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337. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quatorzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littérairesn sur le théatre. — Chapitre II. Du Philosophe de sans souci. » pp. 36-60

Sors des cendres, Rome Payenne, Viens te reproduire à nos yeux, Viens confondre Rome Chrétienne, Et ses Prêtres ambitieux, Du sein de la vertu féconde, Oppose ces vainqueurs du monde A tous ces Prêtres imposteurs, A tous ces frauduleux Pontifes, Qui sur des livres opocrifes Fondent leur culte & leurs erreurs. […] Mais c’est un mal universel ; le monde ne pense pas comme lui. Aussi, J’abandonne le monde & toute sa bêtise, Maudit soit qui prétend corriger sa sottise ; Que l’on s’adonne au mal, que l’on s’adonne au bien, Voyage qui voudra, je n’en dirai plus rien. […] Laissons-donc à la fiction la tranquille possession du royaume de l’autre monde, source où l’imagination puise le systeme où se fonde la populaire opinion.

338. (1766) Réflexions sur le théâtre, vol 5 « Réflexions sur le théâtre, vol 5 — REFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE VI. De l’indécence du Théatre. » pp. 114-137

Ces événemens si extraordinaires & si intéressans y avoient attiré un monde infini : on campoit hors la ville, trop petite pour le contenir. […] Le spectacle dont on fait la description fut donné à l’occasion du mariage de l’Infante Marie-Therese avec Louis XIV, où l’on eût vû en France un monde infini. […] Le plus grand mal du théatre ne fut jamais précisément l’indécence grossiere des expressions, on y a toûjours parlé comme l’on parle dans le monde ; son danger, son crime est dans l’assemblage artificieux d’une infinité de choses mauvaises, dont l’union rend nécessairement vicieux, les sentimens de toutes les passions, les exemples de tous les crimes, l’irréligion, la morale corrompue, l’immodestie, le jeu, la mollesse, les intrigues des Actrices, la mauvaise compagnie qui s’y rassemble, la liberté des foyers & des coulisses. […] Cette secte est une chimère ; il n’y a point de secte sans liaison & société, & il n’y a point de peuple au monde sans religion, sans connoissance de la Divinité, sans former de corps politique.

339. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — Seconde partie. Notes. — [R] » pp. 447-466

En outre, il y aura chaque semaine un jour de congé, & ce jour-là toutes les personnes de quelque considération qui se présenteront, pourront être admises dans le Collége, pour entretenir les Acteurs & les Actrices, en présence des Gouverneurs & des Gouvernantes ; & cette permission aura pour objet de donner aux Acteur & aux Actrices la connaissance du monde & des usages, nécessaire au Théâtre. […] Deux choses peu compatibles à réunir, mon ami, l’innocence de mœurs, & le commerce du monde ! […] Duclos : j’ai toujours entendu nommer cette Actrice avec transport par les Vieillards, amateurs du premier Théâtre du monde : elle a joué durant plus de 40 années, ayant débuté en 1693, par le Rôle d’Ariane, reçue le même jour, quitté en 1736 : morte en 1748. […] BELLECOUR, début le 21 Décembre 1750 : les rôles d’homme-à-la-mode : de l’aisance, l’usage du monde, le naturel embelli par l’art.

340. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 3 « Chapitre III. Du Cardinal de Richelieu. » pp. 35-59

Il reste plusieurs de ces pièces, dont assurément on ne peut pas lire deux pages, mais qui pour le temps étaient des chefs-d’œuvre, étaient mieux payées, plus honorablement accueillies, et attiraient plus de monde, que celles de Corneille et Racine, ce qui est peut-être plus humiliant pour la raison humaine que pour le Poète. […] C’est ce qu’on ne vit jamais ni dans la Grèce, ni dans l’Empire Romain, ni dans le monde entier. […] Et pour terminer par un grand exemple un tableau des contradictions humaines, qu’on ne saurait épuiser, tel le sage Salomon bâtit un Temple au vrai Dieu et un autre à la Déesse Astarte, et au milieu de trois cents femmes et sept cents concubines, prêche la continence dans ses proverbes, la vanité du monde dans son ecclésiaste. […] Jusqu’alors on n’avait connu que les Confrères de la Passion, et des Farceurs qui couraient le monde et qui partout étaient méprisés ; les compositions, les constructions, les représentations, le désir du premier Ministre, ont répandu cette maladie contagieuse dans les villes, les bourgs, les campagnes, les maisons particulières, le Clergé, la magistrature, l’épée, les Collèges, les Communautés religieuses.

341. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE II. Le Théâtre purge-t-il les passions ? » pp. 33-54

La piété y perd, et l'esprit du monde y gagne, et par conséquent l'enfer. […] Au lieu de la doctrine évangélique, qui va au cœur et sanctifie, on se remplit d'une morale toute naturelle, on se paie de grands mots, d'humanité, de bienfaisance, de patriotisme, de politesse, d'usage du monde, qui jette dans l'illusion, le relâchement, le crime. […] Le monde n'est lui-même qu'un vain fantôme ; ses biens, ses honneurs, ses plaisirs, une ombre légère qui s'évanouit ; la scène, que l'image de ce fantôme, la représentation de cette ombre. […] Une expérience de six mille années, dans le monde entier, a appris au genre humain qu'il n'est rien de si pernicieux que le mauvais exemple ; dans toute bonne éducation on écarte, autant qu'il est possible, la vue et l'idée du vice, mauvais livres, mauvais discours, mauvais tableaux, mauvaise compagnie ; on présente de bons modèles, de bons exemples, etc.

342. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE IV. Suite des effets des Passions. » pp. 84-107

Ce n'est qu'avec la plus grande circonspection et l'avis d'un sage Directeur, qu'on permet ces épreuves factices aux âmes déjà éprouvées et toujours victorieuses ; et ce ne fut jamais pour goûter le plaisir de cette émotion, mais pour le détruire ; surtout en matière d'impureté, sur laquelle il n'y a pour tout le monde d'autre parti à prendre que la fuite. […]  » Donnât-on des lois à la fougue des passions, ce qu'assurément ne permet pas de penser ce visage enflammé, ces regards étincelants, ces gestes convulsifs de tout ce monde efféminé qui joue et qui voit jouer la comédie, si capables de brûler tous les cœurs, il n'est pas permis de se livrer aux objets, au plaisir, à l'émotion, même en passant. […] Jamais la religion et le monde ne se sont montrés plus contraires. […] Le stoïcien s'efforce d'acquérir une apathie supérieure à toutes les passions ; insensible à la douleur et au plaisir, le Sage se croit inébranlable au milieu des débris du monde : le chef-d’œuvre de la scène est au contraire l'émotion de toutes les passions.

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