Cette douce langueur, cette piquante vivacité, cette tendre compassion, cette délicieuse fureur, sont-ce donc des crimes ? […] Je sais encore qu'il est des mouvements doux et innocents, dont on suit l'impression sans crime, le plaisir de secourir les malheureux, l'admiration des ouvrages de Dieu, la joie de sa présence, l'espérance des biens célestes. […] Cette corruption, aussi douce que celle de la réalité, est d'autant plus rapide qu'on est sans défiance et sans repentir.
Augustin disait à Dieu ; « Tu es le seul vrai et le seul souverain plaisir capable de remplir une âme ; tu rejetais loin de moi tous ces faux plaisirs, et en même temps tu entrais en leur place, toi qui est plus doux et plus agréable que toutes les voluptés, mais non à la chair et au sang. » La manne ne tombe sur les Israélites, que quand les viandes qu’ils avaient apportées d’Egypte se trouvent consumées.
Or, est-il un délassement plus utile et plus innocent que celui de la comédie, disent ses défenseurs, puisqu’elle n’est autre chose, à la regarder en général, qu’une représentation naïve d’un événement agréable, assaisonné d’une satire fine et douce pour la correction des mœurs ?
Mais qui n’estimerait l’entretien qui nous donne deux des plus douces satisfactions de la vie ? […] Non seulement nous y allons, mais notre cœur se plaît d’y être touché des sentiments de compassion qui nous tire quelquefois des larmes, et bien que nous n’ignorons pas que la disgrâce que nous pleurons, est d’une personne qui est morte il y a cinq ans, nous aimons notre tendresse, et l’amertume que nous en concevons nous est douce. […] Le vice entre en estime et en autorité : on le pratique sans crainte, et on fait gloire d’être méchants, parce qu’il y a double avantage à ce qu’on croit, il est doux de suivre ses inclinations, et il semble être honorable de faire ce que font les premières personnes du monde. […] Cela se trouve sans peine, et la lecture en est si douce qu’il se faut faire violence pour s’en arracher. […] Pour moi je ne doute point que la chasse étant bien prise n’ait de grands avantages pour la vertu, un peu de solitude est bien douce à un esprit qui veut s’élever à Dieu par la considération de ses créatures.
Nos mœurs sont douces ; on trouve sans doute quelquefois en France, et à de grandes distances, des homicides : mais ce n’est qu’au théâtre qu’ils se pressent, et que tous les forfaits réunis en un seul être, forment une hideuse individualité, et calomnient la nation. […] Les auteurs, pour se justifier, ne peuvent pas se prévaloir de l’action des mœurs sur la scène ; et si toutes les horreurs qu’ils inventent pour amuser la nation la plus douce du monde, attirent la foule, elle n’est conduite que par l’attrait de la nouveauté, par cette insouciance légère que l’on reproche avec quelque justice au caractère français.