Le public a été révolté du scandale de ce jugement, & le Roi du haut de son trône la flétri de la maniere la moins flateuse pour les Juges qui l’ont prononcé. […] Mais de cet amas d’absurdités naissent des beautés inattendues, d’une seule partent mille traits de satire qui se dispersent & frappent à la fois ; en un moment il a démasqué un traître, insulté un Magistrat, flétri un délateur, calomnié un Juge. […] Enfin ils ont des titres de noblesse du Parnasse, des provisions des Juges du mérite littéraire. […] C’est une contradiction : peut-on louer en même temps le Juge qui condamne, & le prévenu condamné ? […] à l’orateur, au héros, ou au juge qui y met le sceau de son approbation ?
Si on en juge par les portraits qu’il en trace, rien de plus noble que ce vice, également réprouvé par la Raison & par la Religion.
Qu’on juge de l’éffort que doivent faire des gens d’esprit pour se plier au ridicule & à la bassesse de leur sujet.
Je ne vous ai jamais vû, Mademoiselle, ni aucunes de vos compagnes, je n’en juge que par le bruit public ; toute la France rétentit du bruit de leurs exploits, les grands Seigneurs vont brûler leurs aisles dans vos coulisses, les Financiers y portent les dépouilles de tout le Royaume ; l’entretien d’une Comédienne excéde souvent le revenu d’une Province entiere. […] A peine rentre-t-il dans le devoir, Dieu suscite des Juges qui le délivrent de l’oppression. […] Les Poëtes seront traînés, non pour être jugés par Minos ou Radamante, mais devant le Tribunal d’un Juge qu’ils ont méconnu, qu’ils ont méprisé ; ils trembleront de frayeur en sa présence.
Sans mentir ils ont toute une autre manière d’écrire que les Faiseurs de Romans, ils ont toute une autre adresse pour embellir la Vérité, ainsi vous avez grand tort quand vous m’accusez de les comparer avec les autres ; je n’ai point prétendu égaler Desmarets à M. le Maistre, il ne faut point pour cela que vous souleviez les Juges, et le Palais contre moim, je reconnais de bonne foi que les Plaidoyers de ce dernier sont sans comparaison plus dévots que les Romans du premier ; je crois bien que si Desmarets avait revu ses Romans depuis sa conversion, comme on dit que M. le Maistre a revu ses Plaidoyers, il y aurait peut-être mis de la spiritualité, mais il a cru qu’un pénitent devait oublier tout ce qu’il a fait pour le Monde. […] [NDE] Goibaud-Dubois : « Pour qui pensez-vous passer, et quel jugement croyez-vous qu’on fasse de votre conduite, quand vous offensez tous les juges en comparant le Palais avec le théâtre, la jurisprudence avec la Comédie, l’histoire avec la fable, et un très célèbre avocat avec un très mauvais poète ?
Les talens de Rameau peuvent être regardés comme une cause de cette délicatesse ; on peut aussi leur attribuer l’attention sévère qu’on fait aux Ouvertures des Pièces, par lesquelles on juge souvent des talens d’un Compositeur : toutes les Ouvertures de ce Musicien immortel, ont un rapport parfait aux Poèmes pour lesquels elles sont faites, & sont autant de chefs-d’œuvres.