Cet homme, qui jouissoit de vingt mille livres de rente en bénéfices, étoit toujours en cet état, chez lui, aux promenades, aux spectacles, à la Cour, à l’Eglise. […] L’Abbé de Choisi ne pouvoit mieux lui plaire qu’en entrant dans ses inclinations, en lui faisant la cour sous ces habits. […] Sa vie, qu’on a donnée depuis peu en histoire & en lettres, rapporte qu’elle aimoit si fort le Grec & les antiquités, & avoit tant d’envie de paroître savante, qu’elle fit représenter en Grec les tragédies de Sophocle, auxquelles pour lui faire la Cour on applaudissoit sans les entendre, & auxquelles malgré leur beauté les Dames Suédoises s’ennuyoient fort ; que Meibomius ayant donné au public des recherches sur la musique des anciens, & Naudé ayant écrit sur la danse Grecque & Romaine, elle obligea ces deux Auteurs, qui étoient à sa Cour, de réaliser leurs opinions, & de joindre la pratique à la théorie. […] On n’en fut instruit que long-temps après à la Cour de France, lorsque l’orage éclata. […] On la trouva si belle, sur-tout la Reine, qu’on voulut la jouer à la Cour le jour de la naissance du Roi.
3°, Que l’Auteur s’est écarté du sens commun lorsqu’il a écrit à la 39 page, que « des Prélats de la Cour étant allés à la Comédie, c’est une marque qu’elle est si pure et si régulière qu’il ne peut y avoir de honte ni de scrupule à s’y trouver ». […] * * * Plein des dons de la Cour sur le point de vieillir, Il méprise un métier qui vient de l’anoblir ; Et détestant ses Vers trop remplis de tendresse, Les prend pour des péchés commis dans sa jeunesse. » Le prétendu Théologien devrait suivant ses principes traiter de scrupuleux M. […] Véritablement quelques personnes s’étaient avisées de dire que Molière avait plus corrigé de défauts à la Cour et à la Ville lui seul, que tous les Prédicateurs ensemble : mais comme a dit fort judicieusement l’Auteur de la République des Lettres Avril. 1684. p. 201. […] Les Abbés de Cour n’osent même, dit-on, y aller. Les plus pieux en effet en sont assez détournés par les principes du Christianisme ; et du temps du Louis XIV, ceux qui voulaient faire leur Cour, l’eussent faite assez mal en allant à la Comédie, où ce Roi n’allait plus depuis plusieurs années.
L’apostat fut un persécuteur déclaré ; d’abord avec quelque réserve, & sans effusion de sang, se contentant d’exclure les chrétiens des charges, leur interdisant l’étude & l’enseignement des belles-lettres, dépouillant les églises, & affectant un air de justice & de modération : mais, bien-tôt levant le masque, il les livra à leurs plus grands ennemis, qui ne pouvoient mieux lui faire leur cour qu’en faisant couler le sang galiléen ; lui-même en fit mourir un grand nombre, & jura de les exterminer tous après la guerre de Perse. […] C’est, dit-on, un homme ambitieux & avare, qui, né dans l’obscurité & la misere, a trouvé le moyen, par les intrigues, les extorsions & les sacriléges, en vendant les choses saintes, de se pousser à la cour & de devenir extrêmement riche. […] Un prélat estimé du public & du prince, Qui de la ville & de la cour, Fait les délices & l’amour De Paris & de la province. […] Lorsqu’au milieu de son palais, A travers plus de vingt Laquais Entouré d’une cour nombreuse, Il faut aborder Monseigneur, Souvent le seul nom de Grandeur M’interdit & me rend honteuse : Mais lorsque, dépouillé de l’air majestueux, Je le trouve auprès d’un théatre, Je suis contente comme quatre, Je ris & saute de mon mieux.
Quand Abeille fut reçu à l’Académie, Racine homme très-caustique, mais que la dévotion corrigea, & que l’air de la Cour polit, lui fit cette épigramme très-plaisante rapportée dans le livre des trois siecles. […] Malgré sa politique & sa finesse, Racine passoit à la Cour pour un homme qui vouloit être courtisan, mais qui ne savoit pas l’être. […] La Réligion corrigea Racine de l’ambition comme du théatre, il en mérita mieux l’estime de la Cour & du public. […] Il fit la cour au P. la Chaise alors Distributeur des graces. […] Dans une piece représentée à la Cour, le Roi fut si content de son jeu, qu’il augmenta sur le champ de 3000 sa pension de 1000 qu’elle avoit déjà.
Philippe la fit sortir de prison, lui ménagea son pardon, les bonnes grâces, les bons traitemens de la Cour, & en usa avec elle si poliment, que les romans l’en font amoureux, & que Marie, dit-on, en fut jalouse. […] Pour favoriser les Protestans des Pays-Bas & somenter les troubles de la Cour d’Espagne, Elisabeth qui ne cherchoit qu’à brouiller, fit proposer de se marier avec D. […] Il ne manque que cela à la Cour pour faire une belle comédie. […] Le Cardinal Polus & le Chancelier Gardiner eurent avec Elisabeth par ordre de la Cour un long entretien pour tâcher de la convertir ; cet entretien fut imprimé sans son consentement, & ne fut pas désavoué. […] Marie Stuart, Reine d’Écosse, veuve de François II ayant quitté la Cour de France ; s’en retournoit dans ses Etats ; Elisabeth qui en fut instruite, envoya plusieurs vaisseaux pour l’enlever dans son passage.
Le Grand-Duc, prince allemand, & la Grande-Duchesse son épouse, à la tête de toute leur cour, coururent toutes les rues de Florence, sur quelques verglas qu’un froid assez vif y avoit répandu. […] Toutes les personnes distinguées de la cour & de la ville y étoient en habits de différens caracteres, analogues aux personnages qu’elles devoient représenter. […] La comédie nouvelle, l’Ecole des Mœurs, n’a pas réussi à la cour. […] Dans un roman, ou plutôt dans une satyre insipide, sous le nom d’un negre qu’il appelle Zima, il donne des regles pour l’éducation des princes qu’on n’a jamais connus dans aucune cour. […] Il est faux que l’empire de la Chine soit absolument fermé aux européens, puisqu’il y va une foule de missionnaires de tous les ordres, jusques dans la cour de l’Empereur, honorés de ses saveurs, qui ont tant écrit sur la Chine.
On n'y reconnaît plus ces Anciens Prêtres, Ministres de l'Idolâtrie, comme Souverains Pontifes, ce n'est plus à l'honneur de quelques fantastiques Divinités que nos Poètes et nos Acteurs consacrent leurs travaux, ni qu'ils rendent des actions de grâces, quand ils y reçoivent des applaudissements ; Tous leurs soins ne vont qu'à complaire à la Cour de France et à la Ville de Paris, et leurs remerciements ne sont que pour les bienfaits dont nos Princes les honorent. […] Pourquoi voudrait-on les traiter avec plus de rigueur que les autres Spectacles de l'antiquité que les Empereurs Chrétiens ont entretenus longtemps après leur avoir ôté tout ce qu'ils avaient du Paganisme ; ils en firent les divertissements de leur Cour et de leurs Peuples, quand les Fidèles y purent assister sans entrer dans la société des Idolâtres.