Les Acteurs Tragiques avoient une espece de Brodequins ou Patins Cothurnus eslevez, qui haussoient extraordinairement leur taille, eslevoient leur mine, & les faisoit ainsi mieux representer les Dieux & les Heros. […] aprés celle de Rome, vne cruelle peste ravageant les champs & la ville, on recourut aux Dieux pour en obtenir quelque remede. […] où il avoit une porte du milieu par où sortoient les Dieux, les Heros & les Rois ; & quelques autres aux deux costez, qui estoient celles des Hostelleries publiques pour les Etrangers & pour les Survenans.
Ses héros avoient toutes les vertus, étoient supérieurs à tous les hommes, égaux aux dieux, &c. […] Le divin Moliere, cet immortel Racine, cet incomparable Voltaire, ce dieu du goût, du génie, cette déesse des graces, cette adorable actrice, sont-ils plus sensés ? […] Les œuvres des poëtes méritent peu la colere des dieux, comme leurs flatteries méritent peu leurs faveurs : l’un n’est pas d’un plus grand poids que l’autre. […] Le flambeau du monde brûle de tes feux ; le dieu de la guerre, le dieu du tonnere se laissent enflammer ; dans les enfers, au ciel, sur la terre, tout porte tes fers. […] Voilà mon dieu.
Les Modernes sont beaucoup plus circonspects en cela, que les Anciens, puisqu’Euripide après avoir représenté la perfidie de Jason, et la cruauté de Médée, qui trempa ses mains dans le sang de ses propres enfants, et qui commit encore plusieurs autres crimes abominables, les laisse sur leur bonne foi, au lieu de soulever contre eux les Dieux et les hommes pour les punir. […] Des sentiments si lâches, et ces alarmes continuelles ne conviennent guère à un Héros, que les Dieux avaient destiné pour être le Fondateur du Peuple Romain. […] C’est ce que Sophocle a sagement ménagé dans son Antigone : Tiresias annonce à Créon, que les Dieux vengeront sur lui, et sur toute la Maison Royale, la mort de cette innocente Princesse, que ce Roi barbare avait fait inhumainement massacrer. […] Le Poème dramatique a tiré son origine des récits, qui se faisaient à la louange des Dieux, et il se ressent toujours un peu de cette superstitieuse origine. […] Si les Pères ont tant déclamé contre les spectacles de leur temps, ce n’est pas précisément à cause qu’on y commettait des idolâtries ; mais c’est à cause que l’on n’y parlait que des faux Dieux ; et que tout s’y ressentait de la fausse Religion des Païens ; ce qui se pratique encore aujourd’hui en plusieurs pièces de Théâtre, comme dans l’Amphitryon, où Jupiter et Mercure se cachent sous des figures humaines, pour commettre un adultère.
Je lui parlois encor des troubles de mon ame : Je disois qu’Apollon & l’amour de concert Prenoient soin de venger ma flamme : Que ces Dieux pour punir son cœur Avoient chez les mortels envoyé Melpomène, Et que pour habiter la Scène La Déesse avoit pris le nom de Le Couvreur.