Je dis donc qu’une partie considerable de cette corruption hereditaire que nous portons en naissant, consiste dans cette autorité illegitime, que les sens ont sur nôtre esprit et sur nôtre cœur. […] N’est-ce pas donc aller directement contre le plus indispensable de nos devoirs, n’est ce pas affermir positivement cette corruption, qu’il faudroit tascher de détruire, que de s’appliquer à ce qui n’est propre qu’à produire ce funeste effet, en excitant et fortifiant les passions ? […] J’en parlerois plus au long, si l’Auteur du Traité des sources de la corruption qui regne parmi les Chrétiens, ne m’avoit prévenu à cet égard, et ne m’épargnoit la peine de m’y étendre.
Qui que vous soyez, Prêtre ou Religieux, quoi qu’il en soit, Chrétien qui avez appris de Saint Paul que ces infamies ne doivent pas seulement être nommées parmi les fidèlesb, ne m’obligez pas à répéter ces discours honteux : songez seulement si vous oserez soutenir à la face du ciel, des pièces où la vertu et la piété sont toujours ridicules, la corruption toujours excusée et toujours plaisante ; et la pudeur toujours offensée, ou toujours en crainte d’être violée par les derniers attentats, je veux dire par les expressions les plus impudentes, à qui l’on ne donne que les enveloppes les plus minces. Songez encore, si vous jugez digne du nom de Chrétien et de Prêtre, de trouver honnête la corruption réduite en maximes dans les Opéras de Quinault, avec toutes les fausses tendresses, et toutes ces trompeuses invitations à jouir du beau temps de la jeunesse, qui retentissent partout dans ses Poésies.
Ces Comédiens de la Grece que nous venons de conquérir, disoit Caton, sont plus à craindre par la corruption qu’ils répandent dans Rome, que toutes les femmes des Carthaginois. […] Ils répandirent bientôt une corruption si générale, que Juvénal disoit1 : Ces Grecs sont naturellement Comédiens, ils nous surpassent malgré cet avantage qu’ils ont sur nous ; que Rome est à plaindre de renfermer dans son sein des hommes avec lesquels rien n’est en sûreté ! […] Ces principes de corruption reçoivent une nouvelle force des spectacles publics, où les peres & meres ont malheureusement l’imprudence de s’empresser de conduire leurs enfans de l’un & de l’autre sexe. […] Le théatre, selon lui, étoit dans son commencement le triomphe du libertinage & de l’impiété, & il est depuis sa correction l’école des mauvaises mœurs & de la corruption. […] L’esprit, le cœur, la conduite, les discours, tout annonce à quel degré de corruption les spectacles conduisent naturellement.
Il a banni tout à fait le théâtre de sa république, parce que tout ce qui s’y passe tend à la corruption du cœur et à l’illusion de l’esprit44 : et ceux qui s’y rencontrent n’ont pas toujours l’antidote qu’il faudrait opposer à ce poison subtil. […] Bayle, si cher à tous les libertins, dont le cœur était comme dissous dans la corruption, croyait que nos comédies modernes n’ont pas fait beaucoup de mal aux désordres réels ; qu’il n’y a rien même de plus capable de les inspirer, et que, si elles ont corrigé quelques défauts, ces défauts sont certaines qualités qui ne sont pas tant un crime qu’un faux goût et qu’un sot entêtement.
Premierement, c’est une chose très-constante, que tous les Peres de l’Eglise ont declamé contre la comedie, qui se faisoit de leur tems, comme contre un spectacle, qui alloit de lui-même à la grande corruption des mœurs : Il ne faut qu’en lire les invectives, pour voir de quel zele ils estoient portez contre un divertissement, qui en deshonorant le Christianisme, en corrompoit aussi les maximes, & la pureté. […] C’est ainsi que la chasteté étant d’ailleurs tant interessée en toute maniere, par de frequens débris, trouve à la comedie, comme son dernier écueil, où elle acheve de corrompre & de perdre, ce qui pouvoit encore n’être pas corrompu entierement, & où elle assûre & confirme dans sa corruption ce qui l’estoit déjà depuis longtems. […] Le premier est, que toutes les personnes qui frequentent ces sortes de spectacles, ne peuvent avoir d’ordinaire aucun sentiment de pieté ; car ces bons sentimens, dont une ame peut être touchée ne viennent, que des saintes pensées, dont auparavant elle a été remplie ; & encore le cœur a-t’il bien de la peine à goûter les choses divines, quelque plenitude de connoissance, qui ait pû préceder ; c’est sa dureté naturelle, c’est son fond de corruption, c’est son opposition à la pieté qui fait tout cela. […] Les tempéramens gâtez, par la corruption du libertinage, prouvent assez, que cette disposition ne peut être que trop commune.