Quoique les désordres que cause dans le monde le vice d’impureté soient presque infinis, ainsi que je crois l’avoir démontré dans le Sermon d’avant-hier, ils ne font néanmoins qu’une partie de ceux que produit la comédie, c’est une source aussi féconde que funeste de dérèglements, et une vraie sentine de corruption, pour procéder avec ordre, je dis qu’elle gâte l’esprit, amollit et corrompt le cœur, infecte l’imagination et la mémoire. […] Un vrai Chrétien qui a reçu de Dieu ces yeux de la foi dont parle saint Paul, considère tout dans le véritable point de vue ; et dans cette heureuse situation tout ce qui est dans le monde lui paraît un bagage d’hôtellerie, une vaine décoration de théâtre où ceux qui ont joué les plus grands rôles vont être dépouillés de leurs ornements comiques. […] Les volages amateurs du monde qui ne vivent que de la vie des sens, et n’ont des yeux qu’à la tête le verront alors tel qu’il est, mais pour leur confusion et leur désespoir éternel, présentement ils substituent ses créatures en sa place, ils y cherchent cet agrément, cette joie, cette paix, ce repos qui ne se trouvent qu’en lui seul ils prétendent fixer leur mobilité, en un mot, ils ne conçoivent point d’autre réalité que celle d’une figure qui passe, et ils y rapportent tout comme à leur dernière fin ; quel abus, quelle impiété ! […] Cette passion insensée qui fait des ravages incroyables dans le monde, ce feu d’enfer qui enflamme le cercle de la vie de la plupart des enfants d’Adam, l’impureté dont saint Paul ne veut pas que le nom même soit prononcé parmi des Chrétiens, parce que son image est contagieuse, ou si l’on est obligé d’en parler, ce ne doit être qu’avec horreur, qu’en la flétrissant, la traitant avec exécration comme une maladie honteuse qui ravale l’homme à la condition des bêtes, ce vice, dis-je, y est transformé en vertus, il est mis en honneur et en crédit, regardé comme une belle faiblesse dont les âmes les plus héroïques ne sont pas exemptes, et qui leur sert d’aiguillon pour entreprendre les choses les plus difficiles, on s’y remplit du plaisir qu’on se figure à aimer et à être aimé, on y ouvre son cœur aux cajoleries, on en apprend le langage, et dans les intrigues de la pièce les détestables adresses que l’auteur suggère pour réussir, or n’est-ce pas là une idolâtrie dont se souille le cœur humain ? […] C’est ici le temps de la guerre, et vous ne pensez qu’à danser et à vous réjouir, c’est ici le temps de veiller et se tenir sur ses gardes, c’est le temps de répandre des larmes sur les périls qui vous environnent, et sur la longueur de cet exil, il n’y a point de moment pour rire, cela n’appartient qu’au monde qui verra dans peu une étrange catastrophe.
De ce que la Comédie se rapproche du ton du monde, M. […] Comment est-il donc si touché des désordres d’un monde où il n’aime rien ? […] Rousseau ; c’est un honnête homme du monde qui se fait peine de tromper celui qui le consulte. […] Le monde moral serait un magasin à poudre. […] Il vaut beaucoup mieux aimer une maîtresse que de s’aimer seul au monde.
Voyons donc l’origine de chaque spectacle en particulier : comment ces jeux ont été introduits dans le monde. […] Cependant quoique nous demeurions dans le monde, nous n’avons pas pour cela quitté Dieu : on le quitte seulement, lorsqu’on s’attache aux maximes et aux plaisirs criminels du monde. […] C’est ainsi que sous prétexte d’honorer la déesse ce lieu exécrable a été canonisé dans le monde. […] Le monde est à la vérité l’ouvrage de Dieu ; mais les choses mondaines sont l’ouvrage du démon. […] Savoir, de sortir du monde, et d’aller régner avec le Seigneur ?
Ceux qui vivent dans la retraite, ne laissent pas de trouver de grandes difficultez dans la vie chrétienne, & de recevoir de dangereuses atteintes du commerce du monde, lors que la nécessité, & la charité même les y engage. […] Dans ce Sacrement, nous nous engageons par une promesse solemnelle, de ne plus vivre à nous, ni au monde, mais de faire vivre Jesus-Christ en nous, & nous en lui ; de maniere que notre vie soit une imitation de la sienne. […] Un des premiers effets de la lumiére de la grace, est de découvrir à l’ame le vuide, le néant, & l’instabilité des choses de ce monde, qui s’écoulent, & qui s’évanouissent comme des phantômes. Si toutes les choses de cette vie ne sont que des figures & des phantômes, en quel rang doit-on mettre les Comedies, qui n’en sont que les ombres, puisqu’elles ne sont que de vaines images de ce qui se passe dans le monde ? […] Un Chrétien qui a renoncé au monde, & à ses plaisirs, ne doit point rechercher le divertissement pour le divertissement, & ne peut en prendre que par nécessité ; c’est à dire, qu’il ne peut en prendre que pour délasser son esprit, & reprendre ses forces.
Il n’y a pas d’apparence qu’Ambroise, qui avait passé sa vie dans le plus grand monde, qui n’était pas même baptisé quand il fut élu Evêque, ne connût parfaitement les spectacles, et n’y eût souvent assisté, qu’il n’en eût même donné, aussi bien que son père. […] Il la porta même à l’héroïsme par une mortification continuelle, l’éloignement du monde, l’étude, le travail, l’oraison. […] Ambroise a fait un livre sur la fuite du monde (de Fuga sæculi Tom. […] Ils ont attiré pourtant les anathèmes du Fils de Dieu, qui maudit le monde et nous ordonne de nous en séparer. […] Aussi trop instruit par une triste expérience, le Prophète s’écrie en gémissant : Heureux qui met dans le Seigneur toute son espérance, et ne jette jamais les yeux sur les vanités, les folies, les faux biens du monde !
, que je crains que leur probité ne soit de celles des sages du monde qui ne savent s’ils sont chrétiens ou non, et qui s’imaginent avoir rempli tous les devoirs de la vertu lorsqu’ils vivent en gens d’honneur, sans tromper personne, pendant qu’ils se trompent eux-mêmes en donnant tout à leurs passions et à leurs plaisirs. […] , ou que l’auteur ne nous fasse des vertueux à sa mode, qui croient pouvoir être ensemble au monde et à Jésus-Christ.