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98. (1825) Des comédiens et du clergé « Des comédiens et du clergé. —  De la suprématie de la puissance séculière sur la puissance ecclésiastique ; des erreurs et des crimes du clergé et des anathèmes fulminés par les conciles contre les prêtres et les séculiers qui attentent à l’autorité et à la vie des souverains. » pp. 331-345

Les désordres infinis du clergé de France excitèrent les craintes de la nation et du roi Henri III, aux états de Blois, tenus en 1588 ; le garde des sceaux de Montholon prononça dans cette assemblée, au nom de ce prince, un discours dans lequel on remarque le passage suivant : « Sa majesté demande donc d’abord au clergé puisqu’il est chargé de la réformation des autres, qu’il commence par se réformer lui-même, et donner bon exemple aux autres ordres de l’Etat. » Cette mercuriale, justement méritée et justement appliquée, devait porter le clergé à écouter la parole royale et le vœu de la nation, et à rentrer de lui-même dans les principes de l’Evangile et dans les dogmes apostoliques, qui indiquent et ordonnent aux ministres du culte une soumission entière à la volonté du prince ; mais loin de produire un effet aussi salutaire, aussi conforme aux préceptes de la religion, cette mercuriale ne fit qu’allumer le feu de la vengeance dans le cœur du clergé, et le prince qui l’avait ordonnée fut cruellement assassiné l’année d’ensuite par Jacques Clément prêtre et dominicain ! […] « Le clergé pour qui j’ai eu tant d’égards, auquel j’ai cherché à m’associer, jusqu’à avilir dans cette vue la majesté royale, s’est laissé aveugler, il y a déjà longtemps, par un faux zèle pour la religion, et donne aujourd’hui au peuple français l’exemple de la révolte. » Quelle leçon pour les rois ! […] C’est sous le règne d’Henri III que le clergé et les jésuites eurent la criminelle audace de proclamer les principes subversifs de toute monarchie légalement instituée : « Qu’un prince qui maltraite ses citoyens est une bête féroce, cruelle et pernicieuse ; « Qu’il y a des cas où il est permis à tout le monde de tuer, même celui qui est prince de droit, soit par succession, soit par élection, mais qui devient tyran par sa conduite ; « Que si un prince légitime devient tyran jusqu’au point de piller les fortunes publiques et particulières, s’il méprise notre sainte religion, s’il charge ses sujets d’impôts injustes, s’il fait des lois avantageuses pour lui et peu utiles au public, la république doit s’assembler et l’inviter à se corriger : que s’il ne répare pas ses fautes, elle peut lui faire la guerre, et si les circonstances le permettent, lui porter le fer dans le sein. […] 8° « Si quelqu’un par esprit d’orgueil et d’indépendance s’élève contre la puissance royale, dont Dieu même est l’instituteur, et qu’il refuse d’obéir sans vouloir se laisser convaincre par la raison et par la religion, qui lui prescrivent une obéissance entière, qu’il soit anathème. » Concile de Tours, an 1583, can. 1. » Il est impossible de condamner plus canoniquement ceux qui attentent à l’autorité et à la vie des rois, soit que les coupables appartiennent à l’ordre ecclésiastique, ou à l’ordre séculier.

99. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE II. De la Danse. » pp. 30-51

Ignorans dans tout le reste, sur-tout pour la religion, dont ils n’ont pas les premiers élémens, faut-il être surpris qu’ils soient initiés dans les sombres mystéres du vice ? […] S’ils étoient instruits de la sainteté, de la modestie de la loi chrétienne, que penseroient-ils de leur religion ? […] La religion chrétienne est trop mal-adroite pour faire cette liaison, elle n’a jamais pensé que les mystères pussent être des amusemens. […] Je ne sais où il a trouvé ce fait : il contredit l’histoire, qui nous montre les mariages chez les Romains comme des actes de religion très-décens. […] Henri IV a été Protestant presque toute sa vie : est-ce une apologie de la religion Protestante ?

100. (1756) Lettres sur les spectacles vol.1 pp. -610

Je connois, Monsieur, votre respect pour la Religion. […] Sa religion se laissoit rarement surprendre, & jamais corrompre. […] Et tandis que, sous un air de modération, elle tolere les Religions les plus bizarres, elle déclare une guerre implacable à la Religion chrétienne, la seule vraie, la seule digne de Dieu. […] Comment oublie-t-on ainsi la Morale & la Religion au Théatre ? […] Il respecta & fit toujours respecter la Religion pendant sa vie ; il sçavoit qu’Homere a dit que la Religion étoit la chaîne qui lioit le Ciel à la terre.

101. (1687) Avis aux RR. PP. jésuites « IV. » pp. 17-22

Jupiter, Hercule, Orphée, Apollon, Esculape, Argus, Mercure, des Génies, des Zéphyrs, des Songes, la Renommée, la Discorde, les Furies, en sont les principaux Acteurs : L’Innocence, la Vérité, la Religion, n’y paraissent que pour être déshonorées. […] Car le Paganisme règne tellement dans votre Ballet, qu’on n’y trouve rien qui applique l’esprit à quelque chose de particulier à la Religion Chrétienne. […] Despreaux, abuser de la fable, ou plutôt de la Religion, que d’y mêler vos ornements profanes dont elle n’est point susceptible.

102. (1762) Lettres historiques et critiques sur les spectacles, adressées à Mlle Clairon « Lettres sur les Spectacles à Mademoiselle Clairon. — LETTRE X. » pp. 171-209

Or, comment allier cette profession avec la pureté de la Religion chrétienne ? […] Si vous avez de l’honneur, ayez honte de vivre avec tant de personnes qui font gloire d’en manquer, & qui n’inspirent guères moins d’horreur aux personnes du monde, qu’à celles qui font une profession sincére de la Religion chrétienne. […] Tertulien & Saint Cyprien nous invitent à des Spectacles bien différens des vôtres, Mademoiselle, ils introduisent l’homme raisonnable & chrétien dans le Sanctuaire de la Religion & de la nature, pour charmer tour-à-tour sa raison & sa foi. […] Si des choses ravissantes que l’Univers étale à nos yeux, l’on passe aux objets que la Religion nous présente, quoi de plus auguste1 & de plus sublime ! […] Contemplons les merveilles de sa Naissance & de sa vie, les circonstances édifiantes de sa Mort, la gloire de sa Résurrection, la Mission & le zéle de ses Disciples, leurs succès prodigieux ; sans lettres, sans crédit, ils établissent jusqu’aux extrémités du monde, la Religion d’un Dieu crucifié.

103. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE V. Des Jésuites. » pp. 108-127

Il y a sans doute de la différence entre les pièces de Collège et celles de l'Hôtel ; les Ecoliers ont de la religion et des mœurs, et qu'est-ce qu'une troupe de Comédiens et de Comédiennes ? […] Ce moyen de s'avancer s'est tourné contre eux, l'estime et la confiance qu'ils méritaient, s'est affaiblie ; la religion et les mœurs ont perdu à vue d'œil par le théâtre, et ne se rétabliront pas tandis qu'il subsistera. Les Jésuites, qui s'étaient partout établis par les mœurs et la religion, ne devaient se maintenir que par elles. […] Escobar et Busembaun le condamnent alors. « Mais n'est-il pas singulier qu'autrefois on ait placé impunément, quoiqu'avec la plus scandaleuse indécence, ce que la religion a de plus respectable ? […] Quoique ces deux pièces soient les plus épurées pour les mœurs, et les plus remplies de sentiments de religion qui aient paru, elles ne feront jamais l'apologie des pièces tirées des livres saints, dont elles sont une profanation.

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