On sort du spectacle, le cœur si rempli des douceurs de l’amour ; & l’esprit si persuadé de son innocence ; qu’on est tout préparé à recevoir ses premieres impressions, ou plûtôt à chercher l’occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu’un, pour recevoir les mêmes plaisirs, & les mêmes sacrifices que l’on a vûs si bien représentés sur le Théatre. […] Mais quand je vous embrasserai, quand vous serez tout à moi, je vous punirai de vos cruautés, par l’impression de mes ardents baisers. » Cléopatre, en parlant ainsi, manque sans doute à ce qu’elle se doit à elle-même.
Ils sont dans une habitude continuelle de juger des impressions que nos Poëmes dramatiques produisent sur les spectateurs. […] Plus il appelle l’esprit à son secours, plus il penche du côté de l’erreur, plus il s’éloigne de son but, qui est de combiner de profondes impressions, dont le germe est dans l’ame.
Le Spectateur doit être entre les mains d’un Acteur intelligent, une cire molle susceptible de toutes les impressions : parce que c’est des mouvemens qui l’excite dans ce cœur froid & tranquille, que le tableau tire son état & son prix. […] Des idées passageres, des mouvemens fugitifs, des impressions volages, qui tournent plus à la gloire de l’Orateur, qu’au profit de la vertu. […] Mais qu’on en rie : voilà ce que la bagatelle peut espérer de plus heureux ; du reste c’est un mouvement fugitif & passager, qui ne peut avoir dans aucun esprit le caractére d’impression. […] Quel rapport y a-t-il entre tous ces jeux différens que le Théâtre fournit, & les impressions subites & brusques dont on croit un cœur innocent & serein aussi-tôt susceptible. […] La vertu ne passe jamais sous nos yeux sans impression pour nous.
Qui étale, bien que ce soit pour le mariage, cette impression de beauté sensible qui force à aimer, et qui tâche à la rendre agréable, veut rendre agréable la concupiscence et la révolte des sens.