cette vilaine figure, à ce qu’ils pensaient, devait faire prendre horreur de la Danse et de l’impureté : L’autre était de Silénus, et des ivrognes, dont les gestes étaient si indécents, et les pas si mal réglés, que c’était assez de les voir pour en faire mépris. […] La peinture d’un homme pourri ou brûlé qui tombe par pièces et par morceaux, se voit avec satisfaction, l’original ne se pourrait voir sans horreur ; si cela n’était point, pourquoi aurions-nous tant d’ardeur pour aller repaître nos yeux d’une misère feinte, ou passée depuis longtemps, ou d’une félicité imaginaire ? […] Aussi les Japonais, qui ont une horreur extrême du larcin, lequel n’est jamais moins puni parmi eux que de la corde, n’ont point voulu approuver les jeux de hasard :Orlandinus lib. 9. histor. […] Cet homme fut si touché de l’horreur de son attentat et de la douceur de Dieu, qu’il passa le reste de ses jours à pleurer son péché. […] La personne dont je veux parler n’est pas morte : C’est un Lieutenant de Cavalerie qui perdit la vue pour ses blasphèmes au dernier siège de Clermont ; son dépit l’emporta jusqu’à menacer le fils de Dieu de lui ôter les yeux de la tête : Pas un ne l’entendit qui n’en témoigna de l’horreur : C’était sur le soir où les joueurs sont plus avancés dans la perte ou dans le gain.
Ecrivant dans le sein d’une République idolâtre de sa liberté, ils s’attacherent à décrier la tyrannie ; ils tracerent des portraits effrayans ; des Rois & de tout ce qui les environne, afin d’inspirer plus d’horreur au Peuple contre tout ce qui pouvoit altérer la forme du gouvernement établi.
La plus dangereuse est la peinture à faux, dramatique, de l’homme et de la société, ou cette infidélité des tableaux vivants qui sont censés être ceux des mœurs ou de la vie commune de tel rang, de telle corporation, ou de tel âge ou bien de telles personnes que la malignité désigne, et qui vont être décriées, flétries, peut-être mises au désespoir ; il consiste aussi dans la solennité et l’éclat des représentations, avec tous les prestiges du théâtre ; c’est encore en réunissant la fiction à la vérité, en accumulant à plaisir les vices, en les combinant et faisant supposer une liaison naturelle entre eux ; c’est l’éternelle image des passions humaines les plus honteuses sous les traits sacrés de la vertu qu’enfin on ne croit plus voir nulle part qu’en apparence, que l’on méconnaît et décourage par trop de défiance, ou qu’on insulte par malignité ; enfin, c’est en créant ainsi et faisant agir avec toute l’énergie possible, sous les yeux de la multitude des personnages monstrueux qui servent d’excuse et d’encouragement aux méchants, qui font horreur aux bons et, comme je l’ai déjà dit, portent l’agitation dans les esprits faibles, l’inquiétude ou l’animosité dans les cœurs, exaltent la tête de tous, et vont de la scène publique provoquer la persécution, porter les désordres dans les scènes privées de la vie, où toutes les passions excitées imitent la hardiesse des auteurs, cherchent à réaliser leurs chimères jusques sur la vertu la plus pure : « Là de nos voluptés l’image la plus vive ; Frappe, enlève les sens, tient une âme captive ; Le jeu des passions saisit le spectateur ; Il aime, il hait, il pleure, et lui-même est acteur. » Voilà plus clairement comme il arrive que ces critiques vantées manquent leur but, sont de nul effet contre le vice audacieux, sur l’hypocrite impudent qui atteste Dieu et la religion en faisant bonne contenance au rang des victimes nombreuses des aggressions aveugles et des calomnies effrontées.
Ne vous trompez pas, il a en horreur tous ceux qui prennent encore quelque part aux pompes auxquelles ils ont renoncé dans leur Baptême : Et il ne met pas au nombre de ses enfants ceux qui prennent plaisir de s’écarter des voies qu’il leur a tracées.
On égorge des hommes plutôt que de demeurer sans rien faire ; et cependant vous ne prenez pas garde, que vous donnez des exemples pernicieux qui peuvent tourner à votre ruine. » Plutarque avait tant d’horreur de la manière d’honorer les Dieux en leur immolant des hommes, qu’il estime qu’il vaudrait mieux n’avoir jamais eu aucune connaissance des Dieux, que de croire qu’il y en ait de si cruels, qu’ils se plaisent à être honorés par des meurtres « An non fuisset tolerabilius nullam unquam Deorum notitiam, nullam opinionem, aut historiam habuisse, quam tales eos facere qui cæsorum hominum delectentur sanguine ? […] Car les Athéniens avaient des Dieux impudiques, auxquels ils rendaient des honneurs sales et honteux ; comme Hérodote nous l’apprend dans son livre intitulé Euterpe : où cet Historien condamne la folie des peuples, qui adoraient des Dieux qui leur étaient inconnus, et dont ils ne savaient ni les qualités, ni les noms ; Aussi devant Homère, et Hésiode ils n’avaient point d’autres Dieux que sous des noms barbares, comme Belzebuth, Astaroth, Belphégor, et quelques autres semblables qui font horreur. […] Mais maintenant qu’ils sont purifiés de toutes les cérémonies de cette impiété, et que la Religion païenne est entièrement abolie parmi les peuples de l’Occident, cette raison qui fut autrefois si puissante dans la bouche des Pères de l’Eglise, n’est plus maintenant considérable ; et cette défense qu’ils prêchaient avec quelque sorte d’anathème, n’a plus ce fondement dans notre siècle : Il n’y a plus lieu d’y craindre l’apostasie des Fidèles : on ne saurait plus les accuser d’entrer dans la société des Idoles, que l’on ne voit plus au Théâtre qu’avec des sentiments dignes des Chrétiens, je veux dire, qu’avec horreur, ou avec mépris ; et ce qui fut autrefois un sacrilège, n’est plus maintenant qu’un divertissement public, agréable et sans crime à cet égard ? […] Chrysostome ; ils n’omettront rien sur ce sujet de ce qui peut contribuer à détruire entièrement ces dérèglements et ces débauches. » En effet le bon sens nous fait connaître qu’on ne peut mieux détruire les restes du Paganisme, que par les raisons dont les anciens Pères se sont servis pour détruire leur principe, et leur source : et il n’y a rien qui soit plus puissant pour détourner les peuples des Comédies, et des autres Spectacles, et pour leur en donner de l’horreur, que de leur représenter l’impiété et l’abomination de leur origine, dont ils retiennent toujours quelque tache, et quelque souillure ; car comme dit excellemment Tertullien « Idololatriæ ab initio dicata, habent prophanationis suæ maculam. » Tertul. in libro de Idolatria. […] , au Théâtre des Idoles qu’avec des sentiments dignes des Chrétiens, je veux dire qu’avec horreur ou avec mépris… Il n’y a plus d’autels ni de sacrifices, si ce n’est pour représenter quelques vieilles fables, qui font aussi peu d’impression sur les esprits, que les contes ridicules des Fées. » Ce discours est bien éloigné de la doctrine des Saints Pères.