La vue des héros et des héroïnes imaginaires qui viennent y soupirer avec fureur leurs amours criminelles ferait sur votre cœur des impressions qui ne finiraient pas avec la pièce.
La morale ayant fait dans leur cœur de si grands progrès ; après qu’ils auront admiré Socrate, Caton, Cicéron et tous les sages de l’Antiquité Païenne, peut-on s’imaginer qu’il ne sera pas plus facile alors de leur faire admirer les vertus des Héros et des Martyrs du Christianisme ? […] Quel spectacle attendrissant pour le Public, qu’un Héros enchanté des talents de sa femme, qui paraîtrait se contenter pour toute récompense de ses services, des applaudissemens qu’on accorderait à ce qu’il aurait de plus cher ! […] Quel plaisir pour le Public de pouvoir faire une allusion flatteuse de l’Héroïsme représenté à des Héros actuellement présents. […] Combien y a-t-il de Héros dans toute l’histoire qui aient jamais consolé des vaincus de la sorte ? […] L’Actrice reçut du Héros un présent de dix mille écus.
Le Théâtre d’Athénes ne recevoit presque d’autres Personnages, que les anciens Héros de la Grece : le nôtre reçoit dans sa vaste enceinte, les Héros de tous les tems, & de toutes les Nations, Hébreux, Grecs, Romains, Turcs, Persans, &c. […] Les Héros s’abandonnoient avec violence à la douleur, comme aux autres Passions.
On l’accusait d’avoir du goût pour les combats et la chasse des bêtes féroces, et il les fit tuer toutes à même temps : « Omnes feras uno momento jussit interfici. » On disait qu’il aimait les jeux du cirque et du théâtre, il n’y parut plus, il ne les permit plus, même les jours solennels de sa naissance et de son couronnement, où ils étaient d’usage : « Ne solemnibus quidem natalibus, vel imperialis honoris gratia putabat celebrandos. » Tant il savait être son maître, et dans l’âge le plus tendre égaler la force et la sagesse des vieillards : « Adolescentem videres senilem ferre sententiam. » Il y avait à Rome une Courtisane d’une beauté parfaite, qui corrompait la jeune noblesse, d’autant plus dangereuse que c’était une Comédienne (car dans toutes les affaires de galanterie il se trouve toujours quelque héroïne de théâtre) : « Scenicæ cujusdam forma et decore Romæ adolescentes nobiles deperire. » Valentinien ordonne qu’on la fasse venir à la Cour. […] Parmi ces héroïnes brille Sainte Agnès, héroïne admirable dans l’âge le plus tendre, victime de la pureté.