Virgile, quoique païen, n’en dit qu’un mot : dans son quatrieme livre, il ne parle même de ce mariage prétendu obscur & clandestin qu’avec une sorte d’horreur.
Si ce n’est là tout le contraire de l’Évangile, j’avoue que je ne m’y connais pas ; et il faut entendre la religion comme Desmarets entend l’apocalypse, pour trouver mauvais qu’un chrétien et un théologien étant obligé de parler sur cette matière, appelle ces gens-là des « empoisonneurs publics », et tâche de donner aux chrétiens de l’horreur pour leurs ouvragese.
Nous engageons spécialement ceux qui sont convaincus de la nature dangereuse et de la tendance funeste de ces amusements mondains, à rejeter avec une vertueuse horreur toutes les sollicitations du plaisir et tous les raisonnements fallacieux qui ne sont que trop souvent employés pour justifier ces horribles sources de perdition.
Est-il possible qu’ils ne conçoivent pas la plus grande horreur pour la race toujours renaissante des Narcisse qui les entourent, et sans lesquels il n’eût jamais existé de monstres sur le trône !
Les Comédiens font métier de se contrefaire fa , et s’il est parmi eux quelques honnêtes gens, ils auraient horreur de ressembler aux personnages qu’ils représentent quelquefois : donc il est honteux, pour eux, de se charger de ces rôles et l’obligation dans laquelle ils sont de se contrefaire, les avilit. […] On avait donc raison de proscrire le Théâtre : les législateurs voulaient inspirer de l’horreur pour l’image des mauvaises mœurs ; elle était si nue cette image, qu’il n’est pas concevable comment le Sénat n’eut pas l’autorité de l’effacer tout à fait : mais le goût effréné d’une Populace corrompue lui interdisait sans doute cette entreprise.
C’est d’où procède l’artifice de ces pères, qui pour donner de l’horreur de l’ivrognerie à leurs enfants, faisaient boire par excès leurs domestiques, et les produisaient devant eux en cet état où ils faisaient des postures ridicules. […] Chaque Prédicateur en donnera de l’horreur, les détestera, et montrera combien ils attirent de maux sur le peuple Chrétien. […] » Si l’on n’avait rien retranché dans les Comédies, et qu’elles fussent aussi mauvaises qu’elles l’ont été, il n’y aurait que les libertins qui iraient ; les personnes de qualité et de vertu en auraient de l’horreur : au lieu que l’état présent de la Comédie ne faisant, ce semble, aucune peine à la pudeur, on ne se défend pas d’un poison qui est d’autant plus dangereux qu’il est caché, qu’on l’avale sans le connaître, et qu’on l’aime lors même qu’il tue.