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215. (1690) Entretien sur ce qui forme l’honnête homme et le vrai savant « VII. ENTRETIEN. » pp. 193-227

Un homme en qui la raison est la supérieure, qui sait le jeu des passions et de l’imagination, peut sans se gâter voir les farces et les spectacles ; et même il en sera si peu touché, qu’après les avoir vus une fois, ce lui serait une fatigue de les voir de nouveau.

216. (1694) Réfutation des Sentiments relâchés d'un nouveau théologien touchant la comédie « Réfutation des sentiments relachés d'un nouveau Théologien touchant la Comédie. » pp. 1-190

8 » Et qu’il n’y a rien enfin qu’on ne doive craindre de ces Acteurs mols et efféminés, insinuants et adroits qui touchent, qui émeuvent les passions, surtout quand elles sont flattées par le mal même dont ils parlent. […] Et quand une fois on a par ce moyen perdu quelqu’un de réputation, si dans la suite touché de Dieu il change de sentiments, s’il quitte le vice qu’on lui a reproché pour embrasser la vertu ; tout cela n’est pas pour l’ordinaire capable de détruire la méchante idée qu’on en a donnée au public. […] Le désir, et le dessein de plaire, est ce qui conduit l’Auteur et qui anime l’Acteur, celui d’être touché, est ce qui attire le spectateur : ce qui ne pouvant s’exécuter sans que les passions soient excitées, il est évident que tout le but de notre Comédie est de les exciter, que ce n’est pas par hasard qu’elle les excite, et quoiqu’elle ne les excite pas toujours, c’est contre sa véritable fin et son principal dessein ; qu’il est toujours vrai de dire qu’elle les excite dans un grand nombre, qu’elle peut les exciter dans tous, et qu’elle le doit même faire plus ordinairement, si on considère de bonne foi, quel est l’empire naturel d’une représentation vive, jointe à une expression passionnée sur le tempérament des hommes. […] Ou si vous voulez en juger plus favorablement, ce seront des gens qui par le caractère de leur esprit et par leur tempérament, ou par le dégoût des plaisirs ou par leur âge seront supérieurs et insensibles à certaines choses qui en toucheront d’autres : car ne voit-on pas tous les jours des personnes qui seraient bien fâchées de rire de ce qui fait rire les autres. […] Humiliez-vous, pleurez votre faute, demandez à Dieu qu’il vous éclaire et vous touche, implorez sa miséricorde sur vos égarements, songez sérieusement à les réparer par la pénitence, et dans ces dispositions réglez pour une bonne fois et vos actions et votre doctrine sur les sentiments de l’Eglise.

217. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre douzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et litteraires, sur le théatre. — Chapitre II.  » pp. 37-67

Ce n’est pas par le canevas de ses piéces que Racine touche ; c’est par la tendresse des sentimens, & l’élégance du style. […] Un orchestre de cent instrumens, fussent-ils touchés par les meilleurs maîtres, étourdiroit.

218. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Diversités curieuses. » pp. 5-37

Quand on lit les tragédies de Corneille, on est frappé de la grandeur qu’il donne à ses héros, on se sent élevé avec son génie, on est intéressé & attendri par l’art de Racine, qui touche, pour ainsi dire, toutes les cordes de l’ame, & en exprime tous les tons du sentiment. […] Après ce débatromanesque d’un charlatan, cet homme, trois fois heureux en découvertes, ajoute qu’il baisa très-dévotement ce précieux manuscrit, cette sainte relique ; qu’il en lut plusieurs pages où il reconnut la touche naïve & pittoresque de l’immortel Auteur des essais, & son style.

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