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47. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique —  RECAPITULATION. » pp. 382-390

Pour arracher leur ame à cette oisiveté qui fait son ennui, il faut ou la rendre attentive à un pompeux récit de merveilles qui la tiennent dans l’admiration, ou frapper en elle cette partie pleureuse, dont parle Socrate [p. 67] qui est insatiable de larmes, ou, ce qui est plus difficile, satisfaire la partie gaye, qui ne veut que rire. […] qu’un Etre immortel qui ne doit travailler que pour l’Eternité, doit toujours être en garde contre la Poësie, & ne l’écouter qu’avec crainte, s’il veut conserver l’œconomie de son ame.

48. (1744) Dissertation épistolaire sur la Comedie « Dissertation Epistolaire sur la Comedie. — Reponse à la Lettre précedente. » pp. 19-42

Ainsi donc, Madame, il faut, ou que cette personne se voie comme rejettée du Seigneur par un degoût continuel pour la devotion, qui est la nourriture de l’ame ; ou qu’elle renonce au theatre. […] Je vous avouë ingenument, Madame, que je n’ai pas eu jusqu’ici le bonheur de rencontrer un caractére si heureux, & une ame aussi extraordinairement favorisée du ciel. […] « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, & quelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » Voila donc entre autres choses où porte la grace ; voila les maximes de vivre qu’elle inspire à toute ame, qui en veut suivre les mouvemens. […] Faute de crainte, on n’a point d’idée du malheur qui peut arriver à l’ame, & par consequent point de mouvement d’aversion pour le mal : faute de défiance, loin de se ténir sur ses gardes, & de se mettre en disposition de repousser l’ennemi du salut, on y apporte une imagination vive, un esprit dissipé, un cœur volage, des sens ouverts & subtils, dispositions fatales & propres à donner de l’entrée au peché. […] Une tolerance donc suppose toujours un mal : c’est ainsi qu’on souffre dans quelques Roiaumes, aussi bien qu’à Rome & ailleurs des maux, dont les personnes, qui nous objectent ceci, ne voudront pas assurement nous donner exemple, & dont toute ame, qui a de la pudeur, sent de l’horreur & de l’aversion.

49. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre V. Suite des Parfums. » pp. 112-137

Cette sensualité fait comme fondre & liquifier l’ame, dit S. […] Chrisostome, dans la même idée, croit que l’ascendant qu’elle prend sur l’ame, la fait couler comme l’eau, en y apportant la fureur de l’amour, une véritable ivresse : Imposuisse menti, limphasse animum, æstum libidinis furibundum accendisse, amoris impetum attalisse . […] Rien ne sent plus mauvais que l’ame quand le corps sent bon. […] Le corps est susceptible de toute sorte de sensations, ou plutôt l’ame ; le corps n’est que l’instrument. […] Le Livre des Cantiques qui chante les noces du Seigneur avec son Eglise, & avec l’ame fidele, parle par-tout des odeurs qui y regnent.

50. (1756) Lettres sur les spectacles vol. 2 «  HISTOIRE. DES OUVRAGES. POUR ET CONTRE. LES THÉATRES PUBLICS. —  HISTOIRE. DES OUVRAGES. Pour & contre les Théatres Publics. » pp. 101-566

C’est, nous disent-ils, c’est du Théatre que la volupté assiege tous les sens du corps & toutes les facultés de l’ame. […] Ils passent bientôt de l’image à la réalité, & finissent par s’énerver l’ame & le corps. […] Tout ce qui pouvoit avilir l’ame, étoit banni des anciennes Tragédies Grecques. […] On la fait pénétrer par les yeux & par les oreilles jusque dans le fond de l’ame. […] Aimez donc la vertu, nourrissez-en votre ame.

51. (1761) Les spectacles [Querelles littéraires, II, 4] « Les spectacles. » pp. 394-420

Son but est d’exciter les passions, & de jetter l’ame dans un état violent, & les comédiens sont flétris. […] d’indignes bateleurs avec d’honnêtes gens, dont la fonction exige, pour y exceller, de la figure, de la dignité, de la voix, de la mémoire, du geste, de l’ame, de l’esprit, de la connoissance des mœurs & des caractères ; en un mot, un grand nombre de qualités que la nature réunit si rarement dans une même personne, qu’on compte plus d’excellens auteurs, que d’excellens comédiens. […] Le Brun, si connu par son livre critique des Pratiques superstitieuses, livre où il se donne pour une ame peu commune, étoit superstitieux comme un autre : on a dit que c’étoit un médecin malade lui-même. […] On voit qu’il ne s’explique qu’à demi ; qu’il craint d’ajouter à la fermentation qu’il a déjà causée ; & que, dans le fond de l’ame, il ne voudroit de théâtre nulle part.

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