, que Dieu les a en horreur et en exécration, que si comme en icelles le Diable trouve ses délices et s’en paît ; Dieu en est offensé ; Comment disons-nous que nous servons Dieu en son Eglise, qui en l’ordure de tels jeux servons continuellement au Diablefl, et cela le sachant et le voulant, et de plein gré ?
J'allais me regarder comme un monstre dans la société, si je n’eusse eu recours à ma conscience, au sens commun et à la Religion : je les ai consulté tous trois : tous trois m’ont assuré que vous aviez tort.
Alors les opinions de ce parti prévalent sur les opinions et la conscience d’un chacun ; c’est de là qu’est née la corruption, l’hypocrisie et l’infâme morale des intérêts, dont les jésuites de tout temps et aujourd’hui les pères de la foi, profitèrent avec un si grand avantage.
» Je sais bien que quelques-uns entendent cette répréhension, de la criminelle conduite des Juges, lesquels pour asseoir leurs Jugements, n’envisagent ni la Loi, ni le mérite de la cause ni leur propre conscience, mais seulement la qualité des personnes : si c’est un homme puissant dont ils puissent attendre du service, un ami qu’ils veulent obliger, un parent pour le favoriser, ou quelque autre dont on espère de la gratification : mais je n’ignore pas aussi, que ces paroles, « jusqu’à quand aurez-vous égard à la personne des pécheurs », ne doivent être expliquées que de l’injustice que commettent ces Messieurs, donnant leur consentement et leur approbation à des pécheurs publics, tels que sont pour l’ordinaire ceux qui tiennent le Théâtre, et qui ne trouvent leur accommodement, que dans la perte des autres.
Une femme à sa toilette est un Jugè sur son tribunal, elle prononce entre Dieu & le monde, elle prononce entre ses amans, & quoiqu’elle veuille plaire à tous, il en est pourtant quelqu’un de privilégié, dont elle veut faire, ou confirmer la conquête : elle fait ce qui est de son goût ; cette boucle est pour l’un, ce ruban est pour l’autre, le coup de pinceau pour un troisieme ; mais le premier arrêt, & le plus important, est celui que prononce la conscience entre Dieu & le monde. […] Les libertins les ouvriront, pour répaître leur corruption de l’aliment du vice ; mais peut-on en conscience exposer aux yeux, ce que la vertu est obligée de fuir, & que le vice récherche ?
Les Évêques se bornent à défendre dans le for de la conscience, à excommunier, à exhorter, à faire prêcher ; le reste est l’affaire du Magistrat. […] Les trois cens pieces de Lopès de Vega, & les trente plagiats de Corneille n’alarment pas tant la conscience qu’une seule comédie de Moliere, comme tous les romans des Amadis, des Chevaliers du Soleil, de la Table ronde, &c. où les Paladins alloient pour fendre les géans, mettre en fuite des armées, & conquérir des royaumes, en invoquant leur Dame, ne font pas autant de mal qu’un seul de nos romans à la mode.
François de Borgia, que le jeu était toujours très dangereux : et que quand on s’y donnait avec trop d’attache, on y perdait quatre choses, le temps, l’argent, la dévotion et la conscience. […] Quand vous êtes aux pieds des Confesseurs, vous changez bien de langage ; la vérité et votre conscience vous contraignent d’avouer tout ce que nous venons de dire, et souvent votre plus grand malheur et celui des autres femmes, ou des Filles vient d’un premier entretien dans un bal, ou de quelque autre divertissement, dont on leur a donné le régal, et qui les a fait tomber.
« Cette Actrice est continuellement agitée des remords de conscience sur la validité de son mariage ; elle craint d’habiter avec un homme qui n’est pas son mari, et demande qu’un sacrement dont elle use depuis cinq ans, soit déclaré nul, pour pouvoir se marier ailleurs. » La conscience d’une Comédienne !
La loi, la raison, l'intérêt de la conscience, ne font pas plus de grâce au plaisir qu'à l'action. […] Je ne parle même ici que de quelques honnêtes gens, en petit nombre, qui abhorrant la réalité des grandes passions, veulent se repaître de leur image, et en courir le risque dans leurs préludes ; car pour le grand nombre, dont la conscience est peu délicate, il ne demande ni ne mérite d'apologie.
Ce n'est guère à un Chrétien à se déclarer si fort le partisan de la joie, lui à qui les risques de son salut, la crainte d'une éternité de supplices, des remords de conscience, des péchés sans nombre, la nécessité indispensable de la pénitence, doivent, comme à David et à la Madeleine, faire verser des torrents de larmes. […] Dieu nous en fait malgré nous éprouver le faux : quel aveuglement de se repaître de chimères contre ses intérêts et sa conscience !
Quelle plus grande volupté peut-on sentir, que celle qui nous dégoûte de toutes les autres voluptez ; qui nous fait mépriser le siécle ; qui nous établit dans une veritable liberté ; qui conserve la pureté de nostre conscience ; qui nous rend satisfaits de nostre condition presente, qui fait que nous n’avons aucune crainte de la mort ; qui nous fait fouler aux pieds les idoles des païens ; qui nous rend victorieux des demons ; qui fait que nous ne vivons que pour Dieu ? […] « C’est un desordre, dit il, assez ordinaire parmi les François, d’aller masquez dans les maisons d’autrui, ne voulant pas estre connus, leur conscience leur marquant qu’ils n’ont nul dessein de bien faire en cette posture. […] Ceux qui usent moderément de la danse & du bal, se croient fort en seurcté du côté de la conscience, à cause de ce que S François de Sales a écrit de ces sortes de récréationsc.
Voyez le bien que cela fait pour la conscience de ces Messieurs ; pour la consolation des Ecclésiastiques, et des Religieux qui se réjouissent, et toujours à la gloire de Dieu, de voir le beau monde à leurs Fêtes, pour l’édification du bon peuple qui s’en retourne admirablement content du beau Sermon, du beau Salut, de la belle Messe !
Et mon dessein aurait heureusement réussi pour la gloire de Dieu, et pour le bien des âmes, n’eût été l’exemple d’une permission, qu’on dit avoir été accordée à la ville d’Alatre, voisine de mon Diocèse, contre une ordonnance semblable à la mienne, et comme l’on croit sans que votre Sainteté en ait eu aucune connaissance ; En vertu de laquelle concession, néanmoins, le peuple de cette ville croit pouvoir en sûreté de conscience persévérer dans sa mauvaise coutume, de célébrer la fête de saint Sixte Pape et Martyr, qui est le Patron de ce lieu, en dansant, et en assistant à d’autres semblables spectacles.
Mais tel qu’il est aujourd’hui, les Consciences délicates, ne pourraient-elles pas dire qu’il est condamnable ?
Comme leur conscience est nette, ils en ont une joie intérieure qui se répand jusque sur leur visage.
Je pourrais, Messieurs, vous faire le même compliment que vous me faites, je pourrais vous dire qu’on vous fait beaucoup d’honneur de vous répondre ; mais j’ai une plus haute idée de tout ce qui sort de Port-Royal, et je me tiens au contraire fort honoré d’entretenir quelque commerce avec ceux qui approchent de si grands hommes… Toute la grâce que je vous demande, c’est qu’il me soit permis de vous répondre en même temps à tous deux, car quoique vos Lettres soient écrites d’une manière bien différente, il suffit que vous combattiez pour la même cause, je n’ai point d’égard à l’inégalité de vos humeurs, et je ferais conscience de séparer deux Jansénistes. — Aussi bien je vois que vous me reprochez à peu près les mêmes crimes, toute la différence qu’il y a, c’est que l’un me les reproche avec chagrin, et tâche partout d’émouvoir la pitié, et l’indignation de ses Lecteurs, au lieu que l’autre s’est chargé de les réjouirb.
Elle fait les plus grands éloges du Prince de Condé, & des services qu’il a rendus à l’Etat, de ceux qu’elle a rendu elle-même, entretenant les peuples dans la soumission, tandis qu’elle avoit mis tout en œuvre pour les soulever ; elle déplore les malheurs de sa maison & les siens (dont elle étoit la cause), & prétend avoir été forcée de recourir à la protection des ennemis de l’Etat, pour se défendre des entreprises formées contre elle ; elle assure que son innocence, sa conscience, son devoir l’obligent à sa légitime défense (ces grands mots s’appliquent ce qu’on veut) ; que les personnes les plus distinguées de l’Eglise, de la Cour, de la Robe, de l’Epée, toutes les grandes villes du Royaume, l’ont sollicitée d’être la protectrice de l’Etat ; que le Roi d’Espagne (tant elle étoit une personne importante) l’avoit invitée de le seconder, pour rétablir l’ordre & la paix en France ; sans quoi on auroit une guerre civile qui le désoleroit ; qu’elle étoit seule en état de rémédier à tant de maux, que la Reine étoit aveuglée par son Ministre ; que le Duc d’Orléans, trop facile, négligeoit tout par foiblesse ; qu’en conséquence elle avoit fait un traité avec le Roi d’Espagne, pour joindre leurs forces & agir de concert ; que la paix se feroit surement quand tout seroit réparé ; que jusqu’alors il ne falloit pas s’y attendre. […] Elle écrivoit aussi de tous côtés & entretenoit des correspondance avec les rebelles, avec l’Archiduc & les Ministres d’Espagne, pour continuer la guerre, faisoit des traités avec eux, composoit des manifestes, en innodoit la France, contre le Roi, la Reine, le Duc d’Orléans, le Cardinal Mazarin, se donnoit pour l’unique ressource de l’Etat, invitée par tous les ordres, & obligée en conscience d’entreprendre un dessein si grand, si glorieux ; elle déclare qu’elle veut bien traiter de la paix avec la Reine, mais non avec le Ministre, & qu’elle ne posera point les armes que les Princes ne soient libres, &c. […] On ne peut , dit-elle, se faire des amis aux dépens de sa conscience.
Enfin on rapporte de la représentation de cette piece cette double instruction, que tout criminel contre sa conscience, est comme Mahomet, un homme détestable, & que l’emportement d’un zele inconsideré, peut conduire aux plus énormes attentats. […] Ce ne peut être certainement sur le témoignage de votre conscience, vous ne pouvez les condamner que sur le témoignage des autres, sur des ouï dire, que devoit démentir, ou du moins balancer votre propre expérience. […] Je veux bien croire que tout Orateur étoit persuadé de la pureté d’intention de ses cliens, & que sa conscience s’en rapportoit à leur bonne foi, qui le rassuroit contre le danger d’avilir l’usage de l’éloquence, en l’engageant à la solde de l’iniquité.
Car sur ce point, les usages du monde et les principes de la conscience, les règles de la politesse et les maximes de l’Evangile sont d’accord. […] Un Sceptique ne connaît ni principes de conscience ni motifs de vertu ; il n’a ni crainte ni espérance d’un avenir qui lui servent de frein : il ne consulte que ses penchants, son plaisir, son ambition, son avarice : il lui importe peu par quelles voies il arrive à ses fins, pourvu qu’il y arrive, il est content, il est en repos. […] le système convient à la disposition du libertin ; il couvre la malice de son cœur : il autorise ses procédés : car rien ne lui blesse plus les yeux que les lumières de la conscience et de la vertu.
C’est dans les mœurs, dans une éducation dure et sévère, dans une conscience pure et ferme, que germe la valeur et le courage7 ; le meilleur Chrétien, disoit le grand Gustave, est toujours le meilleur soldat ; et le plus mauvais de tous sera toujours celui qui, élevé dans le mépris de tous les devoirs religieux, moraux et civils, a cédé durant la flexibilité des premières années au sentiment des plaisirs sensuels, qui a dû s’en pénétrer, s’en nourrir pour en rendre l’expression avec vérité. […] N’est-il pas d’une impossibilité manifeste, que les vices et les passions des hommes qui ne cèdent qu’avec peine aux impulsions de la conscience et de l’honneur, s’évanouissent à la voix d’un comédien ?
« du côté de la politique, à se rendre de plus en plus sevère sur le choix des Sujets ; 2°. du côté de la conscience, à maintenir les Règlemens déja établis, lesquels consistent à ne point permettre de Pièces tirées des Ecritures-Saintesa, ainsi que plusieurs Magistrats s’en sont déja déclaré ; 3°. à mettre ordre à la conduite des Acteurs & des Actrices, qui éclateroit trop, comme on en a vû plusieurs exemples ; à recommander enfin aux Censeurs de redoubler d’exactitude, pour ne souffrir dans les Pièces, ni impiétés, ni satyres personnelles, ni obscénités.
« Avertissez incessamment vos voisins et vos proches, dit ce saint Docteur, de s’appliquer toujours aux bonnes œuvres, et de ne s’entretenir que de discours honnêtes et Chrétiens dans leurs conversations, de peur qu’en détractant, et parlant mal de leur prochain, et dansant les jours des Fêtes des Saints, ou en chantant des chansons impudiques, ou indécentes, ils ne blessent leur conscience par ces dérèglements.
Quel est le mauvais prêtre qui n’ait pas senti sa conscience l’accuser en entendant Tartuffe dire à une femme pour la séduire : « il est avec le ciel des accommodements ?
Cependant, on fréquente, en Italie comme en France, le théâtre, malgré la loi & la conscience parce que le vice se met presque toujours au-dessus d’elles ; mais on mutile, en Italie, les chantres de l’opéra.