IL n’a presque pas paru d’ouvrage sur l’Education des deux sexes, sur-tout à la fin du dernier siecle & au commencement de celui ci, où l’on n’ait parlé du théatre, & où l’on ne conseille de l’interdire aux jeunes gens. […] L’idée du mariage qui la termine ne dure qu’un instant à la fin de la piece, & on n’y pense plus. […] Esprit, de se souvenir des fins dernieres, pour ne pas pécher : Memorare novissima tua, & in æternum non peccabis.
Mais pourquoi dissimuler qu’ils n’y ont été que des Acteurs subalternes que les Princes ont fait agir, qui n’ont paru sur le théatre qu’à la fin de la piece ; que la ligue étoit formée depuis plusieurs années ; qu’elle avoit été adoprée dans les provinces, dans les Parlemens, dans les Etats généraux, par la Sorbonne & les Evêques ; qu’elle avoit le Roi même à sa tête, armé pour la défendre contre l’hérésie, avant qu’aucun Religieux parût sur les rangs ? […] En ce jour le Seigneur leur ôtera leurs chaussures magnifiques, leurs croissans d’or, leurs colliers de perle, leurs brasselets, leurs coiffes, leurs rubans, leurs boucles de cheveux, leurs jarretieres, leurs chaînes d’or, leurs boëtes de parfums, leurs pendans d’oreilles, leurs bagues, leurs pierreries, qui leur pendent sur le front, leurs robes superbes, leurs écharpes, leur linge fin, leurs poinçons de diamans, leurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux, leurs habillemens légers dont elles se couvrent en été ; leurs parfums seront changés en puanteur, leurs ceintures d’or en cordes, leurs cheveux frisés en une tête nue, leurs riches habits en cilice : Eò quod elevatæ sunt, extento colle, nutibus oculorum, &c. […] Cet esprit se répand dans le Cloître ; combien de Religieuses ont leur toilette, & couvrent d’un voile le linge le plus fin, l’étoffe la plus précieuse, l’arrangement le plus galant !
C’est dans cette sainte paix que donne le témoignage d’une bonne conscience, que ce Prince étant prêt de sortir de cette vie, regarda la mort comme la fin du vieil homme « Finis veteris hominis mors est. » Idem de vera Relig. cap. 26. […] Les Comédies et les Tragédies sont mauvaises selon leur genre, selon leur espèce, selon leurs circonstances, selon leur fin, et selon leurs effets. […] Et Philippus obses triennio Thebis habitus, Epaminondæ, et Pelopidarum virtutibus eruditus, regnum Macedoniæ, Græciæ, et Asiæ cervicibus, veluti jugum servitutis imponeret. » Justin. in fine lib. 6. […] Tite-Live nous l’apprend encore plus clairement sur la fin du 8. livre, où il remarque que cet emploi n’était pas fort considérable, et qu’il était presque indigne d’un Dictateur. […] Liv. in fin. l. 8.
Saint Charles Borromée, qui vivoit à la fin du seiziéme siécle, eût le même sentiment de celle qu’on représenta alors ; & nous dit : « Qu’entre les entretiens publics de corruption étoient les spectacles de la Comedie, & que tout ceci étoit contraire à la morale chrétienne. » Personne ne nous prouvera, que le Theatre du dixseptiéme, ou du dixhuitiéme siécle soit plus chaste que dans le siécle de ce Saint : je suis donc en droit de pouvoir suivre le commandement du même Saint, qui veut, que ceux qui ont quelque charge des ames, en inspirent de l’horreur à celles que Dieu leur a confiées ; qu’ils leur montrent, que ces spectacles sont les malheureuses sources des calamités publiques, qui accablent le peuple chrétien ; & qu’ils alleguent à cet effét l’autorité des Saints Chrysostome, & Cyprien, & du grand Salvien. […] Il est de la foi, qu’une vie purement naturelle ne nous conduira jamais au salut : une fin surnaturelle ne s’acquiert, que par des moiens, qui visent plus haut que la nature.
On choisit pour ces rôles, ajoute l’historien, la fine fleur des petits polissons de la ville ; le patriarche Moïse, avec le livre de la loi, se trouve encore introduit dans cette mascarade. […] Ce rafraîchissement est même indiqué par article exprès intitulé Conductus ad poculum ; tout l’office était entremêlé de morceaux en prose et en vers léonins, au milieu et à la fin. […] Rousseau a fait graver la musique à la fin de son Dictionnaire. […] A Beauvais, dans la fête de l’âne, l’introït, le kyrie eleison, le gloria in excelsis étaient toujours terminés par le cri, hin, han, qui imite celui de l’âne ; et à la fin de la messe, le prêtre se tournant vers le peuple, au lieu de dire l’ite, missa est, criait trois fois, hin, han, à quoi le peuple répondait de même et trois fois, au lieu du Deo gratias. […] Voici un diplôme de réception délivré à Louis Barbier de la Rivière, évêque de Langres (depuis 1655 jusqu’en 1670) ; sa contexture est digne de remarque, et il est fort singulier, qu’un évêque qui était pair ecclésiastique, et qui fut même au moment d’être élevé au cardinalat, l’ait accepté : « Les superlatifs et mirelifiques Loppinants de l’infanterie dijonnaise, nourrissons d’Apollon et des muses, enfants légitimes du vénérable père Bontemps, à tous fous, archifous, lunatiques, éventés, poètes par nature, par béccare, et par bémol, almanachs vieux et nouveaux, présents, absents et à venir, salut, pistoles, ducats, portugaises, jacobus, écus et autres triquedondaines, savoir faisons, que haut et puissant seigneur de la Rivière, évêque, duc et pair de Langres, ayant en désir de se trouver en l’assemblée de nos goguelus et aimables enfants de l’infanterie dijonnaise, et se reconnaissant capable de porter le chaperon de trois couleurs, et la marotte de sage folie, pour avoir en eux toutes les allégresses de mâchoires, finesses, galantises, hardiesse, suffisance et expérience des dents qui pourraient être requises à un mignon de cabaret, aurait aussi reçu et couvert sa caboche du dit chaperon, pris en main la célèbre marotte, et protesté d’observer et soutenir ladite folie à toute fin, voulant à ce sujet être empaqueté et inscrit au nombre des enfants de notre redoutable dame et mère, attendu la qualité d’homme que porte ledit seigneur, laquelle est toujours accompagnée de folie ; à ces causes, nous avons pris l’avis de notre dite dame et mère, et avons par ces présentes, hurelu Berelu, reçu et impatronisé, recevons et impatronisons ledit seigneur de la Rivière en ladite infanterie ; de sorte qu’il y demeure et soit incorporé au cabinet de l’inteste, tant que folie durera, pour y exercer telle charge qu’il jugera être méritée par son instinct naturel, aux honneurs, privilèges, prérogatives, prééminence, autorité, puissance et naissance que le ciel lui a donnés, avec pouvoir de courir par tout le monde, y vouloir exercer les actions de folie, et y ajouter ou diminuer, si besoin est ; le tout aux gages dus à sa grandeur, assignés sur la défaite et ruine des ennemis de la France, desquels lui permettons se payer par ses mains, aux espèces qu’il trouvera de mise.
En effet, le savant Lypsius qui a fait un Traité curieux touchant les Combats des Gladiateurs c, nous décrit comment ensuite des Festins, lorsque les conviés étaient à la fin du repas, remplis des viandes les plus exquises, et des vins les plus délicats, on apportait des treillis, ou des balustrades amovibles, que l’on rangeait autour des conviés, pour les tenir hors la portée des coups. […] De-là toutes ces fictions, tous ces mariages des Dieux, ces descriptions de leurs folles passions : on orna les Théâtres de Décorations : on y ajouta la Danse ; les femmes parurent enfin sur le Théâtre : tout s’y ordonna ; tout s’y concerta pour émouvoir les passions des Spectateurs, et le désordre devint si grand, comme l’Auteur le dit lui-même d, que le Peuple à la fin des Spectacles, sortant des bornes de la droite raison, avec laquelle il était entré, demandait par une fureur brutale que les Comédiennes fussent dépouillées, pour rassasier leurs yeux d’une impureté criminelle. Ce qui ne peut assez me surprendre, est que quand il ese trouvait à ces Comédies quelque Personnage recommandable par sa vertu, et dont le respect empêchait le Peuple de s’abandonner à une pareille infamie ; au lieu de demeurer jusqu’à la fin de l’Assemblée, il se retirait pour laisser le monde dans une entière liberté. […] Mais s’ils ont épuré leurs Spectacles de ces grossièretés ; qu’ils ne se croient pas pour cela exempts de péché : leur manière de jouer, pour être plus délicate et plus fine, ne laisse pas d’être aussi dangereuse. […] Mais ce silence politique n’excuse pas de péché, et ne met pas l’homme à couvert des châtiments de l’autre monde, parce qu’il ne peut jamais secouer l’assujetissement où il est, à cette Loi divine, qui le pénètre tout entier, pour en régler toutes les actions intérieures et extérieures, toutes les paroles, toutes les pensées, et toutes les affections, sans laisser rien d’impuni de ce qui l’écarte de sa dernière fin.
Peut-on se proposer une fin plus louable, plus glorieuse ?