Elle est en ce sens bonne ou mauvaise, selon la fin, l’usage, les circonstances. […] Que dans une occasion involontaire & inévitable on compte sur la grace de Dieu, & on espère la victoire ; mais que sans nécessité, volontairement, pour son plaisir, contre les défenses de l’Eglise, l’autorité de tous les Pères, l’expérience de tout le monde, on se jette dans le péril le plus grand & le plus certain, on se croie en sûreté, on se dise innocent, on se flatte qu’il n’échappe ni désir, ni regard, ni parole, ni pensée contraire à la vertu, que la chair & les sens, le démon & le monde seront toujours vaincus, est-ce connoître le cœur humain, & se connoître soi-même ?
N’est-ce pas en quelque sens le plus grand péché qu’on puisse commettre ? […] Mais les vers qui sont animés du chant, la charment par leur douceur, ils s’emparent de l’esprit de l’homme, et le poussent avec impétuosité où il leur plaît, ils lui persuadent tout ce qu’ils lui font trouver agréable ; et peu s’en faut qu’ils ne surprennent et qu’ils ne s’emparent entièrement de toute la volonté, pendant qu’ils flattent les sens.
Non sans doute vous chercherez à vous remettre d’un état qui vous ôte la faculté de poursuivre ; un froid mortel s’emparera de tous vos sens, & pendant quelques instans vous ne jouerez plus que machinalement.
y a-t-il rien qu’une vue si dangereuse ne puisse émouvoir ; les sens, les passions, la vertu même des plus forts s’y trouvent ébranlées, et souvent renversées ?