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5. (1759) Remarques sur le Discours qui a pour titre : De l’Imitation par rapport à la Tragédie « Remarques sur le discours qui a pour titre : De l’Imitation par rapport à la Tragédie. » pp. 350-387

Ainsi, dans la Peinture, ce que le Peintre imite est en général tout ce qui est corporel & sensible. […] Nous nous plaisons souvent à voir la peinture de notre propre foiblesse, quand elle est du nombre de celles dont les spectacles nous apprennent à ne plus rougir. […] Aristote a donc eu raison de dire que la Tragédie, comme tout autre Poëme, est une peinture. […] Que fait donc l’imitation dans la Poësie comme dans la Peinture ? […] Si ce plaisir differe beaucoup de celui que causeroit un grand événement dont nous serions témoins, c’est parce que la vérité nous frappe toujours plus que la plus parfaite peinture.

6. (1665) Lettre sur les observations d’une comédie du sieur Molière intitulée Le Festin de Pierre « [Lettre] » pp. 4-32

Ce scrupuleux censeur ne veut pas que les actions en peinture soient punies par un foudre en peinture et que le châtiment soit proportionné avec le crime. « Mais le foudre, dit-il, n’est qu’un foudre en peinturek. » Mais le crime l’est aussi, mais la peinture de ce crime peut frapper l’esprit, mais la peinture de ce foudre peut également frapper le corps ; on ne saurait détruire l’un sans détruire l’autre, ni parler pour l’un que l’on ne parle pour tous les deux. Mais pourquoi ne veut-on pas que le foudre en peinture fasse croire que Don Juan est puni ? Nous voyons tous les jours que la feinte mort d’un acteur fait pleurer à une tragédie, encore qu’il ne meurt qu’en peinture.

7. (1707) Lettres sur la comédie « Réponse à la Lettre de Monsieur Despreaux. » pp. 276-292

Je n’ai garde de me jouer à mon Maître, je connais vos sentiments pour des sentiments puisés dans le sanctuaire de la droite raison ; ils deviennent d’autant plus forts, que vous les dépouillez de cette raison sèche et épineuse, qui fait qu’on se morfond souvent dans les peintures de la vérité : au lieu que lorsqu’elle est maniée par une plume vive et animée comme la vôtre, elle fait un progrès sur les cœurs, dont il n’est pas permis de se défendre. […] J’en reviens toujours à mon principe, Monsieur, et ce principe est que tous les hommes tenant plus ou moins à la concupiscence, (voilà un terrible mot à prononcer dans une Lettre ; mais je vous dirai, comme Phèdre dit à sa nourrice, à propos d’Hippolyte, c’est toi qui l’as nommé,) je vous dirai donc qu’attendu le malheur de notre nature corrompue, nous sommes tous plus ou moins sensibles à la vive peinture des passions, et que celle de l’amour étant la dernière mourante chez les hommes, le moindre souffle d’amour vertueux ou corrompu, le réveille dans tous les hommes, comme le moindre petit zéphyr est capable d’agiter les feuilles ; que cela n’est point l’effet de la disposition du cœur de quelque homme en particulier, que c’est la faute de la machine prise dans toute son étendue. […] Venons à ce que vous dites, que si la Comédie rectifiée et prise en elle-même, ne laisse pas d’être mauvaise, il faut bannir des Eglises les peintures les plus innocentes, comme les Vierges agréables de visage, les Suzanne et les Madelaine. Premièrement, Monsieur, vous savez mieux que moi que la Peinture est la cadette de la Poésie, et par conséquent qu’elle doit toucher moins sensiblement que son aînée ; et d’ailleurs, quelle idée voulez-vous que réveillent, même dans l’âme d’un débauché, des attitudes toutes modestes. […] Vous avez trop de piété, Monsieur, pour vouloir en dédire Saint Augustin : mais s’il m’était permis de me citer, profane que je suis, après une autorité sacrée, j’oserais vous rappeler une tirade de ma Satire, où j’ai fait voir qu’on ne va point à la Comédie pour se rendre plus vertueux ; qu’on y va seulement dans la vue d’un délassement agréable ; qu’au contraire notre orgueil se rend quelquefois plus fier par le plaisir malin que nous sentons à détourner sur le prochain la peinture des vices qui sont représentés dans les Comédies ; qu’enfin tout le fruit qu’on en retire, c’est d’apprendre le secret d’être vicieux, sans passer pour ridicule.

8. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Seconde partie « Causes de la décadence du goût sur le théatre. — Chapitre XX. Suite des prétendus talents du Comédien & de la Déclamation théatralle. » pp. 63-85

Elle ajoute les perfections de son art à celles de la peinture. […] Le coloris est d’une telle importance dans la peinture, que plusieurs Peintres sont devenus fameux par cette seule partie. […] Si le coloris est une grande partie de la peinture, s’ensuit-il que tout ce qu’on peut lui comparer soit considérable comme lui ? […] Ce morceau, qui contient une peinture forte & vraie d’un homme appressé par plusieurs sentimens à la fois, est terminé par une idée que nous avons dèja réfutée dans le Chapitre précédent. […] J’aimerois autant qu’on me soutint qu’un Marchand de Tableaux est celui qu’il faut louer de la beauté des peintures qu’il vend, que d’avancer que l’Acteur donne au discours tout ce qu’il a d’énergie .

9. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique —  CHAPITRE VIII. Dans quelle Nation la Poësie Dramatique Moderne fit-elle les plus heureux progrès ? » pp. 203-230

On accuse Racine d’avoir passé les bornes de la vraisemblance dans ses peintures des Heros de l’Antiquité ; mais ce Poëte si sage a mieux aimé rendre ses Personnages un peu trop François, que de les laisser trop Grecs. […] Les Etrangers en parlent souvent sans les connoître, & les Italiens sont communément plus disposés que les autres, à les mépriser : je ne sais si quelque vanité ne les aveugle pas, & s’ils ne veulent pas s’attribuer sur toutes les autres Nations, cette supériorité dans tous les Arts, que nous ne leur disputons pas dans celui de la Peinture. Nous serons à genoux devant eux, quand il s’agira de Peinture : mais quand il s’agira de Poësie, nous nous releverons sans fierté. […] Evremond, elle n’est pas une peinture de la vie humaine, suivant les caracteres des Hommes : elle n’est qu’une peinture de la vie de Madrid, suivant les intrigues des Espagnols. […] Maffei : Il semble que la même cause qui prive les Anglois du génie de la Peinture & de la Musique, leur ôte celui de la Tragédie ?

10. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre quatriéme. — Chapitre IV. Des Personnages. » pp. 239-251

Une Peinture champêtre est embellie par l’opposition d’un morceau d’Architecture. […] Que chaque Auteur diffère dans la peinture de ses Personnages. […] Si l’on apperçoit des différences éssentielles dans la peinture que les Poètes d’un même pays nous font de leurs personnages ; on en découvre de plus frappantes dans les ouvrages dramatiques des Auteurs de chaque Nation. […] « Le Poème Dramatique est une imitation, ou, pour en mieux parler, un portrait des actions des hommes ; & il est hors de doute que les portraits sont d’autant plus éxcellens qu’ils ressemblent mieux à l’original. » Ces paroles du grand Corneille prouvent que nous avons raison d’être charmés de la peinture qu’on nous à fait du Maréchal-Ferrant, du Savetier, & d’autres gens pareils ; elles engagent encore les Poètes du nouveau Spectacle à continuer d’être vrais & naturels.

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