peut douter que l’habitude de voir toujours dans les vieillards des personnages odieux au Théâtre, n’aide à les faire rebuter dans la société, et qu’en s’accoutumant à confondre ceux qu’on voit dans le monde avec les Radoteurs et les Gérontes de la Comédie, on les méprise tous également ?
C’est ce devoir que des Magistrats plus Chrétiens encore que Citoyens, ont rempli il y a aujourd’hui trois mois, en dénonçant à la Cour nombre d’Ecrits dangereux, entr’autres le Livre de l’Esprit, & le Dictionnaire Encyclopédique, & en dévoilant à ses yeux une partie du venin caché dans ces ouvrages, qu’on nous annonçoit comme devant servir à éclairer le monde, & qui sont démontrés n’être que l’œuvre du Pere du mensonge & de l’esprit de ténèbres. […] des oracles de l’impiété, qui livrés à leur imagination , sous le manteau d’Hommes de Lettres, induisoient en erreur leurs Concitoyens, & pervertissoient le monde en refusant de subordonner la science des mœurs à celle de la Religion , est encore aujourd’hui pour confondre & faire taire des Oracles de l’impiété, qui livrés à leur imagination, sous le masque d’hommes de théâtres , induisent en erreur leurs Concitoyens, & pervertissent le monde, en refusant de subordonner la science des mœurs à celle de la Religion : donc ils vont se taire ces anciens oracles de l’impiété, depuis si longtems confondus ; donc le renversement des théâtres, cet avenir que je ne vois qu’à la faveur du flambeau qui m’est présenté par Thémis même, ne peut être ni incertain ni éloigné. […] retrancher l’amitié de la vie, c’est ôter la lumière du monde. […] Dans ce cas ils ne seront pas, j’en suis sûr, le plus grand nombre ; & dès-lors quand (p. 8) nous n’aurions encore que la morale de l’enfance du monde , si on avoit à la perfectionner , on n’auroit point à consulter leur intérêt .
Polyeucte ne vaut-il pas tous les Sermons du monde ? […] Il est vrai que les Lacédémoniens n’étaient point affectés des danses des jeunes filles nues quoique cet usage, introduit par Lycurgue, soit blâmé universellement, ainsi que son réglement barbare, d’étouffer les enfans qui venaient au monde, qui ne promettaient pas d’être bien faits & vigoureux. […] Le monde est un Théâtre, chaque personne y joue son rolle, & se trouve plus ou moins payé selon l’importance du personnage qu’il représente, mais qu’il ne ferait pas, s’il n’y avait point de salaire attaché. […] Faut-il que j’aie mis au monde un parricide, qui, par la perte de son Frère, s’est fait un chemin pour assassiner son Père même ? […] Son Académie lui acquit une si grande réputation qu’il y venait des Etudians de toutes les parties du monde ; aussi Pline l’appelle-t-il Anthenopolis, Ville de Minerve.
A l’égard des hommes, la corruption est parvenue à un tel degré sur ce point, qu’il me paraît inutile d’en parler ; je me contenterai seulement de citer et d’adopter la maxime d’un Auteur recommandable qui ne craint pas de dire, qu’il n’y a plus d’honnêtes gens dans le monde, parce que la façon avec laquelle on traite aujourd’hui la passion d’amour déshonnore également tous les hommes. […] De son côté Inès, qui partage les crimes de son Amant, ne fût-ce que parce qu’elle ne les empêche pas, et qui, loin d’exiger de lui de vaincre sa passion, s’abandonne à la sienne propre en épousant Dom Pedre en secret, malgré l’avenir affreux qu’elle prévoyait ; Inès, dis-je, est punie de son aveuglement par la perte de la vie ; et, en mourant, elle ne peut ignorer que, par sa mort, elle prive son Amant de ce qu’il a de plus cher dans le monde.
Les titres, les erreurs, les songes du monde n’ont jamais ébranlé les principes de Religion que je vous connois depuis si long-temps : ainsi le langage de cette Lettre ne vous sera point étranger, & je compte qu’approuvant ma résolution, vous voudrez bien m’appuyer dans ce qui me reste à faire pour l’établir & pour la manifester.
Je dis donc que ces Canons dans la prohibition de la danse, n’ont parlé que des divins Offices, parce que les saints Conciles n’ont pas jugé qu’on peut dans un même jour vaquer aux mêmes Offices divins, et s’adonner aux divertissements du monde.
Enfin le Sauveur établit cette différence essentielle entre ses disciples et les partisans du monde, que ceux-ci se réjouiront, tandis que les chrétiens vivront dans la tristesse.