Nulle part le libertinage n’est aussi favorisé qu’à ces spectacles ; ce n’est pas qu’il ne le soit beaucoup trop aux autres ; mais enfin, l’opéra est un genre si fade, la comédie est devenue si épurée, la tragédie est par elle-même si austère, que les mœurs courent bien moins de dangers aux grands spectacles qu’à ceux dont il s’agit ici, et qui sont, puisqu’il faut le dire, autant de temples consacrés à la déesse de Paphos ou même au dieu de Lampsaque. […] Du mépris pour le sexe naissent l’éloignement de toute galanterie, la brutalité, la haine du mariage, ou si ces gens se marient, dieux ! […] La porte d’entrée, à tous ces sanctuaires du plaisir, est ouverte par les ris, les amours, le dieu du vin, le dieu du jeu, le dieu de la table.
Mignarde main, mon ciel, ma flamme Soleil de glace qui enflamme Les Héros, les Princes, les Cieux : Si le chaste feu de Cyprine N’a jamais atteint ta poitrine, Pourquoi donc s’embrasent les Dieux ?
Quelle estime pour la Réligion chrétienne doit donner la Foi du Sujet, qui, par son indifférence pour la Réligion, croit prouver son amour & la fidélité pour son Prince ; ce n’est point la foi Catholique qui fait les Martyrs, c’est la foi des Dieux, des tems de la Cour. […] Rien n’est plus dévot que le théatre Grec & Latin ; il n’est point de livre de piété qui parle plus de Dieu & de ses Saints, que les tragédies de Sophocle, d’Eschile & de Séneque, ne parlent de la Mithologie payenne ; ce sont par-tout les actions des Dieux, des prieres, des offrandes, des cantiques ; les Dieux font tout, on en espére, on en craint tout. […] C’étoient des faux Dieux sans doute ; mais les payens les regardoient comme vrais : c’étoit leur réligion, & ils montroient plus de dévotion à leur maniere, que les poëtes chrétiens dans la Réligion véritable.
La Danse destinée à la Tragédie, avoit la dignité qui convenoit à l’Action représentée, aux prieres qu’on faisoit aux Dieux, & à la morale qu’on débitoit. Ainsi elle n’avoit rien que de grave, & elle étoit si nécessaire que dans l’Ajax de Sophocle, dont le Chœur est composé de Soldats qui sont censés ne savoir pas danser, le Poëte suppose que dans un transport de joie, ils invoquent le Dieu Pan, celui qui regle les danses des Dieux, pour qu’il leur inspire une danse, Parce que, disent-ils, dans un pareil sujet de joie, il faut nécessairement que nous dansions. […] Jamais Poëte Comique ne fut si hardi à attaquer les Dieux & les Hommes, si fertile en obscénités, ni si honoré : ce qui n’a pu arriver que dans une République dont le Peuple leger aimoit que sur le Théâtre on plaisantât de son Gouvernement, qu’on lui donnât des conseils dont il ne profitoit pas, & même qu’on le tournât en ridicule. […] Ce Peuple toujours inconcevable, l’est encore dans la liberté qu’il donne à Aristophane, de parler des Dieux & de la Religion, & dans sa sévérité pour les Poëtes Tragiques.
La fureur s’emparait de lui ; il écrivait alors ; les blasphêmes et les horreurs coulaient de sa plume empoisonnée, et malheur aux amants jaloux ou chimériques qui auraient lu ces libelles horribles ; leur âme tourmentée n’eût plus éprouvé que d’affreux sentiments… Les Dieux, qui entendent les gémissements de la beauté, ne prendront-ils pas sa défense ? […] Les dieux du haut du ciel ont jeté à ses côtés Hébém ou quelque Nymphe plus aimable. […] je connais bien la sagesse des maîtres que j’ai écoutés ; je connais bien aussi le danger des conseils que vous voudriez que j’écoutasse : mais les dieux vous ont armée en vain de tant de charmes. […] Zima, pourras-tu résister à la volonté des dieux qui se déclare ?