« Le plus charmant objet de la nature, le plus capable d’émouvoir un cœur sensible et; de le porter au bien, est, je l’avoue, une femme aimable et; vertueuse. » C’est ainsi que vous vous répandez en éloges ! […] Dès l’instant qu’ils connoîtront tout ce qu’ils peuvent à cet égard, et; qu’ils en auront quelques exemples devant les yeux, l’émulation se mettra de la partie ; alors les trésors que la nature a répandu sur ce climat ne seront pas les seuls avantages qui le feront cherir. […] Répandez un vernis honteux sur un métier quel qu’il soit, vous verrez bientôt ceux qui l’auront embrassé se dépouiller de cette noblesse de sentimens qui entretient l’ame dans l’élévation. […] Combien y en a-t-il cependant, qui répandues par devoir et; par état dans le grand monde, y font admirer et; respecter leur vertu ? […] 13 Quand la forme du Gouvernement de ces fameux Républicains changea, les Rois répandirent à pleines mains les honneurs et; les récompenses sur les Acteurs.
Les discours que leur fait tenir une audace insensée, une logique artificieuse ou une plaisanterie piquante, & qu’il faut leur faire tenir pour remplir leur rôle, ébranlent les foibles, jettent des doutes, accoutument à l’erreur, au blaspheme, & répandent le germe de l’impiété, qui ne se développera que trop. […] Voltaire-même les a faites & plus fortement encore ; on seroit bien injuste de ne pas avouer que la galanterie a presque tout affoibli ; que d’environ quatre cent tragédies données au théâtre, depuis qu’il est en possession de quelque gloire en France, il n’en est pas dix ou douze qui ne soient fondées sur leur intrigue d’amour ; plus propre à la comédie qu’au genre tragique, c’est presque toujours la même piece, le même nœud formé par une jalousie, dénoué par un mariage, une coquéterie perpétuelle, une vraie comédie, où des Princes sont acteurs, & dans laquelle il y a du sang répandu pour la forme.
On l’a mis sur le compte d’un Prince fertile en bons mots, pour lui donner de la vogue, & le répandre, on y a trouvé de quoi satisfaire son irréligion. […] La satyre ou la flatterie les donnent & les répandent.
Mais il n’est pas moins vrai que la vertu sera affligée de cette étonnante multiplication du théatre, qui se reproduisant de tous côtés sous mille formes differentes, répand & nourrit par-tout le vice. […] Ils prétendent que c’étoit d’abord des comédies Indiennes, qui avoient eu beaucoup de cours en Asie, & qu’on a traduites en bien des langues, qu’il en a une traduction Turque à la bibliotheque du Roi ; mais que pour répandre de la variété & un goût original à leur ouvrage, on travestit ces comédies en contes, dont on fait un Roman suivi, comme si on faisoit un Roman du Théatre de Moliere, & de ses comédies autant de contes.
Le nombre en est très-grand, & ce ne sont pas les bonnes qui font le plus grand nombre ; il est aisé de sentir combien le burin augmente le scandale du pinceau, le répand de toute part, & le perpétue. […] Malgré le nombre infini de figures & de groupes qui y sont répandues, nulle confusion, nulle répétition.
Quand les Personnages seront censés s’entretenir dans la Rue, le Proscénion devant avoir moins d’étendue que pour une Place publique, l’espace retranché donnerait le moyen d’établir une ou deux pièces d’un appartement, sur la Scène, en ne laissant de libre qu’une avant-scène fort étroite : les portes ouvertes de cet appartement exposeraient aux yeux des Spectateurs, sans que les personnages se déplaçassent, les Scènes intérieures : nos Auteurs des nouveaux Drames profiteraient de cette disposition, pour mettre plus de naturel dans leurs Pièces, en mille circonstances où l’inconvenance & même l’invraisemblance du lieu les tient à la gêne, & répand un air de contrainte sur d’excellens morceaux. […] Aujourd’hui, deux files d’hommes & de femmes, symmétriquement arrangés le long des Coulisses, ne présentent que des figures plates, immobiles, muettes, insensibles, la plupart du tems : ces automates répandent sur l’action le froid de leurs âmes, & détruisent l’illusion. […] Car il faut toujours que dans la Comédie le vicieux soit ou puni, ou changé ; le vernis de ridicule qu’on est obligé de répandre sur lui, fait qu’on ne peut le laisser triompher, comme dans la Tragédie, sans inconvénient. […] Dans ce siècle, le moins miraculeux de tous, on a vu plus d’une merveille, qui ont étonné & satisfait ; on les doit aux vives lumières qu’a répandu la Philosophie, & qui se sont élevées jusqu’au Trône. […] Un nombre de Laudicènes répandus dans nos Salles, applaudissent à-tort-à-travers : dans les plus beaux endroits, une partie des Spectateurs frappe des pieds & des mains, tandis que l’autre demande silence par un si qui ressemble au siflement des couleuvres.