Les Religions, simples d’abord, comme la Divinité unique qui en était l’objet, n’eurent presque point de cérémonies. […] Trop simples pour examiner, trop respectueux pour contredire, les Peuples crurent tout. […] Dans le simple coup-d’œil que nous jetons ici sur l’etat des Acteurs chez les Anciens, l’étendue que nous avons à parcourir, n’est pas grande : deux Nations connues, voilà tout. […] Mais, il faut le dire à notre honneur, il y a une grande différence dans la manière dont ce goût se manifeste : chez nous, c’est une simple affluence, un vif empressement ; on reconnaît un Peuple poli, léger, qui court se réjouir. […] Le Rit Chrétien, le moins cérémonieux qui fut jamais, lorsqu’il fut devenu la Religion des Empereurs, abandonna son appareil simple, & prit, comme les autres, une pompe extérieure.
Pour établir de nouvelles Loix, ou pour remettre en vigueur les anciennes, il faut toute la fermeté et toute la puissance du Gouvernement ; mais la réformation du Théâtre ne demande pas le moindre effort : une simple Ordonnance suffirait, non seulement pour le réformer, mais même pour le détruire ; et cela sans qu’il y eût à craindre le moindre scandale, ni la moindre opposition.
De là les impatiences, les manques de respect, d’estime et de bons procédés, l’oubli des bienséances et des devoirs ; de là l’insubordination ou le mépris de toute autorité religieuse, politique, civile et domestique ; de là peut-être naquit aussi cette prétention insensée d’une égalité impossible, je veux dire absolue, qui a récemment agité tant de simples. […] Je m’empresse de répéter ici ce que j’ai dit déjà ailleurs : hommes honnêtes de tous les états, puissé je ne pas vous flétrir même par cet énoncé simple et naturel, dépouillé de jeu magique ! […] Oui, un épisode, une scène, et même une simple citation, un trait lancé à-propos, en un mot, un coup de plume suffira souvent pour porter ces arrêts imposants dont la sévérité pourra par ce moyen se graduer sur la gravité des délits ou des défauts, ce que les Athéniens ont trop négligé, etc., etc. […] La commission, moyennant ces précautions et d’autres nécessaires pour éviter le danger des applications particulières et injustes, croira peut-être pouvoir conserver aussi aux théâtres le droit de poursuivre en masse de simples ridicules ; c’est-à-dire, de gloser et s’égayer sur les faiblesses, les défauts, les erreurs, les préjugés, qui sont censés affecter indistinctement toutes les classes de la société ; mais je ne doute pas qu’elle n’encourage plus efficacement qu’on ne peut le faire aujourd’hui, surtout le genre de spectacles convenable à toutes les conditions et à tous les âges ; celui dans lequel la morale est véritablement respectée et défendue, dans lequel le charme du naturel, celui de l’esprit sage et une gaîté décente, s’associent aux convenances et à l’intérêt du sentiment ; dans lequel, par conséquent, on ne souffre point de ces comédies faites bien moins dans l’intérêt de la réforme que dans le goût de la malignité et le sens de la dégénération, où on voit le vice fardé et séduisant triompher, au milieu des éclats de rire, de la vertu défigurée et avilie.
Les sentimens les plus simples sont rendus avec esprit, avec emphase.