Comme en effet ils sont dignes de blâme, et vous aussi, et au jugement de Dieu tous ces raisonnements humains, ces arguments spécieux, ces beaux plaidoyers, qu’on étale en faveur de la chair et du monde, seront comme des toiles d’araignées subtilement tissuesf, mais qui se dissipent par un petit vent ; car tous ces raisonnements humains ne sont pas si solides et inébranlables que le ciel et la terre, ni le ciel et la terre qu’une seule parole ou syllabe de l’Écriture ; Facilius est cælum et terram præterire quam unum apicem de lege cadere (Luc 16. 17.).
Nos inclinations ne se portent déjà que trop au mal, sans qu’il faille jeter de l’huile sur les flammes ; sans que l’on emploie ce grand appareil, tant de damnables instructions, autorisées par des exemples célèbres, par les triomphes du vice, suivis d’un applaudissement public pour assurer les courages contre les reproches de la conscience, et les menaces des lois : on met l’honneur à nourrir des haines irréconciliables, à mettre la désolation dans les familles et dans les états, pour une parole mal interprétée, pour une ombre, pour un soupçon de déplaisir : on qualifie cette fureur du nom de force, et comme au temps de l’idolâtrie, des vices on fait des divinités à qui l’on présente des sacrifices de sang humain, quand l’on introduit toutes les fausses déités du Paganisme, et qu’on rapporte tous les événements des affaires à la fortune ; n’est-ce pas affaiblir extrêmement la foi d’un vrai Dieu ?
Cet homme, dans une pièce de musique d’église pour le temple de Dresde, avoit sait un chœur sur ces paroles de l’Evangile. Mes brebis entendent ma voix ; ce mot de brebis lui donna une idée de bergerie, il traita ce sujet comme une vraie pastorale d’opéra : c’en étoit une double Ces paroles doivent être chantées par une voix seule, non par un chœur ; & dans la bouche d’un Dieu qui les a prononcées, elles doivent paroître avec la majesté digne de Dieu. […] Gebelin : Le monde primitif analisé, comparé avec le monde monde moderne, considéré dans l’histoire naturelle de la parole, l’origine du langage & de l’écriture, avec des figures en taille-douce, & la réponse à une critique anonyme. […] Bien loin d’y étudier la morale, & puiser des prétendus germes de vertus, on se contente de voir des images, & on ne jette les yeux sur le reste que pour comprendre l’action & entendre les paroles d’un chat qui court après la souris, & qui certainement ne dit mot ; & après avoir enfin compris ce profond mystere, qu’on dit pourtant si clairement exprimé par le burin, qu’a-t-on appris de plus ? […] Tels sont le gland & le paysan, le laboureur & les jeunes gens, le vieillard & ses fils, l’avare & son trésor, Ulisse & les syrenes, simonides, paroles de Socrate, le philosophe Scythe, le fou & le sage, le charlatan, le charetier embourbé, la jeune veuve & les deux médecins, le Songe du Mogol, la femme & le voleur, le trésor & les deux hommes, le statuaire, le savetier & le financier, les femmes & le secret, la laitiere, Démocrite & le notaire, l’écolier & le pédant, le curé & le mort, le satyre, l’ivrogne, l’oracle, le jardinier & le seigneur, les œufs d’or, l’homme & l’idole, l’homme & son image, l’homme entre deux âges, la fortune & l’enfant, la besace, l’astrologue, Momus & le bucheron, &c.
Il n’y a que l’Art Dramatique qui joigne le privilége insigne de tout rendre à une expression pitoresque en tout genre ; c’est avec le geste, les paroles, le ton & les mouvemens qu’il appartient de tout peindre ; c’est avec cela que les touches acquierent de la fermeté, les couleurs du langage, & le tableau du coloris. […] C’est que par-tout la vertu & le vice ne sont qu’en paroles & qu’au Spectacle au contraire l’une & l’autre sont en action. […] Les paroles y sont sages, la Musique scrupuleuse, le coup d’œil plein de décence & de majesté. […] Les Paroles, le Geste, le Chant, la Musique, la Déclamation : il n’est rien qui ne conspire à réveiller chez-nous ce fonds de sentiment qui s’endort On ne voit point un beau modéle sans ambition, des qualités rares sans envie, des indignitées sans horreurs, des actes d’humanité sans plaisir, des mouvemens de tendresse sans émotion, le vrai mérite sans jalousie, la frivolité sans mépris, les petits airs sans dédain : qui a-t-il de plus puissant sur nos mœurs, sur notre génie, sur notre caractére ? […] Les livres sont froids, les sermons ennuyeux : par-tout la morale est en parole, par-tout elle est sans fruit.