N’est-ce pas le Poëte qui a crée ces caractères, qui a groupé ces personnages ; & qui a imprimé sur tous les rôles cet esprit général qui les vivifie, & cause des impressions si délicieuses ?
Les mœurs de la Capitale reçoivent l’impression des Grands.
Quelle impression n’auroit pas fait sur lui la représentation des mêmes aventures par des marionnettes vivantes, les décorations, les machines !
Ce qu’on en rapporte est la perte de l’innocence, une mauvaise impression, que les passions, qu’on a naîvement representées, & les personnes, qu’on a vûës peuvent faire.
[NDE] L’auteur fait référence à l’influence de la typographie anglaise de la fin du xviii e siècle sur les pratiques d’impression en France, notamment sur Firmin Didot, avec l’utilisation de caractères plus larges pour faciliter la lecture, et des marges plus importantes.
Ces premieres impressions ne s’effacent que difficilement ; il n’est pas aisé de rompre ces premieres liaisons, ces anciennes amours sont d’ordinaire les plus fortes ; & si les peres & les meres ne doivent pas permettre à leurs enfans de commettre des actions contraires à ce que Dieu leur ordonne, ils sont obligez, à plus forte raison, d’empescher qu’ils n’aillent en des lieux, d’où ils reviendront avec de méchantes inclinations, qui seront des sources perpetuelles de mauvaises actions. […] Ceux qui sont chargez de ces dignitez sont obligez d’empescher l’impression, d’arrester le debit, d’interdire la lecture de ces livres : on ne peut permettre leur édition, leur cours, & leur usage, sans se rendre coupables de tous les méchants effets que ces livres pernicieux produisent ; & nous pouvons dire de ceux qui souffrent ces corruptions publiques ce que Tertullien disoit de la patience des Payens qui enduroient les desordres de leurs maisons : Tanti boni nomen, fœdis operationibus occupant. […] Ils ne manquent pas d’aposter des domestiques, des confidens, des Conseillers, qui semblent détourner les principaux personnages des crimes qu’ils sont disposez de commettre ; la passion est si forte qu’elle surmonte tous les obstacles, elle trouve des conseils & des secours pour se satisfaire, ou par adresse, ou par force ; ces passions violentes font sans doute quelque impression dans l’esprit des spectateurs ; elles leur apprennent à refuter les remontrances des amis & des parens, à s’opiniâtrer dans de méchans desseins, à trouver les moyens de les accomplir, & de se contenter. […] Je ne vois pas que ces precautions soient plus difficiles en ce siecle, que dans celuy de ces grands Princes, & qu’un Monarque qui les surpasse en tant d’avantages extraordinaires, ne les imitast dans le soin de l’innocence publique, si ce qui la blesse avoit l’insolence de paroistre devant sa Majesté, & si elle estoit informée de ces desordres ; ce soin ne causeroit pas plus de peines aux Magistrats, que celuy que les loix leur donnent de l’impression des Livres qui traitent des choses les plus saintes.
L’Auteur, pour ne pas perdre le fruit de ses travaux, l’a fait imprimer à Amsterdam, où sa doctrine ne peut être mal accueillie, & avant l’impression il l’a lue & jouée dans la société particuliere où les talens de l’Acteur ont fait valoir ceux de l’Auteur. […] Quoi qu’il en soit, l’impression a été son écueil, & la mise à sa place, parmi les ouvrages médiocres dans le littéraire, mauvais dans l’ordre de la religion. […] Une ame incapable de résister à de si foibles impressions, n’a ni assez de fermeté dans le caractère, ni assez d’énergie dans les sentimens, ni assez de vivacité dans les passions, pour avoir de si grands mouvemens. […] Elle lui parle enfin de sa répugnance, mais non de son amour, en sorte que la mère apperçoit la passion de Monval, lui demande quelles sont donc ses espérances, & s’il peut se flater d’avoir fait quelque impression sur le cœur de sa fille.